La rente, l’Etat et la révolte : VenezuelAlgérie ?

Quel parallèle peut-on faire entre les pouvoirs vénézuéliens et algériens alors que ces deux régimes « pétroprétoriens », aux trajectoires historiques bien différentes, traversent chacun une crise majeure ? Avant de se prêter modestement à cette comparaison, signalons qu’elle a déjà fait l’objet de recherches et d’analyses.

Tout d’abord ce parallèle a été ébauché par Marc St-Upery sur son blog sur Mediapart, qui constitue avec le site barril.info , deux sources absolument primordiales pour comprendre ce qui se passe au Venezuela sans les habituelles oeillères campistes et autres sinistres redites « anti-imperialistes ».

Nous reproduisons la note de St-Upery  : « L’idée que l’État maduriste est « dominé par les mafias » est un leitmotiv des hauts fonctionnaires bolivariens ayant rompu avec le régime. Voir Marc Saint-Upéry, « Ce que disent d’ex-ministres et fonctionnaires de Chávez du régime de Maduro », Mediapart, 19 mai 2018, J’emprunte le terme « militaro-affairiste » à Omar Benderra (« Un été à Alger : cocaïne, charlatanisme et choléra », Algeria-Watch, ) dans le souci de pointer la potentielle fécondité heuristique d’une comparaison terme à terme – à même de dégager les ressemblances et les différences pertinentes – avec d’autres systèmes à base largement prétorienne et rentière, comme le régime algérien. Pour une bonne description de l’évolution récente de ce dernier et de son caractère, précisément, « militaro-affairiste » et clanique, voir Habib Souaïdia, « Le séisme politique au sein de la “coupole” des décideurs algériens de l’été 2018 », Algeria-Watch, ). Voir aussi le débat entre François Gèze, Omar Benderra et Habib Souaïdia sur YouTube .

Par ailleurs une journée d’étude du CNRS, organisée par Fatiha Talahite et Paula Vásquez Lezama, qui s’est tenue le 2 mai 2018, s’intitulait «  Rente pétrolière, crise de l’État et inégalités en Algérie et au Vénézuela ». On peut voir les vidéos des différentes et éclairantes interventions sur internet.

Nous reproduisons ici la présentation de cette journée d’étude :

« L’Algérie et le Venezuela, bien qu’appartenant à des continents et des aires culturelles différents, partagent de nombreuses caractéristiques tant économiques que politiques : avec une population comparable, ils sont tous deux producteurs et exportateurs de pétrole et de gaz et membres de l’OPEP. La modernité y est intrinsèquement liée au secteur des hydrocarbures et aux effets de leur revenu sur tous les domaines de la vie sociale. Leur histoire contemporaine est jalonnée d’épisodes de populisme, d’économie administrée et de libéralisation, dont les séquences ne coïncident cependant pas. Ils traversent aujourd’hui une grave crise économico-politique – aggravée par la chute du prix du pétrole en 2014 – dont l’un des effets et de décourager les investissements étrangers, ce qui se traduit par une baisse de la production de pétrole et de gaz et une difficulté à diversifier les exportations. Il s’agit de comparer les expériences des deux pays et de discuter des grilles de lecture et des outils d’analyse. »

Enfin nous reproduisons un extrait de l’interview donnée à Jeune Afrique en novembre 2018 par Omar Berkouk qui établissait également un parallèle dans la crise à venir face à l’épuisement des réserves de change.

« Les réserves de change de l’Algérie s’érodent à un rythme tel qu’elles risquent d’être totalement asséchées à l’horizon 2023. Les conséquences d’une telle perspective seraient tellement lourdes sur les plans économique et politique que des spécialistes n’excluent pas, toutes proportions gardées, un scénario semblable à celui du Venezuela.
Le pays d’Hugo Chavez, dont le modèle économique et politique ressemble à celui de l’Algérie, est plongé dans la tourmente suite à l’effondrement des cours du pétrole et l’épuisement de ses réserves de change. Pénuries, inflation démentielle, émeutes, troubles politiques, crise migratoire… Le Venezuela vit le chaos. Dans son dernier rapport, daté du lundi 19 novembre, l’International crisis group (ICG) avertit que l’Algérie risque d’entrer dans une crise économique dès l’année 2019, qui coïncide avec l’élection présidentielle. L’économiste et expert financer Omar Berkouk décrypte pour Jeune Afrique l’érosion de ces réserves de change et son impact sur le pays.

Jeune Afrique : Les réserves de change de l’Algérie, qui étaient de 194 milliards de dollars (environ 170 milliards d’euros) début 2014, tomberont à 62 milliards de dollars en 2019. En cinq ans, elles auront ainsi fondu de 132 milliards de dollars, soit une moyenne de 26 milliards de dollars par an. Comment expliquer ce phénomène ?

Omar Berkouk : La fonte du montant des réserves de change s’explique globalement par la détérioration de la balance commerciale, du déficit structurel de la balance des services et des capitaux. Lors de la dernière année d’excédent commercial (+4,3 milliards de dollars), en 2014, les cours du pétrole se sont effondrés au mois de juillet. Il s’en est suivi une série d’années déficitaires, en dépit de la mise en place, à partir de 2016, d’une politique restrictive en matière d’importations.
L’Algérie n’a qu’une seule source de revenus : la vente des hydrocarbures, dont le prix et la devise de facturation sont hors de son contrôle
À ces déficits commerciaux, il faut ajouter 12 à 15 milliards de dollars de services et de balance des capitaux, ce qui a conduit à des déficits de balance de paiement de l’ordre de 25 milliards de dollars en moyenne annuelle. Du point de vue comptable, ces chiffres ne reflètent que la situation d’un pays qui dépense plus que ce qu’il gagne. Les réserves de change ne sont que ses moyens vitaux de paiement vis-à-vis du reste du monde, pour acquérir les biens et services dont il a besoin pour faire tourner son économie et nourrir sa population. L’Algérie n’a qu’une seule source de revenus : la vente des hydrocarbures, dont le prix et la devise de facturation sont hors de son contrôle.

À quoi servent concrètement ces réserves de change ?

Elles constituent les moyens de règlement d’un pays pour financer ses échanges extérieurs lorsque ceux-ci sont déficitaires. Elles sont également une des contreparties de la masse monétaire qui figure au bilan de la banque centrale. Les réserves de change sont donc vitales pour les pays dont la monnaie n’est pas convertible et dont l’accès au marché international des capitaux est limité ou inexistant, comme c’est le cas de l’Algérie.
Les grands pays de l’OCDE sont moins préoccupés par leur déficit commercial. La zone euro est protégée par la BCE et les États-Unis font du déficit commercial « sans pleurs », c’est-à-dire que leurs échanges sont libellés dans leur monnaie, qu’ils impriment à leur guise. Pour l’Algérie, le dinar ne trouve preneur qu’en Algérie ! Pour assurer son indépendance économique et sa souveraineté, le pays doit conserver à tout prix des réserves de change équivalent à au moins 18 mois d’importations.

Le ministre algérien des Finances affirme que ces réserves seront de 33,8 milliards de dollars en 2021. Y a-t-il un risque qu’elles disparaissent totalement, comme c’est le cas du FRR (Fonds de régulation des recettes) ?

En 2016, l’ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal avait affirmé haut et fort que ces réserves de changes ne baisseraient pas en dessous de 100 milliards de dollars. On voit aujourd’hui où en est leur niveau et quelle est la tendance. Toutes choses égales par ailleurs, 33,8 milliards de dollars est une projection raisonnable pour 2021. Ce n’est pas sa crédibilité qu’il faut questionner, mais son inéluctabilité qui doit inquiéter. Nous savons comptablement que « le bateau prend l’eau », et nous devons en prendre la mesure.
Les réserves disparaîtront en 2023, comme celles d’un ménage qui a mangé ses économies sans avoir été en mesure de les sauvegarder par le travail
Les dirigeants du pays parient beaucoup sur une stabilisation des cours du pétrole dans une fourchette de 70 à 80 dollars le baril, ce qui permettrait de continuer à verser des subventions, à diversifier l’économie et à mener sans douleurs les grandes réformes structurelles. Si toutes ces actions nécessaires à la construction d’une économie indépendante et diversifiée ne sont pas entreprises au pas de charge, les réserves de change (en dehors d’un choc géopolitique externe favorable au cours du pétrole) disparaîtront normalement en 2023, comme celles d’un ménage qui a mangé ses économies sans avoir été en mesure de les sauvegarder par le travail.

En cas d’assèchement de ces réserves, quelles seraient les conséquences financières, économiques et politiques ?

Dans ce scénario, l’Algérie serait en crise de trésorerie, mais en pas en situation d’insolvabilité, compte tenu de ses richesses primaires. Elle devrait recourir à l’endettement bilatéral (Chine), multilatéral (Banque mondiale, FMI) et aux marchés financiers internationaux. Les coûts seraient élevés et les exigences en garanties importantes. Le pays perdrait l’autonomie de ses décisions, qui seraient soumises aux conditions des bailleurs de fonds. Ces derniers imposeraient des reformes qu’il a tardé à mettre en place, ce qui induirait un coût social élevé. Le pire n’est jamais certain, mais petit à petit l’Algérie s’achemine vers la pente du Venezuela.

ILLUSTRATION : L’HOMME JAUNE

La rente, l’État et la révolte (II)

Toujours autour de la question de la rente, nous nous permettons de republier ce texte de Hartmut Elsenhans : « L’Économie rentière en Algérie : continuités et discontinuités, perspectives » paru il y a 15 ans dans la revue Insaniyat ( consultable ici  ) qui donne une approche rétrospective originale de l’histoire du pays du point de vue d’une théorie, qu’il a développé dans de nombreux travaux, où la la rente occupe une place centrale. Nous ne partageons certes pas un certain nombre de points de vue exprimés ici ou ailleurs par cet auteur, pour qui, en faisant très bref, il faut sauver le capitalisme des capitalistes pour ouvrir la voie au socialisme (!). On peut lire aussi sur Algeria Watch, une interview donnée en 2015 à El Watan. 


L’Économie rentière en Algérie : continuités et discontinuités, perspectives

La grande continuité de l’histoire de l’Algérie me paraît résider dans les dimensions extraordinaires qu’a prises la rente pour ériger les blocages sociaux et économiques contre une transition vers un capitalisme à croissance auto- entretenue, orienté vers les besoins des masses. La rente est certainement un héritage lourd du passé de la plupart des pays qui ne sont pas dans le peloton de tête de l’industrialisation, car la spécialisation inégale à la suite de la révolution industrielle dans le centre du système mondial a largement renforcé les structures rentières, notamment aussi sur le plan politique par les orientations qu’ont forcément dû prendre les mouvements nationaux. Continuer la lecture de « La rente, l’État et la révolte (II) »

La rente, l’État et la révolte

Nous publions ici la seconde partie de l’article de Nadji Safir « Algérie 2019: à propos d’un nouveau contexte de crise » paru sur médiapart début mars qui contextualise de façon originale la question de la rente dans le cadre du mouvement actuel. Nos reviendrons sur le sujet très prochainement. (Illustration : l’homme jaune)

« Alors, évidemment, la première question qui vient à l’esprit est celle de savoir comment avons-nous pu en arriver à cette nouvelle donne en termes de mobilisation populaire ? La situation que nous vivons peut-elle être considérée comme un coup de tonnerre dans un ciel serein ? A ces questions, pour l’essentiel, mes réponses consistent à dire – ainsi que je l’ai écrit depuis quelques années déjà et à maintes reprises – que nous sommes en présence d’une phase de mûrissement d’une lente évolution, liée à une crise inscrite dans les éléments constitutifs les plus fondamentaux à la base même de la configuration du « modèle » selon lequel, en Algérie, se sont nouées les relations entre la Société et l’Etat. Et ce, dès le début des années 1970 déjà, puis avec, en quelque sorte, une réactivation de plus grande intensité du même « modèle », mais sur la base des mêmes principes fondamentaux à partir du début des années 2000 et qui, ici, vont constituer la phase historique qui nous intéresse le plus.
Pour l’essentiel, « le modèle » repose sur le fonctionnement de deux logiques systémiques de rente, étroitement liées entre elles : – une rente systémique endogène, politique, de nature symbolique et d’origine historique et une rente systémique exogène, énergétique, de nature économique et d’origine extractive. Continuer la lecture de « La rente, l’État et la révolte »

Un débat sur l’Algérie pré-coloniale (II)

Dans une réponse au texte de René Gallissot parue dans le même numéro de la revue La Pensée, Lucette Valensi récuse la notion de mode de production féodal et critique l’importance que Gallissot donne aux antagonismes internes aux collectivités pré-capitalistes. Comme nous l’avons déjà mentionné il est assez aisé de réfuter les interprétations « féodalisantes » ( où sont les châteaux, les vassaux, les fiefs ?) par contre Valensi constate de façon plus incisive que les révoltes paysannes « entraînent tout le groupement, riches et pauvres, cadres religieux et paysans. On ne voit pas de lutte sociale qui opposerait les classes entre elles, les riches aux pauvres, les khammès aux possédants : tout le groupe marche. (Et quand la France s’installe, même chose : la plèbe rurale suit ses chefs). R. Gallissot admet d’ailleurs que les luttes internes sont « voilées » lors des soulèvements paysans. » Continuer la lecture de « Un débat sur l’Algérie pré-coloniale (II) »

Un débat sur l’Algérie pré-coloniale (I)

L’autogestion et les débats sur le mode de production pré-colonial

Dans l’introduction de son livre L’autogestion, l’homme et l’État, Serge Koulytchisky donne cette présentation succincte du débat, que nous allons évoquer entre René Gallissot et Lucette Valensi ( parus dans la revue La Pensée en décembre 1968 téléchargeable sur Gallica), tout en le rapprochant de la question des « origines de l’autogestion » : « L’époque pré-coloniale en Algérie est marquée sur le plan socio-économique par un mode de production de type asiatique. De savants débats ont eu lieu à ce sujet, marqués par une confrontation entre René Gallissot et Lucette Valensi, le premier taxant de « féodal » ce mode de production, tandis que la seconde le considérait comme « archaïque ». Continuer la lecture de « Un débat sur l’Algérie pré-coloniale (I) »

La question des « racines pré-coloniales » de l’autogestion  : la touiza avant-hier et aujourd’hui ?

Le concept de twiza, parfois rendu « touiza » en français, «  corvée bénévole mais imposée par la coutume » qui permet « la réaffirmation de la solidarité familiale, clanique au villageois » ( Pierre Bourdieu Sociologie de l’Algérie) a été parfois évoqué comme source pré-coloniale du mouvement spontané d’autogestion en Algérie après l’indépendance. Si son importance était indéniable dans la société traditionnelle ( « C’est par des touiza que le pauvre Kabyle bâtit sa maison; c’est avec le secours d’une touiza de femmes et d’enfants qu’il fait la récolte de ses olives. Si la touiza reçue n’engendre pas l’obligation légale de la reconnaître par une prestation quelconque, celui qui en a profité a trop d’amour-propre pour ne pas rendre à ses voisins, dans l’occasion, l’assistance qu’ils lui ont prêtée. » A. Hanoteau & A. Letourneux, La Kabylie et les coutumes kabyles, Paris ), il ne faut pas oublier non plus que dans l’évolution de ces sociétés son rôle pouvait changer comme le rappelle René Gallissot lors de son débat avec Lucette Valensi « Le Maghreb précolonial : mode de production archaïque ou mode de production féodal ? » Continuer la lecture de « La question des « racines pré-coloniales » de l’autogestion  : la touiza avant-hier et aujourd’hui ? »

Les chansons qui accompagnent le mouvement actuel (dernière MAJ : 23/02)

( titre souligné : lien vers les vidéos )

On a un peu évoqué dans la presse française la chanson « Libérez l’Algérie » composée par une série d’artistes connus ( DJAM, Amel Zen, Idir Benaibouche, etc…) mais des rappeurs ont aussi apporté leur contribution tel Anes Tina avec « No you can’t »   ou Lofti DK .

Un des plus beaux succès  à ce jour ( près de 8 millions de vues sur Youtube) revient à la chanson  « Allô, le système » de la jeune chanteuse Raja Meziane (originaire de Tlemcen) dont certaines paroles ont été traduites :

« C’est un ouragan arrivé  /Les zwawla (démunis) se sont levés

les enfants du peuple sont sortis / et Moh, moul tabla (vendeurs de cigarettes)

les caisses sont vides / le pays est à l’arrêt

rongé jusqu’à l’os / ça perdure

vous avez détruit l’éducation / et c’est la débandade

société handicapée / la culture absente

le peuple qui saute dans les embarcations

et vous, vous croyez que vous allez rester éternellement (au pouvoir)

vous nous avez enterrés vivants

et vous avez laissé les morts diriger… »

La plus belle des chansons anti-système est selon nous la Casa del Mouradia composée par un groupe de supporters de football Ouled El-Bahdja ( qui ont également repris un poème de Victor Hugo Ultima Verba  ).

On l’entend (et la voit )  ici  chantée lors de la manifestation du 8 mars, ici dans un stade et ici couplée à d’autres chansons politiques de supporters. Enfin à écouter:  un reportage audio de l’émission « les pieds sur terre » sur France Culture, « Toutes les révolutions ont une chanson et toutes les chansons ont une histoire. On va vous raconter celle de « La Casa del Mouradia », l’hymne des manifestations algériennes.  »

Traduction de la chanson par Lignes quotidiennes, le blog Akkram Belkaïd :

« C’est l’aube et le sommeil ne vient pas

Je consomme à petites doses

Quelle en est la raison ?

Qui dois-je blâmer ?

On en a assez de cette vie

C’est l’aube et le sommeil ne vient pas

Je consomme à petites doses

Quelle en est la raison ?

Qui dois-je blâmer ?

On en a assez de cette vie

Le premier [mandat], on dira qu’il est passé

Ils nous ont eu avec la décennie [noire]

Au deuxième, l’histoire est devenue claire

La Casa d’El Mouradia [quartier où se trouve le palais présidentiel]

Au troisième, le pays s’est amaigri

La faute aux intérêts personnels

Au quatrième, la poupée est morte et

L’affaire suit son cours…

Le premier [mandat], on dira qu’il est passé

Ils nous ont eu avec la décennie [noire]

Au deuxième, l’histoire est devenue claire

La Casa d’El Mouradia [quartier où se trouve le palais présidentiel]

Au troisième, le pays s’est amaigri

La faute aux intérêts personnels

Au quatrième, la poupée est morte et

L’affaire suit son cours

C’est l’aube et le sommeil ne vient pas

Je consomme à petites doses

Quelle en est la raison ?

Qui dois-je blâmer ?

On en a assez de cette vie

C’est l’aube et le sommeil ne vient pas

Je consomme à petites doses

Quelle en est la raison ?

Qui dois-je blâmer ?

On en a assez de cette vie

Le cinquième [mandat] va suivre

Entre-eux l’affaire se conclut

Et le passé est archivé

La voix de la liberté…

Dans notre virage la discussion est privée

Ils nous connaissent quand il déferle

L’école… et la nécessité du c.v

Un bureau pour l’analphabétisme

Le cinquième [mandat] va suivre

Entre-eux l’affaire se conclut

Et le passé est archivé

La voix de la liberté…

Dans notre virage la discussion est privée

Ils nous connaissent quand il déferle

L’école… et la nécessité du c.v

Un bureau pour l’analphabétisme

C’est l’aube et le sommeil ne vient pas

Je consomme à petites doses

Quelle en est la raison ?

Qui dois-je blâmer ?

On en a assez de cette vie

C’est l’aube et le sommeil ne vient pas

Je consomme à petites doses

Quelle en est la raison ?

Qui dois-je blâmer ?

On en a assez de cette vie »

Sur cette tradition des chants politiques de supporters Sihem Benmalek écrivait, de façon prémonitoire  en février sur le site du journal  liberté algérie. : 

Continuer la lecture de « Les chansons qui accompagnent le mouvement actuel (dernière MAJ : 23/02) »

Ali Chibani : L’Algérie renoue avec son histoire occultée

Nous nous permettons de republier cet article de Ali Chibani  « L’Algérie renoue avec son histoire occultée » paru hier sur le site orientxxi.info et qui constitue une des meilleurs panoramas disponibles.  ( Illustration empruntée à l’homme jaune )

Si Abdelaziz Bouteflika a renoncé à se présenter au scrutin présidentiel, cette décision aboutit, pour l’instant, à une situation paradoxale : son mandat est prolongé sans même la tenue d’un scrutin. Si la caste au pouvoir tente de sauver ce qu’elle peut, les manifestants exigent la chute du système qui les opprime et appellent à renouer avec les pages glorieuses de la lutte de libération.

Continuer la lecture de « Ali Chibani : L’Algérie renoue avec son histoire occultée »

L’Algérie est au bord de l’éclosion

Le travail mené cahin-caha sur ce site ayant la chance d’être contemporain du formidable mouvement qui est en train de faire vaciller le nécro-népotisme algérien nous relayerons ici des documents et des analyses sur cette mobilisation inédite, analyses dont nous ne partageons pas nécessairement le point de vue mais qui nous paraissent éclairantes.

Ci-après  ce texte (trouvé sur Algeria Watch ) de Mohammed Harbi et Nedjib Sidi Moussa ( dont nous incitons vivement à ré-écouter l’interview donnée sur France-culture hier,  11 mars).

L’Algérie est au bord de l’éclosion
Mohammed HARBI et Nedjib SIDI MOUSSA, 11 mars 2019

Le surgissement populaire du 22 février constitue une rupture majeure dans notre histoire comme dans celle du Maghreb. Il s’agit de la consolider et d’élargir le champ des possibles. Aujourd’hui, les Algériens ont remporté une première victoire.
Notre tâche prioritaire est de tirer la leçon du soulèvement d’octobre 1988 et d’éviter à nouveau le « détournement du fleuve », à savoir la confiscation de la souveraineté populaire qui est à l’origine de l’autoritarisme sous sa forme actuelle.
Nous sommes devant une nouvelle crise du régime mais le peuple algérien a déjà tranché. Le FLN a vécu, le cinquième mandant aussi. L’annonce du président, ce 11 mars 2019, ne fait qu’entériner cet état de fait.
Ici et là, des alternatives politiciennes sont proposées par les démocrates au nom du changement. Mais les intérêts des classes populaires sont rarement pris en considération. Or, ce sont elles qui vivent le plus intensément l’humiliation, les abus du pouvoir et la hogra.
Ces maux caractérisent tout le Maghreb. C’est pourquoi, après la révolution tunisienne et le mouvement du 20 février 2011 au Maroc, la situation algérienne résonne avec autant de force chez tous ceux qui aspirent à la dignité.
Sans céder à l’esprit de revanche, il nous faut prendre garde à ce que les anciens partisans du statu quo ne se rachètent pas une virginité au nom d’une transition qui renouerait insidieusement avec l’ancien régime et ses pratiques (corruption, clientélisme, prédation, etc.).
La démocratie, que chacun revendique désormais à voix haute, est tout le contraire du consensus dont nous subissons les conséquences. Souvenons-nous qu’il a toujours constitué le cri de ralliement pour les classes dirigeantes.
Le souci d’établir des rapports égalitaires est à la base de la fraternité dont rêve le peuple. Mais pour lui donner de la consistance, il faut sortir de l’unanimisme de façade qui constitue un frein à la décantation et au regroupement des forces populaires.
La république est à refonder, en rupture avec les tentations despotiques assimilées à la monarchie par les acteurs du surgissement populaire.
Les aspirations des classes laborieuses, dont les femmes et la jeunesse constituent les moteurs, doivent être affirmées dès à présent. Il faudra donc respecter leur autonomie d’organisation et d’action. Dans cette perspective, l’égalité des sexes est indiscutable.
Contrairement à l’idée selon laquelle les Algériennes et les Algériens se seraient réveillés le 22 février, les événements en cours sont en réalité le fruit d’un long processus nourri du combat des forces les plus déterminées et payé par elles au prix fort.
De nombreuses luttes sectorielles, qui ne se sont guère aventurées sur le terrain politique, ont été menées au cours de la dernière période, dans toutes les régions du pays.
Les concessions matérielles, faites par un gouvernement désireux d’acheter la paix sociale, ont été rattrapées par l’inflation et la cherté de la vie, ce qui souligne l’importance du mot d’ordre de grève générale pour dépasser la segmentation et se constituer en force indépendante.
La main tendue des oligarques aux travailleurs est un marché de dupes et ne fait que perpétuer leur subordination à l’agenda néolibéral. Car ce sont les hommes d’affaires qui ont besoin des masses populaires pour faire pression sur le pouvoir afin de défendre leurs privilèges. En revanche, les chômeurs, les pauvres et les salariés n’ont pas besoin de s’appuyer sur les milliardaires pour affirmer leurs propres objectifs.
Depuis 2012 au moins, s’est constituée dans l’ombre une clique comprenant les représentants de la politique en uniforme, le président et sa famille, ainsi que les affairistes. C’est ce groupe qui a soutenu l’appel à un quatrième mandat puis à un cinquième. Son arrogance est à l’origine du sursaut populaire.
Soyons vigilants : l’épouvantail d’une ingérence de forces extérieures n’est pas crédible. Arrêtons de chercher le diable en dehors de nous. La crise oppose des forces sociales et politiques internes à l’Algérie.
L’aspiration à un changement radical s’est exprimée massivement et avec force dans les rues, faisant vaciller les tenants du régime. Pour la grande majorité de notre peuple, la quête de la liberté n’est pas séparable de celle de l’égalité.
Nous sommes aux côtés des classes populaires dans leur volonté de gérer elles-mêmes leurs propres affaires. Car il ne peut y avoir de démocratie réelle sans prise en compte de leurs aspirations spécifiques.
Nous sommes partisans de l’auto-organisation des travailleurs, à travers la mise en place d’assemblées dans les quartiers, les villages et les villes, où les individus délibèreront de la prise en charge de tous les aspects de la vie quotidienne, sans la médiation de l’Etat ou des professionnels de la représentation.
Il s’agit d’aller le plus loin possible dans la remise en cause de l’ordre capitaliste, sécuritaire, patriarcal et religieux.
Notre pays a hérité de l’esprit de la hisba, la surveillance de tous par tous. Opposons-lui le respect de l’autonomie individuelle, la liberté de conscience, celle de disposer de son propre corps, de le mettre en mouvement et de se réapproprier tous ensemble l’espace public, comme l’ont fait, dans la joie, les Algériennes et les Algériens.
Le chemin qui mène à l’émancipation sociale est long mais il n’est pas d’autre voie pour réaliser l’épanouissement de chacun et de tous.

La question des « racines pré-coloniales de l’autogestion » : A propos de l’asabiyya

Il est en quelque sorte paradoxal que Raptis utilise le concept d’’asabiyya ( tel qu’il est théorisé par Yves Lacoste) pour parler de l’autogestion alors que cette notion forgée par Ibn Khaldûn est utilisée de façon récurrente par les chercheurs pour analyser la constitution de certains pouvoir post-coloniaux dans le Maghreb et le Machreq.
Le terme fait d’ores et déjà l’objet d’un grand nombre de définitions que recensait Olivier Carré : « cette fameuse ‘asabiyya que l’on traduit par « esprit de corps » (Slane) , « esprit de clan » (Monteil) , « solidarité agnatique » (Nassar) , group feeling, irrational solidarity (E. I. J. Rosenthal), Gemeinsinn, «conscience nationale», «patriotisme», «esprit de parti », etc » ( in « A propos de la sociologie politique d’Ibn Khaldûn »). Continuer la lecture de « La question des « racines pré-coloniales de l’autogestion » : A propos de l’asabiyya »