Un débat sur l’Algérie pré-coloniale (II)

Dans une réponse au texte de René Gallissot parue dans le même numéro de la revue La Pensée, Lucette Valensi récuse la notion de mode de production féodal et critique l’importance que Gallissot donne aux antagonismes internes aux collectivités pré-capitalistes. Comme nous l’avons déjà mentionné il est assez aisé de réfuter les interprétations « féodalisantes » ( où sont les châteaux, les vassaux, les fiefs ?) par contre Valensi constate de façon plus incisive que les révoltes paysannes « entraînent tout le groupement, riches et pauvres, cadres religieux et paysans. On ne voit pas de lutte sociale qui opposerait les classes entre elles, les riches aux pauvres, les khammès aux possédants : tout le groupe marche. (Et quand la France s’installe, même chose : la plèbe rurale suit ses chefs). R. Gallissot admet d’ailleurs que les luttes internes sont « voilées » lors des soulèvements paysans. » Continuer la lecture de « Un débat sur l’Algérie pré-coloniale (II) »

Un débat sur l’Algérie pré-coloniale (I)

L’autogestion et les débats sur le mode de production pré-colonial

Dans l’introduction de son livre L’autogestion, l’homme et l’État, Serge Koulytchisky donne cette présentation succincte du débat, que nous allons évoquer entre René Gallissot et Lucette Valensi ( parus dans la revue La Pensée en décembre 1968 téléchargeable sur Gallica), tout en le rapprochant de la question des « origines de l’autogestion » : « L’époque pré-coloniale en Algérie est marquée sur le plan socio-économique par un mode de production de type asiatique. De savants débats ont eu lieu à ce sujet, marqués par une confrontation entre René Gallissot et Lucette Valensi, le premier taxant de « féodal » ce mode de production, tandis que la seconde le considérait comme « archaïque ». Continuer la lecture de « Un débat sur l’Algérie pré-coloniale (I) »

La question des « racines pré-coloniales » de l’autogestion  : la touiza avant-hier et aujourd’hui ?

Le concept de twiza, parfois rendu « touiza » en français, «  corvée bénévole mais imposée par la coutume » qui permet « la réaffirmation de la solidarité familiale, clanique au villageois » ( Pierre Bourdieu Sociologie de l’Algérie) a été parfois évoqué comme source pré-coloniale du mouvement spontané d’autogestion en Algérie après l’indépendance. Si son importance était indéniable dans la société traditionnelle ( « C’est par des touiza que le pauvre Kabyle bâtit sa maison; c’est avec le secours d’une touiza de femmes et d’enfants qu’il fait la récolte de ses olives. Si la touiza reçue n’engendre pas l’obligation légale de la reconnaître par une prestation quelconque, celui qui en a profité a trop d’amour-propre pour ne pas rendre à ses voisins, dans l’occasion, l’assistance qu’ils lui ont prêtée. » A. Hanoteau & A. Letourneux, La Kabylie et les coutumes kabyles, Paris ), il ne faut pas oublier non plus que dans l’évolution de ces sociétés son rôle pouvait changer comme le rappelle René Gallissot lors de son débat avec Lucette Valensi « Le Maghreb précolonial : mode de production archaïque ou mode de production féodal ? » Continuer la lecture de « La question des « racines pré-coloniales » de l’autogestion  : la touiza avant-hier et aujourd’hui ? »

La question des « racines pré-coloniales de l’autogestion » : A propos de l’asabiyya

Il est en quelque sorte paradoxal que Raptis utilise le concept d’’asabiyya ( tel qu’il est théorisé par Yves Lacoste) pour parler de l’autogestion alors que cette notion forgée par Ibn Khaldûn est utilisée de façon récurrente par les chercheurs pour analyser la constitution de certains pouvoir post-coloniaux dans le Maghreb et le Machreq.
Le terme fait d’ores et déjà l’objet d’un grand nombre de définitions que recensait Olivier Carré : « cette fameuse ‘asabiyya que l’on traduit par « esprit de corps » (Slane) , « esprit de clan » (Monteil) , « solidarité agnatique » (Nassar) , group feeling, irrational solidarity (E. I. J. Rosenthal), Gemeinsinn, «conscience nationale», «patriotisme», «esprit de parti », etc » ( in « A propos de la sociologie politique d’Ibn Khaldûn »). Continuer la lecture de « La question des « racines pré-coloniales de l’autogestion » : A propos de l’asabiyya »

La question des « racines  pré-coloniales » de l’autogestion : Solidarité tribale et autogestion.

Pour débuter cette première série de notes de lecture qui porte sur les « sources  pré-coloniales » de l’autogestion, nous reproduisons le court article de Michel Raptis-Pablo paru dans le deuxième numéro de la revue Autogestion sous le titre Solidarité tribale et autogestion. Si le rapprochement que fait Raptis entre l’asabiyya analysée par Ibn Khaldoun (sur laquelle nous reviendrons) et l’autogestion algérienne est pour le moins expéditif, l’article a en tout cas le mérite d’entrer dans le vif du sujet. Notons que si, la rapide référence au concept ô combien discutable de mode de production asiatique est pour le moins maladroite, la conclusion effectue une habile reprise/allusion, sans la citer, de la lettre (et surtout des brouillons qui l’ont précédé), de Marx à Vera Zassoulitch et notamment du fameux passage : « L’analyse donnée dans le « Capital » n’offre donc de raisons ni pour ni contre la vitalité de la commune rurale, mais l’étude spéciale que j’en ai faite, et dont j’ai cherché les matériaux dans les sources originales, m’a convaincu que cette commune est le point d’appui de la régénération sociale en Russie, mais afin qu’elle puisse fonctionner comme telle, il faudrait d’abord éliminer les influences délétères qui l’assaillent de tous les côtés et ensuite lui assurer les conditions normales d’un développement spontané. » Continuer la lecture de « La question des « racines  pré-coloniales » de l’autogestion : Solidarité tribale et autogestion. »