Accouchement difficile – Épisode 1 : Beaucoup d’argent pour quoi?

Nous entamons ici un journal de la crise qui a commencé au début de 2020 avec la pandémie du Covid-19. C’est un exercice périlleux en ce que nos analyses vont manquer de recul. L’écriture de l’histoire immédiate n’est parfois pas loin du simple commentaire d’actualité. Nous nous lançons quand même. Nous nous appuierons de temps en temps sur le dernier chapitre de notre ouvrage Le Ménage à trois de la lutte de classes, que ce soit pour infirmer ou pour confirmer les projections de la crise alors à venir, que nous tentions d’anticiper. Pour le reste, nos analyses se développeront dans le cadre normal de la théorie marxienne de l’accumulation du capital. L’apparition d’un virus plus dangereux que les autres ne change pas l’axiome de base : l’histoire du mode de production capitaliste est l’histoire de la lutte de classe entre prolétariat et capital. Toute crise manifeste un emballement dans ce rapport entre classes, plus ou moins critique selon les cas.

Évidemment, la première question qui nous est venue à l’esprit a été : la crise qui éclate est-elle la crise, non pas au sens de la crise « finale », mais au sens d’une crise suffisamment profonde pour poser la nécessité d’un changement d’époque : révolution communiste ou restructuration radicale du mode de production en place. Pour le moment, on en est pas là, comme on le verra dans les premiers épisodes. Mais avec le temps, ne va-t-on se rapprocher de plus en plus de ce point de bifurcation? C’est l’interrogation à laquelle nous serons sans cesse confrontés dans ce journal, car il y a longtemps déjà que le « monde d’avant » est gros d’un « monde d’après » – pas forcément celui dont il est question dans le discours politique et médiatique.

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Échange avec R.S. (Théorie Communiste), I° partie

Nous reproduisons ici le début d’un échange commencé sur le site dndf.org en avril 2020. Il s’agit d’un commentaire de R.S., membre du groupe-revue Théorie Communiste, suivi de la réponse de R.F. Le différend porte notamment sur la légitimité de la notion de sursalaire, que nous avons introduit dans Le Ménage à trois de la lutte des classes, pour définir le surcroît de valeur qui différencie les salaires de la classe moyenne salariée de ceux du prolétariat.
D’autres épisodes vont suivre.

R.F. – B.A.,
juin 2020

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Classe moyenne salariée et crise : lignes de démarcation

Classe moyenne salariée et crise : lignes de démarcation
R.F.
(février 2020)

Le texte qui suit est une version modifiée et rallongée de Classi medie e parole in libertà (1) – une réponse à la recension que Dino Erba (2) (dorénavant DE) a consacré au livre de Bruno Astarian et moi-même, Le ménage à trois de la lutte des classes, sorti en France au milieu de décembre 2019 (Editions de l’Asymétrie), et actuellement en cours de traduction en italien. Suite à plusieurs sollicitations, il m’a paru opportun de revenir sur le premier jet de ce texte-là, d’abord pour le rendre intelligible à un lectorat plus ample, étant donné que la recension de DE a circulé uniquement parmi ses contacts personnels et n’est pas, à l’heure actuelle, disponible sur internet. En deuxième lieu, le compte-rendu de Le ménage à trois… donné par DE a été repris par Michele Castaldo (dorénavant MC), qui s’en est saisi pour un texte ultérieur, Ceto medio e suo movimento in questa fase (3), sur lequel il m’a paru nécessaire m’étendre un peu plus. Continuer la lecture de « Classe moyenne salariée et crise : lignes de démarcation »

Un échange autour de classe moyenne salariée, « aristocratie ouvrière », etc.

Nous reproduisons ici un échange ayant eu lieu sur le site www.hicsalta-communisation.com pendant l’été 2017, à l’heure où nous venions d’y publier, sous forme d’épisodes d’un feuilleton, le premier jet de ce qui allaient devenir la Présentation et le Chapitre I de Le ménage à trois de la lutte des classes. Nous ne connaissions pas notre interlocuteur et nous ne savons pas si cet échange lui a été d’une quelconque utilité. Quant à nous, il nous a été utile pour la suite en ce qu’il nous a permis de mieux cerner la différence entre ce que nous appelons la classe moyenne salariée (CMS) et les fractions supérieures de la classe ouvrière par niveau de qualification et/ou de rémunération.

R.F. – B.A., mai 2020 Continuer la lecture de « Un échange autour de classe moyenne salariée, « aristocratie ouvrière », etc. »

Recension du livre dans Le Monde Diplomatique de mai 2020

« Les auteurs s’inscrivent dans le courant dit de la communisation et proposent de prendre au sérieux le rôle de la classe moyenne salariée dans le rapport social capitaliste, qui ne se réduit pas à la «contradiction fondamentale entre prolétariat et capital ». Au-delà du flou concernant sa définition et du manque de travaux à son sujet, la classe moyenne bénéficie selon Bruno Astarian et Robert Ferro d’un sursalaire compris comme «une prime de soumission (au capital) et une prime d’autorité (sur le prolétariat)». De plus, ce groupe prouve son existence propre par ses combats menés, qui sont analysés à travers plu- sieurs chapitres. Or, en s’engageant dans des luttes interclassistes aux côtés de la classe moyenne, le prolétariat «n’a aucune possibilité de créer les conditions du dépassement de sa contradiction avec le capital ». Mais une nouvelle crise mondiale devrait exacerber les tensions entre ces classes antagoniques et «se solder ou bien par une révolution communiste victorieuse ou bien par une restructuration ultérieure du mode de production capitaliste ».

NEDJIB SIDI MOUSSA