La frontière comme méthode ou la multiplication du travail

A paraître

Description

Sandro Mezzadra, Brett Neilson

LA FRONTIERE COMME MÉTHODE OU LA MULTIPLICATION DU TRAVAIL

( Border as Method, or, the Multiplication of Labor)

 

Traduction de Julien Guazzini.

Collection La cause est l’effet.

Parution : 27 Juin 2019

La frontière comme méthode ou la multiplication du travail  prend comme point de départ ce paradoxe : à l’ère de la mondialisation et de l’intégration européenne on assiste à ce que les auteurs appellent une «prolifération des frontières ». Cette prolifération ne peut toutefois s’analyser que si on ne s’arrête pas à la perception classique de la frontière comme seule démarcation et limite et qu’on la conçoit comme un instrument d’articulation des flux mondiaux. S’appuyant sur un vaste panorama des frontières mondiales et des luttes qui les entourent, ce livre propose une profonde refonte théorique sur les notions de travail, d’État-Nation, de souveraineté et de citoyenneté.

Extrait de la préface ( Traduction Julien Guazzini)

« Depuis l’Antiquité tardive, le tracé et l’établissement des frontières a été enveloppé de brouillard et de poussière, de violence et de magie. Aux quatre coins du monde, des sources rapportent les récits merveilleux et terrifiants du tracé des lignes de démarcation entre sacré et profane, bien et mal, privé et public, intérieur et extérieur. Depuis les expériences liminaires des sociétés rituelles, jusqu’à la délimitation de la terre en propriété privée, du fratricide de Remus par Romulus lors de la mythique fondation de Rome à l’expansion du limes de son Empire, ces récits évoquent la puissance productive de la frontière — le rôle stratégique qu’elle joue dans la fabrication du monde. Ils offrent aussi, d’un simple coup d’oeil, un aperçu de la profonde hétérogénéité du champ sémantique de la frontière, de ses implications symboliques et matérielles complexes. La représentation cartographique moderne et la disposition institutionnelle qui font de la frontière une ligne — tout d’abord en Europe, mondialisée ensuite par le tourbillon du colonialisme, de l’impérialisme et des luttes anticoloniales — a quelque peu masqué cette complexité et nous a amené à penser la frontière comme littéralement marginale. On assiste aujourd’hui à un profond changement à cet égard. Comme l’ont remarqué de nombreux chercheurs, la frontière est venue s’inscrire au centre de l’expérience contemporaine. Nous assistons seulement à une multiplication des différents types de frontières, mais aussi à la réémergence de la profonde hétérogénéité du champ sémantique de la frontière. Les démarcations symboliques, linguistiques, culturelles et urbaines ne s’articulent plus de façon rigide autour de la frontière géographique. Au contraire, elles se chevauchent, se connectent et se déconnectent de façon souvent imprévisible, contribuant à délimiter de nouvelles formes de domination et d’exploitation. »