{"id":58,"date":"2020-11-27T18:02:27","date_gmt":"2020-11-27T17:02:27","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/?p=58"},"modified":"2021-01-09T11:41:03","modified_gmt":"2021-01-09T10:41:03","slug":"le-debat-entre-jason-w-moore-john-bellamy-foster-et-les-ecolo-marxistes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/2020\/11\/27\/le-debat-entre-jason-w-moore-john-bellamy-foster-et-les-ecolo-marxistes\/","title":{"rendered":"Le \u00ab\u00a0d\u00e9bat\u00a0\u00bb entre Jason W. Moore, John Bellamy Foster et les \u00ab\u00a0marxistes \u00e9cologistes\u00a0\u00bb."},"content":{"rendered":"\n<p>C&rsquo;est dans ce qui semble \u00eatre le florissant courant du marxisme \u00e9cologique am\u00e9ricain ( si on en juge par leur revue <em>Capitalism Nature Socialism <\/em>&#8211; qui est en acc\u00e8s libre <a href=\"https:\/\/www.cnsjournal.org\/category\/cns-open-access\/\">en ligne<\/a>) que <em>Le capitalisme dans la toile de la vie<\/em> a provoqu\u00e9 le plus de r\u00e9actions. Cela tient notamment au fait qu&rsquo;il s&rsquo;y livre, ainsi que dans un article publi\u00e9 en 2016, <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/308520067_Metabolic_Rift_or_Metabolic_Shift_Dialectics_Nature_and_the_World-Historical_Method\">Metabolic Rift or Metabolic Shift<\/a>? qui reprend les m\u00eames arguments, \u00e0 une critique en r\u00e8gle de son ancien mentor John Bellamy Foster, \u00ab\u00a0fondateur\u00a0\u00bb du dit courant. Avant de donner la parole \u00e0 Foster and co, nous reproduisons d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 les grandes lignes de l&rsquo;argumentation de Moore  telle qu&rsquo;elle est d\u00e9velopp\u00e9e dans le troisi\u00e8me chapitre ( \u00a0\u00bb Vers un m\u00e9tabolisme unique : du dualisme \u00e0 la dialectique dans l&rsquo;\u00e9cologie-monde capitaliste\u00a0\u00bb) du livre publi\u00e9 par nos soins :<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>                                                                <strong>  &amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0La notion de m\u00e9tabolisme offre une m\u00e9taphore s\u00e9duisante. Avec l\u2019essor des \u00e9tudes environnementales critiques \u00e0 travers l\u2019ensemble des sciences humaines et sociales au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, le m\u00e9tabolisme et ses d\u00e9riv\u00e9s \u2013 la \u00ab rupture m\u00e9tabolique \u00bb surtout \u2013 ont pris une place privil\u00e9gi\u00e9e dans la pens\u00e9e \u00e9cologiste et marxiste \u00e9cologiste. Les d\u00e9bats grand public et radicaux autour de la notion de m\u00e9tabolisme ont mis en \u00e9vidence l\u2019importance d\u2019une perspective historique sur le lien entre le capitalisme global (ou la soci\u00e9t\u00e9 industrielle) et le changement environnemental mondial. Cette place privil\u00e9gi\u00e9e appelle deux commentaires. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la conception du m\u00e9tabolisme social de Marx a \u00e9t\u00e9 r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e comme \u00ab m\u00e9tabolisme de la nature et de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il n\u2019y a pratiquement pas eu de questionnement critique sur le m\u00e9tabolisme social comme \u00e9change m\u00e9tabolique entre deux entit\u00e9s : la nature et la soci\u00e9t\u00e9. Le m\u00e9tabolisme social a \u00e9t\u00e9 d\u00e9barrass\u00e9 de sa double int\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi cela devrait-il poser probl\u00e8me ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tudes centr\u00e9es sur le m\u00e9tabolisme se heurtent \u00e0 une contradiction laiss\u00e9e en suspens, entre d\u2019une part l\u2019adh\u00e9sion philosophique et discursive \u00e0 une ontologie relationnelle (l\u2019humanit\u00e9-<em>dans<\/em>-la nature), et d\u2019autre part l\u2019acceptation pratico-analytique du dualisme Nature\/ Soci\u00e9t\u00e9 (l\u2019humanit\u00e9 <em>et <\/em>la nature). En effet, l\u2019essor du m\u00e9tabolisme comme \u00ab concept phare \u00bb \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 doit beaucoup \u00e0 sa promesse de franchir le foss\u00e9 Nature\/Soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 l\u2019\u00e9poque \u2013 et aujourd\u2019hui encore \u2013, la notion de m\u00e9tabolisme promettait de per- mettre de placer la nature, comme <em>oikeios<\/em>, au c\u0153ur de notre fa\u00e7on de voir et d\u2019analyser le changement historique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette promesse n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tenue. Plut\u00f4t que de nous permettre de passer le gu\u00e9 cart\u00e9sien, les approches li\u00e9es \u00e0 la notion de m\u00e9tabolisme ont au contraire agrandi la distance entre les deux rives. L\u2019\u00ab \u00e9quilibre complexe du m\u00e9tabolisme social \u00bb de Marx est devenu le \u00ab m\u00e9tabolisme de la nature <em>et <\/em>de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb. Le m\u00e9tabolisme en tant que \u00ab rupture \u00bb <em>(\u00ab rift \u00bb<\/em>, <em>NdT<\/em>) est devenu une m\u00e9taphore de la s\u00e9paration, fond\u00e9e sur les flux mat\u00e9riels ayant cours <em>entre <\/em>la Nature et la Soci\u00e9t\u00e9. Ainsi, la <em>rupture <\/em>l\u2019a emport\u00e9 sur la <em>mutation <\/em>m\u00e9tabolique comme moyen d\u2019unifier l\u2019humanit\u00e9-dans-la-nature au sein de m\u00e9tabolismes unifi\u00e9s du pouvoir, de la richesse et de la nature. Pendant ce temps, notre \u00ab concept phare \u00bb marxiste-\u00e9cologiste s\u2019est oppos\u00e9 \u00e0 la propension de la praxis dialectique \u00e0 dissoudre ses objets analytiques (Nature\/Soci\u00e9t\u00e9), et \u00e0 cr\u00e9er de nouvelles cat\u00e9gories qui conviendraient pour saisir l\u2019enchev\u00eatrement et l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration des humains avec le reste de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des caract\u00e9ristiques essentielles du dualisme cart\u00e9sien est la tendance \u00e0 restreindre la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 en tra\u00e7ant des s\u00e9parations absolues entre ce qui est humain et ce qui est \u00ab naturel \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait qualifier cela de <em>faille \u00e9pist\u00e9mique<\/em>. Au c\u0153ur de celle-ci, on trouve une s\u00e9rie d\u2019abstractions violentes impliqu\u00e9es dans la cr\u00e9a- tion et la reproduction de deux domaines \u00e9pist\u00e9miques distincts : la \u00ab Nature \u00bb et la \u00ab Soci\u00e9t\u00e9 \u00bb. Ces abstractions sont \u00ab violentes \u00bb parce qu\u2019elles \u00e9cartent des rapports essentiels \u00e0 chaque n\u0153ud au profit de la coh\u00e9rence narrative ou th\u00e9orique6. Ce n\u2019est pas par hasard si ce divorce symbolique entre la Nature et la Soci\u00e9t\u00e9 s\u2019est consolid\u00e9 avec le capitalisme naissant. Cette faille \u00e9pist\u00e9mique \u00e9tait une expression \u2013 et, par de nouvelles formes de praxis symbolique, un agent \u2013 du divorce mat\u00e9riel entre les producteurs directs et les moyens de production qui r\u00e9volutionnait le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le m\u00e9tabolisme n\u2019est pas un \u00e9change entre des objets quasi ind\u00e9pendants \u2013 la Nature et la Soci\u00e9t\u00e9 \u2013, mais au contraire un processus de production de la vie au sein de la biosph\u00e8re et de ses processus initi\u00e9s par les humains, de nouvelles possibilit\u00e9s \u00e9mergent. La faille \u00e9pist\u00e9mique pourrait alors \u00eatre transcend\u00e9e. Un m\u00e9tabolisme unique de l\u2019humanit\u00e9-dans-la-nature nous permettrait de tracer une voie au-del\u00e0 du dualisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Pris dans un sens tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral, ce genre d\u2019affirmation ne fait pas d\u00e9bat. Bien s\u00fbr ! Ne souhaitons-nous pas tous transcender le dualisme ? Ce questionnement est en g\u00e9n\u00e9ral accueilli avec une large approbation, surtout, mais pas uniquement, parmi les chercheurs cri- tiques. Mais cette approbation ne d\u00e9bouche sur aucune action r\u00e9elle en l\u2019absence d\u2019une m\u00e9thode \u2013 ce que j\u2019appelle la double int\u00e9riorit\u00e9 \u2013 qui permette et encourage de nouvelles analyses prenant r\u00e9ellement en compte la nature. M\u00eame aujourd\u2019hui, l\u2019esprit de cette double int\u00e9riorit\u00e9 reste largement \u00e9tranger aux cadres m\u00e9thodologiques des propositions th\u00e9oriques et des strat\u00e9gies narratives des sciences humaines et sociales. Celles-ci restent captives de la logique de l\u2019exceptionnalisme humain : c\u2019est-\u00e0-dire la curieuse notion selon laquelle l\u2019humanit\u00e9 serait \u00ab la seule \u00e0 ne pas \u00eatre inscrite dans un r\u00e9seau spatial et temporel de d\u00e9pendances inter-esp\u00e8ces \u00bb. Dans cette logique, les rapports entre les humains sont consid\u00e9r\u00e9s comme ontologiquement primordiaux, eu \u00e9gard aux rapports naturels, une proc\u00e9dure m\u00e9tath\u00e9orique qui permet de traiter de la modernit\u00e9 comme d\u2019un ensemble de rapports sociaux qui agissent sur la toile de la vie, plut\u00f4t que de se d\u00e9velopper \u00e0 travers elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Mettant l\u2019accent sur la discontinuit\u00e9 et la s\u00e9paration plut\u00f4t que sur la reconfiguration et l\u2019unit\u00e9, la faille m\u00e9tabolique en est venue \u00e0 signifier \u00ab une rupture dans l\u2019\u00e9change entre les syst\u00e8mes sociaux et les syst\u00e8mes naturels \u00bb. Dans ce cadre, les syst\u00e8mes sociaux sont s\u00e9par\u00e9s des syst\u00e8mes naturels. Les syst\u00e8mes sociaux <em>d\u00e9stabilisent <\/em>les syst\u00e8mes naturels. \u00c0 mesure que le capitalisme se d\u00e9veloppe, la d\u00e9stabilisation de la nature s\u2019intensifie, conduisant \u00e0 une \u00ab crise de la plan\u00e8te \u00bb. Une catastrophe s\u2019ensuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Si tout cela ne manque pas de sens, est-ce du <em>bon <\/em>sens pour autant ? La nature est-elle vraiment mieux saisie lorsqu\u2019elle est comprise comme ext\u00e9rieure au capitalisme \u2013 et comme une limite ext\u00e9rieure de celui-ci ? Ou bien le capitalisme, <em>et ses limites<\/em>, est-il coproduit par des configurations changeantes de la nature humaine et extrahumaine ?<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on commence par l\u2019<em>oikeios <\/em>et la double int\u00e9riorit\u00e9, on peut re-conceptualiser le m\u00e9tabolisme comme un flux de pouvoir, de capital et de nature mat\u00e9rielle caract\u00e9ris\u00e9 par une \u00ab co\u00efncidence ininterrompue de notre \u00eatre, de notre agir et de notre savoir \u00bb9. La refonte de notre r\u00e9cit sur la base de cette \u00ab co\u00efncidence ininterrompue \u00bb implique un mouvement allant de \u00ab l\u2019environnement \u00bb comme objet \u00e0 la production de l\u2019environnement \u2013 comme nous l\u2019avons vu dans le chapitre I. Pour l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e8re du capitalisme historique, la production de l\u2019environnement a atteint un stade de d\u00e9veloppement susceptible de faciliter une nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique. Celle-ci est g\u00e9n\u00e9ralement appel\u00e9e \u00ab Anthropoc\u00e8ne \u00bb (<em>\u00e2ge de l\u2019homme<\/em>), mais est plus correctement appel\u00e9e \u00ab Capitaloc\u00e8ne \u00bb (<em>\u00e2ge du capital<\/em>). Il est certain que le xxie si\u00e8cle est un moment de changement mondial extraordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Interpr\u00e9ter ces extraordinaires changements mondiaux est une t\u00e2che colossale, d\u2019autant qu\u2019elle est compliqu\u00e9e pas simplement parles faits sur le terrain. Car la faille \u00e9pist\u00e9mique entre l\u2019\u00e9conomique et l\u2019environnemental limite notre aptitude \u00e0 comprendre la conjoncture actuelle ; elle limite notre compr\u00e9hension de la fa\u00e7on dont le capitalisme a cr\u00e9\u00e9 et r\u00e9solu les crises sur la <em>longue dur\u00e9e<\/em>. Un concept de m\u00e9tabolisme qui transcende cette faille \u00e9pist\u00e9mique peut toutefois nous lib\u00e9rer de ces entraves. Le m\u00e9tabolisme deviendrait alors plus qu\u2019une fa\u00e7on de saisir les flux <em>entre : <\/em>un moyen de comprendre les flux <em>\u00e0 travers. <\/em>Dans ce qui suit, nous envisageons une reconstitution du m\u00e9tabolisme comme un moyen d\u2019unifier les flux diff\u00e9renci\u00e9s du capital, du pouvoir et de la vie propres \u00e0 la modernit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>( Jason W. Moore, <em>Le Capitalisme dans la toile de la vie <\/em>pp. 111-114 &#8211; Traduit de l&rsquo;Anglais par Robert Ferro)<\/p>\n\n\n\n<p>                                                                      <strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Foster, dont sont publi\u00e9s en fran\u00e7ais <a href=\"http:\/\/www.editionsamsterdam.fr\/john-bellamy-foster\/\"><em>Marx \u00e9cologiste<\/em> <\/a> (\u00c9ditions Amsterdam, dont le site <em>Contretemps<\/em> a publi\u00e9 quelques <a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/bonnes-feuilles-de-marx-ecologiste-de-john-bellamy-foster\/\">\u00ab\u00a0bonnes feuilles\u00a0\u00bb<\/a>) et  <em><a href=\"https:\/\/editionscritiques.fr\/produit\/ecologiste-savoir-a-propos-capitalisme-john-bellamy-foster-fred-magdoff\/\">Ce que tout \u00e9cologiste doit savoir du capitalisme<\/a><\/em>  (\u00c9ditions Critiques), a r\u00e9pondu, en 2016, via une <a href=\"https:\/\/climateandcapitalism.com\/2016\/06\/06\/in-defense-of-ecological-marxism-john-bellamy-foster-responds-to-a-critic\/\">interview<\/a> donn\u00e9e au site <em>Climate &amp; Capitalism <\/em> que nous traduisons enti\u00e8rement ici. Pr\u00e9cisons que Mr Moore s&rsquo;est \u00e9mu que nous donnions autant d&rsquo;espace \u00e0 ce qu&rsquo;il consid\u00e8re \u00eatre les \u00ab\u00a0calomnies\u00a0\u00bb de Foster ( dont effectivement les \u00ab\u00a0arguments\u00a0\u00bb d\u00e9velopp\u00e9s dans cette interview sont pour le moins paresseux) mais \u00e9galement de Alf Hornborg ( voir \u00ab\u00a0Au fil des recensions\u00a0\u00bb ). Comme nous ne m\u00e9nageons pas plus que cela ses anciens amis et que le principe de nos sites associ\u00e9s est de fournir une sorte d&rsquo;appareil critique ( donc critique !), nous laissons bien volontiers le lecteur juger de la validit\u00e9 ou non des positions des uns ou des autres&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>En d\u00e9fense du marxisme \u00e9cologique : John Bellamy Foster r\u00e9pond \u00e0 un  critique<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANGUS <\/strong>:  <em>Pour commencer, pourriez vous bri\u00e8vement nous r\u00e9sumer ce que signifie \u00ab\u00a0rupture m\u00e9tabolique\u00a0\u00bb <\/em>?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>FOSTER<\/strong> : C&rsquo;est un  d\u00e9fi de taille. Voyons si je peux rendre les principaux points th\u00e9oriques et historiques aussi succinctement que possible. Le concept de rupture m\u00e9tabolique prend sa source dans la th\u00e9orie de l&rsquo;ali\u00e9nation de Marx : la s\u00e9paration  des \u00eatres humains d&rsquo;avec eux m\u00eames comme \u00eatre productifs, d&rsquo;avec le proc\u00e8s de production, de leur propre esp\u00e8ce et des autres \u00eatres humains. La rupture m\u00e9tabolique est l&rsquo;expression concr\u00e8te de la s\u00e9paration humaine d&rsquo;avec les conditions mat\u00e9rielles de la vie, d&rsquo;avec la nature. <\/p>\n\n\n\n<p>Au milieu du XIXe si\u00e8cle, les scientifiques ont d\u00e9velopp\u00e9 le concept de m\u00e9tabolisme pour d\u00e9crire les \u00e9changes entre la mati\u00e8re et l&rsquo;\u00e9nergie &#8211; au sein et entre les organismes et entre les organismes et leurs environnements &#8211; qui sont essentiels \u00e0 toute forme vivante. Marx a incorpor\u00e9 ce concept dans le mat\u00e9rialisme historique, utilisant le terme de \u00ab\u00a0m\u00e9tabolisme social\u00a0\u00bb pour le travail et le proc\u00e8s de production et le \u00ab\u00a0m\u00e9tabolisme universel de la nature\u00a0\u00bb pour les processus naturels en g\u00e9n\u00e9ral. Comme \u00eatres vivants, objectifs, les humains ne peuvent exister que dans un rapport m\u00e9tabolique avec le reste de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin  des ann\u00e9es 1850 et 1860 des inqui\u00e9tudes s\u00e9rieuses sont apparues en Europe et en Am\u00e9rique du Nord concernant la perte de fertilit\u00e9 des sols. La nouvelle agriculture industrielle capitaliste d\u00e9pouillait rapidement ceux-ci de leurs nutriments. Marx d\u00e9crivait cela comme \u00a0\u00bb une rupture irr\u00e9parable dans le processus interd\u00e9pendant du m\u00e9tabolisme social, un m\u00e9tabolisme impos\u00e9 par les lois naturelle de la vie elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb [Ndt : citation non v\u00e9rifi\u00e9e]<\/p>\n\n\n\n<p> Restaurer ce m\u00e9tabolisme n&rsquo;est possible que dans une soci\u00e9t\u00e9 socialiste apte \u00e0 d\u00e9velopper une approche rationnelle et durable de la production et donc au m\u00e9tabolisme entre l&rsquo;homme et la nature. Marx insistait sur le fait que la soutenabilit\u00e9- maintenir la terre en l&rsquo;\u00e9tat pour le bien des g\u00e9n\u00e9rations futures- serait une caract\u00e9ristique centrale du socialisme, une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle les producteurs associ\u00e9s r\u00e9guleraient rationnellement le m\u00e9tabolisme entre eux-m\u00eames et la nature tout en d\u00e9veloppant leur potentiel humain. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANGUS<\/strong> : <em>En quoi la th\u00e9orie de la rupture m\u00e9tabolique contribue \u00e0 la compr\u00e9hension des crises environnementales d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ? <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>FOSTER : <\/strong> Toute notre compr\u00e9hension de la  crise du syst\u00e8me terrestre, des ruptures dans les limites plan\u00e9taires [ \u00ab\u00a0planetary boundaries\u00a0\u00bb] et des contradictions \u00e9conomiques  sont grandement enrichies par l&rsquo;assimilation des id\u00e9es de Marx. Un nombre croissant d&rsquo;\u00e9cologistes ont analys\u00e9 la rupture m\u00e9tabolique dans une large vari\u00e9t\u00e9 de sph\u00e8res, du sol au climat en passant par les syst\u00e8mes oc\u00e9aniques, connectant ces crises environnementales au m\u00e9tabolisme social ali\u00e9n\u00e9 du capitalisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx fournissait la seule vue syst\u00e9mique et dialectique permettant de saisir le probl\u00e8me \u00e9cologique comme simultan\u00e9ment \u00e9conomique et \u00e9cologique, enracin\u00e9 dans le mode de production capitaliste. Aucune autre approche n&rsquo;a la capacit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9grer une critique m\u00ealant \u00e0 la fois les sciences naturelles et les sciences sociales qui puisse fa\u00e7onner notre pratique dans l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n<p>Marx a bris\u00e9 le cercle de la logique capitaliste. Pour lui, l&rsquo;importance de la d\u00e9gradation environnementale ne tenait pas juste \u00e0 ce qu&rsquo;elle augmentait les co\u00fbts pour les capitalistes et contribuait aux crises \u00e9conomiques. Il s&rsquo;int\u00e9ressait \u00e0 la d\u00e9gradation de l&rsquo;environnement en tant que telle. La th\u00e9orie de la rupture m\u00e9tabolique chez Marx nous permet de comprendre comment le capitalisme se d\u00e9veloppe en externalisant d\u00e9chets et d\u00e9gradation de l&rsquo;environnement, un probl\u00e8me qui ne peut \u00eatre surmont\u00e9 que par le socialisme, fond\u00e9 sur un rapport rationnel et soutenable \u00e0 la nature. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANGUS : <\/strong><em>Parmi les nombreuses critiques \u00e9mises par Jason Moore sur votre travail, l&rsquo;accusation de \u00ab\u00a0Dualisme cart\u00e9sien\u00a0\u00bb est la plus fr\u00e9quente et, \u00e0 mon avis, la moins compr\u00e9hensible. Il applique ce label nous seulement \u00e0 vous et \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9cosocialistes et \u00e9cologistes radicaux<\/em> <em>mais aussi aux principaux chercheurs de la science du \u00ab\u00a0syst\u00e8me terre\u00a0\u00bb. La science de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne selon lui est \u00ab\u00a0captive des structures m\u00eame de pens\u00e9e qui sont \u00e0 la source de la crise actuelle.  Au coeur de ce syst\u00e8mes de pens\u00e9e se trouve le dualisme cart\u00e9sien\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je suis d&rsquo;accord avec le sociologue de l&rsquo;environnement britannique Graham Sharp qui dans le num\u00e9ro de <\/em><a href=\"https:\/\/www.cnsjournal.org\/volume-27-number-2-2016\/\">Capitalism Nature Socialism<\/a><em> de ce trimestre dit du travail de Moore que \u00a0\u00bb tout ce avec quoi il n&rsquo;est pas d&rsquo;accord est qualifi\u00e9 de dualiste, tout le long du livre\u00a0\u00bb. Qu&rsquo;est ce qui cache derri\u00e8re ce reproche de dualisme, si ce dernier a une quelconque validit\u00e9 ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>FOSTER :<\/strong> Cela semble effectivement \u00e9trange que Moore fasse ce reproche de dualisme \u00e0 tant de penseurs, m\u00eame ceux qui r\u00e9clament explicitement de la dialectique et ceux qui d\u00e9ploient des syst\u00e8mes th\u00e9oriques sophistiqu\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Graham Sharp a raison mais nous devons ajouter que ce avec quoi Moore \u00ab\u00a0n&rsquo;est pas d&rsquo;accord\u00a0\u00bb &#8211; et qu&rsquo;il accuse de dualisme\u00a0\u00bb ce sont toutes ces id\u00e9es associ\u00e9es avec le mouvement \u00e9cologiste radical, le marxisme \u00e9cologiste et cette science \u00e9cologique qui s&rsquo;amorce, qu&rsquo;il consid\u00e8re comme un d\u00e9fi \u00e0 ses propres conceptions. Il y a donc de la m\u00e9thode dans sa folie, comme on dit. <\/p>\n\n\n\n<p>Sa critique du dualisme cart\u00e9sien vise toutes les tentatives de distinguer nature et soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame abstraitement. Dans ce registre, il a \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par des penseurs radicaux de la g\u00e9ographie comme feu Neil Smith et Noel Castree et par des \u00ab\u00a0constructionnistes\u00a0\u00bb comme Bruno [Chateau] Latour, qui est d\u00e9sormais \u00ab\u00a0Senior Fellow\u00a0\u00bb au<a href=\"https:\/\/thebreakthrough.org\/\"> Breakthrough Institute<\/a>, un centre leader de l&rsquo;\u00e9co-modernisme capitaliste. <\/p>\n\n\n\n<p>La nature dit Moore, est subsum\u00e9e sous la soci\u00e9t\u00e9- c&rsquo;est seulement ainsi qu&rsquo;on peut comprendre ce qu&rsquo;il appelle la \u00ab\u00a0double internalit\u00e9\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0la nature-dans-l&rsquo;humanit\u00e9 et l&rsquo;humanit\u00e9-dans-la-nature\u00a0\u00bb. Ce point de vue qu&rsquo;il qualifie de \u00ab\u00a0moniste et de relationnel\u00a0\u00bb suit le mod\u00e8le d&rsquo;une philosophie connue sous le nom de <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-hermes-la-revue-1990-1-page-145.htm\">monisme neutre<\/a> qui avance que des entit\u00e9s comme l&rsquo;esprit et la mati\u00e8re ne peuvent pas \u00eatre s\u00e9par\u00e9es m\u00eame abstraitement et dans des versions \u00e0 la mode doivent \u00eatre \u00ab\u00a0mis en faisceau\u00a0\u00bb[ Ndt : c&rsquo;est ainsi que \u00ab\u00a0bundle\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 traduit dans le livre, Foster en faisant un usage extensif et ironique, nous ferons donc quelques exceptions] ensemble. Cette position avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e il y a un si\u00e8cle de cela pour s&rsquo;opposer tant au mat\u00e9rialisme qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;id\u00e9alisme et \u00e0 la dialectique marxienne. Moore se r\u00e9f\u00e8re constamment \u00e0 cette \u00ab\u00a0mise en faisceau\u00a0\u00bb. Ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0la toile de la vie\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9cologie-monde\u00a0\u00bb est caract\u00e9ris\u00e9e comme \u00e9tant un \u00ab\u00a0faisceau de faisceaux\u00a0\u00bb [ \u00ab\u00a0bundle of bundles]. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00e9viter le langage suppos\u00e9ment dualiste il emploie des sortes de petits fagots terminologiques, liant des mots ensemble avec des traits d&rsquo;unions, comme \u00ab\u00a0capitalisme-dans-la-nature\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0nature-dans-le-capitalisme\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9f\u00e9rences constantes au dualisme cart\u00e9sien, ou ce que Moore appelle le bin\u00f4me cart\u00e9sien, sont extr\u00eamement trompeuses. Dans la philosophie rationaliste du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Descartes distinguait entre raison et esprit d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et mati\u00e8re et m\u00e9canisme de l&rsquo;autre. Les humains \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9s \u00e0 la raison et les animaux aux machines. C&rsquo;est bien diff\u00e9rent de la distinction entre soci\u00e9t\u00e9 et nature que Moore appelle \u00ab\u00a0bin\u00f4me cart\u00e9sien\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Moore soutient que le concept de rupture m\u00e9tabolique ( qu&rsquo;il m&rsquo;attribue incorrectement plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 Marx) est dualiste simplement parce qu&rsquo;il consid\u00e8re l&rsquo;humanit\u00e9\/soci\u00e9t\u00e9 et la nature comme deux entit\u00e9s logiquement distinctes. Il ne semble pas comprendre que l&rsquo;objet de la dialectique c&rsquo;est la m\u00e9diation de la totalit\u00e9, la processus qui \u00e0 la fois s\u00e9pare <em>et <\/em>unifie les individus et la soci\u00e9t\u00e9, l&rsquo;humanit\u00e9 et la nature, les parties et le tout. Le m\u00e9tabolisme social dans la th\u00e9orie de Marx signale la responsabilit\u00e9 humaine comme  auto-m\u00e9diation de la nature au travers de la production. Nous nous concentrons sur la <em>s\u00e9paration<\/em> de l&rsquo;humanit\u00e9 et de la nature, sur la d\u00e9gradation des processus naturels et de la vie car c&rsquo;est la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te de la soci\u00e9t\u00e9, de la vie et de la nature dans le syst\u00e8me actuel ali\u00e9n\u00e9 de production, le capitalisme. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est tout le principe de la critique marxiste \u00e9cologique. La dialectique porte toujours sur l&rsquo; apparence et l&rsquo;essence, l&rsquo;identit\u00e9 dans la diff\u00e9rence, l&rsquo;interp\u00e9n\u00e9tration des oppos\u00e9s et la n\u00e9gation de la n\u00e9gation. Il ne s&rsquo;agit jamais de faire un choix, comme Moore semble le penser, entre un dualisme grossier et un monisme tout aussi grossier. Il n&rsquo;y a rien de contradictoire dans le fait de voir la soci\u00e9t\u00e9 comme \u00e9tant \u00e0 la fois une forme s\u00e9par\u00e9e et irr\u00e9ductible au syst\u00e8me terrestre et comme en constituant une partie fondamentale. De qualifier cette approche de dualiste revient par exemple \u00e0 d\u00e9nier que votre coeur est \u00e0 la fois une partie int\u00e9grale de votre corps et un organe distinct avec des fonctions et des caract\u00e9ristiques uniques. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Mettre en faisceau\u00a0\u00bb est une mani\u00e8re simpliste de contourner cette le\u00e7on centrale de la dialectique, c&rsquo;est \u00e0 dire que le monde constitue une totalit\u00e9 complexe, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et changeante, m\u00e9di\u00e9e de mille et une mani\u00e8res &#8211; un contexte ind\u00e9fini dans lequel les humains sont acteurs en tant qu&rsquo;\u00eatres historiques. Notre saisie du m\u00e9tabolisme social de l&rsquo;humanit\u00e9 se base sur cette compr\u00e9hension plus g\u00e9n\u00e9rale. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANGUS : <\/strong><em>Donc le monisme de Moore, qu&rsquo;il qualifie aussi de \u00ab\u00a0m\u00e9tabolisme singulier\u00a0\u00bb s&rsquo;oppose \u00e0 la saisie dialectique du rapport entre soci\u00e9t\u00e9, humanit\u00e9 et nature. Est-ce que cela va au-del\u00e0 de \u00e7a ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>FOSTER <\/strong>: Moore attaque l&rsquo;usage de la th\u00e9orie de la rupture m\u00e9tabolique par McKenzie Wark, l&rsquo;utilisation par Samir Amin du concept d&#8217;empreinte \u00e9cologique et votre propre vue sur l&rsquo;anthropoc\u00e8ne. Essentiellement il rejette toute la pens\u00e9e verte, y compris le marxisme \u00e9cologique ou \u00e9cosocialisme, car celle-ci parle de ce que \u00ab\u00a0le capitalisme fait \u00e0 la nature\u00a0\u00bb au lieu de parler  de \u00a0\u00bb comment la nature travaille pour le capitalisme\u00a0\u00bb. Pour lui, le probl\u00e8me \u00e9cologique central ce n&rsquo;est pas le bouleversement du syst\u00e8me terrestre mais le fait que les ressources naturelles sont devenues plus chers, cr\u00e9ant des probl\u00e8mes pour l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste. <\/p>\n\n\n\n<p>Il dit que son point de vue est plus \u00ab\u00a0optimiste\u00a0\u00bb que les \u00ab\u00a0habituels r\u00e9cits de catastrophe et d&rsquo;\u00e9croulements imminents\u00a0\u00bb-  apparemment car il donne l&rsquo;espoir que le capitalisme puisse \u00e9chapper aux crises qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques temps, l&rsquo;essayiste britannique Larry Lohmann a critiqu\u00e9 Naomi Klein, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et Brett Clark, Richard York et moi, de l&rsquo;autre, pour les sous-titres de nos livres- <em>Capitalism vs the Climate (Klein)<\/em> et <em>Capitalism&rsquo;s War on the Earth<\/em> (Foster, Clark et York). Lohmann consid\u00e9rait qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait que de \u00ab\u00a0slogans cart\u00e9siens\u00a0\u00bb et qu&rsquo;ils n&rsquo;existaient pas de choses comme un climat ou un syst\u00e8me terrestre s\u00e9par\u00e9s du capitalisme, donc nos sous-titres, et de l\u00e0 nos points de vue politiques \u00e9taient dualistes et apocalyptiques ! Moore a promptement d\u00e9clar\u00e9 \u00eatre en accord avec cette critique bizarre et l&rsquo;a incorpor\u00e9 dans sa critique du marxisme \u00e9cologique dans <em>Le Capitalisme dans la toile de la vie<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANGUS : <\/strong><em> Dans <\/em><a href=\"https:\/\/monthlyreview.org\/product\/ecological_rift\/\">The Ecological Rift<\/a>, <em>Brett Clark<\/em>, <em>Richard York et vous soutenez que les crises \u00e9cologiques m\u00e8nent \u00e0 ce que vous appelez des \u00a0\u00bb ruptures et des mutations\u00a0\u00bb, dans lesquelles le capitalisme cherche \u00e0 d\u00e9placer les probl\u00e8mes mais finit toujours par cr\u00e9er des contradictions cumulativement plus grandes<\/em>. <em>Moore adopte votre expression quoique sans inidiquer sa source, puis la change en disant que \u00ab\u00a0le probl\u00e8me ce n&rsquo;est pas la rupture m\u00e9tabolique mais la mutation m\u00e9tabolique\u00a0\u00bb. Quelle est la signification de ce changement ? <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>FOSTER : <em> <\/em><\/strong>Du point de vue de Moore, les probl\u00e8mes environnementaux du capitalisme rel\u00e8vent tous de sa difficult\u00e9 \u00e0 obtenir ce qu&rsquo;il appelle les \u00ab\u00a0quatre bon march\u00e9\u00a0\u00bb &#8211; travail, nourriture, ressources naturelles et \u00e9nergie. Il n&rsquo;y a de ce fait pas de crise \u00e9cologique en tant que telle, seulement des crises \u00e9conomiques caus\u00e9es par la p\u00e9nurie \u00e9cologique qui peut \u00eatre r\u00e9solue gr\u00e2ce \u00e0 des mutations- en obtenant des ressources ou du travail ailleurs ou d&rsquo;une autre mani\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n<p>Moore va jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9tendre que ceux qui disent que la plan\u00e8te est dangereusement d\u00e9grad\u00e9e et chamboul\u00e9e, utilisant des concepts comme la rupture m\u00e9tabolique, l&#8217;empreinte \u00e9cologique et l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne, \u00ab\u00a0pr\u00eatent le flanc \u00e0 une puissante critique\u00a0\u00bb qui reconna\u00eet la capacit\u00e9 du capitalisme \u00e0 faire travailler la nature \u00e0 son profit. Il cite, comme un exemple d&rsquo;un tel contre-argument, un travail de <a href=\"https:\/\/thebreakthrough.org\/people\/michael-shellenberger\">Michael Shellenberg<\/a> et T<a href=\"https:\/\/thebreakthrough.org\/people\/ted-nordhaus\">ed Nordhaus<\/a> du Breakthrough Institute, le principal think-thank de l&rsquo;\u00e9comodernisme capitaliste. C&rsquo;est assez similaire aux arguments r\u00e9cents avanc\u00e9s par Castree et d&rsquo;autres constructionistes  latouriens de gauche. Entre temps Latour a \u00e9merg\u00e9 comme l&rsquo;id\u00e9ologue majeur du Breakthrough Institute, en avan\u00e7ant que la r\u00e9solution des probl\u00e8mes \u00e9cologiques ne suppose pas de renverser le capitalisme. La propre vision de Moore est embarqu\u00e9e ( on pourrait fagot\u00e9e [\u00ab\u00a0bundled\u00a0\u00bb]) dans ce genre de raisonnement. <\/p>\n\n\n\n<p>Moore a identifi\u00e9 bien des \u00e9l\u00e9ments de la logique du capitalisme; mais son erreur, d&rsquo;un point de vue marxiste, est de rester prisonnier de cette logique. Son \u00ab\u00a0\u00e9cologie-monde\u00a0\u00bb et sa \u00a0\u00bb toile de la vie\u00a0\u00bb d\u00e9crivent simplement le monde capitaliste selon la propre conception qu&rsquo;il a de lui-m\u00eame. Sa notion des quatre bon march\u00e9, travail, ressources naturelles, nourriture et \u00e9nergie, chacun mena\u00e7ant de devenir plus couteux, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9cologie vue dans une perspective capitaliste. Le travail est mis au m\u00eame niveau que la nourriture ou les ressources naturelles comme constituant simplement un des \u00ab\u00a0quatre bon march\u00e9\u00a0\u00bb et les probl\u00e8mes  \u00e9cologiques sont r\u00e9duits \u00e0 des probl\u00e8mes de robinet ( ou des probl\u00e8mes de ressources) pour le capitalisme, ignorant ou minorant le plus large probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9vier, c&rsquo;est \u00e0 dire comment le capitalisme d\u00e9grade et perturbe l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du syst\u00e8me terrestre, et lui impose son gaspillage. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANGUS : <\/strong><em>Dans <\/em>Le Capitalisme dans la toile de la vie<em>, Moore insiste pour que nous arr\u00eations de nous demander \u00a0\u00bb Comment l&rsquo;humanit\u00e9 s&rsquo;est-elle s\u00e9par\u00e9e de la nature\u00a0\u00bb et que nous posions plut\u00f4t la question \u00a0\u00bb Comment l&rsquo;humanit\u00e9 est-elle unifi\u00e9e avec le reste de la nature et la toile de la vie ? \u00a0\u00bb Il r\u00e9p\u00e8te plusieurs fois ce point de vue : \u00a0\u00bb Ce n&rsquo;est pas la s\u00e9paration d&rsquo;avec la nature qui importe. C&rsquo;est la place de l&rsquo;humanit\u00e9 dans la toile de la vie.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Cela me semble entrer directement en contradiction avec l&rsquo;insistance de Marx selon laquelle <\/em>: <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas<em> l&rsquo;unit\u00e9<\/em> des hommes vivants et actifs avec les conditions naturelles et inorganiques de leur m\u00e9tabolisme avec la nature qui aurait besoin d&rsquo;une explication  ou qui serait le r\u00e9sultat d&rsquo;un processus historique; c&rsquo;est au contraire la <em>s\u00e9paration<\/em> entre ces conditions inorganiques de l&rsquo;existence humaine et de son activit\u00e9, s\u00e9paration qui n&rsquo;est totale que dans le rapport entre le travail salari\u00e9 et la capital. \u00a0\u00bb (Marx,  <em>Fondements de la critique de l&rsquo;\u00e9conomie politique, <\/em>Tome I, Paris, \u00c9ditions Anthropos, 1968, pp. 451-452)<\/p>\n\n\n\n<p><em>Qu&rsquo;est ce que <\/em><span style=\"text-decoration: underline;\"><\/span><em>ce renversement indique sur la marxisme de Moore ? <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>FOSTER<\/strong> : Ma r\u00e9action \u00e0 la proposition de Moore a \u00e9t\u00e9 exactement la m\u00eame que la votre. Il met Marx sur sa t\u00eate. Moore dit que ce n&rsquo;est pas l&rsquo;ali\u00e9nation de la nature par le capitalisme qui devrait nous pr\u00e9occuper ; au contraire nous devrions nous concentrer sur comment le capitalisme unifie la nature en la faisant travailler pour lui. C&rsquo;est la vieille vision exon\u00e9rante\/exceptionnaliste humaine du capitalisme que les sociologues de l&rsquo;environnement ont critiqu\u00e9 depuis longtemps et qui a \u00e9t\u00e9 ressuscit\u00e9e par l&rsquo;\u00e9co-modernisme. <\/p>\n\n\n\n<p>Donc je ne me r\u00e9f\u00e9rerai pas du tout au \u00ab\u00a0marxisme de Moore\u00a0\u00bb si ce n&rsquo;est ironiquement. Le cadre d&rsquo;analyse qu&rsquo;il a d\u00e9velopp\u00e9 est anti-\u00e9cosocialiste et anti-\u00e9cologiste. Il traite les mouvement \u00e9cologistes et les marxistes \u00e9cologistes de dualistes apocalyptiques car ils se sentent concern\u00e9s par les ruptures croissantes dans les limites plan\u00e9taires de notre syst\u00e8me terrestre. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANGUS<\/strong> : <em>Moore dit que votre approche de l&rsquo;\u00e9cologie marxiste op\u00e8re une \u00ab\u00a0s\u00e9paration entre d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 le mat\u00e9rialisme historique de Marx et de l&rsquo;autre sa th\u00e9orie de la valeur\u00a0\u00bb.<\/em> <em>Il pr\u00e9tend que sa perspective se rapproche plus de celle de Paul Burkett, en ce qu&rsquo;elle met plus l&rsquo;accent sur l&rsquo;impact \u00e9conomique du changement environnemental. Est-ce exact selon vous ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>FOSTER :<\/strong> Cette assertion nous a laiss\u00e9 pantois Paul et moi. L&rsquo;id\u00e9e que nous ne soyons pas d&rsquo;accord sur la th\u00e9orie de la valeur est absurde d\u00e9s le premier abord puisque nous \u00e9crivons fr\u00e9quemment ensemble sur le sujet, encore r\u00e9cemment dans notre livre commun <em><a href=\"https:\/\/brill.com\/view\/title\/21668\">Marx and the Earth<\/a><\/em>. Dans <em>Marx \u00e9cologiste<\/em>, j&rsquo;ai soulign\u00e9 que l&rsquo;analyse de la valeur dans le livre de Burkett, <em><a href=\"http:\/\/burkett1999\">Marx and Nature<\/a><\/em>, avait jou\u00e9 un r\u00f4le crucial dans le d\u00e9veloppement de ma propre analyse. Dans mon avant-propos \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition chez Haymarket Books de ce livre, j&rsquo;ai soulign\u00e9 combien son explication de la th\u00e9orie \u00e9cologique de la forme valeur de Marx repr\u00e9sentait une avanc\u00e9e essentielle dans notre saisie de son \u00e9cologie. <\/p>\n\n\n\n<p>Moore lui-m\u00eame ne d\u00e9fend pas la th\u00e9orie marxienne de la valeur. Son usage du concept de valeur dans le livre rappelle plus les jeux lexicographiques du discours litt\u00e9raire post-moderne que la m\u00e9thode mat\u00e9rialiste rigoureuse de l&rsquo;\u00e9conomie politique radicale. Il ne tient aucun compte de distinctions cruciales telles que celles entre valeur et richesse ou valeur d&rsquo;\u00e9change et valeur d&rsquo;usage. Cela aboutit \u00e0 de l&rsquo;id\u00e9alisme pure, comme dans sa glorification de \u00a0\u00bb la centralit\u00e9 de la valeur en tant que logique de (re)production du flux de la vie\u00a0\u00bb ( Moore, p.119) On peut attendre ce genre d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 d&rsquo;un Proudhon ou d&rsquo;un D\u00fchring, jamais de Marx ou d&rsquo;Engels ! <\/p>\n\n\n\n<p>Donc qu&rsquo;entend Moore quand il dit que j&rsquo;op\u00e8re une \u00ab\u00a0s\u00e9paration entre d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 le mat\u00e9rialisme historique de Marx et de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 sa th\u00e9orie de la valeur\u00a0\u00bb ? Cela \u00e0 voir avec sa th\u00e8se selon laquelle il ne peut y avoir de crise \u00e9cologique tant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de crise de la valeur et de l\u00e0 une crise \u00e9conomique pour le capital. Il s&rsquo;oppose en fait \u00e0 un point de vue qu&rsquo;il associe \u00e0 moi ( mais qui est tout autant d\u00e9fendu par Burkett et au bout du compte d\u00e9coule de Marx) et selon lequel il y a plusieurs formes de crises \u00e9cologiques- et les crise \u00e9conomiques et \u00e9cologiques ne se d\u00e9terminent pas n\u00e9cessairement l&rsquo;une l&rsquo;autre. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a les crises \u00e9cologiques que Moore reconna\u00eet, celle li\u00e9es aux co\u00fbts croissants des ressources qui se traduit en une hausse des co\u00fbts pour toute l&rsquo;\u00e9conomie. Mais il y a aussi d&rsquo;autres crises \u00e9cologiques &#8211; quoiqu&rsquo;il rejette ce point- caus\u00e9es par le fait que nature pour sa plus grande partie n&rsquo;est pas int\u00e9gr\u00e9e au calcul de la valeur par la capital, les perturbations des processus naturels et m\u00eame le syst\u00e8me plan\u00e9taire n&rsquo;entrent pas dans la comptabilit\u00e9 normale du syst\u00e8me. Ce sont des crises comme la destruction des esp\u00e8ces ou d&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8mes entiers comme les barri\u00e8res de corail ou m\u00eame les rupture anthropiques dans l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du syst\u00e8me plan\u00e9taire qui d\u00e9finissent l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne aujourd&rsquo;hui. <\/p>\n\n\n\n<p>Le g\u00e9nie de l&rsquo;analyse de Marx c&rsquo;est qu&rsquo;il ne r\u00e9duisait pas les crises \u00e9cologiques \u00e0 des crises \u00e9cologiques <em>pour le capitalisme<\/em>, c&rsquo;est \u00e0 dire en termes de valeur capitaliste. De fait, il consid\u00e9rait des crises \u00e9cologiques comme la d\u00e9sertification comme caract\u00e9ristiques des soci\u00e9t\u00e9s de classe en g\u00e9n\u00e9ral, et qui n&rsquo;\u00e9taient qu&rsquo;intensifi\u00e9es sous le capitalisme. C&rsquo;est la question de la soutenabilit\u00e9 plut\u00f4t que celle de la valorisation capitaliste qui d\u00e9finit de telles crises \u00e9cologiques. Pour Moore, dont l&rsquo;argument refl\u00e8te le point de vue du capital, ces crises ne participent au cycle de la valeur, donc elles n&rsquo;existent pas r\u00e9ellement. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;analyse de Marx de tels processus sont \u00e9l\u00e9mentaires et doivent \u00eatre pris en consid\u00e9ration, particuli\u00e8rement quand le processus d&rsquo;accumulation sous le capitalisme tend \u00e0 d\u00e9grader les processus naturel- c&rsquo;est toute la question de la rupture m\u00e9tabolique. <\/p>\n\n\n\n<p>De dire, comme Moore, que consid\u00e9rer les processus naturels d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et la valorisation capitaliste de l&rsquo;autre constitue un dangereux dualisme cela revient \u00e0 nier la nature fondamentale des contradictions \u00e9cologique du capitalisme. De fait, cela \u00e9limine la possibilit\u00e9 m\u00eame d&rsquo;une critique \u00e9cologique du capitalisme. <\/p>\n\n\n\n<p>Je devrais aussi mentionner que Moore ignore simplement la th\u00e9orie de la rente chez Marx, ce qui rend son analyse de la \u00ab\u00a0nature bon march\u00e9\u00a0\u00bb compl\u00e9tement vaine. Toute la th\u00e9orie de la rente est une extension de la tension entre valeur et valeur d&rsquo;usage, entre la valeur et les conditions mat\u00e9rielles n\u00e9cessaires de production.  Paul Burkett analyse cela longuement dans <em>Marx and Nature<\/em>.  <\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANGUS :<\/strong> <em>Vous avez \u00e9crit que la red\u00e9couverte de la pens\u00e9e \u00e9cologique de Marx &#8211; particuli\u00e8rement telle que vous l&rsquo;avez d\u00e9velopp\u00e9 dans <\/em>Marx \u00c9cologiste <em> et Paul Burkett dans <\/em>Marx and Nature-  <em>a men\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de ce que vous appelez la deuxi\u00e8me phase de l&rsquo;\u00e9cosocialisme<\/em>. <em>Comment cette deuxi\u00e8me phase diff\u00e8re-t-elle de la premi\u00e8re et comment le travail de Moore se relie-t-il \u00e0 cette mutation ? <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>FOSTER : <\/strong>L&rsquo;\u00e9co-socialisme de la premi\u00e8re phase, comme nous le d\u00e9signons Paul Burkett et moi, impliquait diverses tentatives de cr\u00e9er une th\u00e9orie hybride dans laquelle la th\u00e9orie \u00e9cologique recouvrait certaines conceptions marxiennes ou, plus rarement, l&rsquo;inverse. Cela supposait en g\u00e9n\u00e9ral l&rsquo;affirmation que l&rsquo;oeuvre de Marx \u00e9tait imparfaite du point de vue \u00e9cologique et que Marx et Engels avaient trop focalis\u00e9 leurs critiques sur Malthus. Dans la premi\u00e8re phase de l&rsquo;\u00e9co-socialisme, donc, le point de vue \u00e9cologique dominait. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la seconde phase de l&rsquo;\u00e9cosocialisme au contraire, on est revenu aux fondations du marxisme classique, en tentant une r\u00e9habilitation majeure ( et il semblerait d\u00e9sormais une red\u00e9couverte majeure) du mat\u00e9rialisme historique comme m\u00e9thode exceptionnelle pour comprendre les relations et interactions complexes entre l&rsquo;humanit\u00e9, la soci\u00e9t\u00e9 et la nature. L&rsquo;\u00e9cosocialisme de la seconde phase a restaur\u00e9 l&rsquo;analyse \u00e9cologique de la forme valeur chez Marx et la th\u00e9orie de la rupture m\u00e9tabolique et a donn\u00e9 un sens nouveau au concept de dialectique de la nature. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Marx and the Earth <\/em>Burkett et moi avons class\u00e9 les premiers travaux de Moore comme relevant de l&rsquo;\u00e9cosocialisme de la seconde phase et ses \u00e9crits ult\u00e9rieurs comme repr\u00e9sentant un retour \u00e0 la premi\u00e8re phase. Je pense d\u00e9sormais que nous avions tort. Dans ses r\u00e9cents travaux, Moore a adopt\u00e9 des positions qui sont oppos\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9cosocialisme et au mouvement \u00e9cologiste radical en g\u00e9n\u00e9ral. <\/p>\n\n\n\n<p>Il faut mettre \u00e0 son cr\u00e9dit qu&rsquo;il critique toujours l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 et l&rsquo;oppression. Mais que penser d&rsquo;un \u00ab\u00a0\u00e9cologiste-monde\u00a0\u00bb qui consid\u00e8re les crises \u00e9cologiques comme un simple ph\u00e9nom\u00e8ne de rench\u00e9rissement de la nature pour le capital ou qui avance que \u00ab\u00a0l&rsquo;histoire est pleine d&rsquo;occasions dans lesquelles le capitalisme a surmont\u00e9 de suppos\u00e9es ind\u00e9passables limites naturelles\u00a0\u00bb. Si il en est ainsi, pourquoi se pr\u00e9occuper de la crise l&rsquo;anthropoc\u00e8ne ? <\/p>\n\n\n\n<p>Que dire d&rsquo;un pr\u00e9tendu radical qui oppose Shellenberger et Nordhaus du <em>Breakthrough Institute <\/em>\u00e0 Samir Amin du Forum Mondial des Alternatives, en insistant que les concepts d&#8217;empreintes \u00e9cologiques et de rupture m\u00e9tabolique ne se pr\u00e9occupent que de ce que le capitalisme \u00ab\u00a0fait \u00e0 la nature\u00a0\u00bb et non de \u00ab\u00a0comment la nature travaille pour le capitalisme\u00a0\u00bb et peut continuer \u00e0 le faire ? <\/p>\n\n\n\n<p>Que pouvons nous faire d&rsquo;une perspective sur l&rsquo;environnement qui rejette essentiellement la science moderne ? Comme McKenzie Wright l&rsquo;observe justement, dans \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9cologie-monde\u00a0\u00bb de Moore, la conception scientifique d&rsquo;un monde naturel objectif, le syst\u00e8me plan\u00e9taire lui-m\u00eame, dispara\u00eet derri\u00e8re les \u00ab\u00a0int\u00e9rieurs socialement construits de la culture\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Comment pouvons nous juger d&rsquo;une analyse qui exclut le mouvement \u00e9cologiste et ses perspectives, abandonne l&rsquo;analyse de la valeur de Marx, n&rsquo;a rien \u00e0 dire de la lutte des classes et laisse le sort de l&rsquo;humanit\u00e9 fagot\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9volution du capitalisme ? Je ne peux que conclure qu&rsquo;il a rejoint la longue liste des chercheurs qui ont essay\u00e9 de mettre \u00e0 jour ou approfondir le marxisme de diverses mani\u00e8res mais ont fini par abandonner l&rsquo;essence r\u00e9volutionnaire du marxisme et se sont adapt\u00e9s aux id\u00e9ologies capitalistes; <\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute le travail de Moore a attir\u00e9 et va attirer quelques chercheurs notables. Mais en terme de marxisme \u00e9cologiste il est n\u00e9cessaire de tracer une fronti\u00e8re. Moore, je suis d\u00e9sol\u00e9 de le dire, est pass\u00e9 de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 et se tient d\u00e9sormais oppos\u00e9 au mouvement \u00e9cosocialiste et au socialisme en g\u00e9n\u00e9ral. <\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9cosocialistes au contraire, se tiennent au c\u00f4t\u00e9 de Karl Marx qui \u00e0 propos de graves probl\u00e8mes \u00e9cologiques \u00e0 son \u00e9poque en Irlande, d\u00e9clara qu&rsquo;il ne pouvait y avoir qu&rsquo;une r\u00e9ponse : \u00a0\u00bb La ruine ou la r\u00e9volution!\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>                                                           <strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9action \u00e9co-marxiste (?) ne s&rsquo;est pas arr\u00eat\u00e9e \u00e0 ce r\u00e9quisitoire ou, si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re cette excommunication (le terme ne semble pas exag\u00e9r\u00e9 vu le culte pointilleux ou, si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re, le f\u00e9tichisme de Marx qui r\u00e8gne chez ces braves gens ! ). On peut encore lire sur la page web de l&rsquo;interview plusieurs commentaires relativement d\u00e9velopp\u00e9s, l&rsquo;animateur du site ayant de plus d\u00e9plac\u00e9 sur une nouvelle page le d\u00e9bat qu&rsquo;il a eu avec un d\u00e9fenseur des th\u00e8ses de Moore <a href=\"https:\/\/climateandcapitalism.com\/2016\/06\/23\/two-views-on-marxist-ecology-and-jason-w-moore\/\">( \u00ab\u00a0Two views on Marxist Ecology and Jason W. Moore\u00a0\u00bb)<\/a> , qui permet de mettre un certain nombre de choses dans leur contexte, notamment le ton relativement acerbe des r\u00e9ponses de John Bellamy Foster et l&rsquo;usage pour le moins extensif que fait Moore du reproche de \u00ab\u00a0dualisme cart\u00e9sien\u00a0\u00bb. Signalons de m\u00eame la mise au point th\u00e9orique de J.B. Foster et P. Burkett <a href=\"https:\/\/monthlyreview.org\/2018\/11\/01\/value-isnt-everything\/\">\u00ab\u00a0Value Isn&rsquo;t Everything\u00a0\u00bb<\/a> publi\u00e9e en novembre 2018 dans la <em>Monthly Review <\/em>et la riche table-ronde tenue \u00e0 Londres \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la sortie du livre de Moore  :  \u00ab\u00a0Disentangling Capital\u2019s Web\u00a0\u00bb (t\u00e9l\u00e9chargeable : <a href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2020\/12\/Jason-Moore_27.2.16.pdf\">ici<\/a> ). <\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9cisons \u00e9galement que l&rsquo;universitaire graphomane et auteur en 2016 d&rsquo;une importante contribution sur la question de la transition \u00e9nerg\u00e9tique ( <em>Fossil Capital. The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming<\/em>) Andreas Malm s&rsquo;est fendu d&rsquo;un long article critique de Moore, Latour and co, <a href=\"https:\/\/brill.com\/view\/journals\/hima\/27\/2\/article-p156_5.xml?language=en\">\u00a0\u00bb Against Hybridism: Why We Need to Distinguish between Nature and Society, Now More than Ever\u00a0\u00bb<\/a>, qui est d&rsquo;ailleurs en fait une reprise du deuxi\u00e8me chapitre de son livre <em>The Progress of this Storm.<\/em> <em>Nature and Society in a Warming World<\/em>.  Vu les souplesses surprenantes de ce penseur, qui m\u00e2tine d&rsquo;apologie du sabotage sa d\u00e9fense de la planification \u00e9cologique sur un mode capitalisto-\u00e9colo-pr\u00e9torien (voir <em>Fossil Capital<\/em> pp. 384-385) d&rsquo;ailleurs d\u00e9finitivement rhabill\u00e9 entretemps (voir son \u00e9ni\u00e8me opus <em><a href=\"https:\/\/b-ok.cc\/s\/?q=Corona%2C+Climate%2C+Chronic+Emergency\">Corona, Climate, Chronic Emergency<\/a><\/em>)  en un \u00ab\u00a0communisme de guerre\u00a0\u00bb pas plus communiste que le pr\u00e9c\u00e9dent, son fourre-tout activiste et son public fran\u00e7ais ( dont on comprend bien, y compris dans ses fractions arrivistes insurrectionnelles, qu&rsquo;il soit \u00e9moustill\u00e9 par cette radicalit\u00e9 \u00e9tatis\u00e9e et sur-\u00e9tatisante), nous nous \u00e9pargnerons la corv\u00e9e d&rsquo;avoir \u00e0 en rendre compte. <\/p>\n\n\n\n<p>Indiquons enfin que le sp\u00e9cialiste fran\u00e7ais de ces d\u00e9bats \u00e9co-marxistes, Armel Campagne, a publi\u00e9 une bien<a href=\"https:\/\/www.terrestres.org\/2020\/06\/01\/le-choc-des-eco-marxismes-face-au-dereglement-climatique\/\"> utile synth\u00e8se<\/a> sur le sujet cette ann\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est dans ce qui semble \u00eatre le florissant courant du marxisme \u00e9cologique am\u00e9ricain ( si on en juge par leur revue Capitalism Nature Socialism &#8211; qui est en acc\u00e8s libre en ligne) que Le capitalisme dans la toile de la vie a provoqu\u00e9 le plus de r\u00e9actions. Cela tient notamment au fait qu&rsquo;il s&rsquo;y livre,&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/2020\/11\/27\/le-debat-entre-jason-w-moore-john-bellamy-foster-et-les-ecolo-marxistes\/#more-58\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":59,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[16],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=58"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":317,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58\/revisions\/317"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/media\/59"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=58"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=58"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}