{"id":461,"date":"2021-05-06T18:45:55","date_gmt":"2021-05-06T16:45:55","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/?p=461"},"modified":"2021-08-31T17:12:32","modified_gmt":"2021-08-31T15:12:32","slug":"a-propos-de-virus-ii-au-bord-du-lac-qinghai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/2021\/05\/06\/a-propos-de-virus-ii-au-bord-du-lac-qinghai\/","title":{"rendered":"A propos de virus (II) : au bord du Lac Qinghai"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Rappel :  ces quelques notes profanes (ici comme sur nos autres sites associ\u00e9s) n&rsquo;ont bien entendu aucune pr\u00e9tention \u00ab\u00a0exhaustive\u00a0\u00bb et \u00e0 fortiori \u00ab\u00a0scientifique\u00a0\u00bb&#8230;.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comme cela a \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9 au d\u00e9tour d&rsquo;une citation dans le post pr\u00e9c\u00e9dent, le plateau tib\u00e9tain, appel\u00e9 le plus souvent plateau Qinghai-Tibet ( quoique qu&rsquo;il n&rsquo;y ait qu&rsquo;une partie du plateau tib\u00e9tain qui soit effectivement situ\u00e9e dans la province de Qinghai en R\u00e9publique Populaire de Chine) est consid\u00e9r\u00e9 comme le foyer principal de la grande Peste Noire du XIVe si\u00e8cle. Les recherches les plus r\u00e9centes confirment l&rsquo;importance des changements climatiques de l&rsquo;\u00e9poque dans le d\u00e9clenchement du \u00ab\u00a0tour du monde\u00a0\u00bb de la <em>Yersinia Pestis<\/em> ( voir par exemple Boris V. Schmid et alii dans <a href=\"https:\/\/www.pnas.org\/content\/112\/10\/3020\">\u00ab\u00a0Climate-driven introduction of the Black Death and successive plague reintroductions into Europe\u00a0\u00bb<\/a>)  mais avancent \u00e9galement que cette interaction climat\/peste est peut-\u00eatre loin d&rsquo;avoir dit son dernier mot,  la peste \u00e9tant encore end\u00e9mique chez les rongeurs du plateau. Ainsi Kyrre Linn\u00e9 Kausrud et d&rsquo;autres auteurs notent dans <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/46034267_Modeling_the_epidemiological_history_of_plague_in_Central_Asia_Palaeoclimatic_forcing_on_a_disease_system_over_the_past_millennium\">\u00ab\u00a0Modeling the epidemiological history of plague in Central Asia\u00a0\u00bb<\/a> : \u00ab\u00a0Comme zoonose, les facteurs environnementaux fa\u00e7onnent l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie de la peste via des effets sur ses principaux r\u00e9servoirs chez les rongeurs, ses moustiques vecteurs, la bact\u00e9rie elle-m\u00eame et les h\u00f4tes secondaires et vecteurs alternatifs. (&#8230;) Les fluctuations climatiques \u00e0 grande \u00e9chelle ont eu et vont probablement avoir des cons\u00e9quences importantes pour la pr\u00e9valence de la peste dans le monde sauvage et pour la sant\u00e9 humaine dans les zones vuln\u00e9rables.\u00a0\u00bb (On trouve \u00e9galement une \u00e9bauche de recension des hypoth\u00e8ses r\u00e9centes dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/51665573_Plague_and_Climate_Scales_Matter\">Plague and Climate: Scales Matter<\/a>\u00a0\u00bb de Tamara Ben Ari et alii). A propos de r\u00e9surgence \u00e9ventuelle, notons, pour l&rsquo;anecdote, que, lors de visites au fameux march\u00e9 de Wuhan juste avant la pand\u00e9mie, une <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41598-021-91470-2\">\u00e9quipe de chercheurs<\/a> n&rsquo;y a pas trouv\u00e9 de chauves-souris mais \u00e0 pu constater que l&rsquo;animal sauvage le plus cher ( 25$\/kg) sur les \u00e9tals n&rsquo;\u00e9tait autre qu&rsquo;un habitant bien connu du plateau, la marmotte de l&rsquo;Himalaya ( <em>Marmota himalayana<\/em>) mais ils oubliaient de pr\u00e9ciser que c&rsquo;est une des principales \u00ab\u00a0esp\u00e8ces-r\u00e9servoirs\u00a0\u00bb  de la Yersinia Pestis&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>La question des interactions entre foyers end\u00e9miques et changement climatique est d&rsquo;autant plus \u00ab\u00a0brulante\u00a0\u00bb sur ce plateau Qinghai-Tibet qui joue un r\u00f4le central encore trop m\u00e9connu pour toute la r\u00e9gion et au-del\u00e0. La liste, non exhaustive, des qualificatifs qu&rsquo;on accole g\u00e9n\u00e9ralement au \u00ab\u00a0toit du monde\u00a0\u00bb le sugg\u00e8re bien : troisi\u00e8me p\u00f4le et plus grande zone glaciaire de la plan\u00e8te apr\u00e8s l&rsquo;Arctique et l&rsquo;Antarctique, plus vaste et plus haut plateau et plus grande zone pastorale au monde, source de 4 des plus grands fleuves d&rsquo;Asie dont le Gange et le Yang-Ts\u00e9-Kiang et \u00ab\u00a0ch\u00e2teau d&rsquo;eau\u00a0\u00bb du continent puisqu&rsquo;en provient l&rsquo;eau que consomme pr\u00e8s de 47% de la population mondiale, etc.. Comme le note Huai Chen et une dizaine d&rsquo;autres auteurs dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.semanticscholar.org\/paper\/The-impacts-of-climate-change-and-human-activities-Chen-Zhu\/9ece92517e9d674f21117ba9ec02ef11a954ace2\">The impacts of climate change and human activities on biogeochemical cycles on the QinghaiTibetan Plateau\u00a0\u00bb<\/a> il est plus encore que ses homologues du nord et du sud confront\u00e9 aux effets du changement climatique : \u00a0\u00bb Le r\u00e9cent rythme de r\u00e9chauffement sur le plateau Qinghai-Tibet a \u00e9t\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9 que celui de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord, de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re sud et du monde dans son ensemble. Avec un r\u00e9chauffement plus pr\u00e9coce et plus intense, le plateau Qinghai-Tibet sert d&rsquo;indicateur sensible du r\u00e9chauffement climatique r\u00e9gional et global\u00a0\u00bb. Comme le soulignent les auteurs, l&rsquo;enjeu principal sur le plateau c&rsquo;est les 1,4 million de km2 d&rsquo;un permafrost \u00ab\u00a0relativement chaud et mince\u00a0\u00bb donc beaucoup plus sensible aux variations de temp\u00e9rature et qui en fondant d\u00e9finitivement va progressivement transformer la zone en \u00e9metteur massif de carbone. D&rsquo;ailleurs l&rsquo;intensit\u00e9 du d\u00e9gel et regel sur le plateau est consid\u00e9r\u00e9e comme un facteur d\u00e9terminant du climat pour toute une partie de l&rsquo;Asie ( sur cet enjeu et d&rsquo;autres, voir l&rsquo;article, <a href=\"https:\/\/agupubs.onlinelibrary.wiley.com\/doi\/full\/10.1029\/2006JF000631\">Responses of permafrost to climate change and their environmental significance, Qinghai-Tibet Plateau<\/a>, et le tr\u00e8s complet document publi\u00e9 par l&rsquo;administration tib\u00e9taine en exil en 2009 : <a href=\"https:\/\/tibet.net\/climate-change-report-on-tibet-2009\/\">The Impacts of Climate Change on the Tibetan Plateau: A Synthesis of Recent Science And Tibetan Research<\/a> ). On peut ainsi noter ses effets pr\u00e9sents et \u00e0 venir sur la mousson en Inde, au moment o\u00f9 un nouveau r\u00e9gime de celle-ci est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 en train de se dessiner ( voir <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/222133494_Climate_impacts_of_anthropogenic_land_use_changes_on_the_Tibetan_Plateau\">Climate impacts of anthropogenic land use changes on the Tibetan Plateau<\/a> et  <a href=\"https:\/\/esd.copernicus.org\/articles\/12\/367\/2021\/\">Robust increase of Indian monsoon rainfall and its variability under future warming in CMIP6 models<\/a> ). <\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte l&rsquo;activit\u00e9 humaine et ce \u00e0 toutes ses \u00e9chelles, allant pour ainsi dire du pastoral au g\u00e9opolitique, prend une importance d\u00e9mesur\u00e9e qu&rsquo;elle n&rsquo;a certes pas eu pr\u00e9c\u00e9demment, du moins jusque la seconde partie du XXe si\u00e8cle, sur un plateau en grande partie d\u00e9sertique et qui n&rsquo;abritait qu&rsquo;une petite population d&rsquo;\u00e9leveurs nomades. Le pouvoir chinois ne s&rsquo;y \u00e9tait d&rsquo;ailleurs pas tromp\u00e9 puisqu&rsquo;en plus de quelques \u00ab\u00a0laogai\u00a0\u00bb, il y avait install\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50 le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Yuanzi_cheng\">Qinghai Yuanzi Cheng<\/a>  ( \u00ab cit\u00e9 atomique de la mer bleue \u00bb) o\u00f9 fut mise au point la premi\u00e8re bombe atomique chinoise&#8230; On ne d\u00e9taillera pas ici les enjeux strictement g\u00e9opolitiques associ\u00e9s au plateau Qinghai-Tibet mais le lecteur trouvera de bonnes \u00e9bauches de synth\u00e8se notamment dans le livre de Thant Myint-U <em><a href=\"https:\/\/www.faber.co.uk\/9780571239641-where-china-meets-india.html\">Where China meets India<\/a><\/em> , celui de Bertil Lintner <em>Great Game East <\/em>ou dans un article de Kenneth Pomeranz traduit en fran\u00e7ais, <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2015-1-page-7.htm\">\u00ab\u00a0Les eaux de l\u2019Himalaya&nbsp;: barrages g\u00e9ants et risques environnementaux en Asie contemporaine\u00a0\u00bb<\/a>. On remarquera toutefois que le plateau se caract\u00e9rise par une superposition pour le moins exemplaire des logiques de fronti\u00e8res. Il y a bien s\u00fbr la question classique des \u00ab\u00a0d\u00e9marcations \u00e9tatiques\u00a0\u00bb ( enjeu des r\u00e9cents affrontements et rodomontades \u00e0 haute altitude sino-indiennes) puisque celles-ci se situent pour les deux pays, \u00a0\u00bb dans des r\u00e9gions tr\u00e8s isol\u00e9es, des r\u00e9gions d&rsquo;une diversit\u00e9 ethnique et linguistique incomparable, de royaumes oubli\u00e9s et de soci\u00e9t\u00e9s montagnardes qui \u00e9taient jusque r\u00e9cemment hors du contr\u00f4le de P\u00e9kin et New-Delhi. \u00ab\u00a0( Thant Myint-U). A cet enjeu de d\u00e9marcation  s&rsquo;ajoute donc la question des fronti\u00e8res internes, la <em>Fronti\u00e8re<\/em> entendue au sens de \u00ab\u00a0Front pionner\u00a0\u00bb domestique, ainsi la \u00ab\u00a0colonisation Han\u00a0\u00bb que d\u00e9nonce la propagande tib\u00e9taine et en tout cas les \u00e9ventuelles  valorisations mini\u00e8res, touristiques, etc de ces espaces et donc, enfin et \u00e9ventuellement, la \u00ab\u00a0Fronti\u00e8re d&rsquo;appropriation\u00a0\u00bb au sens de Jason Moore  (\u00a0\u00bb Ces \u00ab&nbsp;Fronti\u00e8res&nbsp;\u00bb d\u2019appropriation sont des faisceaux de travail-\u00e9nergie non capitalis\u00e9 pouvant \u00eatre mobilis\u00e9s avec des d\u00e9penses minimales en capital, au service de l\u2019augmentation de la productivit\u00e9 du travail dans la sph\u00e8re marchande. Ces \u00ab&nbsp;Fronti\u00e8res&nbsp;\u00bb peuvent se situer aux limites g\u00e9ographiques ext\u00e9rieures du syst\u00e8me, comme dans le complexe sucrier esclavagiste des d\u00e9buts de la modernit\u00e9, ou se trouver dans les zones centrales de la marchandisation, comme pour la prol\u00e9tarisation des femmes tout au long du XXe&nbsp;si\u00e8cle.\u00a0\u00bb <em>Le capitalisme dans la toile de la vie<\/em>, p.203). Certes avec moins de gesticulations sous-marines ou cartographiques que ce qui accompagne, entre autre, \u00ab\u00a0l&rsquo;ouverture du passage du nord-ouest\u00a0\u00bb dans l&rsquo;Arctique, le plateau Qinghai-Tibet connait lui aussi son \u00ab\u00a0grand jeu\u00a0\u00bb quoique pas toujours dans les termes rassurants d&rsquo;un certain cr\u00e9tinisme g\u00e9ostrat\u00e9gique &#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>En effet ces divers enjeux \u00ab\u00a0frontaliers\u00a0\u00bb y sont peut-\u00eatre un peu plus qu&rsquo;ailleurs imm\u00e9diatement, ou en tout cas manifestement, articul\u00e9s aux enjeux environnementaux et ce, comme cause et effet. C&rsquo;est ce que symbolisent notamment les voies ferr\u00e9s que P\u00e9kin construit inlassablement dans et autour de la zone (voir la carte ci jointe), un moyen traditionnel d&rsquo;affirmation de son h\u00e9g\u00e9monie politique sur ses confins selon le rapport <em>Crossing the Line<\/em> de <a href=\"http:\/\/www.savetibet.org\">l&rsquo;International Campaign For Tibet<\/a>. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"794\" height=\"960\" src=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2021-07-08-a\u0300-18.24.04.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-521\" srcset=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2021-07-08-a\u0300-18.24.04.png 794w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2021-07-08-a\u0300-18.24.04-248x300.png 248w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2021-07-08-a\u0300-18.24.04-768x929.png 768w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2021-07-08-a\u0300-18.24.04-600x725.png 600w\" sizes=\"(max-width: 794px) 100vw, 794px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ach\u00e8vement de la <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-outre-terre1-2006-2-page-391.htm\">ligne ferroviaire<\/a> la \u00ab\u00a0plus haute du monde\u00a0\u00bb entre <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/asie-pacifique\/article\/2006\/07\/01\/pekin-inaugure-le-train-du-toit-du-monde-voue-a-desenclaver-et-a-siniser-le-tibet_790620_3216.html\">Lhasa et Golmud<\/a> en 2006 avait \u00e9t\u00e9 ainsi vant\u00e9e comme une prouesse technologique in\u00e9gal\u00e9e puisqu&rsquo;il avait fallu poser les rails directement sur le <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/272491648_The_Tibetan_Railroad_Innovative_construction_on_warm_permafrost_in_a_low-latitude_high-altitude_region\">permafrost<\/a>, sauf qu&rsquo;un r\u00e9chauffement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.scmp.com\/news\/china\/society\/article\/1901893\/permafrost-melt-poses-risk-rail-and-oil-lines\">menacerait<\/a> d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9 de toute l&rsquo;affaire, tout ces travaux hercul\u00e9ens ayant eu par ailleurs d&rsquo;autres cons\u00e9quences impr\u00e9vues que nous \u00e9voquerons dans la suite du texte. De m\u00eame, l&rsquo;inauguration, \u00e0 la fin juin 2021, de la nouvelle ligne <a href=\"http:\/\/french.peopledaily.com.cn\/Economie\/n3\/2021\/0625\/c31355-9865390.html\">Lhasa-Nyingchi<\/a>  et ses nombreux ponts ferroviaires sur le fleuve Brahmaputra ( en l&rsquo;occurrence un \u00e9pisode de plus d&rsquo;une forme de \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.livemint.com\/Politics\/Gk1MWDocZGjHcPVnqGeQpO\/After-decades-of-neglect-India-builds-roads-along-China-bor.html\">guerre des ponts<\/a>\u00ab\u00a0)  n&rsquo;a pas manqu\u00e9 de r\u00e9veiller de vieilles <a href=\"https:\/\/timesofindia.indiatimes.com\/india\/china-plans-dam-on-brahmaputra-how-it-may-impact-india-bangladesh\/articleshow\/79528597.cms\">angoisses<\/a> indiennes et <a href=\"https:\/\/www.thedailystar.net\/op-ed\/bangladesh-should-be-worried-about-chinas-brahmaputra-dam-160111\"> bangladaises <\/a>, notamment concernant les barrages c\u00f4t\u00e9 chinois qui menaceraient l&rsquo;approvisionnement en eau du sous-continent, barrages qui seront toutefois eux-m\u00eames \u00e0 la merci de la <a href=\"https:\/\/www.hindustantimes.com\/world-news\/melting-glaciers-may-disrupt-china-s-plan-to-build-dam-over-brahmaputra-in-tibet-101619621981025.html\">fonte des glaciers<\/a> et des <a href=\"https:\/\/www.scmp.com\/news\/china\/science\/article\/3131321\/melting-glaciers-threaten-chinas-plan-build-worlds-biggest\">glissements de terrain<\/a>. Ces \u00e9ventuelles \u00ab\u00a0Fronti\u00e8res d&rsquo;appropriation\u00a0\u00bb risquant donc de ne pas tenir leurs promesses&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui ne serait d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;un \u00e9pisode de plus de la gestion finalement assez erratique de cette <em>Fronti\u00e8re<\/em> par le pouvoir chinois qui se retrouve la plupart du temps \u00e0 \u00e9coper les cons\u00e9quences de ses politiques pr\u00e9c\u00e9dentes. En t\u00e9moigne, par exemple, la question des \u00ab\u00a0zones humides\u00a0\u00bb du plateau qui jouent un r\u00f4le central de r\u00e9gulation du d\u00e9bit des fleuves et de r\u00e9tention de carbone. Comme le rappelle <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/profile\/Emily-Yeh-2\">Emily T. Yeh <\/a>dans son passionnant article <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/249292901_From_Wasteland_to_Wetland_Nature_and_Nation_in_China's_Tibet\">From Wasteland to Wetland? Nature and Nation in China&rsquo;s Tibet<\/a>, sur cette question, comme sur d&rsquo;autres aff\u00e9rentes, le plateau est progressivement devenu le \u00ab\u00a0d\u00e9cor\u00a0\u00bb de l&rsquo;affrontement entre deux \u00ab\u00a0nationalismes \u00e9cologiques\u00a0\u00bb (\u00a0\u00bb processus de l\u00e9gitimation et de consolidation de la nation m\u00e9di\u00e9 et construit via la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la nature\u00a0\u00bb), l&rsquo;un chinois \u00ab\u00a0modernisateur\u00a0\u00bb aux formulations certes fluctuantes et l&rsquo;autre tib\u00e9tain \u00ab\u00a0essentialiste\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire postulant une harmonie pr\u00e9-invasion chinoise entre les hommes et la nature sous l&rsquo;\u00e9gide du bouddhisme. Or, note Yeh, avant la colonisation chinoise : \u00a0\u00bb Plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre exemptes de manipulations et de significations humaines, les zones humides \u00e9taient profond\u00e9ment socialement et activement g\u00e9r\u00e9es. Loin d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0primaires\u00a0\u00bb ces zones humides \u00e9taient activement transform\u00e9es par le travail humain et imbriqu\u00e9es dans les rapports sociaux. Et tout cela ne se produisait pas sous l&rsquo;\u00e9gide des idiomes universels de \u00ab\u00a0l&rsquo;interd\u00e9pendance des \u00e9l\u00e9ments vivants et non-vivants\u00a0\u00bb et de  l&rsquo;harmonie avec la nature, comme le voudrait la sagesse environnementale tib\u00e9taine contemporaine mais \u00e9tait au contraire \u00e0 la fois localis\u00e9 et politiquement motiv\u00e9 par le besoin de remplir les obligations fiscales vis \u00e0 vis du pouvoir tib\u00e9tain.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s 1951, c&rsquo;est certes toutefois une autre \u00ab\u00a0organisation de la nature\u00a0\u00bb qui se met en place, car comme disait Mao : \u00a0\u00bb Si les gens qui vivent dans la nature veulent \u00eatre libres, ils vont devoir utiliser les sciences naturelles pour comprendre, vaincre et changer la nature; ce n&rsquo;est que comme cela qu&rsquo;ils se lib\u00e9reront de la nature.\u00a0\u00bb (1966). Cette citation est tir\u00e9e d&rsquo;un article de Peter Ho, <a href=\"https:\/\/papers.ssrn.com\/sol3\/papers.cfm?abstract_id=2168690\">\u00ab\u00a0Mao&rsquo;s War against Nature? The Environmental Impact of the Grain-First Campaign in China<\/a>\u00ab\u00a0, qui s&rsquo;il tient \u00e0 en relativiser certains effets, rappelle tout de m\u00eame les absurdit\u00e9s des campagnes agricoles des ann\u00e9es 50, notamment celles des conversions de terres li\u00e9es au\u00a0\u00bb grand bond en avant\u00a0\u00bb. T\u00e9moigne de ces absurdit\u00e9s, dans une zone pastorale tr\u00e8s froide comme celle du plateau Qinghai-Tibet, cette annonce triomphaliste du bureau de l&rsquo;agriculture de la province de Qinghai en 1959 : \u00ab\u00a0Sous la direction du Parti, nous avons enfin maitris\u00e9 la nature et transform\u00e9 des p\u00e2turages d\u00e9sol\u00e9s depuis des si\u00e8cles en terres agricoles fertiles\u00a0\u00bb ( cit\u00e9 dans Ho p. 51). Dans la m\u00eame foul\u00e9e, de vastes campagnes d&rsquo;ass\u00e9chement des zones humides du plateau furent men\u00e9es par l&rsquo;arm\u00e9e et ex\u00e9cut\u00e9es par les prisonniers politiques, ce qui contribuera \u00e0 une urbanisation galopante et  paradoxalement (une fois abandonn\u00e9s les grands r\u00eaves d&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;un grenier tib\u00e9tain) \u00e0 au bout du compte ouvrir une partie de ces zones au p\u00e2turage. Il est  probable que les cons\u00e9quences de cette reconversion avort\u00e9e du plateau se font encore sentir&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est ce qui a en tout cas men\u00e9 \u00e0 un progressif changement de cap du pouvoir chinois. Il y eut bien s\u00fbr la lib\u00e9ralisation progressive des campagnes du d\u00e9but des ann\u00e9es 80 qui s&rsquo;est en grande partie d\u00e9roul\u00e9e au Tibet comme ailleurs en Chine ( on en trouve un bon r\u00e9sum\u00e9 dans un article de Fabrice Dreyfus, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/emscat\/2107\">Politiques pastorales et transformations de l\u2019\u00e9levage des yaks sur le plateau tib\u00e9tain(&#8230;)<\/a> ou encore dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/case.edu\/affil\/tibet\/documents\/YanZhaoliMtSciencepaper.pdf\">Rangeland Privatization and Its Impacts on the Zoige Wetlands on the Eastern Tibetan Plateau\u00a0\u00bb<\/a> de YAN Zhaoli et Wu Ning). Mais la forte augmentation de la population  ( multipli\u00e9e par 3 depuis 1950) et l&rsquo;explosion du cheptel ( +300% depuis 1978) initi\u00e9e par ces m\u00eames mesures de lib\u00e9ralisation provoquant une surp\u00e2turage voire m\u00eame en certains endroits une d\u00e9sertification, la privatisation des cheptels et zones de p\u00e2ture s&rsquo;est ensuite accompagn\u00e9e de mesures de s\u00e9dentarisation des populations nomades locales, notamment via le programme des \u00ab\u00a0Quatre constructions\u00a0\u00bb ( \u00ab\u00a0Ces programmes \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 permettre \u00e0 chaque famille 1) de cl\u00f4turer une surface donn\u00e9e de p\u00e2turage d\u2019hiver, 2) d\u2019y construire une maison, 3) d\u2019y construire une \u00e9table, et 4) de cl\u00f4turer de petites surfaces pour la production de cultures fourrag\u00e8res pouvant \u00eatre r\u00e9colt\u00e9es et stock\u00e9es en foin.\u00a0\u00bb Fabrice Dreyfus). Depuis le tournant des ann\u00e9es 2000, le but est d\u00e9sormais clairement de r\u00e9duire l&rsquo;\u00e9levage sur le plateau, quitte \u00e0 fournir logement en ville et subsides aux \u00e9leveurs pour qu&rsquo;ils cessent leur activit\u00e9 ( voir notamment R.B. Harris, \u00ab\u00a0R<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/citeseerx.ist.psu.edu\/viewdoc\/download;jsessionid=A02386CDB10F11B69613674A3E06F0AD?doi=10.1.1.566.545&amp;rep=rep1&amp;type=pdf\" target=\"_blank\">angeland degradation on the Qinghai-Tibetan plateau: A review of the evidence of its magnitude and causes<\/a>\u00ab\u00a0). Comme le constate Yeh dans son article \u00ab\u00a0From Wasteland to Wetland ?\u00a0\u00bb \u00a0\u00bb On incite d\u00e9sormais les tib\u00e9tains \u00e0 se transformer en d\u00e9sirable citoyen du futur non pas en transformant la nature via leur travail mais en en disparaissant et en laissant sa beaut\u00e9 devenir objet de consommation pour les touristes.\u00a0\u00bb Si, bien s\u00fbr, les consid\u00e9rations s\u00e9curitaires ne sont jamais absentes, surtout avec les <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/echogeo\/5723\">r\u00e9voltes<\/a> r\u00e9currentes des populations locales, cet abrupt tournant \u00e9cologiste fait effectivement du plateau Qinghai-Tibet un cas d&rsquo;\u00e9cole de ces changements de cap gouvernementaux et de cette nouvelle \u00e9cologie d&rsquo;\u00c9tat qu&rsquo;on retrouve un peu partout. \u00c9cologie d&rsquo;\u00c9tat qui n&rsquo;en courra pas moins que ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs d\u00e9veloppementistes ou industriels derri\u00e8re les causes et effets qu&rsquo;elle g\u00e9n\u00e8re en permanence. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, quoique, comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9, la peste n&rsquo;a peut-\u00eatre pas dit son dernier mot puisqu&rsquo;on s&rsquo;inqui\u00e8te aussi d&rsquo;une de ses mutations qui r\u00e9sisterait aux antibiotiques ( voir \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.plos.org\/plosntds\/article?id=10.1371\/journal.pntd.0009324\">A novel mechanism of streptomycin resistance in Yersinia pestis: Mutation in the rpsL gene\u00a0\u00bb<\/a>) et de sa transmission de plus en plus courante ces derni\u00e8res ann\u00e9es des marmottes aux moutons et de l\u00e0 aux hommes ( voir <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC6095483\/\">\u00ab\u00a0Human plague associated with Tibetan sheep originates in marmots\u00a0\u00bb<\/a>), c&rsquo;est du fait d&rsquo;un autre fl\u00e9au que le plateau a fait parler de lui depuis une quinzaine d&rsquo;ann\u00e9es. En effet, en mai 2005, on a trouv\u00e9 au bord du Lac Qinghai, situ\u00e9 au nord-est du plateau, plus de 6 000 oiseaux morts, la plus grande mortalit\u00e9 d&rsquo;oiseaux sauvages jamais attribu\u00e9e au virus H5N1, mieux connu sous son appellation courante de \u00ab\u00a0Grippe aviaire\u00a0\u00bb. Comme le rappellent Diann J. Prosser et alii dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.plos.org\/plosone\/article?id=10.1371\/journal.pone.0017622\">Wild Bird Migration across the Qinghai-Tibetan Plateau: A Transmission Route for Highly Pathogenic H5N1<\/a>\u00ab\u00a0: \u00ab\u00a0Le lac Qinghai est une aire de reproduction et une zone de transit essentiel pour les oiseaux aquatiques migrateurs, recevant 150 000 migrateurs chaque ann\u00e9e de plus de 200 esp\u00e8ces dont 15% de la population reproductrice mondiale d<a href=\"https:\/\/www.oiseaux.net\/oiseaux\/oie.a.tete.barree.html\">&lsquo;oies \u00e0 t\u00eates barr\u00e9es <\/a>. Il se situe \u00e0 l&rsquo;intersection de voies migratoires centrales : la voie migratoire d&rsquo;Asie centrale qui part de l&rsquo;ouest de la Sib\u00e9rie via l&rsquo;Asie centrale jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Inde et la voie migratoire d&rsquo;Asie de l&rsquo;est qui va de la Russie via la Chine vers l&rsquo;Australie.\u00a0\u00bb Signe du choc provoqu\u00e9 par cette d\u00e9couverte le lac avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque l&rsquo;objet d&rsquo;un long ( et bien document\u00e9) <a href=\"http:\/\/content.time.com\/time\/subscriber\/article\/0,33009,1115613,00.html\">article<\/a> du magazine TIME qui le qualifiait d&rsquo;\u00e9quivalent pour les oiseaux migrateurs d&rsquo;un hub a\u00e9roportuaire international. <\/p>\n\n\n\n<p>Si cette \u00e9pisode de 2005 a tant fait parler de lui, c&rsquo;est qu&rsquo;il venait de fa\u00e7on spectaculaire alimenter le d\u00e9bat sur le r\u00f4le des oiseaux migrateurs dans la grippe aviaire, que ce soit dans l&rsquo;\u00e9volution du virus, c&rsquo;est \u00e0 dire, selon le jargon, le passage de l&rsquo;Influenza Aviaire Faiblement Pathog\u00e8ne (IAFP) \u00e0 l&rsquo;Influenza Aviaire Hautement Pathog\u00e8ne (IAHP) lors de contacts avec la volaille d&rsquo;\u00e9levage ou de la diffusion de l&rsquo;\u00e9pizootie de par le monde. Si tout para\u00eet tenir au premier abord de controverses sur \u00ab\u00a0la poule et l&rsquo;oeuf\u00a0\u00bb, il faut n\u00e9anmoins remarquer que ces deux questions, intimement li\u00e9es bien entendu, ont \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet d&rsquo;assez vives controverses notamment apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9pisode du lac Qinghai, qui a permis, un temps, \u00e0 certains de tenter de d\u00e9douaner, en sur-soulignant le r\u00f4le des oiseaux migrateurs, les pratiques d&rsquo;\u00e9levage intensif de la volaille de leur responsabilit\u00e9. Or comme le rappelaient Rogier Bodewes et Thijs Kuiken dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/29551140\/\">Changing Role of Wild Birds in the Epidemiology of Avian Influenza A Viruses<\/a>\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Tandis que la transmission de l&rsquo;IAHP des oiseaux sauvages \u00e0 la volaille a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet de nombreuses \u00e9tudes, la voie de transmission oppos\u00e9e n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 que peu \u00e9tudi\u00e9e. Compte tenu du fait que les oiseaux aquatiques migrateurs ne sont normalement pas infect\u00e9s par l&rsquo;IAHP et que l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;IAFP \u00e0 l&rsquo;IAHP n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie que pour les volailles, la d\u00e9tection de l&rsquo;IAHP chez les oiseaux sauvages sugg\u00e8re qu&rsquo;une transmission de celle-ci des volailles vers les animaux sauvages doit se produire.\u00a0\u00bb Rob Wallace dans <em><a href=\"https:\/\/nyupress.org\/9781583675892\/big-farms-make-big-flu\/\">Big Farms make Big Flu<\/a><\/em>, va dans le m\u00eame sens : \u00ab\u00a0beaucoup de sous-types de l&rsquo;IAFP pr\u00e9sents chez ces oiseaux sauvages ne d\u00e9velopp\u00e8rent une plus grande virulence qu&rsquo;une fois entr\u00e9s dans les populations d&rsquo;oiseaux domestiqu\u00e9s\u00a0\u00bb. On aurait donc notamment une transmission de l&rsquo;IAFP des oiseaux sauvages vers les volailles d&rsquo;\u00e9levage puis une infection en retour des oiseaux sauvages par l&rsquo;IAHP lors de contacts avec des volailles ayant incub\u00e9 cette version plus virulente du virus du fait de leurs conditions d&rsquo;\u00e9levage.  (On trouvera des indications plus pr\u00e9cises sur le variant particulier du virus qui a fauch\u00e9 les oiseaux du lac Qinghai dans le chapitre 8, \u00ab\u00a0From Hong-Kong to Qinghai Lake and Beyond\u00a0\u00bb, du livre <em><a href=\"https:\/\/slate.com\/technology\/2013\/09\/peter-dohertys-book-on-birds-their-fate-is-our-fate-reviewed.html\">Their Fate is our Fate <\/a><\/em> de Peter Doherty) Dans <a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/abs\/10.3184\/175815510X12737339356701\">Victims and vectors: highly pathogenic avian influenza H5N1 and the ecology of wild birds<\/a>, John Y. Takekawaa et alii soulignent \u00e9galement le r\u00f4le \u00e9ventuel des march\u00e9s d&rsquo;animaux domestiques et sauvages vivants dans cette mutation ainsi que l&rsquo;effet de la disparition progressive des zones humides, notamment sur le plateau Qinghai-Tibet, qui am\u00e8ne les oiseaux aquatiques migrateurs \u00e0 se concentrer en plus grand nombre sur de plus petites zones mar\u00e9cageuses ce qui donne donc plus d&rsquo;opportunit\u00e9s au virus pour se diffuser. D&rsquo;autant que comme le notent Kurt J. Vandegrift et alii dans <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/44662350_Ecology_of_avian_influenza_viruses_in_a_changing_world\">Ecology of avian influenza viruses in a changing world<\/a>, ces disparitions des terres mar\u00e9cageuses, etc est souvent associ\u00e9e \u00e0 un extension de la riziculture un peu partout en Asie, ce qui met de plus en plus en contact les oiseaux migrateurs avec les canards domestiqu\u00e9s massivement utilis\u00e9s pour la lutte anti-parasitaire dans les rizi\u00e8res, \u00ab\u00a0moyens et fins\u00a0\u00bb de l&rsquo;intensification de la production mais qui sont \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9s comme une des principales esp\u00e8ces-r\u00e9servoirs du virus ( \u00ab\u00a0La niche intensive canard-riz en Asie r\u00e9sulte d&rsquo;une s\u00e9rie de changements dans les pratiques agricoles &#8211; ancestrales ( riz), imp\u00e9riale tardive ( canard) et actuelle ( intensification de la production de volailles) &#8211; se m\u00e9langeant de fa\u00e7on \u00e0 soutenir de fa\u00e7on unique l&rsquo;\u00e9volution et la persistance de multiples influenza aviaires\u00a0\u00bb Rob Wallace <em>Big Farms make Big Flu<\/em>. Voir \u00e9galement, entre autres, <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/18418464\/\">Avian influenza, domestic ducks and rice agriculture in Thailand<\/a>). <\/p>\n\n\n\n<p>Mais c&rsquo;est surtout l&rsquo;\u00e9tape d&rsquo;apr\u00e8s, c&rsquo;est \u00e0 dire le r\u00f4le des oiseaux migrateurs dans la diffusion de l&rsquo;IAHP au niveau r\u00e9gional puis mondial qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 des d\u00e9bats. On retrouvera un peu partout la th\u00e8se dominante plus ou moins \u00e9tay\u00e9e, ainsi dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/25535385\/\">Avian influenza H5N1 viral and bird migration networks in Asia<\/a>\u00a0\u00bb qui note \u00ab\u00a0Une forte corr\u00e9lation positive entre les foyers d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mies successifs et le temps moyen de vol entre les arr\u00eats successifs sur les voies de migration (&#8230;) La v\u00e9locit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie et la vitesse de migration des oiseaux \u00e9tant positivement associ\u00e9s cela indique qu&rsquo;ils partagent les m\u00eames caract\u00e9ristiques spatio-temporelles.\u00a0\u00bb Ou encore dans le rapport du <em>Global Consortium for H5N8 and Related Influenza Viruses<\/em>, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/science.sciencemag.org\/content\/354\/6309\/213.long\">Role for migratory wild birds in the global spread of avian influenza H5N8<\/a>\u00ab\u00a0.  Le r\u00f4le des migrations dans la propagation du virus, en plus bien \u00e9videmment de recycler un amalgame oh combien s\u00e9culaire, a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;autant plus volontiers \u00e9voqu\u00e9 que le changement climatique commence effectivement \u00e0 modifier la donne dans ce domaine. Comme l&rsquo;\u00e9voquent Diann J. Prosser et alii dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/316092928_Animal_Migration_and_Risk_of_Spread_of_Viral_Infections\">Animal Migration and Risk of Spread of Viral Infections<\/a>\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Certains changements cruciaux potentiels et d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9s li\u00e9s au changement climatique qui affecteraient la circulation virale incluent : 1) des changements dans le comportement migratoire de la population h\u00f4te comme des modifications de trajectoires, de p\u00e9riodes de migration et d&rsquo;aires de r\u00e9partition 2) des changements dans la biologie mol\u00e9culaire des pathog\u00e8nes qui pourrait affecter leur dur\u00e9e de persistance dans l&rsquo;environnement, leur virulence et leur capacit\u00e9 d&rsquo;infection (&#8230;)\u00a0\u00bb Le changement climatique risquerait donc de modifier en permanence cette interaction entre migration et virus, notamment du fait de la modification des corridors de circulation ( voir notamment <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41598-019-54228-5\"> Climate change could overturn bird migration (&#8230;)<\/a> ) ou de l&rsquo;usage des sols et donc des terrains plus ou moins propices \u00e0 l&rsquo;infection que rencontreraient les oiseaux sur leur trajet ( voir M. Gilbert et alii <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC2709837\/\">Climate change and avian influenza<\/a>, pp. 5 et 6). <\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, le r\u00f4le effectif des oiseaux migrateurs dans la diffusion de la grippe aviaire a \u00e9t\u00e9 largement questionn\u00e9 dans de nombreux textes. Dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC2828095\/\">Ecologic Immunology of Avian Influenza (H5N1) in Migratory Birds<\/a>\u00a0\u00bb Weber et Stilianakis rappellent ainsi que l&rsquo;infection r\u00e9duit tr\u00e8s probablement la capacit\u00e9 de migration des oiseaux qui ne sont donc au mieux que des vecteurs locaux de propagation. C&rsquo;est dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/onlinelibrary.wiley.com\/doi\/full\/10.1111\/j.1474-919X.2007.00699.x\">Recent expansion of highly pathogenic avian influenza H5N1: A critical review<\/a>\u00a0\u00bb de Michel Gauthier-Clerc, Frederic Thomas et C. Lebarbenchon, qu&rsquo;on trouvera la r\u00e9futation la plus compl\u00e8te des th\u00e8ses d&rsquo;une primo-responsabilit\u00e9 des oiseaux migrateurs. Apr\u00e8s un vaste bilan des diff\u00e9rentes hypoth\u00e8ses, les auteurs soulignent que \u00ab\u00a0bien qu&rsquo;il reste possible que les oiseaux migrateurs puissent r\u00e9pandre l&rsquo;IAHP-H5N1 et contaminer la volaille domestiqu\u00e9e, les faits accr\u00e9ditent massivement l&rsquo;hypoth\u00e8se que les d\u00e9placements par des humains de volaille domestiqu\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 ce jour le principal agent de la dispersion du virus.\u00a0\u00bb Et ils concluent :\u00a0\u00bb la globalisation naturelle des \u00e9changes des oiseaux migrateurs semble occulter la globalisation &#8211; sans contr\u00f4le sanitaire strict- des \u00e9changes commerciaux de volailles comme m\u00e9canisme reconnu de diffusion de la maladie.\u00a0\u00bb Sur cette \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb circulation on peut \u00e9galement se reporter  \u00e0 \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC2386237\/\">Environmental Factors Contributing to the Spread of H5N1 Avian Influenza in Mainland China\u00a0\u00bb<\/a> qui rappelle que les premiers foyers de grippe aviaire \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement situ\u00e9s non loin des autoroutes nationales chinoises, qui du fait de leur gratuit\u00e9, de la localisation des march\u00e9s sur leur itin\u00e9raires et de l&rsquo;interdiction du transport de volailles par trains constituent effectivement un corridor de contamination id\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui nous ram\u00e8ne au bord du lac Qinghai.  Quoique l&rsquo;urbanisation puis la s\u00e9dentarisation des nomades \u00e9voqu\u00e9e plus haut aient \u00e9t\u00e9 l&rsquo;occasion de d\u00e9velopper le r\u00e9seau routier sur le plateau (non sans al\u00e9as, voir <a href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S2095809918306568\">Highway Planning and Design in the Qinghai\u2013Tibet Plateau of China<\/a>), l&rsquo;isolement de ce dernier constituait pr\u00e9tendument la preuve d&rsquo;une dynamique endog\u00e8ne de propagation du virus chez les oiseaux migrateurs. Or, d\u00e8s 2006 un <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/441263a\">article <\/a>paru dans la revue Nature, relayant les r\u00e9v\u00e9lations d&rsquo;un blogueur chinois, indiquait : \u00a0\u00bb Depuis 2003, une des principales esp\u00e8ces migrantes affect\u00e9e [lors de la mort en masse d&rsquo;oiseaux de 2005], l&rsquo;oie \u00e0 t\u00eate barr\u00e9e, \u00e9tait artificiellement \u00e9lev\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lac. Les fermes d&rsquo;\u00e9levage &#8211; qui participaient d&rsquo;un programme exp\u00e9rimental pour \u00e0 la fois domestiquer ces oiseaux et en rel\u00e2cher une partie pour accro\u00eetre la population sauvage &#8211; soul\u00e8vent la possibilit\u00e9 que ces oiseaux domestiqu\u00e9s aient \u00e9t\u00e9 la source de la contamination.\u00a0\u00bb Cette hypoth\u00e8se, qui, \u00e0 notre connaissance, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9fut\u00e9e \u00e0 ce jour, a \u00e9t\u00e9 \u00e9tay\u00e9e dans plusieurs textes ult\u00e9rieurs qui d\u00e9crivent le d\u00e9veloppement de cette nouvelle industrie. Ainsi <a href=\"https:\/\/meridian.allenpress.com\/jwd\/article\/46\/4\/1340\/121400\/Captive-Rearing-and-Release-of-Bar-headed-Geese\">Captive Rearing and Release of Bar-headed Geese (<em>Anser indicus<\/em>) in China: A Possible HPAI H5N1 Virus Infection Route to Wild Birds<\/a> de Chris J. Feare, Taichi Kato et Richard Thomas en retrace une des sources locales : \u00a0\u00bb L&rsquo;\u00e9levage en captivit\u00e9 des oies \u00e0 t\u00eates barr\u00e9es a commenc\u00e9 en 2003 au bord du lac Yamzho Yumco \u00e0 100km au sud de Lhassa [capitale de la province \u00ab\u00a0autonome\u00a0\u00bb du Tibet] par la \u00ab\u00a0Lhasa Nida Natural Ecology Development Bar-headed Goose Artificial Breeding Company\u00a0\u00bb. Plusieurs centaines d&rsquo;oeufs d&rsquo;oies \u00e0 t\u00eates barr\u00e9es abandonn\u00e9s furent collect\u00e9s dans une colonie en d\u00e9clin, dont on a pr\u00e9tendu qu&rsquo;elle comprenait 30 000 individus autour du lac, et furent artificiellement incub\u00e9s. L&rsquo;entreprise fut \u00e9tendue au district de Xaina, dans la pr\u00e9fecture de Nagqu ( \u00e0 environ 300km au nord-est de Lhassa) o\u00f9 500 oies \u00e0 t\u00eates barr\u00e9es furent \u00e9lev\u00e9es avec succ\u00e8s \u00ab\u00a0pour r\u00e9pondre aux besoins du march\u00e9\u00a0\u00bb. La compagnie sous-traita \u00e9galement une partie de sa production \u00e0 un villageois du district de Gonggar, au sud de Lhassa. En 2006, une unit\u00e9 d&rsquo;\u00e9levage fut \u00e9tablie dans le m\u00eame village, au bord d&rsquo;un mar\u00e9cage et d&rsquo;un bassin apte au d\u00e9veloppement d&rsquo;une activit\u00e9 d&rsquo;aquaculture, et ce, afin de booster l&rsquo;\u00e9levage en vue de l&rsquo;ouverture de la ligne ferroviaire Lhasa-Golmud la m\u00eame ann\u00e9e.\u00a0\u00bb Sans \u00e9voquer directement 2005, les auteurs ne manquent toutefois pas de noter prudemment que plusieurs foyers de grippes aviaires chez les oiseaux sauvages de 2006 \u00e0 2010 se situaient non loin de ces zones d&rsquo;\u00e9levage.  <\/p>\n\n\n\n<p>La chercheuse ind\u00e9pendante, et autrice de deux textes importants sur le sujet ( <a href=\"https:\/\/www.technologystories.org\/riding-the-permafrost-rooster-across-the-roof-of-the-world\/\">Riding the Permafrost Rooster across the Roof of the World<\/a> et  <a href=\"http:\/\/Opening Pandora\u2019s box at the roof of the world: Landscape, climate and avian influenza (H5N1)\">Opening Pandora\u2019s box at the roof of the world: Landscape, climate and avian influenza (H5N1<\/a>). ), Barbara Canavan, s&rsquo;encombre de moins de pr\u00e9cautions : \u00a0\u00bb Le r\u00e9seau de causalit\u00e9s sp\u00e9cifiques ayant pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence du variant Qinghai de la grippe aviaire semble multifactoriel. Au vu des \u00e9l\u00e9ments que nous avons avanc\u00e9, la cause la plus imm\u00e9diate de l&rsquo;\u00e9mergence du variant Qinghai \u00e0 partir de 2005 a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e9levage d&rsquo;oies \u00e0 t\u00eates barr\u00e9es \u00e0 proximit\u00e9 de volailles domestiques. L&rsquo;\u00e9levage en captivit\u00e9 d&rsquo;oies \u00e0 t\u00eates barr\u00e9es repr\u00e9sente une piste plausible d&rsquo;\u00e9volution de la grippe aviaire vers une forme plus dangereuse et mortelle. C&rsquo;est la boite de pandore de Qinghai, celle qui a ouvert une nouvelle voie au virus pour atteindre volailles et oiseaux sauvages (..) Une cause indirecte de cette \u00e9pid\u00e9mie de Qinghai c&rsquo;est la construction et mise en service de la ligne ferroviaire QTR ( Lhasa-Golmud) qui a provoqu\u00e9 une hausse exponentielle de la demande en nourriture dans la zone, ce qui a men\u00e9 en retour \u00e0 l&rsquo;\u00e9levage en captivit\u00e9 des oies \u00e0 t\u00eates barr\u00e9es.\u00a0\u00bb Le paradoxe que repr\u00e9sente cette \u00ab\u00a0troisi\u00e8me voie\u00a0\u00bb, ni exactement sauvage ni exactement domestique, d&rsquo;infection a \u00e9t\u00e9 magistralement analys\u00e9 par Lyle Fearnley dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/journal.culanth.org\/index.php\/ca\/article\/view\/ca30.1.03\">Wild Goose Chase: The Displacement of Influenza Research in the Fields of Poyang Lake, China<\/a>\u00ab\u00a0. Quoique portant sur un autre lac et une autre esp\u00e8ce, ses analyses n&rsquo;en sont pas moins probablement valables pour les oies \u00e0 t\u00eates barr\u00e9es du lac Qinghai. Fearnley retrace en tout cas en d\u00e9tail les conditions d&rsquo;\u00e9mergence de cette nouvelle industrie : \u00a0\u00bb L&rsquo;\u00e9levage de volailles domestiques fut un des premiers secteurs \u00e0 qui on a permis une libre activit\u00e9 de march\u00e9 apr\u00e8s les r\u00e9formes de l&rsquo;\u00e9conomie planifi\u00e9e de Deng Xiaoping, l&rsquo;\u00e9levage de volailles devenant rapidement une source importante de revenus pour les foyers et les entrepreneurs ruraux. N\u00e9anmoins durant les ann\u00e9es 90, de grandes entreprises industrielles de production de volailles, organis\u00e9es comme des compagnies \u00a0\u00bb \u00e0 t\u00eate de dragon\u00a0\u00bb verticalement int\u00e9gr\u00e9es ont commenc\u00e9 \u00e0 prendre de plus en plus de parts de march\u00e9. Les statistiques montrant une chute rapide du nombre de petits \u00e9leveurs. (&#8230;) Beaucoup de ces petits \u00e9leveurs n&rsquo;ont pas n\u00e9cessairement enti\u00e8rement abandonn\u00e9 le secteur mais se sont au contraire sp\u00e9cialis\u00e9s dans des productions locales ou inhabituelles. Une de ses voies de sp\u00e9cialisation c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9levage d&rsquo;animaux sauvages, pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande particuli\u00e8re des \u00e9lites fortun\u00e9es.\u00a0\u00bb Ainsi \u00ab\u00a0les \u00e9leveurs de volaille au bord du lac Poyang transforment qualitativement l&rsquo;interface entre le domestique et le sauvage, mixant et reconstituant les propri\u00e9t\u00e9s du  \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0domestique\u00a0\u00bb via l&rsquo;\u00e9levage d&rsquo;oiseaux sauvages.\u00a0\u00bb Il est \u00e0 noter que le Lac Poyang est comme le lac Qinghai un lieu privil\u00e9gi\u00e9 de \u00ab\u00a0vill\u00e9giature\u00a0\u00bb des oiseaux migrateurs, et qu&rsquo;il est encore plus que son homologue tib\u00e9tain ( voir <a href=\"https:\/\/www.mdpi.com\/2073-4441\/11\/10\/2136\/pdf\">Analysis of Long-Term Water Level Variations in Qinghai Lake in China<\/a> et <a href=\"https:\/\/hess.copernicus.org\/articles\/23\/2093\/2019\/\">Numerical study on the response of the largest lake in China to climate change<\/a>) soumis \u00e0 ass\u00e9chement rapide, du fait notamment du fameux barrage des Trois Gorges (voir <a href=\"http:\/\/Linkage between Three Gorges Dam impacts and the dramatic recessions in China\u2019s largest freshwater lake, Poyang Lake\">Linkage between Three Gorges Dam impacts and the dramatic recessions in China\u2019s largest freshwater lake, Poyang Lake<\/a>), ce qui a par exemple amen\u00e9 les autorit\u00e9s de la province \u00e0 d\u00e9ployer des <a href=\"http:\/\/french.peopledaily.com.cn\/96851\/7702686.html\">h\u00e9licopt\u00e8res <\/a>pour fournir de la nourriture aux oiseaux migrateurs en 2012&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, la boucle est boucl\u00e9e ? H\u00e9 bien pas exactement car nous n&rsquo;avons pas encore \u00e9voqu\u00e9 une autre hypoth\u00e8se concernant l&rsquo;\u00e9pisode de 2005, le r\u00f4le de l&rsquo;aquaculture dite int\u00e9gr\u00e9e. En effet, le lac de de Qinghai, avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e en 1990 dans <a href=\"http:\/\/www.fao.org\/3\/u2519e\/u2519e00.htm\">un rapport de la F.A.O.<\/a> comme une zone pilote, parmi d&rsquo;autres pour le d\u00e9veloppement de l&rsquo;aquaculture en Chine, notamment sous sa forme dite int\u00e9gr\u00e9e, c&rsquo;est \u00e0 dire des \u00e9levages \u00e0 la fois de volailles et de poissons o\u00f9 les d\u00e9jections des premi\u00e8res viennent nourrir les seconds. C. J. Feare relate ainsi dans <a href=\"http:\/\/www.birdlife.org\/action\/science\/species\/avian_flu\/index.html\">Fish farming and the risk of spread of avian influenza<\/a> ( un des bien trop rares articles sur le rapport aquaculture int\u00e9gr\u00e9e \/ grippe aviaire avec  <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/331215a0\">Fish farming and influenza pandemics<\/a> et <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/291336314_Avian_Influenza_and_the_practice_of_Integrated_Fish_Culture\">Avian Influenza and the practice of Integrated Fish Culture<\/a> ) les efforts engag\u00e9s autour du lac pour permettre l&rsquo;expansion de cette industrie, du fait notamment de son ass\u00e8chement progressif qui cr\u00e9e iles et micro-lacs propices \u00e0 l&rsquo;installation de nouvelles structures. Quoique nous r\u00e9serverons \u00e0 un autre post de cette rubrique le rapide panorama de cette industrie qui semble, plus que toutes les autres, organis\u00e9e autour de ses contrecoups \u00ab\u00a0viraux\u00a0\u00bb, notons que du fait de la transmission possible du virus via les d\u00e9jections de volailles et la persistance de celui-ci dans l&rsquo;eau, elle offre une nouvelle voie royale et ou, \u00ab\u00a0\u00e0 d\u00e9faut\u00a0\u00bb, parfaitement envisageable, \u00e0 la propagation de la grippe aviaire chez les oiseaux migrateurs&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Donc ci-git l&rsquo;aubaine de diversion qu&rsquo;a pu para\u00eetre repr\u00e9senter cette soudaine mort en masse des oiseaux de 2005. Cette manie d\u00e9sormais courante de transformer tel ou tel mammif\u00e8re en dangereux \u00ab\u00a0porteur de peste\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;ailleurs finement analys\u00e9e dans le recueil dirig\u00e9 par Chistos Lysteris <em><a href=\"https:\/\/www.palgrave.com\/gp\/book\/9783030267940\">Framing Animals as Epidemic Villains. Histories of non-Human Disease Vectors<\/a><\/em>. Celui-ci rappelle dans son introduction que \u00ab\u00a0l&rsquo;absence de certitudes scientifiques concernant les v\u00e9ritables r\u00e9servoirs du SRAS ou d&rsquo;Ebola est compens\u00e9e par les repr\u00e9sentations syst\u00e9matiques et tr\u00e8s r\u00e9pandue de quelques animaux, tels les chauves-souris ou les civettes, comme des voyous \u00e9pid\u00e9miologiques [\u00ab\u00a0epidemiological rogues\u00a0\u00bb] (&#8230;) Tous les discours sur le \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.anses.fr\/fr\/content\/one-health\">One Health<\/a>\u00ab\u00a0, les relations et partenariats entre les esp\u00e8ces s&rsquo;effacent et se met en place, pour prot\u00e9ger l&rsquo;humanit\u00e9 des zoonoses et des maladies dont les animaux sont vecteurs, tout un appareil d&rsquo;abatage, de marquage, de d\u00e9sinfection, de s\u00e9paration et d&rsquo;\u00e9radication (&#8230;).\u00a0\u00bb Frederic Keck, dont les nombreux textes en <a href=\"https:\/\/laviedesidees.fr\/_Keck-Frederic_.html\">fran\u00e7ais<\/a> comme en anglais constituent une source incontournable sur cette question et bien d&rsquo;autres, note quant \u00e0 lui dans la postface de l&rsquo;ouvrage : \u00a0\u00bb Si l&rsquo;imagerie des vilains \u00e9pid\u00e9miques d\u00e9coule souvent de la peur des migrants, les techniques de r\u00e9gulation des maladies animales trouvent leur origine dans les politiques de gestion des migrations, comme nous pouvons le voir avec l&rsquo;actuelle construction de barri\u00e8res \u00e0 la <a href=\"https:\/\/www.dw.com\/en\/denmark-to-build-controversial-german-border-fence\/a-45078064\">fronti\u00e8re du Danemark<\/a> pour emp\u00eacher que les sangliers sauvages infectent les porcs d&rsquo;\u00e9levage avec la grippe porcine.\u00a0\u00bb (On lira par ailleurs avec profit sa contribution, \u00ab\u00a0Contagious Wilderness. Avian Flu and Suburban Riots in the French Media\u00a0\u00bb au recueil <em><a href=\"https:\/\/www.routledge.com\/Disease-and-Crime-A-History-of-Social-Pathologies-and-the-New-Politics\/Peckham\/p\/book\/9781138957428\">Disease and Crime. A History of Social Pathologies and the New Politics of Health<\/a><\/em>, o\u00f9 il se livre \u00e0 un tr\u00e8s \u00e9clairant parall\u00e8le entre la repr\u00e9sentation dans la presse fran\u00e7aise des \u00e9meutes de 2005 et de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de SRAS). L&rsquo;oiseau migrateur qui constitue donc lui aussi un \u00ab\u00a0bon client\u00a0\u00bb risque toutefois de ne plus l&rsquo;\u00eatre longtemps puisque certains s&rsquo;aventurent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 pr\u00e9dire une fin progressive des migrations, qu&rsquo;annoncerait d\u00e9j\u00e0 leur d\u00e9clin acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 ( Voir entre autres \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.plos.org\/plosbiology\/article?id=10.1371\/journal.pbio.0060188\">Going, Going, Gone: Is Animal Migration Disappearing<\/a>\u00a0\u00bb ou le livre<a href=\"https:\/\/islandpress.org\/books\/no-way-home\"> <em>No Way Home. The Decline of the World&rsquo;s Great Animal Migrations<\/em><\/a>)&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>Il serait difficile de conclure de fa\u00e7on grandiloquente ce bref itin\u00e9raire bibliographique autour du plateau et du lac Qinghai et absurde de chercher \u00e0 sortir de son chapeau un \u00ab\u00a0sujet historique\u00a0\u00bb qui viendrait miraculeusement \u00ab\u00a0r\u00e9dimer\u00a0\u00bb tout cela ( Le textes de Emily Yeh \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cfc.umt.edu\/tibetangrasslands\/files\/area%20online.pdf\">Tibetan pastoralism in neoliberalising China: continuity and change in Gouli<\/a>\u00a0\u00bb d\u00e9crit par exemple assez bien la n\u00e9olib\u00e9ralisation des mentalit\u00e9s chez les toujours ou ex-nomades). Notons tout de m\u00eame que les perspectives ouvertes par cette \u00ab\u00a0Fronti\u00e8re\u00a0\u00bb et ses divers \u00ab\u00a0surplus \u00e9cologiques\u00a0\u00bb (Moore) aff\u00e9rents semblent donc s&rsquo;\u00e9puiser tr\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9ment, \u00e9puisement qui se manifesterait donc, entre autre, \u00ab\u00a0\u00e9pid\u00e9miologiquement\u00a0\u00bb, notamment comme r\u00e9percussion, certes relativement marginale ( cf la \u00ab\u00a0niche\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9levage d&rsquo;oiseaux sauvages), du processus entam\u00e9 d\u00e9s la fin des ann\u00e9es 70 dans le Guandong et magistralement d\u00e9crit par Rob Wallace, l&rsquo;intensification de la production de volailles et la pression sur les zones humides du fait de l&rsquo;industrie et de l&rsquo;essor de la population facilitant la naissance d&rsquo;une variante plus virulente d&rsquo;influenza aviaire vou\u00e9e \u00e0 se d\u00e9ployer r\u00e9gionalement puis mondialement ( <em>Big Farms Make Big Flu, <\/em>p.70 et suivantes notamment). La particularit\u00e9 du plateau tenant notamment \u00e0 la pr\u00e9sence, en embuscade, de la peste \u00e0 qui la prolif\u00e9ration de rongeurs provoqu\u00e9e par le surp\u00e2turage pourrait bien ouvrir de nouvelles perspectives. D&rsquo;ailleurs notons, pour l&rsquo;anecdocte, qu&rsquo;en novembre 2019, au moment m\u00eame o\u00f9 le virus du Covid-19 faisait probablement ses premiers pas \u00e0 Wuhan, un vent panique \u00e0 souffl\u00e9 sur P\u00e9kin lorsque <a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2019\/11\/13\/world\/asia\/plague-china-pneumonic.html\">deux cas de peste pneumonique<\/a> ( la variante la plus l\u00e9tale et contagieuse) ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pist\u00e9s chez deux habitants de Mongolie int\u00e9rieure venus en d\u00e9sespoir de cause se faire soigner dans la capitale&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Co\u00efncidence mise \u00e0 part et l\u00e0 comme partout ailleurs, les maladies infectieuses, anciennes ou nouvelles, reprennent donc la place centrale qui leur revient dans la crise de la \u00ab\u00a0modernit\u00e9-dans-la-nature\u00a0\u00bb, ce qui suppose de les r\u00e9inscrire en permanence dans le champ en constant bouleversement des interactions entre ph\u00e9nom\u00e8nes climatiques, \u00ab\u00a0naturels\u00a0\u00bb et sociaux. Et si face \u00e0 l&#8217;emballement des d\u00e9sastres, il est toujours tentant d&rsquo;esp\u00e9rer une accalmie pour rentrer gloser \u00e0 l&rsquo;ombre des vieilles th\u00e9o- et t\u00e9l\u00e9ologies, ces quelques notes profanes souhaitaient \u00e9galement, et modestement, signaler, que n&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 bien  des \u00ab\u00a0sp\u00e9cialistes\u00a0\u00bb, \u00e0 un moment sans pr\u00e9c\u00e9dent d&rsquo;acc\u00e8s au savoir dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;esp\u00e8ce ( la plupart des textes cit\u00e9s ici sont librement t\u00e9l\u00e9chargeables et sinon tout le monde sait comment proc\u00e9der&#8230; du moins on l&rsquo;esp\u00e8re !), la critique sociale ne se trouve pas n\u00e9cessairement d\u00e9sarm\u00e9e pour continuer \u00e0 penser le monde et la possibilit\u00e9 de son renversement. A condition bien s\u00fbr d&rsquo;envisager cette critique sociale comme saisie de la centralit\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9 humaine, de ses dynamiques et des possibilit\u00e9s qu&rsquo;elle rec\u00e8le malgr\u00e9 tout et non sous la forme de ratiocinations sous-panth\u00e9istes ( \u00ab\u00a0l&rsquo;homme est mauvais\u00a0\u00bb) ou sous-marxistes ( \u00ab\u00a0Eur\u00eaka ! c&rsquo;est la faute du capitalisme\u00a0\u00bb) qui n&rsquo;ont d&rsquo;ailleurs, le plus souvent, que cette soci\u00e9t\u00e9 pour horizon&#8230; <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rappel : ces quelques notes profanes (ici comme sur nos autres sites associ\u00e9s) n&rsquo;ont bien entendu aucune pr\u00e9tention \u00ab\u00a0exhaustive\u00a0\u00bb et \u00e0 fortiori \u00ab\u00a0scientifique\u00a0\u00bb&#8230;. Comme cela a \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9 au d\u00e9tour d&rsquo;une citation dans le post pr\u00e9c\u00e9dent, le plateau tib\u00e9tain, appel\u00e9 le plus souvent plateau Qinghai-Tibet ( quoique qu&rsquo;il n&rsquo;y ait qu&rsquo;une partie du plateau tib\u00e9tain&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/2021\/05\/06\/a-propos-de-virus-ii-au-bord-du-lac-qinghai\/#more-461\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":465,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[18],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/461"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=461"}],"version-history":[{"count":38,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/461\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":601,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/461\/revisions\/601"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/media\/465"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=461"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=461"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=461"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}