{"id":36,"date":"2020-11-24T11:06:08","date_gmt":"2020-11-24T10:06:08","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/?p=36"},"modified":"2021-06-24T11:41:41","modified_gmt":"2021-06-24T09:41:41","slug":"au-fil-des-recensions-du-livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/2020\/11\/24\/au-fil-des-recensions-du-livre\/","title":{"rendered":"Au fil des recensions du livre en anglais&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>Si malgr\u00e9 sa  \u00ab\u00a0dialectique\u00a0\u00bb parfois tortueuse, le livre de Jason W. Moore fait l&rsquo;objet au bout du compte de r\u00e9sum\u00e9s plut\u00f4t succincts ( le meilleur exemple \u00e9tant donn\u00e9 par la <a href=\"https:\/\/antipodeonline.org\/2019\/02\/07\/capitalism-in-the-web-of-life-ecology-and-the-accumulation-of-capital\/\">recension <\/a>de Sara Nelson dans la revue <em>Antipode<\/em>), il est regrettable que presque aucun lecteur n&rsquo;ait soulign\u00e9 l&rsquo;absence l\u00e9g\u00e8rement surprenante de tout travail \u00e9ditorial sur le texte,  si ce n&rsquo;est paradoxalement le \u00ab\u00a0recenseur\u00a0\u00bb le plus hagiographique de Mr Moore, Christopher Cox dans sa <a href=\"https:\/\/www.historicalmaterialism.org\/book-review\/resuscitating-dialectic-moores-capitalism-web-life-ecology-and-accumulation-capital\">note de lecture<\/a> pour le site de la revue <em>Historical Materialism : <\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est une des critiques majeures que l&rsquo;on peut faire au livre, s&rsquo;il en est, il y a trop \u00e0 ing\u00e9rer pour un seul lecteur. Moore a arrach\u00e9 un trop gros os \u00e0 ronger (\u00ab\u00a0one serious chunk to gnaw on\u00a0\u00bb). Beaucoup de concepts dans ce livre m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre lus et relus. (&#8230;) Certains pourraient sugg\u00e9rer que c&rsquo;est une faiblesse du travail de Moore &#8211; que le lecteur doit d\u00e9ployer beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie intellectuelle pour pouvoir s&rsquo;en saisir r\u00e9ellement- mais j&rsquo;avancerai que demander de la simplicit\u00e9 m\u00e9thodologique quand il s&rsquo;agit de se confronter \u00e0 des questions qui sont peut-\u00eatre les plus complexes que l&rsquo;humanit\u00e9 ait jamais affront\u00e9 semble au mieux na\u00eff. Nous sommes dans un moment historique p\u00e9nible, d\u00e9sastreux \u00e9cologiquement, globalement et r\u00e9ciproquement impliqu\u00e9 et cela appelle des r\u00e9seaux de connaissance qui transcendent toutes les limitations des cadres d&rsquo;analyse du colonialisme occidental, du patriarcat \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 individuelle. Bref, m\u00eame si ce n&rsquo;est pas l&rsquo;approche la plus populaire aujourd&rsquo;hui, nous devons apprendre a penser \u00e0 travers et malgr\u00e9 les syst\u00e8mes. Une approche dialectique est, \u00e0 mon avis, la plus adapt\u00e9e et cela souligne d&rsquo;autant l&rsquo;importance de la contribution de Moore.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Le critique le plus s\u00e9v\u00e8re, \u00e0 ce jour, du livre,  Alf Hornborg dans son article pour le blog de la  m\u00eame revue,<a href=\"https:\/\/www.historicalmaterialism.org\/blog\/dialectical-confusion-jason-moores-posthumanist-marxism\"> \u00ab\u00a0Dialectical Confusion: On Jason Moore\u2019s Posthumanist Marxism\u00a0\u00bb<\/a>, a tout de m\u00eame beau jeu de souligner que les incoh\u00e9rences de ce genre de  pirouette \u00ab\u00a0dialectique\u00a0\u00bb :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb Dans une recension de 50 pages sur le site de <em>Historical Materialism<\/em>, Christopher Cox fait le pan\u00e9gyrique de l&rsquo;effort de Jason Moore pour \u00ab\u00a0ressusciter la dialectique\u00a0\u00bb en reformulant \u00a0\u00bb le capitalisme historique comme un r\u00e9gime permanent de production  de l&rsquo;environnement\u00a0\u00bb. Quoiqu&rsquo;il conc\u00e8de que <em>Le capitalisme dans la toile de la vie <\/em>serait difficile \u00e0 \u00ab\u00a0absorber\u00a0\u00bb pour l&rsquo;\u00e9tudiant am\u00e9ricain moyen, Cox d\u00e9fend les r\u00e9flexions verbeuses de Moore en avan\u00e7ant que \u00ab\u00a0penser dialectiquement suppose d&rsquo;accepter de ne pas savoir\u00a0\u00bb. Cela semble effectivement la principale excuse de Cox pour promouvoir candidement un  trait\u00e9 si conceptuellement confus que Cox admet lui-m\u00eame \u00eatre incapable de le dig\u00e9rer, rempli qu&rsquo;il est de concepts ( <em>Oikeios<\/em>, Faisceaux et Travail-\u00e9nergie) qui sont, selon les propres mots de Cox \u00a0\u00bb insuffisamment pr\u00e9cis\u00e9s\u00a0\u00bb. Il ne semble pas venir \u00e0 l&rsquo;esprit de Cox que les difficult\u00e9s qu&rsquo;il a rencontr\u00e9 pour comprendre le livre de Moore refl\u00e8te dans une large mesure la confusion analytique de l&rsquo;auteur.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Cox souligne toutefois  \u00e0 juste titre un des grands int\u00e9r\u00eats du livre pas n\u00e9cessairement saisissable au premier abord qui est l&rsquo;int\u00e9gration finalement relativement centrale des th\u00e9ories f\u00e9ministes dans la synth\u00e8se que propose Moore : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb Les implications de cette \u00ab\u00a0th\u00e9orie de la valeur historiquement fond\u00e9e\u00a0\u00bb sont vastes. Nous savons depuis Marx que le capitalisme d\u00e9pend de la constante reproduction du capital, qu&rsquo;il envisageait comme \u00ab\u00a0valeur en mouvement\u00a0\u00bb mais \u00e7a ne s&rsquo;arr\u00eate pas l\u00e0. A condition de lire tr\u00e8s profond\u00e9ment Marx &#8211; j&rsquo;entends ici Marx et pas le marxisme- on s&rsquo;en aper\u00e7oit mais dans ce livre [ <em>Le capitalisme dans la toile de la vie<\/em>] il devient clair comme le jour que la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste ne valorise que  \u00ab\u00a0la force de travail dans le circuit du capital\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;est pas une surprise mais ce que cela signifie pour la dialectique de l&rsquo;histoire est consid\u00e9rable. Moore le pr\u00e9sente ainsi : \u00ab\u00a0Un tr\u00e8s grande quantit\u00e9 de travail &#8211; la majeure partie du travail qui s&rsquo;op\u00e8re dans l&rsquo;orbite du capitalisme- n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9e comme ayant de la valeur. Le travail par les humains, particuli\u00e8rement les femmes mais aussi \u00ab\u00a0le travail\u00a0\u00bb des natures extra-humaines\u00a0\u00bb Quand la composition de la valeur dans le temps et l&rsquo;espace est envisag\u00e9e au prisme du travail-\u00e9nergie non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 ou au moins sous-\u00e9valu\u00e9 ( socio-\u00e9conomiquement) des humains et du <em>reste <\/em>de la nature, nous commen\u00e7ons \u00e0 percevoir deux moments importants  : tout d&rsquo;abord l&rsquo;aptitude du capital \u00e0 organiser toute la nature ( humaine et non humaine) au service de sa propre accumulation. Ensuite, l&rsquo;ontologie f\u00e9ministe implicite du projet de l&rsquo;\u00e9cologie-monde, tel qu&rsquo;envisag\u00e9 par Moore. Cela d\u00e9bute part la pr\u00e9supposition que le travail \u00ab\u00a0socialement n\u00e9cessaire \u00a0\u00bb de reproduction du travailleur ( un aspect largement ignor\u00e9 des \u00e9crits de Marx et Engels ) est en g\u00e9n\u00e9ral non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 et sous-\u00e9valu\u00e9, tout cela d\u00e9coulant directement de l&rsquo;\u00e9co-f\u00e9minisme, de m\u00eame que des \u00e9tudes f\u00e9ministes sur la science et la technologie et des th\u00e9ories du \u00ab\u00a0standpoint\u00a0\u00bb. \u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Sara Nelson dans sa <a href=\"https:\/\/antipodeonline.org\/2019\/02\/07\/capitalism-in-the-web-of-life-ecology-and-the-accumulation-of-capital\/\">recension<\/a> d&rsquo;<em>Antipode<\/em> fait le m\u00eame constat : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb Moore n&rsquo;est pas le seul \u00e0 faire le lien entre les critiques Marxistes-f\u00e9ministes et \u00e9cologistes du capitalisme, mais ses efforts pour int\u00e9grer ces compr\u00e9hensions de la reproduction socio-\u00e9cologique dans une th\u00e9orie historique de la crise capitaliste constitue une contribution consid\u00e9rable dans tous les domaines de l&rsquo;\u00e9conomie politique et du rapport nature-soci\u00e9t\u00e9. Son approche offre \u00e9galement une puissante r\u00e9ponse aux appels naissants \u00e0 porter une plus grande attention \u00e0 la valeur dans les critiques de la nature n\u00e9o-lib\u00e9rale ( Dempsey J and Robertson M M (2012) <a href=\"http:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/10.1177\/0309132512437076\">Ecosystem services: Tensions, impurities, and points of engagement within neoliberalism.<\/a> <em>Progress in Human Geography <\/em>) sugg\u00e9rant qu&rsquo;une analyse de la valeur implique un examen \u00e9largie de comment les nouvelles formes de connaissance et de discours environnementaux travaillent de concert avec les innovations politiques, non seulement pour \u00e9tendre la sph\u00e8re de la marchandisation mais aussi pour rendre appropriables de nouvelles natures.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Ce point est \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 dans la recension du livre par Ben Debney, <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/abs\/10.1080\/10455752.2017.1302048?journalCode=rcns20\">Historical Nature versus Nature in General: Capitalism in the Web of Life<\/a>, parue dans la revue <em>Capitalism Nature Socialism<\/em> : \u00a0\u00bb La force de cette approche de Moore est imm\u00e9diatement \u00e9vidente : en \u00e9tablissant un parall\u00e8le entre le travail non pay\u00e9 des femmes et la travail non pay\u00e9 de la nature (&#8230;) le concept de nature bon march\u00e9 de Moore unifie les critiques historiques du capitalisme &#8211; englobant des si\u00e8cles d&rsquo;accumulation primitive telle que celle-ci s&rsquo;est manifest\u00e9e dans le mouvement des enclosures, l&rsquo;exploitation et l&rsquo;appropriation des mati\u00e8res premi\u00e8res et des esclaves aux Am\u00e9riques, en Asie et en Afrique et l&rsquo;imposition du patriarcat via cette op\u00e9ration d&rsquo;ingni\u00e9rie sociale que furent les chasses aux sorci\u00e8res- avec les critiques \u00e9co-f\u00e9ministes de l&rsquo;intersectionnalit\u00e9 des appropriations, aidant ainsi \u00e0 lier les deux dans une critique \u00e9largie de l&#8217;empire du capital. Le commentaire de Moore sur la signification de l&rsquo;appropriation capitaliste du travail non pay\u00e9, en plus de d\u00e9montrer les insuffisances de la fixation opera\u00efste  sur la seule th\u00e9orie de la valeur travail comme unique moyen d&rsquo;exploitation et de profit, constitue un seuil enti\u00e8rement nouveau de la th\u00e9orie, apte \u00e0 saisir les fonctions respectives du travail pay\u00e9 et non pay\u00e9 dans la reproduction sociale du capital.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Sara Nelson souligne toutefois plusieurs absences \u00ab\u00a0f\u00e2cheuses\u00a0\u00bb dans les r\u00e9f\u00e9rences que sollicite Moore, notamment celle de plusieurs penseurs marxistes de la question \u00e9cologique : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb Malgr\u00e9 la grande proximit\u00e9 de l&rsquo;approche de Moore avec la recherche critique dans la g\u00e9ographie du rapport nature-soci\u00e9t\u00e9 ( un terme que Moore rejette pour son \u00e9vidente invocation du pernicieux \u00ab\u00a0rapport binaire cart\u00e9sien\u00a0\u00bb), beaucoup de la litt\u00e9rature g\u00e9ographique avec laquelle son travail r\u00e9sonne reste remarquablement absente du livre. Moore fait grand cas de la notion de sous-production chez Marx &#8211; se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la p\u00e9nurie en mati\u00e8res premi\u00e8res due \u00e0 l&rsquo;incapacit\u00e9 du capital \u00e0 investir dans leur reproduction- qui selon lui serait rest\u00e9e sous-th\u00e9oris\u00e9e en \u00ab\u00a0cons\u00e9quence des habitudes dualistes de pens\u00e9e\u00a0\u00bb et ce, sans mentionner le travail d\u00e9terminant sur le sujet de James O&rsquo; Connor ( dans son article \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/faculty.unlv.edu\/wjsmith\/smithtest\/O%27CONNORjamesCapitalismEnv.pdf\">Capitalism, Nature, Socialism : A Theoretical Introduction\u00a0\u00bb<\/a> 1988). Cette absence est surprenante compte tenu de la proximit\u00e9 de l&rsquo;analyse que donne O&rsquo;Connor de la \u00ab\u00a0seconde contradiction\u00a0\u00bb avec la propre argumentation de Moore ( et ce d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il cite d&rsquo;autres travaux de O&rsquo;Connor ailleurs dans le texte). De m\u00eame l&rsquo;analyse que donne Moore du capitalisme comme projet historique, dans lequel la production de la nature comme \u00ab\u00a0ext\u00e9rieure\u00a0\u00bb est essentielle pour rendre les natures appropriables \u00e0 moindre co\u00fbt, ne se confronte jamais avec celle, fondatrice, de Neil Smith sur le sujet. Moore critique implicitement Smith pour son analyse de la production de la nature comme processus unilat\u00e9ral, soulignant au contraire la \u00ab\u00a0co-production\u00a0\u00bb au coeur des \u00e9cologies capitalistes. Plut\u00f4t que de se confronter directement \u00e0 ces th\u00e9oriciens, Moore transforme sa critique du dualisme cart\u00e9sien en excuse g\u00e9n\u00e9ral pour \u00e9carter la majorit\u00e9 de la recherche sur le rapport nature-soci\u00e9t\u00e9, r\u00e9inventant dans la foul\u00e9e ,en quelque sorte, la roue de la critique \u00e9co-marxiste . Il en r\u00e9sulte une opportunit\u00e9 perdue pour le renforcement des fondations th\u00e9oriques de l&rsquo;\u00e9cologie-monde.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Autre absent de marque, toujours selon Sara Nelson, Spinoza : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Le projet de Moore est caract\u00e9ris\u00e9 avant tout par la volont\u00e9 de traquer et d&rsquo;extirper ce dualisme nature-soci\u00e9t\u00e9 dans la pens\u00e9e \u00e9cologiste. Mais le m\u00eame anti-cart\u00e9sianisme v\u00e9h\u00e9ment qui donne sa force motrice au livre illustre aussi ses plus flagrantes omissions. La plus saillante c&rsquo;est celle de l&rsquo;anti-cart\u00e9sien le plus fondamental de tous, Baruch Spinoza. Tandis que le dualisme de Descartes con\u00e7oit l&rsquo;\u00e2me et le corps comme deux substances ontologiquement distinctes, la philosophie <em>moniste <\/em>de Spinoza suppose une substance singuli\u00e8re de laquelle la pens\u00e9e et la mati\u00e8re sont des attributs. Le dieu de Spinoza, contrairement au dieu de Descartes, n&rsquo;est pas un cr\u00e9ateur transcendent mais plut\u00f4t cette substance immanente m\u00eame dans ses innombrables expressions; d&rsquo;o\u00f9 la fameuse  formule de Spinoza \u00ab\u00a0dieu ou la nature\u00a0\u00bb par laquelle il signifie \u00a0\u00bb Dieu, c&rsquo;est \u00e0 dire la nature\u00a0\u00bb, identifiant dieu comme la concat\u00e9nation- ou l&rsquo;inter-relation immanente- entre toutes choses. (&#8230;) Il est difficile de lire la description que donne Moore de la nature comme \u00ab\u00a0un flux de flux\u00a0\u00bb sans se demander si Spinoza n&rsquo;a pas d\u00e9j\u00e0 fourni \u00e0 d&rsquo;innombrables g\u00e9n\u00e9rations de chercheurs cette ontologie moniste et relationnelle que Moore invoque et qui constitue un principe fondateur de sa pens\u00e9e.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Les apories de la critique suppos\u00e9ment paradigmatique qu&rsquo;op\u00e8re Moore du dualisme nature-soci\u00e9t\u00e9 ont d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9es dans de nombreuses recensions, ici encore par Sara Nelson : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Moore est vuln\u00e9rable \u00e0 sa propre critique puisqu&rsquo;il est loin d&rsquo;\u00eatre \u00e9vident que son vocabulaire de \u00ab\u00a0faisceaux de natures humaines et extra-humaines\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0l&rsquo;humanit\u00e9 dans la nature et la nature dans l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb pr\u00e9sente une alternative suffisamment non dualiste. Moore met en garde contre une \u00ab\u00a0dualisme soft\u00a0\u00bb qui repr\u00e9sente la dialectique entre natures humaines et extra-humaines comme une alternative au bin\u00f4me nature-soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb mais on pourrait pardonner au lecteur de se demander comme sa \u00ab\u00a0double int\u00e9riorit\u00e9\u00a0\u00bb &#8211; d\u00e9crivant \u00ab\u00a0l&rsquo;internalisation de la vie et des processus plan\u00e9taires\u00a0\u00bb ne pr\u00e9sente justement pas  les caract\u00e9ristiques de ce dualisme \u00ab\u00a0soft\u00a0\u00bb. (&#8230;.) Dans sa foi que l&rsquo;usage du vocabulaire juste et de la m\u00e9thode historique va nous lib\u00e9rer finalement \u00a0\u00bb de la prison du bin\u00f4me cart\u00e9sien\u00a0\u00bb Moore reproduit ironiquement ce bin\u00f4me m\u00eame ( c&rsquo;est \u00e0 dire la s\u00e9paration originelle entre pens\u00e9e et corps) dans la mesure o\u00f9 il reprend l&rsquo;id\u00e9e que le d\u00e9veloppement intellectuel proc\u00e8de \u00e0 part de la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue et agit sur elle comme une force ext\u00e9rieure. \u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>On trouve une autre critique sur ce th\u00e8me dans la recension sign\u00e9e par le groupe <em><a href=\"https:\/\/libcom.org\/outofthewoods\">Out of the Woods<\/a><\/em> dans le journal <a href=\"https:\/\/thenewinquiry.com\/human-nature\/\">The new Inquiry<\/a> : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb Quand Moore cherche \u00e0 historiciser l&rsquo;organisation de la nature par le capital \u00e0 travers une analyse des r\u00e9gimes \u00e9nerg\u00e9tiques et des r\u00e9volutions agricoles successifs , il passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;historiciser ce dualisme nature-soci\u00e9t\u00e9 lui -m\u00eame, et donc de comprendre \u00e0 la fois sa persistance et son brin de v\u00e9rit\u00e9 : la nature appara\u00eet r\u00e9ellement au capital comme une \u00ab\u00a0Fronti\u00e8re\u00a0\u00bb \u00e0 conqu\u00e9rir, des ressources et de la force de travail \u00e0 exploiter, un \u00e9vier dans lequel d\u00e9verser la pollution, etc m\u00eame si dans les faits le capital est une fa\u00e7on d&rsquo;organiser la nature et non une force ext\u00e9rieur qui l&rsquo;affronte. C&rsquo;est \u00e0 dire que le dualisme nature-soci\u00e9t\u00e9 refl\u00e8te la modernit\u00e9 capitaliste telle qu&rsquo;elle appara\u00eet r\u00e9ellement: une id\u00e9ologie de la nature.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alf Hornborg dans son \u00ab\u00a0\u00e9trillage\u00a0\u00bb de la recension de Moore par Cox revient \u00e9galement sur ce point : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Bien que Cox ait \u00e9t\u00e9 charm\u00e9 par les efforts de Moore pour penser de fa\u00e7on \u00ab\u00a0holiste\u00a0\u00bb l'\u00a0\u00bb\u00e9cologie-monde\u00a0\u00bb, il ne semble pas s&rsquo;apercevoir du d\u00e9faut philosophique fondamental au coeur du <em>Capitalisme dans la toile de la vie<\/em>. Ce d\u00e9faut c&rsquo;est l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 distinguer entre le dualisme ontologique ( \u00ab\u00a0cart\u00e9sien\u00a0\u00bb) d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et la distinction analytique binaire de l&rsquo;autre. La premi\u00e8re con\u00e7oit la nature et la soci\u00e9t\u00e9 comme isol\u00e9s l&rsquo;un de l&rsquo;autre dans le monde r\u00e9el, mat\u00e9riel, la seconde uniquement comme deux aspects analytiques distincts du ph\u00e9nom\u00e8ne mat\u00e9riel. D\u00e9nier que des caract\u00e9ristiques de la nature et de la soci\u00e9t\u00e9 &#8211; par exemple l&rsquo;entropie et la valeur mon\u00e9taire- doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s distincts analytiquement est aussi intenable que de d\u00e9nier qu&rsquo;ils sont connect\u00e9s dans la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle. Mais Moore semble penser que les mots m\u00eames de \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb constituent des anath\u00e8mes -sauf quand il se laisse aller \u00e0 les utiliser lui-m\u00eame, comme quand il \u00e9crit que dans le capitalisme pr\u00e9coce \u00ab\u00a0pour la premi\u00e8re fois les forces de la nature furent d\u00e9ploy\u00e9es pour faire avancer la productivit\u00e9 du travail humain. \u00a0\u00bb Dans de tels moments, il illustre -en contradiction avec son argumentaire- que la distinction conceptuelle entre \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb est indispensable \u00e0 toute analyse du processus historique.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, du m\u00eame, un peu plus loin, en en rajoutant dans le marxisme analytique et en couronnant le tout avec la supr\u00eame accusation d&rsquo;usage  : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0De dire que quelque chose est bon march\u00e9 cela signifie rester confin\u00e9 au cadre conceptuel m\u00eame des capitalistes, celui de l&rsquo;\u00e9valuation mon\u00e9taire. Le mat\u00e9rialisme historique requiert une perspective plus d\u00e9tach\u00e9e, comme dans l&rsquo;intuition marxienne fondamentale selon laquelle les prix mon\u00e9taires servent de voile qui mystifie les transferts mat\u00e9riels objectivement asym\u00e9triques en produisant une illusion de r\u00e9ciprocit\u00e9 fictive. Nous devrions consacrer notre attention \u00e0 ces transferts asym\u00e9triques et aux moyens id\u00e9ologiques par lesquels ils sont repr\u00e9sent\u00e9s comme \u00e9quitables et r\u00e9ciproques. (&#8230;) Flouter les s\u00e9parations analytiques entre nature et soci\u00e9t\u00e9 revient finalement \u00e0 sugg\u00e9rer que, comme les empires qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, le capitalisme n&rsquo;est pas moins \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb qu&rsquo;un \u00ab\u00a0barrage de castor\u00a0\u00bb. Et <em>naturaliser <\/em>l&rsquo;injustice c&rsquo;est le signe distinctif de l&rsquo;id\u00e9ologie. \u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Mieux vaut toutefois conclure sur cette importante question du dualisme\u00a0\u00bb nature-soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb avec ces deux r\u00e9flexions pertinentes de Sara Nelson  : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tandis que Moore pr\u00e9tend que les notions traditionnelles de limites environnementales absolues sous-estiment l&rsquo;adaptabilit\u00e9 du capitalisme, son propre traitement du dualisme Nature\/Soci\u00e9t\u00e9 risque de r\u00e9p\u00e9ter cette erreur en ne parvenant pas \u00e0 se saisir des processus intersectionnels par lesquels ces cat\u00e9gories sont elles-m\u00eames transform\u00e9es quand la ligne s\u00e9parant production et reproduction ( et de ce fait capitalisation et appropriation) est retravaill\u00e9e \u00e0 travers l&rsquo;histoire du capitalisme.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0En traitant le bin\u00f4me Nature\/Soci\u00e9t\u00e9 comme une constante trans-historique, Moore ne probl\u00e9matise pas la question du travail, laissant de c\u00f4t\u00e9 le changement historique qualitatif dans les mani\u00e8res dont les virtualit\u00e9s socio-\u00e9cologiques sont \u00e0 la fois exploit\u00e9es et appropri\u00e9es. Tandis que les th\u00e9oriciens autonomes ont soulign\u00e9 les temporalit\u00e9s irr\u00e9guli\u00e8res de l&rsquo;exploitation dans le capitalisme contemporain, le capitalisme chez Moore reste bloqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;usine, dans laquelle la production de l&rsquo;\u00e9quivalence dans le domaine de l&rsquo;\u00e9change est combin\u00e9e avec la production de l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dans le temps et l&rsquo;espace ( Moore sugg\u00e8re que la nature ne se rebelle pas contre l&rsquo;exploitation en tant que telle mais \u00ab\u00a0parce que personne, aucune forme vivante, ne veut faire la m\u00eame chose, toute la journ\u00e9e, tous les jours\u00a0\u00bb). La critique id\u00e9ologique du bin\u00f4me Nature\/Soci\u00e9t\u00e9 emp\u00eache de poser la question plus radicale du comment cette opposition a \u00e9volu\u00e9 dans le temps comme objet de lutte et comment elle est qualitativement transform\u00e9e dans la conjoncture contemporaine. \u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0  l&rsquo;implication r\u00e9ciproque entre nature et soci\u00e9t\u00e9, Moore semble croire que celle-ci subsume, r\u00e9sume et r\u00e9sout tout, au point qu&rsquo;on se demande quelle place exacte il laisse \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 humaine. Cet \u00ab\u00a0angle mort du possible\u00a0\u00bb dans <em>Le capitalisme dans la toile de la vie<\/em> a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 de fa\u00e7ons diff\u00e9rentes dans diverses recensions, notamment celle de Wack McEnzie <a href=\"https:\/\/publicseminar.org\/2015\/10\/the-capitalocene\/\">\u00ab\u00a0The capitalocene. On Jason Moore<\/a>\u00ab\u00a0, qui lui reproche de ne \u00ab\u00a0penser que du point de vue\u00a0\u00bb du capital\u00a0\u00bb. Kate Sopper dans son article <a href=\"https:\/\/www.radicalphilosophy.com\/reviews\/individual-reviews\/capitalocene\">\u00ab\u00a0Capitalocene\u00a0\u00bb<\/a> pour la revue <em>Radical Philosophy<\/em> va dans le m\u00eame sens : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0La question centrale \u00e0 laquelle Moore revient continuellement sans donner de r\u00e9ponse claire, est de savoir si la crise de notre temps est une crise d&rsquo;\u00e9poque ou une crise de d\u00e9veloppement, si, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;on pourrait penser, de nouvelles sources d&rsquo;accumulation vont \u00eatre localis\u00e9es ou si la combinaison d&rsquo;\u00e9puisement physique, de changement climatique, de tarissement des opportunit\u00e9s d&rsquo;investissement et de nouveaux mouvements anti-syst\u00e9miques indique un d\u00e9clin d\u00e9finitif. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des moments o\u00f9 le dualisme sert \u00e0 pr\u00e9server des distinctions importantes pour le mat\u00e9rialisme historique. Par exemple la r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab\u00a0rapports sociaux\u00a0\u00bb dans la pens\u00e9e rouge et verte ne vise pas \u00e0 d\u00e9nier le r\u00f4le de la nature dans l&rsquo;activit\u00e9 humaine, mais \u00e0 pr\u00e9server la distinction entre le processus de travail au sein du capitalisme et sa forme purement mat\u00e9rielle ( qui, comme combinaison de travail, d&rsquo;outils et de ressources peut \u00eatre men\u00e9e sous diff\u00e9rents types de rapports sociaux). La tendance de Moore \u00e0 consid\u00e9rer toutes les discriminations entre les intrants naturels et sociaux comme corrompant la compr\u00e9hension historico-dialectique risque parfois de m\u00e9langer des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s communes \u00e0 toutes les \u00e9poques et les modes de production avec des aspects particuliers au capitalisme. <\/p>\n\n\n\n<p>Donc tandis que Moore sp\u00e9cule fr\u00e9quemment dans une veine optimiste sur la possibilit\u00e9 imminente de la fin du capitalisme, il a par contre peu \u00e0 dire sur la forme qui pourrait lui succ\u00e9der. Si cela est du \u00e0 un manque de vision culturelle, alors cela correspond bien \u00e0 son attaque contre les autres penseurs \u00e9cologiques qui auraient n\u00e9glig\u00e9 le culturel et le symbolique et radicalement sous-estim\u00e9 le r\u00f4le des id\u00e9es dans le changement historique. Si d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 cela refl\u00e8te la r\u00e9ticence \u00e0 se confronter aux r\u00e9alit\u00e9s du soutien ( de m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9saffection) populaire au march\u00e9 et la culture consum\u00e9riste, cela consiste donc \u00e0 \u00e9chapper pr\u00e9cis\u00e9ment aux complexit\u00e9s de notre temps que le marxisme doit plus que jamais affronter. Ce serait extr\u00eamement dommage qu&rsquo;une argumentation innovante sur l&rsquo;\u00e9cologie  se d\u00e9veloppant dans le cadre du mat\u00e9rialisme historique et dont ce livre et l&rsquo;\u00e9cologie-monde plus g\u00e9n\u00e9ralement sont d&rsquo;excellents exemples, s&rsquo;av\u00e8rerait incapable d&rsquo;\u00e9tendre ses perspectives jusqu&rsquo;\u00e0 la reconnaissance du capitalisme comme forme \u00e9conomique d\u00e9pass\u00e9e afin de mener une attaque tout aussi \u00e9clairante et d\u00e9naturalisante de la conception anachronique de la prosp\u00e9rit\u00e9 humaine et du bien \u00eatre du capitalisme. \u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Dan Boscov-Ellen dans sa <a href=\"https:\/\/blogs.newschool.edu\/graduate-faculty-philosophy-journal\/2017\/03\/20\/review-jason-w-moores-capitalism-in-the-web-of-life-ecology-and-the-accumulation-of-capital\/\">recension<\/a> parue dans le <em>Graduate Faculty Philosophy Journal<\/em> souligne de m\u00eame les risques d&rsquo;un trop grand optimisme concernant l&rsquo;enchainement entre crise et \u00e9mancipation : \u00a0\u00bb Si le capitalisme est sur la voie du d\u00e9clin terminal, il n&rsquo;est toutefois pas s\u00fbr que l&rsquo;apparent optimisme de Moore concernant ce qui lui succ\u00e9dera soit justifi\u00e9. Moore dit peu de chose des m\u00e9canismes qui peuvent mener de la crise \u00e0 l&rsquo;action politique r\u00e9volutionnaire. Il sugg\u00e8re \u00e0 un moment  que les \u00ab\u00a0contradictions actuelles g\u00e9n\u00e8rent non seulement un mouvement vers une forme plus oppressive, violente et toxique de capitalisme mais aussi de puissants contre-mouvements. \u00a0\u00bb N\u00e9anmoins les crises syst\u00e9miques ne g\u00e9n\u00e8rent pas seulement une action politique anti-capitaliste; particuli\u00e8rement dans une situations o\u00f9 il n&rsquo;y pas de gauche organis\u00e9e et influente, elles peuvent \u00e9galement produire tout aussi ais\u00e9ment une tendance au fascisme et \u00e0 la x\u00e9nophobie ou fournir le pr\u00e9texte \u00e0 de nouvelles expropriations. Dans le moment politique actuel, la crise \u00e9cologique semble de fait \u00eatre tout autant en mesure d&rsquo;approfondir les divisions entre les groupes exploit\u00e9s et oppress\u00e9s que d&rsquo;encourager la solidarit\u00e9 dans la r\u00e9sistance \u00e0 un r\u00e9seau global et diffus de pollution et de pillage masqu\u00e9 par des instruments id\u00e9ologiques hautement sophistiqu\u00e9s et renforc\u00e9 par de puissantes et brutales forces polici\u00e8res et militaires.\u00a0\u00bb  <\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve ce point \u00e9galement dans la recension Juliana Sphar, \u00ab\u00a0Beyond Red and Green\u00a0\u00bb, parue dans la revue <a href=\"https:\/\/www.mediationsjournal.org\/files\/Mediations29_2_01.pdf\">Mediations<\/a>   : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb Moore est confiant dans le fait que la fin de la nourriture bon march\u00e9 signifie que la crise ne pourra \u00eatre ajourn\u00e9e. Car la nourriture bon march\u00e9 est si importante que quand elle s&rsquo;\u00e9croule elle emm\u00e8ne tout sur son passage. Puis il sugg\u00e8re que \u00ab\u00a0la fin de la nourriture bon march\u00e9 pourrait bien s&rsquo;av\u00e9rer \u00eatre celle de la modernit\u00e9 et le d\u00e9but de quelque chose de mieux\u00a0\u00bb. Oui, peut-\u00eatre, peut-\u00eatre non. Il n&rsquo;y a aucune raison d&rsquo;\u00eatre s\u00fbr du \u00ab\u00a0quelque chose de mieux\u00a0\u00bb. Savoir ce qui succ\u00e9dera au capitalisme constitue bien s\u00fbr une vaste question ouverte et constamment d\u00e9battue. Ces d\u00e9bats voient souvent s&rsquo;opposer deux lignes l&rsquo;une utopique, l&rsquo;autre \u00ab\u00a0dystopique\u00a0\u00bb. Beaucoup ont th\u00e9oris\u00e9 -et m\u00eame un certain nombre d&rsquo;anti-capitalistes fervents- la possibilit\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9p\u00e9rissement massif. Moore est plus utopique. Il pr\u00e9tend que la politique de la nourriture offre un aper\u00e7u du futur. Quand il en arrive l\u00e0 dans les quatre derni\u00e8res pages du dernier chapitre,  il cite l&rsquo;article de Rebecca Solnit dans <em>The Nation<\/em> \u00ab\u00a0The Revolution Has Already Occured\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un article dans lequel Solnit pr\u00e9tend que les jardins communautaires sont une sorte de r\u00e9volution. Cet article est flou [\u00ab\u00a0muddy\u00a0\u00bb]. (..) Pas seulement flou mais aussi d\u00e9lirant dans sa recherche d&rsquo;espoirs apaisants au point de proclamer qu&rsquo;une r\u00e9volte pourrait partir du jardinage communautaire occasionnel dans les pays riches. C&rsquo;est presque choquant de voir cet article cit\u00e9 aussi longuement \u00e0 la fin du livre de Moore car on avait l&rsquo;impression qu&rsquo;il luttait depuis le d\u00e9but de l&rsquo;ouvrage contre ce type d&rsquo;analyse.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Si cette issue nous a \u00e9galement paru \u00eatre une sorte de cheveu sur la soupe, Mr Moore nous a toutefois indiqu\u00e9 par mail qu&rsquo;il ne soutient bien \u00e9videmment pas les formes <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/328491986_Urban_Agriculture_Revalorization_and_Green_Gentrification_in_Denver_Colorado\">\u00ab\u00a0gentrifiantes\u00a0\u00bb<\/a>  de jardinage partag\u00e9 mais le <a href=\"https:\/\/www.vice.com\/en\/article\/vdxagy\/how-urban-gardening-can-save-black-communities-511\">mouvement<\/a>, visiblement <a href=\"https:\/\/www.reuters.com\/article\/us-americas-food-farmers-race-insight-idUSKCN24V0R8?edition-redirect=in\">en plein essor,<\/a>  impliquant les <a href=\"http:\/\/Colorful Gardens and Empowerment Black Resistance and Self-Deter\">communaut\u00e9s noires<\/a> dans plusieurs <a href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/10.2979\/racethmulglocon.5.1.13?seq=1\">villes<\/a> des \u00c9tats-Unis&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si malgr\u00e9 sa \u00ab\u00a0dialectique\u00a0\u00bb parfois tortueuse, le livre de Jason W. Moore fait l&rsquo;objet au bout du compte de r\u00e9sum\u00e9s plut\u00f4t succincts ( le meilleur exemple \u00e9tant donn\u00e9 par la recension de Sara Nelson dans la revue Antipode), il est regrettable que presque aucun lecteur n&rsquo;ait soulign\u00e9 l&rsquo;absence l\u00e9g\u00e8rement surprenante de tout travail \u00e9ditorial sur&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/2020\/11\/24\/au-fil-des-recensions-du-livre\/#more-36\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":37,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[16],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/36"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=36"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/36\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":507,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/36\/revisions\/507"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/media\/37"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=36"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=36"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=36"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}