{"id":322,"date":"2021-01-10T18:57:25","date_gmt":"2021-01-10T17:57:25","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/?p=322"},"modified":"2021-02-14T10:08:12","modified_gmt":"2021-02-14T09:08:12","slug":"materialism-and-the-critique-of-energy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/2021\/01\/10\/materialism-and-the-critique-of-energy\/","title":{"rendered":"Materialism and the Critique of Energy"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Materialism and the Critique of Energy<\/em> \u00c9dit\u00e9 par Brent Ryan Bellamy et Jeff Diamanti, Chicago, MCM&rsquo; Publishing, 2018. ( <a href=\"http:\/\/www.mcmprime.com\/books\/marxism-and-energy\">Librement t\u00e9l\u00e9chargeable<\/a> sur internet)<\/p>\n\n\n\n<p>Encore un ouvrage tr\u00e8s volumineux ( 700 pages) et vari\u00e9 ( 27 contributions) mais cette fois-ci sur un versant bien plus th\u00e9orique comme en t\u00e9moigne l&rsquo;introduction Brent Ryan Bellamy et Jeff Diamanti :\u00a0\u00bb Que ce soit pour r\u00e9pondre aux besoins de la croissance \u00e9conomique cumul\u00e9e ou au d\u00e9veloppement de nouveaux horizons de valorisation, le capitalisme a \u00e9t\u00e9 historiquement et logiquement li\u00e9 \u00e0 la production de quantit\u00e9s toujours croissantes d&rsquo;\u00e9nergie. La contradiction centrale du syst\u00e8me \u00e9conomique actuel est et a toujours \u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 son rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie. Une perspective critique sur les conditions des possibles politiques, \u00e9conomiques et \u00e9cologiques requiert une nouvelle analyse du rapport de l&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 la production, la distribution et l&rsquo;accumulation de valeur. <em>Materialism and the Critique of Energy<\/em> d\u00e9veloppe cette perspective, tout d&rsquo;abord en revisitant les histoires conceptuelles et mat\u00e9rielles enchev\u00eatr\u00e9es du capital et de l&rsquo;\u00e9nergie qui se trouvent au fondement du mat\u00e9rialisme et ensuite en clarifiant les enjeux de la critique de l&rsquo;\u00e9nergie pour la th\u00e9orie critique contemporaine. Sa th\u00e8se principale c&rsquo;est que si les conditions du changement climatique actuel ont provoqu\u00e9 un vaste int\u00e9r\u00eat pour les r\u00e9gimes \u00e9nerg\u00e9tiques et les syst\u00e8mes environnementaux, seule la critique de l&rsquo;\u00e9nergie qui se trouve au coeur du marxisme peut expliquer pourquoi le capitalisme est un syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique et de l\u00e0 offrir une perspective plus claire de sortie de son inertie fossile.\u00a0\u00bb Dans la suite de leur introduction, Bellamy et Diamanti, insistent particuli\u00e8rement, \u00e0 la suite d&rsquo;Anson Rabinbach notamment (on y reviendra), sur la production mutuelle du mat\u00e9rialisme moderne et du nouveau r\u00e9gime \u00e9nerg\u00e9tique capitaliste qui trouve bien s\u00fbr son plus haut point critique avec Marx. Par contre les d\u00e9veloppements qui suivent sur l&rsquo;\u00e9ternel retour, comme m\u00e9taphore de l&rsquo;\u00e9nergie, chez Nietzsche ou Blanqui et sa reprise critique par Walter Benjamin auraient pu faire l&rsquo;objet d&rsquo;une contribution int\u00e9ressante mais, dans une introduction \u00e0 un si \u00e9pais volume, ils \u00e9garent un peu le lecteur tout de m\u00eame inquiet de savoir ce qui l&rsquo;attend&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>Inqui\u00e9tude qui ne dissipe certes pas \u00e0 la lecture du num\u00e9ro de marxologie qui ouvre le recueil, \u00ab\u00a0Marxism, Materialism, and the Critique of Energy\u00a0\u00bb puisque son auteur Allan Stoekl fait comme si la critique d\u00e9velopp\u00e9e par Jason W. Moore n&rsquo;existait pas ( il se positionne pourtant vis \u00e0 vis de John Bellamy Foster) comme en t\u00e9moigne ce passage o\u00f9 il r\u00e9sume son argumentation : \u00a0\u00bb il y a une contradiction importante entre la critique marxiste du capitalisme et la critique du capitalisme port\u00e9e par les \u00e9conomistes \u00e9cologistes et \u00ab\u00a0\u00e9nergicistes\u00a0\u00bb. Dans le premier cas, dans la perspective marxiste classique, la crise finale du capitalisme sera essentiellement \u00e9conomique : la chute du taux de profit rendra l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste dans son ensemble incapable de se reproduire et ouvrira la voie \u00e0 une r\u00e9volution prol\u00e9tarienne. Dans le second mod\u00e8le, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 du capitalisme est due avant tout \u00e0 la faillibilit\u00e9 de son mod\u00e8le de croissance lui-m\u00eame- le principe que l&rsquo;\u00e9conomie mondiale peut faire \u00ab\u00a0cro\u00eetre\u00a0\u00bb ind\u00e9finiment son offre mon\u00e9taire et ses profits sur la base d&rsquo;un monde fondamentalement fini en terme de ressources \u00e9nerg\u00e9tiques et min\u00e9rales. Le premier mod\u00e8le &#8211; celui de Marx- se concentre sur le travail, la baisse du profit et l&rsquo;illusion d&rsquo;une expansion infinie du capitalisme par la recherche de profit; le seconde &#8211; celui, entres autres, de Frederick Soddy, M. King Hubbert et Richard Heinberg, que j&rsquo;appellerai la th\u00e8se \u00e9nerg\u00e9tique- souligne la base mat\u00e9rielle de l&rsquo;impossibilit\u00e9 \u00e0 moyen terme du capitalisme : la finitude de la terre et de ses ressources. Ce sont, pourrait-on dire, deux positions tr\u00e8s diff\u00e9rentes. N\u00e9anmoins, j&rsquo;avancerais, qu&rsquo;\u00e0 la fin, chaque th\u00e9orie fournit quelque chose dont l&rsquo;autre manque et que, de surcro\u00eet, il y a m\u00eame une certain rapport compl\u00e9mentaire entre les deux. Et j&rsquo;avancerais, enfin, que les mod\u00e8les marxistes et \u00e9nergicistes ne sont pas seulement connect\u00e9s mais que les mod\u00e8les futurs de valeur [ sic !] devront aller au-del\u00e0 de leur dyade apparemment in\u00e9vitable.\u00a0\u00bb Bref mieux vaut lire <em>Le Capitalisme dans la toile de la vie <\/em>qui ne tourne certes pas autour du pot sur ce point ! <\/p>\n\n\n\n<p>Le texte qui suit, <strong>\u201c<\/strong>Water, water, every where, Nor any drop to drink\u201d: Accumulation and the Power over Hydro\u00a0\u00bb de Peter Hitchcock est probablement trop \u00ab\u00a0surplombant\u00a0\u00bb vu l&rsquo;ampleur de son sujet mais a le m\u00e9rite de pr\u00e9senter un relatif panorama de la r\u00e9flexion marxiste sur cette \u00ab\u00a0marchandise non-coop\u00e9rative\u00a0\u00bb (Karen Bakker) qui \u00ab\u00a0semble constamment \u00e9chapper aux processus de marchandisation qui lui sont inflig\u00e9s\u00a0\u00bb et si \u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a pas de baguette magique pour saisir la <em>Weltanschauung<\/em> de l&rsquo;eau, les luttes qui l&rsquo;entourent mettent toujours en jeu les termes fondateurs de l&rsquo;\u00e9conomie politique.\u00a0\u00bb Reprenant le fil d&rsquo;une tradition \u00ab\u00a0r\u00e9cente\u00a0\u00bb de r\u00e9flexion sur la question de l&rsquo;accumulation primitive ( Perelman, De Angelis, Federici, Harvey) et constatant tout \u00e0 la fois sa validit\u00e9 et son incapacit\u00e9 relative \u00e0 se saisir de la question, en bien des points sp\u00e9cifique, de l&rsquo;eau, Hitchcock  invite donc \u00e0 repenser le concept \u00e0 l&rsquo;aune des enjeux multiples qui l&rsquo;environnent aujourd&rsquo;hui et au crible de la reproduction sociale, telle que th\u00e9oris\u00e9e sur ce  point par Adrienne Roberts. Ainsi selon lui \u00ab\u00a0l&rsquo;eau n&rsquo;est pas un \u00e9l\u00e9ment connexe de la globalisation comme syst\u00e8me-monde mais plut\u00f4t une r\u00e9alit\u00e9 heuristique centrale pour en comprendre la maturit\u00e9, les limites et les contradictions.\u00a0\u00bb La lutte autour de l&rsquo;eau \u00e9tant finalement une lutte pour \u00ab\u00a0d\u00e9cider de ce qui sera \u00ab\u00a0originel\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (entendu ici au sens d&rsquo;accumulation originelle) dans le cycle d&rsquo;accumulation \u00e0 venir. <\/p>\n\n\n\n<p>Daniel Cunha, dont nous avons \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9 un texte dans les <a href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/2020\/12\/08\/lecologie-monde-elements-de-bibliographie\/\">jalons bibliographiques sur l&rsquo;\u00e9cologie monde<\/a>, livre dans sa contribution \u00ab\u00a0The Anthropocene as Fetishism\u00a0\u00bb une critique qui para\u00eet certes moins originale trois ans plus tard mais \u00e9ventuellement toujours utile de la notion d&rsquo;anthropoc\u00e8ne qu&rsquo;il relit au crible de la th\u00e9orie du f\u00e9tichisme de la marchandise de qui vous savez :\u00a0\u00bb Un syst\u00e8me qui devient quasi automatique, d\u00e9passant la contr\u00f4le conscient de ceux qui y sont impliqu\u00e9s et qui est anim\u00e9 par la compulsion de l&rsquo;accumulation infinie comme fin en soi, a n\u00e9cessairement comme cons\u00e9quence le bouleversement des cycles mat\u00e9riels de la terre. Appeler cela l&rsquo;Anthropoc\u00e8ne, est n\u00e9anmoins impr\u00e9cis, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit du r\u00e9sultat d&rsquo;une forme sp\u00e9cifique de m\u00e9tabolisme avec la nature et non d&rsquo;un \u00eatre g\u00e9n\u00e9rique ( anthropo) et de l&rsquo;autre car le capitalisme constitue une \u00ab\u00a0domination sans sujet\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire dans lequel le sujet n&rsquo;est pas l&rsquo;homme ( et pas m\u00eame la classe dominante), mais le capital.\u00a0\u00bb De m\u00eame \u00a0\u00bb le d\u00e9r\u00e8glement des cycles \u00e9cologiques globaux est pr\u00e9sent\u00e9 comme anthropoc\u00e8ne c&rsquo;est \u00e0 dire comme un processus naturel. Que l&rsquo;homme soit pr\u00e9sent\u00e9 comme une force g\u00e9ologique aveugle, \u00e0 l&rsquo;image des \u00e9ruptions volcaniques ou des variations de la radiation solaire, c&rsquo;est une expression de la forme naturalis\u00e9e ou f\u00e9tichis\u00e9e des rapports sociaux qui pr\u00e9domine sous le capitalisme.\u00a0\u00bb Notons toutefois que l&rsquo;auteur qui comprend donc le bouleversement global de la nature comme \u00ab\u00a0l&rsquo;externalisation du travail ali\u00e9n\u00e9, sa conclusion mat\u00e9rielle logique\u00a0\u00bb n&rsquo;en finit pas moins son texte sur une \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb aberrante : \u00ab\u00a0Lib\u00e9r\u00e9e de la forme valeur et de la raison instrumentale qui r\u00e9duit la nature a un \u00ab\u00a0substrat de domination\u00a0\u00bb, la g\u00e9o-ing\u00e9ni\u00e9rie et la technologie avanc\u00e9e en g\u00e9n\u00e9ral pourront \u00eatre utilis\u00e9es non seulement pour r\u00e9soudre le changement climatique mais, comme l&rsquo;\u00e9crivait Theodor Adorno pour \u00ab\u00a0aider la nature \u00e0 ouvrir les yeux\u00a0\u00bb, etc Apr\u00e8s Hitchock ( voir plus haut) qui imaginait une soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e du capital mais pas de la loi de la valeur, le volume semble de nouveau t\u00e9moigner d&rsquo;une confusion \u00ab\u00a0post-capitaliste\u00a0\u00bb certaine dans la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de marxistes&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 un titre inqui\u00e9tant, \u00ab\u00a0Mapping the Atomic Unconscious: Postcolonial Capital in Nuclear Glow\u00a0\u00bb de Katherine Lawless pr\u00e9sente \u00e0 la fois une introduction int\u00e9ressante, pour le\/la n\u00e9ophyte, aux <a href=\"https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/im\/2017-n30-31-im03868\/1049948ar\/\">Memory Studies<\/a>, et une r\u00e9flexion foisonnante sur l&rsquo;instrumentalisation nucl\u00e9ocrate de la m\u00e9moire des bombardements d&rsquo;Hiroshima et de Nagasaki. La critique qu&rsquo;elle et d&rsquo;autres auteurs donnent de la nouvelle mus\u00e9ographie comm\u00e9morante est sans appel :\u00a0\u00bb malgr\u00e9 le mandat donn\u00e9 d&rsquo;\u00e9duquer, la fonction des mus\u00e9es de la m\u00e9moire et de m\u00e9dias m\u00e9moriels similaires est d&rsquo;apaiser et de d\u00e9sarmer tout en dans le m\u00eame temps marchandisant et incorporant les restes sociaux et mat\u00e9riels d&rsquo;\u00e9tapes pr\u00e9c\u00e9dentes de l&rsquo;accumulation. (&#8230;) N&rsquo;\u00e9tant plus de simples espaces de s\u00e9dimentation de la m\u00e9moire historique, ils sont devenus les v\u00e9hicules par lesquels la m\u00e9moire collective comme ressource culturelle est \u00e0 la fois produite et transmise.\u00a0\u00bb On comprend quels sont les enjeux par rapport \u00e0 l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire :\u00a0\u00bb Accompagnant le discours sensationnialiste sur l&rsquo;atrocit\u00e9 nucl\u00e9aire, la banalisation de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire sert \u00e0 \u00e9luder la sourde violence de tels r\u00e9gimes \u00e9nerg\u00e9tiques (&#8230;) dans la production de la m\u00e9moire nucl\u00e9aire, la violence latente des r\u00e9gimes \u00e9nerg\u00e9tiques globaux ( qui inclut tout autant le changement climatique que les nouvelles enclosures globales) est \u00e9clips\u00e9e par le spectacle de l&rsquo;atrocit\u00e9 nucl\u00e9aire et re-pr\u00e9sent\u00e9e comme pr\u00e9servation de la m\u00e9moire nucl\u00e9aire.\u00a0\u00bb Argument pas particuli\u00e8rement original mais qui permet \u00e0 Lawless \u00a0\u00bb de remonter la piste des diff\u00e9rentes expressions de l&rsquo;inconscient \u00e9nerg\u00e9tique [ expression forg\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine par Patricia Yaeger], ce qui suppose dans le cas de l&rsquo;inconscient atomique, non seulement les invisibilit\u00e9s \u00e9nerg\u00e9tiques qui accompagne la transition \u00e0 la nucl\u00e9arit\u00e9 mais aussi la mat\u00e9rialit\u00e9 oubli\u00e9e de la m\u00e9moire nucl\u00e9aire elle-m\u00eame. Sans une telle perspective mat\u00e9rialiste, nous en sommes r\u00e9duits \u00e0 la fausse lueur de la r\u00e9volution morale dont les d\u00e9fenseurs se trouvent du c\u00f4t\u00e9 des gagnants de l&rsquo;histoire nucl\u00e9aire et dont les discours servent les int\u00e9r\u00eats du capital post-colonial.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette premi\u00e8re s\u00e9rie relativement disparate de textes, on ne boude certes pas son plaisir \u00e0 retrouver le \u00ab\u00a0v\u00e9t\u00e9ran\u00a0\u00bb George Caffentzis qui livre ici, sous le titre \u00ab\u00a0Work or Energy or Work\/Energy? On the Limits to Capitalist Accumulation\u00a0\u00bb, une critique claire et incisive d&rsquo;un certain \u00ab\u00a0anti-capitalisme des limites objectives\u00a0\u00bb. Ce qui fait d&rsquo;ailleurs regretter qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas pris le temps de recenser le livre de Jason Moore, qui ne se r\u00e9sume certes pas \u00e0 \u00e7a mais &#8230;  L&rsquo;objet de la critique de Caffentzis c&rsquo;est principalement Saral Sarkar, universitaire et activiste \u00e9co-socialiste dont on peut trouver un certain nombre de<a href=\"ttps:\/\/orbi.uliege.be\/bitstream\/2268\/201103\/1\/SARKAR_traduction.pdf\"> textes<\/a> en fran\u00e7ais en ligne. Sarkar est embl\u00e9matique de la variante actuelle de la vieille antienne des \u00ab\u00a0limites \u00e0 la croissance\u00a0\u00bb et d&rsquo;un certain \u00a0\u00bb f\u00e9tichisme de l&rsquo;\u00e9nergie qui consid\u00e8re que la valeur n&rsquo;est pas cr\u00e9\u00e9e par le travail humain.\u00a0\u00bb Comme le r\u00e9sume Caffentzis, \u00ab\u00a0Pour Sarkar, puisque le capitalisme d\u00e9pend d&rsquo;un surplus \u00e9cologique, pour assurer ses profits et son accumulation, les trois sources de celui-ci nomment d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 les limites \u00e0 la croissance : 1) l&rsquo;\u00e9puisement des ressources naturelles d&rsquo;\u00e9nergie, particuli\u00e8rement le p\u00e9trole et le gaz 2) la \u00ab\u00a0toxification\u00a0\u00bb croissante sous la forme de l&rsquo;appauvrissement des sols, le smog, etc quand les \u00ab\u00a0\u00e9viers\u00a0\u00bb naturels commencent \u00e0 ne plus fonctionner et enfin au niveau de l&rsquo;\u00e9nergie 3) nous avons atteint une limite entropique et aucune innovation scientifique et technologique ne pourra permettre de surmonter la perte de la base de ressources en \u00e9nergies fossiles.\u00a0\u00bb Cette derni\u00e8re th\u00e8se s&rsquo;appuyant elle-m\u00eame grandement sur les travaux de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nicholas_Georgescu-Roegen\">Nicholas Georgescu-Roegen<\/a>. La r\u00e9futation de Caffentzis est certes ais\u00e9ment pr\u00e9visible mais selon nous, toujours n\u00e9cessaire : \u00a0\u00bb Les limites \u00e0 la croissance de Sarkar passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment crucial de toute analyse d&rsquo;une fin potentielle du capitalisme, puisque son rejet de l&rsquo;importance du travail dans la reproduction et l&rsquo;accumulation du capital passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u00e9galement de l&rsquo;importance de son refus pour la d\u00e9s-accumulation et l&rsquo;\u00e9ventuelle abolition du capital. Je saisis bien la frustration qu&rsquo;\u00e9voquent beaucoup d&rsquo;\u00e9crits anti-capitalistes quand ils se penchent sur les luttes ouvri\u00e8res avec leurs divisions, leurs reculs et leurs fr\u00e9quents accommodements racistes, sexistes et anti-\u00e9cologiques avec le capital. Mais ce sont les luttes des travailleurs contre l&rsquo;exploitation et non l&rsquo;\u00e9puisement des stocks de p\u00e9trole, qui constituent la seule limite logique d\u00e9finitive \u00e0 l&rsquo;accumulation capitaliste, toutes subjectives qu&rsquo;elles puissent para\u00eetre.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Comme il le rappelle \u00e0 Sarkar, qui, pr\u00e9cisons \u00e0 sa d\u00e9charge, si comme tant d&rsquo;autres il ne veut pas de la lutte de classe \u00e0 au moins le m\u00e9rite de ne pas se r\u00e9clamer du marxisme : \u00a0\u00bb La valeur n&rsquo;est pas un objet mat\u00e9riel, ni m\u00eame un rapport entre des choses. C&rsquo;est bien plut\u00f4t une forme sociale qui peut \u00eatre incarn\u00e9e- contrairement \u00e0 quelque chose comme la richesse naturelle qui constitue plus une condition de possibilit\u00e9 qu&rsquo;une quantit\u00e9 \u00e9changeable- et a besoin d&rsquo;un \u00e9quivalent temps socialement d\u00e9termin\u00e9 pour circuler comme valeur. Donc bien que plus de pluies puissent affecter le montant de travail socialement n\u00e9cessaire pour la production d&rsquo;un kilo de bl\u00e9, la pluie ne cr\u00e9e pas la valeur de ce kilo de bl\u00e9. En d&rsquo;autres termes, le capitalisme est extr\u00eamement \u00ab\u00a0humaniste\u00a0\u00bb dans le sens o\u00f9 sa pr\u00e9occupation majeure est d&rsquo;\u00e9tendre autant que possible son contr\u00f4le de la vie humaine afin de transformer cette vie en travail exploitable. \u00a0\u00bb De m\u00eame un peu plus loin : \u00a0\u00bb Si le travail n&rsquo;est pas central dans la cr\u00e9ation de la plus-value, alors le capital se pr\u00e9occuperait surtout de r\u00e9duire tout autant la quantit\u00e9 et la qualit\u00e9 de travailleurs mais ce n&rsquo;est pas ce qui se produit au XXIe si\u00e8cle. Au contraire, des milliards d&rsquo;\u00eatres humains int\u00e8grent la classe ouvri\u00e8re et ce a de nombreux niveaux de qualification. Les capitalistes semblent plus inquiets de localiser des r\u00e9serves de travailleurs \u00ab\u00a0\u00e0 faible entropie\u00a0\u00bb qu&rsquo;\u00e0 trouver des d\u00e9p\u00f4ts de p\u00e9trole et de gaz.\u00a0\u00bb Enfin, s&rsquo;appuyant sur les travaux de Timothy Mitchell, dont le livre <em><a href=\"https:\/\/www.editionsladecouverte.fr\/carbon_democracy-9782707174895\">Carbon Democracy<\/a><\/em> constitue \u00e9videmment une r\u00e9f\u00e9rence incontournable pour toute critique sociale de l&rsquo;\u00e9nergie, Caffentzis rappelle \u00e9galement \u00e0 quel point les choix \u00e9nerg\u00e9tiques sont d\u00e9termin\u00e9s par les luttes r\u00e9elles et non des \u00ab\u00a0limites objectives\u00a0\u00bb, dont le caract\u00e8re parfois ind\u00e9niable n&rsquo;en justifie certes pas pour autant qu&rsquo;on les \u00e9rige en alpha et om\u00e9ga, \u00e0 moins bien s\u00fbr qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de laisser libre au cours, sous pr\u00e9texte d&rsquo;anti-capitalisme, aux pulsions autoritaires et ur-\u00e9tatistes de certaines fractions de classe&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>Cette premi\u00e8re partie du livre, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Theories\u00a0\u00bb, s&rsquo;ach\u00e8ve sur le tr\u00e8s long texte \u00ab\u00a0Crisis, Energy, and the Value Form of Gender: Towards a Gender-Sensitive Materialist Understanding of Society-Nature Relations\u00a0\u00bb de Elmar Flatschart, dont les premi\u00e8res pages  constituent un tel num\u00e9ro de logomachie marxologique tendance\u00a0\u00bbWert-kritik\u00a0\u00bb, que nous n&rsquo;avons pas eu le courage de poursuivre la lecture &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s un telle caricature d&rsquo;un \u00ab\u00a0marxisme\u00a0\u00bb r\u00e9duit \u00e0 faire les cent pas dans la chambre capitonn\u00e9e de ses abstractions, la lecture du texte de l&rsquo;omnipr\u00e9sent \u00ab\u00a0\u00e9colol\u00e9niniste\u00a0\u00bb Andreas Malm, \u00ab\u00a0Long Waves of Fossil Development: Periodizing Energy and Capital\u00a0\u00bb est relativement revigorante, car lui au moins ne fait pas comme si l&rsquo;histoire voire la r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;existaient pas. La question de d\u00e9part de Malm est simple : \u00ab\u00a0Comment pr\u00e9cis\u00e9ment la croissance capitaliste a t-elle \u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la consommation d&rsquo;\u00e9nergies fossiles dans le cours de son histoire  ?\u00a0\u00bb Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit certes pas d&rsquo;un processus lin\u00e9aire et harmonieux mais bien plut\u00f4t que ce sont \u00ab\u00a0les contradictions et les convulsions [ du mode de production capitaliste] qui participent le plus \u00e0 la production et la reproduction \u00e0 une plus grande \u00e9chelle de l&rsquo;\u00e9conomie fond\u00e9e sur les \u00e9nergies fossiles\u00a0\u00bb  Malm invoque les mannes de Kondratieff et de ses \u00ab\u00a0vagues longues de la conjoncture\u00a0\u00bb, avant devant leur d\u00e9terminisme chronologique par trop litt\u00e9ral de se tourner vers la reprise critique qui en a \u00e9t\u00e9 faite par Trotsky, Eric Hobsbawm et  Ernest Mandel. C&rsquo;est surtout ce dernier, dirigeant trotskyste et th\u00e9oricien marxiste, qui a tent\u00e9 de r\u00e9tablir une \u00ab\u00a0dynamique non-\u00e9quilibr\u00e9e\u00a0\u00bb du d\u00e9veloppement du syst\u00e8me capitaliste, en r\u00e9conciliant tout \u00e0 la fois ce qu&rsquo;il consid\u00e9rait \u00eatre la dynamique interne du mode de production et l&rsquo;ensemble des \u00ab\u00a0contingences\u00a0\u00bb sociales, historiques et culturelles qui viendraient influer sur le cours syst\u00e9matique des choses. Comme le r\u00e9sume Malm : \u00a0\u00bb Les lois du mouvement capitaliste s&rsquo;affirment \u00e0 travers l&rsquo;interaction entre des forces intra-\u00e9conomiques et extra-\u00e9conomiques, et c&rsquo;est l\u00e0, dans la dialectique concr\u00e8te des facteurs subjectifs et objectifs que se produit une onde longue [ de d\u00e9veloppement capitaliste], celle-ci \u00e9tant essentiellement la fusion d&rsquo;innombrables variables dot\u00e9es une solidit\u00e9 temporaire et bient\u00f4t fissur\u00e9es par de nouvelles contradictions. (&#8230;) Quelle que soit la nature exacte de ces contradictions, elles vont orienter \u00e0 la baisse le taux de profit. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de machines couteuses, d&rsquo;\u00e9puisement de march\u00e9s, de luttes ouvri\u00e8res, de rench\u00e9rissement de l&rsquo;\u00e9nergie ou d&rsquo;un quelconque autre fl\u00e9au, les capitalistes vont le vivre comme une pression \u00e0 la baisse du taux de profit. Et c&rsquo;est l\u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;index synth\u00e9tique du syst\u00e8me\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le sismographe de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb, enregistrant et exprimant \u00ab\u00a0tous les changements auquel est en permanence assujetti le capital \u00a0\u00bb : le point unique o\u00f9 converge les facteurs endog\u00e8nes et exog\u00e8nes.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela a certes un peu vieilli m\u00eame si il faut reconna\u00eetre avec Malm que Mandel, \u00e9vitait autant que possible les orni\u00e8res du d\u00e9terminisme m\u00e9caniste au point d&rsquo;ailleurs d&rsquo;ajouter variables sur variables et de se rendre parfois incompr\u00e9hensible. Quant \u00e0 la reconnaissance de la primaut\u00e9 en derni\u00e8re instance de la lutte de classe, \u00e0 laquelle le dirigeant de la IVe internationale se raccrochait toujours in fine, il ne faut pas oublier non plus qu&rsquo;elle \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e au prisme du d\u00e9veloppement des divers sectes et groupuscules trotskystes de par le monde&#8230; Pour revenir \u00e0 la question de d\u00e9part, l&rsquo;\u00e9nergie jouait, selon Mandel, un r\u00f4le primordial pour permettre la transition d&rsquo;une onde \u00e0 une autre, en \u00e9liminant les barri\u00e8res \u00e0 la hausse et \u00e0 la diffusion des profits et en impulsant une nouvelle accumulation, l&rsquo;\u00e9nergie \u00e9tant \u00ab\u00a0le point d&rsquo;arriv\u00e9e mat\u00e9rialiste de la tentative de Mandel de fusionner les lois endog\u00e8nes et les chocs exog\u00e8nes, Kondratieff et Trosky, l&rsquo;accumulation et la politique\u00a0\u00bb. Poursuivant donc sur cette voie et apr\u00e8s avoir donn\u00e9 une description relativement succincte de la restructuration\/mondialisation capitaliste qui a d\u00e9but\u00e9 dans les ann\u00e9es 70 et du r\u00f4le central jou\u00e9 par les nouvelles technologies dans le processus, Malm se demande dans la derni\u00e8re partie de son texte si la transition vers le tout renouvelable pourra ouvrir la voie \u00e0 une nouvelle phase d&rsquo;expansion apr\u00e8s la cinqui\u00e8me crise structurelle dans laquelle, selon lui, nous nous trouvons : \u00ab\u00a0Comment les investissements dans les \u00e9nergies renouvelables peuvent-ils non seulement d\u00e9gager des profits mais soutenir une forte hausse du taux de profit moyen n\u00e9cessaire pour que la capital amorce un v\u00e9ritable rebond ? Dans quel sens pourront-ils constituer la solution aux contradictions de la cinqui\u00e8me crise structurelle ? Pourront-t-ils servir de bulldozer au capital pour abattre les obstacles qui se multiplient partout?\u00a0\u00bb Sans r\u00e9pondre d\u00e9finitivement, il avance tout de m\u00eame : \u00ab\u00a0Pour reprendre les termes de Mandel, le keyn\u00e9sianisme climatique semble avoir besoin de l&rsquo;intervention d&rsquo;un facteur subjectif, une forme de force sociale plus externe et hostile qu&rsquo;interne et acceptable au capital. Cette force doit encore appara\u00eetre.\u00a0\u00bb Remarquons pour finir que Malm n&rsquo;\u00e9voque pas dans ce texte, Mandel ne se serait pourtant pas retourn\u00e9 dans sa tombe !, les sinistres rem\u00e8des de cheval bolch\u00e9viques dont il fait commerce partout ailleurs. A l&rsquo;heure o\u00f9 la vieille s\u00e9paration\/articulation entre facteurs endog\u00e8nes et exog\u00e8nes prend l&rsquo;eau toute part, il semblerait que le d\u00e9menti de la m\u00e9thode n&#8217;emp\u00eache pas certains de vouloir confirmer coute que coute la conclusion. <\/p>\n\n\n\n<p>Le texte qui suit, \u00ab\u00a0Nuclear Power and Oil Capital in the Long Twentieth Century\u00a0\u00bb de Adam Broinowski, se pr\u00e9sente tout d&rsquo;abord comme un expos\u00e9 particuli\u00e8rement concis de la g\u00e9opolitique du p\u00e9trole, du gaz et du nucl\u00e9aire au XXe et d\u00e9but du XXIe si\u00e8cles sous un angle classiquement anti-imp\u00e9rialiste. Mais d\u00e9s que l&rsquo;auteur se met \u00e0 aborder les \u00e9v\u00e9nements les plus r\u00e9cents, on voit fleurir toutes sortes de th\u00e8ses douteuses voire loufoques : les \u00ab\u00a0r\u00e9volutions de couleur\u00a0\u00bb en Europe de l&rsquo;Est et en Asie Centrale \u00e9tant de pures et simples machinations occidentales trouvant leur apoth\u00e9ose dans le \u00ab\u00a0putsch\u00a0\u00bb de la r\u00e9volte de Maidan, les bombardements chimiques de Bachar el Assad \u00e9tant en fait le fruit d&rsquo;un complot am\u00e9ricano-turco-quatarien pour venir en aide aux rebelles mod\u00e9r\u00e9s ( p. 258) et l&rsquo;axe plouto-autoritaire russo-chinois constituant via ses divers programmes et manoeuvres de vassalisation des \u00c9tats d\u00e9pendants une v\u00e9ritable alternative \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ganomalie am\u00e9ricaine, ou dixit Broinowski : \u00a0\u00bb La possibilit\u00e9 d&rsquo;un monde multipolaire repr\u00e9sent\u00e9 par l&rsquo;infrastructure \u00e9nerg\u00e9tique, financi\u00e8re, politique et militaire eurasienne pour soutenir les souverainet\u00e9s au milieu des tentatives actuelles de d\u00e9stabilisation pourrait repr\u00e9senter une alternative majeure au contr\u00f4le largement maritime de la distribution des ressources et aux soixante-dix derni\u00e8res ann\u00e9es de bipolarit\u00e9 type guerre froide et d&rsquo;unipolarit\u00e9 n\u00e9o-lib\u00e9rale post chute du mur. Cela repr\u00e9senterait une \u00e9tape positive au vu de l&rsquo;intensification de la militarisation, de l&rsquo;\u00e9rosion du droit international, de l&rsquo;affaiblissement des institutions multilat\u00e9rales, de la d\u00e9stabilisation des souverainet\u00e9s \u00e9tatiques et de l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration des d\u00e9sordres environnementaux dans cette p\u00e9riode de transition.\u00a0\u00bb Il suffit en lisant cela de penser \u00e0 la politique russe de la d\u00e9cennie \u00e9coul\u00e9e et du tournant chinois de ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour appr\u00e9cier \u00e0 sa juste valeur ce bel exemple de \u00ab\u00a0conscience renvers\u00e9e\u00a0\u00bb campiste ( l&rsquo;auteur enseigne dans une universit\u00e9 australienne). <\/p>\n\n\n\n<p> Le texte qui suit de David Thomas, \u00ab\u00a0Keeping the Lights On: Oil Shocks, Coal Strikes, and the Rise of Electroculture\u00a0\u00bb pr\u00e9sente par contre une analyse par bien de points exemplaire de la transition\/ restructuration au tout \u00e9lectrique \u00e0 partir des ann\u00e9es 70 et son implication r\u00e9ciproque avec les grandes luttes des mineurs britanniques jusqu&rsquo;\u00e0 leur embl\u00e9matique d\u00e9faite au milieu des ann\u00e9es 80. Comme il est difficile de r\u00e9sumer ce texte dense et rythm\u00e9, nous traduisons ici l&rsquo;introduction. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0\u00c9crivant au moment o\u00f9 la belle \u00e9poque [ Thomas \u00e9voque ici le fordisme] arrivait \u00e0 son acrimonieuse conclusion sous une gr\u00eale de piquets de gr\u00e8ve et de coups de matraques, Raymond Williams s&rsquo;en prenait au mod\u00e8le d&rsquo;analyse sociale \u00ab\u00a0\u00e9tapiste\u00a0\u00bb qui est rest\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui une composante tenace de l&rsquo;\u00e9criture historiographique. Williams se plaignait que la pr\u00e9occupation acad\u00e9mique pour les formations sociales \u00ab\u00a0faisant \u00e9poque\u00a0\u00bb emp\u00eachait souvent de reconna\u00eetre les mouvements et tendances historiques  qui \u00e9taient \u00e9galement actifs \u00a0\u00bb au sein et au del\u00e0\u00a0\u00bb du r\u00e9gime dominant. Cherchant \u00e0 les d\u00e9barrasser de ces oeill\u00e8res, il incitait les sociologues de la culture \u00e0 se concentrer intentionnellement sur les effets des forces \u00ab\u00a0r\u00e9siduelles\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9mergentes\u00a0\u00bb, et donc d&rsquo;essayer par l\u00e0 de saisir les processus historiques et culturels dans tout leur dynamisme contingent et leurs d\u00e9terminations mutuelles. Dans ce texte, j&rsquo;applique la conceptualisation triadique des processus sociaux propos\u00e9e par Williams &#8211; c&rsquo;est \u00e0 dire en \u00e9tant attentif aux effets des forces r\u00e9siduelles, dominantes et \u00e9mergentes- pour \u00e9tudier les syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques et leurs \u00ab\u00a0cultures \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0\u00bb aff\u00e9rentes. J&rsquo;essaie ici de d\u00e9gager les implications politiques des diff\u00e9rentes compositions technologiques et sociales de ces syst\u00e8mes imbriqu\u00e9s. Red\u00e9finissant le terme d'\u00a0\u00bb\u00e9lectro-culture\u00a0\u00bb, j&rsquo;avance qu&rsquo;un ensemble distinctif de formations sociales et de rapports de production a \u00e9merg\u00e9 dans la foul\u00e9e de la crise \u00e9nerg\u00e9tique des ann\u00e9es 70, lorsque les d\u00e9cideurs politiques ont commenc\u00e9 \u00e0 faire de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 l&rsquo;\u00e9nergie symbole &#8211; et le m\u00e9dium mat\u00e9riel- d&rsquo;une restructuration cybern\u00e9tique radicale du syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique global. Mais, en accord avec les dynamiques que Williams consid\u00e9rait comme caract\u00e9ristiques du processus historique, l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie de ces nouvelles technologies ne changea pas seulement les pratiques structurelles de la p\u00e9tro-culture dominante mais elle a servi \u00e9galement \u00e0 r\u00e9activer des modes r\u00e9siduels de lutte de classe qui s&rsquo;\u00e9taient d&rsquo;abord d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 l&rsquo;apog\u00e9e de la vapeur. Alors que les mineurs britanniques tentaient de d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats dans le contexte d&rsquo;un changement de syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique ils utilis\u00e8rent des versions modifi\u00e9es de leurs vieilles tactiques datant de l&rsquo;\u00e8re de la vapeur pour forcer le gouvernement britannique \u00e0 une embarassante s\u00e9rie de capitulations politiques. Le succ\u00e8s \u00e0 court-terme de leur lutte d\u00e9coulait de cette ironie historique : l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 britannique &#8211; l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment vital du tournant cybern\u00e9tique- \u00e9tait en grande partie le produit du charbon extrait domestiquement. <\/p>\n\n\n\n<p>En analysant les \u00ab\u00a0cultures \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0\u00bb de cette fa\u00e7on assez l\u00e2che et extensive, je d\u00e9finis la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb au sens le plus large possible et je suis de nouveau Williams en consid\u00e9rant qu&rsquo;elle contient l&rsquo;exp\u00e9rience partag\u00e9e \u00ab\u00a0d&rsquo;institutions, de moeurs, d&rsquo;habitudes de pens\u00e9e et d&rsquo;intentions\u00a0\u00bb qui pris ensemble constituent un mode de vie. Mais en me concentrant sur l&rsquo;\u00e9nergie je reprends \u00e9galement l&rsquo;argument de Imre Szeman et Dominic Boyer selon lequel \u00a0\u00bb on ne peut plus comprendre effectivement les d\u00e9veloppements dans les champs de la culture, du social, de la politique et de l&rsquo;\u00e9conomie sans pr\u00eater attention au r\u00f4le jou\u00e9 par l&rsquo;\u00e9nergie dans chacun de ces domaines. \u00a0\u00bb Je m&rsquo;appuie sur cette th\u00e8se en tentant de d\u00e9crire les formes distinctes de vie et de modes de lutte qui \u00e9mergent \u00e0 la travers la production socio-\u00e9cologique de diff\u00e9rents &#8211; mais se superposant &#8211; syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques qui op\u00e8rent simultan\u00e9ment \u00e0 un temps et un endroit donn\u00e9. Car les syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques ne font pas simplement \u00ab\u00a0tourner\u00a0\u00bb la vie  de fa\u00e7on invisible ou souterraine. Ils sont au contraire v\u00e9cus d&rsquo;une fa\u00e7on si compl\u00e8te que nous pouvons commencer \u00e0 identifier les \u00ab\u00a0institutions, moeurs, habitudes de pens\u00e9e et intentions\u00a0\u00bb propres \u00e0 chacun. Malgr\u00e9 le caract\u00e8re \u00e9vident d&rsquo;une telle th\u00e8se, il a fallu \u00e9norm\u00e9ment de temps \u00e0 l&rsquo;analyse historique pour reconna\u00eetre pleinement comme les questions d&rsquo;\u00e9nergie ont d\u00e9termin\u00e9 le d\u00e9roulement des luttes politiques et du d\u00e9veloppement technologique. De fait quand je revisite les analyses mat\u00e9rialistes les plus importantes de la grande gr\u00e8ve des mineurs et du tournant cybern\u00e9tique, il est \u00e9vident &#8211;  \u00e0 l&rsquo;exception notable de George Caffentzis- que les commentateurs de l&rsquo;\u00e9poque avaient tendance \u00e0 n\u00e9gliger la signification centrale de l&rsquo;\u00e9nergie. Donc en m\u00eame temps que ce texte essaie de reprendre certaines des cat\u00e9gories centrales de la th\u00e9orie historiographique de Williams, il cherche aussi \u00e0 aborder  cette lacune \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique \u00a0\u00bb qui r\u00e9side au coeur des r\u00e9cits de ce cycle de lutte.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab\u00a0Peak Oil after Hydrofracking\u00a0\u00bb Gerry Canavan utilise \u00ab\u00a0l&rsquo;exemple du pic p\u00e9trolier comme proph\u00e9tie d\u00e9mentie pour d\u00e9montrer le besoin pressant d&rsquo;une critique marxiste \u00e9cologiste qui ne se fonde pas sur une logique de la catastrophe imminente \u00ab\u00a0. Le tableau qu&rsquo;il donne dans la suite de son texte des diverses pr\u00e9dictions apocalyptiques qui ont entour\u00e9 le pic p\u00e9trolier, avant l&rsquo;essor de la fracturation hydraulique, est en effet assez ravageur. Et le retournement d&rsquo;humeur qui a accompagn\u00e9 le boom du \u00ab\u00a0fracking\u00a0\u00bb, avec son optimisme d\u00e9lirant malgr\u00e9 ses multiples d\u00e9vastations imm\u00e9diatement constatables qu&rsquo;il d\u00e9taille longuement, n&rsquo;a fait qu&rsquo;illustrer un peu mieux l&rsquo;absurdit\u00e9 des discours de la \u00ab\u00a0chute imminente\u00a0\u00bb pr\u00e9c\u00e9dents, en tout cas du point de la critique sociale. Car, comme il le rappelle en conclusion et \u00e0 la suite de David Harvey, le capitalisme est indissociable d&rsquo;une forme de dynamique de l&rsquo;obstacle, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;ailleurs de la nature, de populations enti\u00e8res, de savoir-faire ou de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;exploitation ou l&rsquo;expropriation. <\/p>\n\n\n\n<p>Le texte qui suit de Daniel Worden, \u00ab\u00a0Oil and Corporate Personhood: Ida Tarbell\u2019s <em>The History of the Standard Oil Company <\/em>and John D. Rockefeller\u00a0\u00bb critique les repr\u00e9sentations courantes de l&rsquo;histoire du secteur p\u00e9trolier notamment la personnalisation \u00ab\u00a0h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb de ses grands barons, ici en l&rsquo;occurrence Rockfeller, qui permet d&#8217;emp\u00eacher de saisir le capitalisme comme syst\u00e8me ou structure et d&rsquo;invisibiliser l&rsquo;exploitation, les d\u00e9pr\u00e9dations et d\u00e9vastations qui l&rsquo;accompagnent. On remarquera pour aller dans le sens de l&rsquo;auteur, et comme l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 George Caffentzis, l&rsquo;absence flagrante dans la quasi totalit\u00e9 des grands r\u00e9cits sur l&rsquo;\u00e9nergie, qu&rsquo;ils soient apologitiques, critiques ou g\u00e9opolitiques, de la vie et des luttes des travailleurs du secteur&#8230;. Vide que certaines publications de ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont commenc\u00e9 \u00e0 combler voir par exemple <em>America\u2019s Kingdom: Mythmaking on the Saudi Oil Frontier<\/em> de Robert Vitalis ou <em>Working for Oil<\/em>.<em> Comparative Social Histories of Labor in the Global Oil Industry<\/em> paru sous la direction  de Touraj Atabaki,  Elisabetta Bini  et Kaveh Ehsani ( nous y reviendrons dans une prochaine note de lecture). <\/p>\n\n\n\n<p>Texte qui cl\u00f4t la partie \u00ab\u00a0Histories\u00a0\u00bb, The Belly of the Revolution: Agriculture, Energy, and the Future of Communism\u00a0\u00bb de <a href=\"https:\/\/jasperbernes.substack.com\/archive?sort=new\">Jasper Bernes<\/a> est clairement l&rsquo;un des plus incisifs et courageux du recueil ( et certes l&rsquo;un des plus proches du point de vue du \u00ab\u00a0recenseur\u00a0\u00bb). Bernes se livre au d\u00e9but de son texte \u00e0 une critique, un peu convenue mais toujours salutaire, des th\u00e8ses, moins d\u00e9mod\u00e9es qu&rsquo;on le croit ( voir le texte de Daniel Cunha plus haut), de la r\u00e9volution \u00ab\u00a0lib\u00e9ratrice des forces productives\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0L&rsquo;hypoth\u00e8se de base parmi les marxistes et beaucoup d&rsquo;autres c&rsquo;est que, malgr\u00e9 ses excr\u00e9tions toxiques, plus la technologie se d\u00e9veloppe, plus il sera facile de produire [\u00ab\u00a0produce\u00a0\u00bb] le communisme. Et si en fait ces technologies rendaient les choses plus compliqu\u00e9es ? Et si elles agissaient aussi comme des entraves, faisant obstacle \u00e0 l&rsquo;abolition de la soci\u00e9t\u00e9 de classe ?\u00a0\u00bb L\u00e0 o\u00f9 il s&rsquo;av\u00e8re selon nous \u00ab\u00a0courageux\u00a0\u00bb c&rsquo;est que ne s&rsquo;arr\u00eatant pas \u00e0 des points de doctrine, il entreprend de se coltiner \u00e0 la question de l&rsquo;abolition concr\u00e8te et communiste des rapports sociaux : \u00a0\u00bb Dans les pages qui suivent, je m&rsquo;appuie sur mes travaux pr\u00e9c\u00e9dents et consid\u00e8re les obstacles, infrastructurels et technologiques que va rencontrer la r\u00e9volution au XXIe si\u00e8cle. Je prends comme principal objet de recherche l&rsquo;agriculture et la chaine d&rsquo;approvisionnement en nourriture, le ventre de la r\u00e9volution comme je l&rsquo;appelle, non seulement parce que les r\u00e9volutions devront parvenir \u00e0 assurer leur approvisionnement ou elles mourront, mais parce que l&rsquo;agriculture et les ressources alimentaires d\u00e9pendent de tous les autres syst\u00e8mes techniques du capitalisme industriel : l&rsquo;approvisionnement en \u00e9nergie, l&rsquo;industrie et la logistique.\u00a0\u00bb Pr\u00e9cisons que (pour ce texte comme pour les autres) puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit ici de proposer une introduction\/incitation \u00e0 la lecture de ce recueil, nous passons bien s\u00fbr sur les longs et riches d\u00e9veloppement de Bernes sur la question agricole, la s\u00e9paration ville-campagne, etc et qui lui permettent d&rsquo;aboutir sur une articulation entre ces probl\u00e9matiques et le d\u00e9roulement d&rsquo;une r\u00e9volution possible. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la derni\u00e8re partie de son texte, retra\u00e7ant la dynamique des \u00e9checs russes et espagnols du XXe si\u00e8cle et critiquant, un peu trop gentiment, les dangereuses \u00ab\u00a0utopies\u00a0\u00bb d&rsquo;un Urstaat \u00e9cologiste ( Malm), Bernes constate : \u00a0\u00bb Une authentique r\u00e9volution au XXIe si\u00e8cle, rompant avec le capitalisme et la soci\u00e9t\u00e9 de classe, devra dans le m\u00eame temps \u00eatre une r\u00e9volution agraire (&#8230;) Elle devra transformer radicalement la fa\u00e7on dont la nourriture est produite et distribu\u00e9e, non seulement parce que le syst\u00e8me alimentaire actuel est gaspilleur, toxique pour les humains et destructeur environnementalement et pas seulement parce que le changement climatique va changer radicalement ce qui peut \u00eatre cultiv\u00e9 et o\u00f9 et comment, mais aussi, de fa\u00e7on encore plus importante, car l&rsquo;organisation capitaliste de la nature comme agriculture, si on s&rsquo;appuie sur elle, invalide compl\u00e9tement la possibilit\u00e9 de telles r\u00e9volutions, garantissant la restauration de la soci\u00e9t\u00e9 de classe.\u00a0\u00bb De l\u00e0, apr\u00e8s avoir donc sollicit\u00e9 les mannes de Jason Moore, il se tourne assez naturellement vers une des rares courants th\u00e9oriques ayant essay\u00e9 de penser la r\u00e9volution \u00ab\u00a0comme activit\u00e9\u00a0\u00bb, le courant dit de la communisation ( le site <a href=\"https:\/\/dndf.org\/\">des nouvelles du front <\/a>constitue une excellente porte d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 cette galaxie th\u00e9orique et \u00e0 ses d\u00e9bats) : \u00a0\u00bb Je prends comme base de ma r\u00e9flexion le point de vue selon lequel l&rsquo;horizon de la r\u00e9volution \u00e0 notre \u00e9poque suppose la \u00ab\u00a0communisation\u00a0\u00bb de toutes les ressources et rapports : c&rsquo;est \u00e0 dire, l&rsquo;abolition imm\u00e9diate de l&rsquo;argent et du salariat, du pouvoir d&rsquo;\u00c9tat et de la centralisation administrative, et l&rsquo;organisation de l&rsquo;activit\u00e9 sociale sans ces m\u00e9diations sur la base des rapports sociaux personnels, directs ou imm\u00e9diats.\u00a0\u00bb Bernes conclut son texte sur ce r\u00e9sum\u00e9 de son argumentation : \u00ab\u00a0Si les prol\u00e9taires du XXI\u00e8me si\u00e8cle communisent l&rsquo;approvisionnement en nourriture, d\u00e9passent la s\u00e9paration ville\/ campagne, ils ne le feront pas parce que cela s&rsquo;accorde \u00e0 leurs id\u00e9aux mais parce que ces mesures communistes vont \u00e9merger comme la meilleure, et de fait la seule voie, pour r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins dans la conjoncture r\u00e9volutionnaire, et ce compte tenu de la trajectoire de d\u00e9pendance aux ressources productives qu&rsquo;ils h\u00e9riteront du capitalisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La partie \u00ab\u00a0Cultures\u00a0\u00bb s&rsquo;ouvre sur le texte Sheena Wilson, \u00ab\u00a0Energy Imaginaries: Feminist and Decolonial Futures\u00a0\u00bb, qui est principalement constitu\u00e9 d&rsquo;une critique acerbe du livre, et certes visiblement caricature du \u00ab\u00a0tout ira tr\u00e8s bien madame la marquise dans le meilleur des mondes stato-marchand\u00a0\u00bb, de Jonathon Porritt <em><a href=\"http:\/\/www.jonathonporritt.com\/the-world-we-made\/\">The World We Made: Alex McKay\u2019s Story from 2050<\/a><\/em>.  Wilson r\u00e9sume son approche dans son introduction : \u00a0\u00bb Via une lecture intersectionnelle f\u00e9ministe [du livre de Porritt], j&rsquo;illustre les limites des imaginaires dominants aujourd&rsquo;hui et j&rsquo;avance qu&rsquo;abandonner le p\u00e9trole comme principale source d&rsquo;\u00e9nergie pourrait fournir des opportunit\u00e9s pour d\u00e9velopper des fa\u00e7ons plus justes de vivre qui mettent en avant les pr\u00e9occupations des plus exploit\u00e9s &#8211; les femmes, les personnes de couleur et le 99% global- au coeur des politiques de transition \u00e9nerg\u00e9tique. Pour parvenir \u00e0 cela, il nous faut une transition \u00e9nerg\u00e9tique qui se confronte et mette fin aux violences syst\u00e9miques de l&rsquo;\u00e8re du p\u00e9trole qui reposent sur les logiques du capitalisme  p\u00e9tro-supr\u00e9matiste-blanc-cis-h\u00e9t\u00e9ropatriarcal-n\u00e9olib\u00e9ral-colonial- d\u00e9ploy\u00e9es au nom du d\u00e9veloppement, de la croissance \u00e9conomique, de la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et toute une autre s\u00e9rie d&rsquo;expressions sens\u00e9ment inoffensives, qui font abstraction du pillage en cours des ressources naturelles et de l&rsquo;exploitation des corps marqu\u00e9s par la race, la classe, le genre \u00e0 travers le monde. L&rsquo;antidote \u00e0 ces fa\u00e7ons de penser et d&rsquo;\u00eatre au monde, c&rsquo;est de r\u00e9introduire d&rsquo;Autres syst\u00e8mes de savoir et de conceptions du monde, y compris mais pas seulement f\u00e9ministe et indig\u00e8ne, qui peuvent ,nous aider \u00e0 imaginer collaborativement et avancer collectivement vers des futures \u00e9nerg\u00e9tiques socialement justes &#8211; d\u00e9colonis\u00e9s et f\u00e9ministes.\u00a0\u00bb Pr\u00e9cisons que cette profession de foi un peu convenue ne rend pas r\u00e9ellement justice \u00e0 certaines qualit\u00e9s du texte de Wilson&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab\u00a0Petrofiction and Political Economy in the Age of Late Fossil Capital\u00a0\u00bb, Amy Riddle propose dans la foul\u00e9e du type de <a href=\"https:\/\/stateofthediscipline.acla.org\/entry\/petro\">lecture <\/a>initi\u00e9e par <a href=\"https:\/\/amitavghosh.com\/blog\/?p=6441\">Amitav Ghosh<\/a>, une analyse comparative de deux livres de \u00ab\u00a0p\u00e9tro-fiction\u00a0\u00bb :<a href=\"https:\/\/www.actes-sud.fr\/node\/46289\"> <em>Villes de sel <\/em><\/a><em> <\/em>de Abdelrahman Munif, un classique sur les d\u00e9buts de l&rsquo;exploitation p\u00e9troli\u00e8re au Moyen-Orient et les luttes qui l&rsquo;entour\u00e8rent et <a href=\"https:\/\/www.actes-sud.fr\/node\/47920\"><em>Du<\/em> <em>p\u00e9trole sur l&rsquo;eau<\/em><\/a> de Helon Habila qui se situe dans les zones p\u00e9trolif\u00e8res les plus recul\u00e9es et chaotiques du Nigeria actuel. Comme elle le constate d\u00e9s l&rsquo;abord de son texte : \u00ab\u00a0Tandis que <em>Villes de sel<\/em> d\u00e9peint la transition d&rsquo;une formation sociale traditionnelle \u00e0 un mode de vie colonial-capitaliste, <em>Du p\u00e9trole sur l&rsquo;eau<\/em> nous montre le r\u00e9sultat final de cette forme sociale. Le premier livre souligne une possibilit\u00e9 perdue, tandis que le second d\u00e9crit l&rsquo;\u00e9puisement qui traverse autant les paysages physiques que sociaux embarqu\u00e9s dans la p\u00e9tro-\u00e9conomie \u00e9mergente.\u00a0\u00bb Toutefois pour l&rsquo;auteur, l&rsquo;analyse des \u00ab\u00a0p\u00e9trofictions\u00a0\u00bb ne s&rsquo;arr\u00eatent pas certes pas l\u00e0 : \u00a0\u00bb Les qualit\u00e9s supra-objectives du p\u00e9trole \u00e0 la fois comme carburant et comme plastique, terre et air, sujet et syst\u00e8me, le distingue des marchandises qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 en litt\u00e9rature, comme le caf\u00e9, les \u00e9pices ou le sucre. Ce qui revient \u00e0 dire que la pr\u00e9sence physique ou l&rsquo;absence du p\u00e9trole dans ces romans est aussi connect\u00e9e aux diff\u00e9rentes formes que prend la richesse p\u00e9troli\u00e8re et ce qu&rsquo;elle rend possible : la richesse sous la forme de la valeur, comme abstraction, n&rsquo;est peut-\u00eatre pas repr\u00e9sentable directement en litt\u00e9rature &#8211; ce n&rsquo;est apr\u00e8s tout pas une chose mesurable mais un ensemble sp\u00e9cifique de rapports sociaux- mais les fa\u00e7ons dont la forme valeur agit sur les rapports sociaux dans la litt\u00e9rature qui \u00e9voque le p\u00e9trole nous donne un moyen d&rsquo;arbitrer [\u00ab\u00a0mediate\u00a0\u00bb] entre ces fictions elles-m\u00eames.\u00a0\u00bb C&rsquo;est donc autant autour de la perception du p\u00e9trole par les personnages, que celui-ci soit consid\u00e9r\u00e9 comme richesse mat\u00e9rielle et possible ou comme valeur et mal\u00e9diction, mais aussi \u00e0 l&rsquo;aune de la distinction \u00ab\u00a0luk\u00e0csienne\u00a0\u00bb entre naturalisme et r\u00e9alisme et enfin de l&rsquo;articulation effectivement dynamique ou non entre nature et soci\u00e9t\u00e9 ( \u00ab\u00a0Quand les processus sociaux ne sont pas d\u00e9crits comme se d\u00e9veloppant en rapport avec les processus \u00e9cologiques mais sont plut\u00f4t enti\u00e8rement subsum\u00e9s dans les processus \u00e9cologiques, alors le temps historique semble fusionner avec le temps naturalis\u00e9, non-humain\u00a0\u00bb) que Riddle d\u00e9ploie sa lecture de ces deux oeuvres. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab\u00a0The Political Energies of the Archaeomodern Tool\u00a0\u00bb, Amanda Boetzkes sollicite les mannes de Marx, Frederic Jameson, Bruno Latour, le collectif Endnotes, Jacques Ranci\u00e8re, Walter Benjamin, etc pour commenter des oeuvres expos\u00e9es \u00e0 l&rsquo;arsenal lors de l&rsquo;exposition <a href=\"https:\/\/universes.art\/en\/venice-biennale\/2015\/tour\/all-the-worlds-futures\">\u00ab\u00a0All the World Futures\u00a0\u00bb<\/a> durant la biennale de Venise de 2015. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Antiphysis\/Antipraxis: Universal Exhaustion and the Tragedy of Materiality\u00a0\u00bb d&rsquo;Alberto Toscano offre une r\u00e9flexion int\u00e9ressante sur la trajectoire du concept d&rsquo;\u00e9puisement dans la critique sociale europ\u00e9enne, ou comme il le d\u00e9crit lui m\u00eame  : \u00ab\u00a0une histoire courte et pour le moins impressionniste de l&rsquo;\u00e9puisement. Les inqui\u00e9tudes du XIXe si\u00e8cle vis \u00e0 vis de l&rsquo;appauvrissement irr\u00e9m\u00e9diable de la nature, riches en le\u00e7ons mat\u00e9rielles, \u00e9taient aussi accompagn\u00e9es d&rsquo;efforts sp\u00e9culatifs, cosmo-politiques, dans lesquels l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e9tait pens\u00e9e dans les termes \u00e0 la fois de ses fins et de sa fin. L&rsquo;attention port\u00e9e au contrastes et recoupements entre \u00e9puisement, d\u00e9gradation et entropie comme id\u00e9ologies naturalo-historiques pourrait peut-\u00eatre nous servir d&rsquo;antidote face \u00e0 la tentation d&rsquo;\u00e9riger trop rapidement l&rsquo;anthropoc\u00e8ne comme mot-cl\u00e9 de notre \u00e9poque. Elle peut \u00e9galement nous fournir une appr\u00e9ciation plus nuanc\u00e9e du contexte d&rsquo;\u00e9mergence de la th\u00e9orie mat\u00e9rialiste historique des rapports entre l&rsquo;\u00e9conomie politique et la nature.\u00a0\u00bb Le texte offre ensuite une r\u00e9flexion sur les apports respectifs des livres et th\u00e8ses de Moore et de Malm et tente de proposer, en passant par Sartre, un d\u00e9passement des clivages que ces deux auteurs incarnent : \u00ab\u00a0La nature ne constitue une limite historique pour la soci\u00e9t\u00e9 et le capital, uniquement dans la mesure o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;y est externalis\u00e9e. C&rsquo;est dans ce sens dialectique que nous pouvons commencer \u00e0 penser le rapport entre les limites du capital et les limites de la nature d&rsquo;une fa\u00e7on qui ne soit ni endog\u00e8ne, ni exog\u00e8ne, dualiste ou holiste ; en d&rsquo;autres termes que nous pouvons commencer \u00e0 penser l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, ou plut\u00f4t le capitaloc\u00e8ne, comme une figure g\u00e9ologique et historique de l&rsquo;agency ali\u00e9n\u00e9e \u00a0\u00bb o\u00f9 la nature\u00a0\u00bb comme l&rsquo;\u00e9crit Sartre \u00a0\u00bb devient la n\u00e9gation de l&rsquo;homme pr\u00e9cis\u00e9ment dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;homme est rendu antiphysis\u00a0\u00bb anti-nature.\u00a0\u00bb [citation de Sartre non v\u00e9rifi\u00e9e]. <\/p>\n\n\n\n<p>La quatri\u00e8me et derni\u00e8re partie, \u00ab\u00a0Politics\u00a0\u00bb, s&rsquo;ouvre sur le texte du tr\u00e8s prolifique th\u00e9oricien marxiste de l&rsquo;\u00e9nergie Matthew Hubber ( voir par exemple ses nombreuses contributions dans la revue <a href=\"https:\/\/jacobinmag.com\/author\/matt-huber\">Jacobin<\/a>), \u00ab\u00a0Fossilized Liberation: Energy, Freedom, and the \u201cDevelopment of the Productive Forces\u201d. Il faut reconna\u00eetre le m\u00e9rite \u00e0 Hubber de ne pas tourner autour du pot : \u00ab\u00a0J&rsquo;avance qu&rsquo;historiciser l&rsquo;\u00e9nergie devrait nous amener \u00e0 r\u00e9-\u00e9valuer la critique \u00e9cologiste de l&rsquo;insistance mise par Marx sur le d\u00e9veloppement de forces productives. Tandis que certains pourraient penser que du fait que les \u00e9nergies fossiles &#8211; et par cons\u00e9quence le changement climatique- sont associ\u00e9s aux d\u00e9veloppement industriel des forces productives nous devrions abandonner tout espoir quant \u00e0 cette perspective marxienne, je pense au contraire que nous devons continuer \u00e0 consid\u00e9rer la production bas\u00e9e sur les \u00e9nergies fossiles comme la<em> base mat\u00e9rielle<\/em> pour le d\u00e9veloppement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 meilleure au-del\u00e0 du capital. Mon argumentation proc\u00e8de en trois \u00e9tapes. D&rsquo;abord en concevant dans une perspective large l&rsquo;\u00e9nergie et les forces productives, je sugg\u00e8re qu&rsquo;une sensibilit\u00e9 mat\u00e9rialiste historique doit saisir les machines comme lib\u00e9rant le travail de l&rsquo;exploitation de l&rsquo;\u00e9nergie musculaire qui d\u00e9finissait toutes les formations sociales pr\u00e9-capitalistes. Ensuite, en me pla\u00e7ant au-del\u00e0 du capitalisme, je re-analyse les id\u00e9es de Marx sur \u00ab\u00a0le temps disponible\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0royaume de la libert\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 travers une interpr\u00e9tation de l&rsquo;\u00e9nergie requise dans le \u00ab\u00a0royaume de la n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb. Puis, je rappelle que m\u00eame si le socialisme du XXe si\u00e8cle a eu un bilan environnemental atroce, les socialistes doivent r\u00e9affirmer leur engagement en faveur du d\u00e9veloppement des forces productives &#8211; mais comme le d\u00e9fend David Schwartzman dans son appel \u00e0 un <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/264870730_Solar_communism\">communisme solaire <\/a>dans la direction du solaire et des autres \u00e9nergies renouvelables et ce dans des rapports de production diff\u00e9rents. Cette affirmation maintient la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er la libert\u00e9 \u00e0 partir du temps disponible comme Marx l&rsquo;avait pr\u00e9dit. Enfin, je rend compte de la fa\u00e7on dont une grande partie de la critique de gauche des questions \u00e9nerg\u00e9tiques pr\u00e9dit en g\u00e9n\u00e9ral deux types de futur  : 1) l&rsquo;effondrement d\u00fb au pic p\u00e9trolier ou la p\u00e9nurie \u00e9nerg\u00e9tique 2) la transition vers une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 faible consommation d&rsquo;\u00e9nergie bas\u00e9e sur une agriculture localis\u00e9e. J&rsquo;avance qu&rsquo;aucun de ces futurs ne se conforme \u00e0 ce \u00e0 quoi Marx avait \u00e0 l&rsquo;esprit quant il \u00e9voquait une soci\u00e9t\u00e9 au-del\u00e0 du capital. Je ne cherche pas \u00e0 dire qu&rsquo;aucune de ces hypoth\u00e8ses ne soit historiquement possible &#8211; elles le sont- mais aucune des deux ne d\u00e9coule d&rsquo;une critique de classe de l&rsquo;\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour construire des luttes se basant sur la possibilit\u00e9 d&rsquo;un type diff\u00e9rent de futur que celui li\u00e9 aux conditions mat\u00e9rielles des \u00e9nergies fossiles.\u00a0\u00bb   Comme le laisse pr\u00e9sumer cette introduction, la suite du texte donne lieu \u00e0 des d\u00e9veloppements plut\u00f4t pr\u00e9visibles et aux habituelles \u00ab\u00a0ventriloquies\u00a0\u00bb marxiennes et autres \u00e9chafaudages de citations d\u00e9cidemment bien vains. D&rsquo;ailleurs si il tient tant \u00e0 sauver le d\u00e9veloppement des forces productives chez le barbu pourquoi Hubber ne rappelle-t-il pas aussi son tr\u00e8s \u00e9clairant avertissement : \u00ab\u00a0le plus grand pouvoir productif, c&rsquo;est la classe r\u00e9volutionnaire elle-m\u00eame\u00a0\u00bb ? Mais c&rsquo;est probablement trop en demander \u00e0 l&rsquo;auteur de perles comme  \u00a0\u00bb <a href=\"https:\/\/www.jacobinmag.com\/2019\/07\/bernie-sanders-climate-change-elizabeth-warren-green-new-deal\">Bernie Is the Best Chance We Have on Climate\u00a0\u00bb<\/a>&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab\u00a0Technologies for an Ecological Transition: A Faustian Bargain?\u00a0\u00bb, Tomislav Medak souhaite \u00ab\u00a0analyser le r\u00f4le des technologies dans deux sc\u00e9narios de transition \u00e9cologique oppos\u00e9s. Tout d&rsquo;abord je vais analyser les limites caract\u00e9risant les strat\u00e9gies d&rsquo;innovation et de croissance vertes qui fournissent les bases de la plus grande partie de la politique internationale sur le changement climatique et que je saisis comme s&rsquo;inscrivant dans la longue lign\u00e9e de la doxa techno-d\u00e9velopmentaliste dominante. Dans la suite de cette doxa, ces strat\u00e9gies placent des espoirs d\u00e9mesur\u00e9s dans les processus d&rsquo;innovation pour nous sortir de la situation plan\u00e9taire actuelle. Ensuite je vais indiquer quelles sont les options pour un sc\u00e9nario de d\u00e9croissance tout en pr\u00e9venant contre la tentation de \u00ab\u00a0picorer\u00a0\u00bb [Cherry-picking] des technologies \u00e0 sa guise ou de se concentrer exclusivement sur celles consid\u00e9r\u00e9es comme conviviales ou de petite \u00e9chelle. Je finis en proposant quelques \u00e9l\u00e9ments de strat\u00e9gies qu&rsquo;il pourrait \u00eatre au bout du compte raisonnable d&rsquo;adopter dans une transition d\u00e9croissante, quand cette transition est comprise comme un processus potentiellement turbulent et r\u00e9volutionnaire de changement de mode de production, d&rsquo;organisation sociale et d&rsquo;une relation m\u00e9tabolique entre l&rsquo;humanit\u00e9 et l&rsquo;environnement qui ne serait plus fond\u00e9e sur la croissance \u00e9conomique qui soutient \u00e0 la fois l&rsquo;auto-expansion du capital et pousse \u00e0 l&rsquo;extraction accrue des ressources naturelles de la terre.\u00a0\u00bb L\u00e0 comme ailleurs tout le versant \u00ab\u00a0prescripteur\u00a0\u00bb et autres catalogues de strat\u00e9gies sonnent \u00e9videmment un peu creux&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab\u00a0Anarchism and Unconventional Oil\u00a0\u00bb, Johnathan Parsons souhaite illustrer comment les r\u00e9sistances \u00e0 la &lsquo;fracturation hydraulique\u00a0\u00bb mais aussi \u00e0 l&rsquo;exploitation des sables bitumeux un peu partout dans le monde (il en donne un rapide panorama) sont un exemple \u00ab\u00a0d&rsquo;anarchisme en action\u00a0\u00bb. En effet \u00a0\u00bb les nombreuses mobilisations contre les installations d&rsquo;extraction de p\u00e9trole non conventionnel ne s&rsquo;identifient pas n\u00e9cessairement comme anarchistes et ne s&rsquo;appuient pas explicitement sur les th\u00e9ories anarchistes dans la fa\u00e7on dont elles s&rsquo;organisent ou op\u00e8rent. N\u00e9anmoins, comme la r\u00e9sistance \u00e0 ces nouvelles exploitations de p\u00e9trole s&rsquo;organise \u00e0 la base, de fa\u00e7on d\u00e9centralis\u00e9e et dispers\u00e9e et puisqu&rsquo;elle se d\u00e9veloppe en dehors des structures organisationnelles souvent associ\u00e9es avec la politique contestataire comme les syndicats, les ONG et les partis politiques, elle refl\u00e8te en g\u00e9n\u00e9ral l&rsquo;anarchisme en action. \u00a0\u00bb De m\u00eame :\u00a0\u00bb La r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;exploitation des p\u00e9troles non conventionnels est essentiellement anarchiste puisqu&rsquo;elle agit sans leadership d\u00e9fini et sans structure politique avec laquelle on puisse n\u00e9gocier d&rsquo;une quelconque mani\u00e8re. N\u00e9anmoins si le mouvement n&rsquo;a pas de centre de coordination, il a une sorte d&rsquo;intelligence de l&rsquo;action, attaquant les faiblesses du syst\u00e8me de production et de distribution de fa\u00e7on cr\u00e9ative et souvent inattendue.\u00a0\u00bb Si on retrouve \u00e9videmment l\u00e0 les id\u00e9es d&rsquo;un Murray Bookchin, \u00a0\u00bb le mouvement dans son ensemble ressemble \u00e0 cette association l\u00e2che de communaut\u00e9s autonomes de r\u00e9sistance qu&rsquo;on peut voir comme les graines d&rsquo;une future f\u00e9d\u00e9ration de communes anarchistes\u00a0\u00bb, Parsons n&rsquo;en signale pas moins la pr\u00e9sence et les critiques de deux autres courants de l&rsquo;anarchisme, l&rsquo;\u00e9co-anarchisme qui vise principalement au d\u00e9mant\u00e8lement au plus vite de la civilisation dans sa totalit\u00e9 et l&rsquo;anarchisme insurrectionnel, qu&rsquo;il r\u00e9duit maladroitement \u00e0 la prose apocalyptique qui enrobe les vell\u00e9it\u00e9s d&rsquo;int\u00e9gration par le haut de certaines fractions radicalis\u00e9es de la petite bourgeoisie culturelle fran\u00e7aise. Notons par ailleurs qu&rsquo;il est \u00e9tonnant que Parsons ne semble voir ce \u00ab\u00a0n\u00e9o-anarchisme\u00a0\u00bb de masse \u00e0 l&rsquo;oeuvre que dans la lutte contre les \u00ab\u00a0gaz de schiste\u00a0\u00bb, etc., alors qu&rsquo;on pourrait l&rsquo;identifier un peu partout dans les luttes et le monde comme l&rsquo;avait par exemple th\u00e9oris\u00e9 Paolo Gerbaudeau dans <em>The Mask and the Flag. Populism, Citizenism and Global Protest<\/em>&#8230;. <\/p>\n\n\n\n<p>Le recueil se cl\u00f4t sur deux tr\u00e8s int\u00e9ressants textes portant sur les travailleurs du p\u00e9trole, et assimil\u00e9 ( sables bitumeux notamment) au Canada. \u00ab\u00a0Oil Drums: Indigenous Labour and Visions of Compensation in the Tar Sands Zone\u00a0\u00bb de Warren Carriou, auteur d&rsquo;un documentaire (<a href=\"https:\/\/www.winnipegfilmgroup.com\/films\/land-of-oil-and-water\/\">Land of Oil and Water<\/a>) sur le sujet, s&rsquo;appuie sur l&rsquo;exp\u00e9rience personnelle de l&rsquo;auteur et de sa famille pour \u00e9voquer la situation des indiens qui travaille dans le secteur p\u00e9trolier et toute la propagande qui entoure cette \u00ab\u00a0heureuse conclusion\u00a0\u00bb :\u00a0\u00bb La description des opportunit\u00e9s d&#8217;emploi [souvent assez bien pay\u00e9s compar\u00e9 \u00e0 la moyenne] comme \u00e9tant un moyen \u00ab\u00a0de partager la richesse\u00a0\u00bb avec les peuple indig\u00e8nes constitue un lieu commun du discours gouvernemental et entrepreunarial sur le d\u00e9veloppement des sables bitumeux. Ce qu&rsquo;on n&rsquo;\u00e9voque pas en g\u00e9n\u00e9ral c&rsquo;est pourquoi les propri\u00e9taires putatifs de cette richesse voudraient cette fois-ci la partager avec les peuples indig\u00e8nes- contrairement \u00e0 toute l&rsquo;histoire coloniale pr\u00e9c\u00e9dente- et quelles conditions sont attach\u00e9es \u00e0 ce partage suppos\u00e9ment magnanime. Le fait que ces ressources p\u00e9troli\u00e8re se trouvent\u00a0\u00bb dans de nombreux cas sur des terres tribales\u00a0\u00bb soul\u00e8ve une question int\u00e9ressante pour les peuples indig\u00e8nes : qui doit partager avec qui ? Quoique cette strat\u00e9gie d&#8217;emploi soit pr\u00e9sent\u00e9e comme un acte g\u00e9n\u00e9reux de r\u00e9conciliation n\u00e9o-lib\u00e9rale, il est possible que les compagnies aient plus besoin des indig\u00e8nes que vice-versa.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0The Oil Bodies: Workers of Fort McMurray\u00a0\u00bb de Dominique Perron (traduit du fran\u00e7ais par Wafa Gaiech) d\u00e9bute sur un mode \u00ab\u00a0\u00e9thnographique\u00a0\u00bb plut\u00f4t laborieux si ce n&rsquo;est douteux ( description du voyage en avion de l&rsquo;auteur en compagnie de travailleurs de l&rsquo;industrie p\u00e9troli\u00e8re) mais s&rsquo;av\u00e8re une description incisive des multiples paradoxes qui entourent l&rsquo;existence de cette \u00ab\u00a0aristocratie ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb constamment sur la sellette que sont les travailleurs du p\u00e9trole, etc de l&rsquo;Alberta. Et comme le souligne un gla\u00e7ant postscriptum, apr\u00e8s l&rsquo;incendie de mai 2016 qui a d\u00e9truit la plus grande partie de Fort Mc Murray, ce que Perron qualifie a juste titre d&rsquo;\u00e9tonnant \u00ab\u00a0cercle autophagique\u00a0\u00bb ( l&rsquo;exploitation du p\u00e9trole, etc provoque le changement climatique qui provoque les incendies) semble se refermer sur ces travailleurs pris au pi\u00e8ge de la logique hyper-individualiste et mercenariale du secteur&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;issue de ce laborieux mais selon nous n\u00e9cessaire, \u00ab\u00a0panorama\u00a0\u00bb, on n&rsquo;\u00e9tonnera pas le lecteur \u00e9ventuellement \u00e9gar\u00e9 ici, en concluant que ce recueil <em>Materalism and the Critique of Energy <\/em>a certes les d\u00e9fauts de ses qualit\u00e9s (et r\u00e9ciproquement), t\u00e9moigne d&rsquo;une tendance lourde \u00e0 la sur-th\u00e9orisation au d\u00e9triment d&rsquo;analyses concr\u00e8tes de situations concr\u00e8tes qui seraient parfois plus \u00e9clairantes ou manifeste quelques oublis surprenants ( pas de critique f\u00e9ministe par exemple alors pourtant que la critique des syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques est indissociable de celles des rapports de reproduction).  Mais il n&rsquo;en constitue pas moins un jalon et une lecture indispensables pour saisir les enjeux d&rsquo;une critique radicale de l&rsquo;\u00e9nergie.<\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Materialism and the Critique of Energy \u00c9dit\u00e9 par Brent Ryan Bellamy et Jeff Diamanti, Chicago, MCM&rsquo; Publishing, 2018. ( Librement t\u00e9l\u00e9chargeable sur internet) Encore un ouvrage tr\u00e8s volumineux ( 700 pages) et vari\u00e9 ( 27 contributions) mais cette fois-ci sur un versant bien plus th\u00e9orique comme en t\u00e9moigne l&rsquo;introduction Brent Ryan Bellamy et Jeff Diamanti&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/2021\/01\/10\/materialism-and-the-critique-of-energy\/#more-322\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":323,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[19],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/322"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=322"}],"version-history":[{"count":32,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/322\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":392,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/322\/revisions\/392"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/media\/323"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=322"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=322"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=322"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}