{"id":194,"date":"2020-12-19T19:24:19","date_gmt":"2020-12-19T18:24:19","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/?p=194"},"modified":"2020-12-31T17:20:28","modified_gmt":"2020-12-31T16:20:28","slug":"andrew-nikiforuk-the-energy-of-slave-oil-and-the-new-servitude","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/2020\/12\/19\/andrew-nikiforuk-the-energy-of-slave-oil-and-the-new-servitude\/","title":{"rendered":"Andrew Nikiforuk : L&rsquo;\u00e9nergie des esclaves. Le p\u00e9trole et la nouvelle servitude."},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab\u00a0Mea culpa\u00a0\u00bb : nous nous sommes aper\u00e7us sur le tard que le livre avait \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais par la maison d&rsquo;\u00e9dition canadienne <a href=\"https:\/\/ecosociete.org\/\">\u00c9cosoci\u00e9t\u00e9<\/a> en 2015 sous le titre <em>L&rsquo;\u00e9nergie des esclaves. Le p\u00e9trole et la nouvelle servitude<\/em>, donc on pr\u00e9cise que ces rapides commentaires s&rsquo;appuient sur la version anglaise&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em>The Energy of Slave. Oil and the New Servitude<\/em> du canadien Andrew Nikiforuk constitue un objet surprenant. R\u00e9dig\u00e9 par un \u00ab\u00a0conservateur\u00a0\u00bb revendiqu\u00e9 (au sens \u00ab\u00a0am\u00e9ricain\u00a0\u00bb, si tant est que cela fasse un diff\u00e9rence)  mais riche d&rsquo;un large spectre de r\u00e9f\u00e9rences, partant un peu dans tous les sens quoiqu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ral sur un mode tr\u00e8s pessimiste, le livre n&rsquo;en constitue pas moins une contribution int\u00e9ressante \u00e0 la r\u00e9flexion sur le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9nergie et les enjeux de toute transition \u00e9nerg\u00e9tique. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour Nikiforuk, il faut saisir le rapport des soci\u00e9t\u00e9s modernes \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie au prisme du rapport ma\u00eetre-esclave. Et ce, d&rsquo;abord, historiquement : \u00ab\u00a0Avant le charbon et le p\u00e9trole la civilisation fonctionnait gr\u00e2ce \u00e0 un moteur \u00e0 deux temps : l&rsquo;\u00e9nergie des cultures \u00ab\u00a0nourries de soleil\u00a0\u00bb et l&rsquo;\u00e9nergie des esclaves. Les muscles humains enchain\u00e9s ont construit, aliment\u00e9 et enhardi les empires de la M\u00e9sopotamie au Mexique. Les anciens comprenaient le co\u00fbt et les lois de l&rsquo;\u00e9nergie. Les esclaves repr\u00e9sentaient d&rsquo;efficaces convertisseurs d&rsquo;\u00e9nergie et cr\u00e9aient d&rsquo;importants surplus. Avec un minimum de calories fournies par les c\u00e9r\u00e9ales, un groupe d&rsquo;esclaves pouvait d\u00e9placer des montagnes &#8211; ramasser les d\u00e9chets des riches, construire des infrastructures d&rsquo;irrigation, combattre \u00e0 la guerre ou simplement rendre la vie plus simple \u00e0 leurs maitres.\u00a0\u00bb L&rsquo;esclavage n&rsquo;est pas pour l&rsquo;auteur une m\u00e9taphore ou une analogie puisqu&rsquo;il consacre la premi\u00e8re partie de son livre \u00e0 retracer, de Rome aux \u00c9tats-Unis du XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;\u00e9volution concomitante de l&rsquo;esclavage et de l&rsquo;\u00e9mergence de nouvelles sources d&rsquo;\u00e9nergie, ces derni\u00e8res finissant progressivement, et non sans mal, \u00e0 mettre le premier au rebus ( la victoire du nord sur le sud dans la guerre civile am\u00e9ricaine paraissant \u00e0 l&rsquo;auteur un mod\u00e8le de transition \u00e9nerg\u00e9tique). Notons que la th\u00e8se n&rsquo;est pas nouvelle comme il le reconnait lui-m\u00eame. On pourrait d&rsquo;ailleurs citer une r\u00e9f\u00e9rence qu&rsquo;il omet, le grand historien italien Carlo M. Cipolla, ici dans un article de 1965, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/ahess_0395-2649_1961_num_16_3_420740\">Sources d&rsquo;\u00e9nergie et histoire de l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb<\/a> : \u00a0\u00bb L&rsquo;homme est aussi un convertisseur d&rsquo;\u00e9nergie : il consomme de l&rsquo;\u00e9nergie chimique sous forme d&rsquo;hydrates de carbone, de prot\u00e9ines, de mati\u00e8res grasses, il produit de l&rsquo;\u00e9nergie utilisable sous forme d&rsquo;\u00e9nergie nerveuse et m\u00e9canique. L&rsquo;esclavage est une forme institutionnalis\u00e9e de l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme dans sa qualit\u00e9 de convertisseur produisant de l&rsquo;\u00e9nergie m\u00e9canique\u00a0\u00bb (voir \u00e9galement le livre de J.F. Mouhot \u00e0 la fin de ce post). <\/p>\n\n\n\n<p>Selon Nikiforuk, la dialectique maitre-esclave n&rsquo;a toutefois pas pris fin avec  l&rsquo;esclavage humain : \u00ab\u00a0Bien que les \u00e9nergies fossiles aient au d\u00e9part paru promettre une plus grande libert\u00e9, elles ont au bout du compte accouch\u00e9 d&rsquo;autre chose : une arm\u00e9e de travailleurs m\u00e9caniques assoiff\u00e9s de carburant qui allaient n\u00e9cessiter des formes de plus en plus complexes de management et une classe agressive de puissant marchands de carbone. Sans r\u00e9fl\u00e9chir nous avons remplac\u00e9 l&rsquo;ancienne \u00e9nergie des esclaves humains par une nouvelle servitude, aliment\u00e9e par les \u00e9nergies fossiles.\u00a0\u00bb Bref \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb sommes d\u00e9sormais ma\u00eetres et esclaves : \u00ab\u00a0Les esclaves m\u00e9caniques aliment\u00e9s par le charbon puis plus tard par le p\u00e9trole, \u00e9limin\u00e8rent effectivement le besoin d&rsquo;esclavage humain et de servage \u00e0 grande \u00e9chelle. Les nouveaux esclaves n&rsquo;ont pas remplac\u00e9 imm\u00e9diatement les esclaves humains &#8211; dans de nombreux cas ils ont rendu leur condition pire pour des d\u00e9cennies- mais ils ont chang\u00e9 la pens\u00e9e humaine. Ils ont aussi fait para\u00eetre obsol\u00e8te le pouvoir musculaire de l&rsquo;esclave, de la m\u00eame mani\u00e8re que les automobiles ont fait para\u00eetre les chevaux pittoresques. Ainsi l&rsquo;age des hydrocarbures a cr\u00e9\u00e9 une nouvelle classe de ma\u00eetres et une forme unique de servitude \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie. Et le nouvel ordre inanim\u00e9 pr\u00e9sentait des enjeux et des in\u00e9galit\u00e9s distincts sur une \u00e9chelle g\u00e9ographique sans pr\u00e9c\u00e9dent.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Si il est inutile de retracer le tableau d\u00e9taill\u00e9 et volontiers caverneux que donne l&rsquo;auteur des effets de cette nouvelle servitude \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie sur l&rsquo;agriculture, les villes, les r\u00e9gimes politiques, etc notons que ses d\u00e9veloppements sur l&rsquo;\u00e9quivalent en esclaves de l&rsquo;\u00e9nergie consomm\u00e9 par un m\u00e9nage nord-am\u00e9ricain ( 400 esclaves par famille selon lui) ont tout de m\u00eame le m\u00e9rite de souligner le \u00ab\u00a0l\u00e9ger\u00a0\u00bb somnambulisme qui pr\u00e9side encore aujourd&rsquo;hui \u00e0 la perception des besoins en \u00e9nergie que supposent les multiples agr\u00e9ments de la vie moderne (Nikiforuk cite d&rsquo;ailleurs l&rsquo;\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=C93cL_zDVIM\">The Human Power Station<\/a> diffus\u00e9e sur la BBC qui illustre spectaculairement son calcul !). Et plus g\u00e9n\u00e9ralement sa th\u00e8se, en partie involontairement, on pr\u00e9sume, au vu de ses pr\u00e9occupations principalement \u00ab\u00a0r\u00e9actionnaires\u00a0\u00bb, a la louable utilit\u00e9 de rappeler que les questions d&rsquo;\u00e9nergie, indissociables historiquement des formes successives d&rsquo;exploitation du travail humain, de domination politique et patriarcale, le sont, certes !, d\u00e9sormais tout autant de l&rsquo;ali\u00e9nation marchande. Et penser l&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 \u00ab\u00a0hauteur d&rsquo;Homme \u00a0\u00bb constitue effectivement un utile rem\u00e8de \u00e0 tous les d\u00e9lires technocratiques et autoritaires ( cf. Malm), que semble autoriser le d\u00e9sastre et une invitation \u00e0 ne pas envoyer, sous ce m\u00eame pr\u00e9texte, valdinguer la bonne vieille cause d&rsquo;une autre \u00ab\u00a0Aufhebung\u00a0\u00bb de la trop fameuse dialectique du ma\u00eetre et de l&rsquo;esclave. <\/p>\n\n\n\n<p>Au fait,  sur le sujet existe \u00e9galement en fran\u00e7ais une synth\u00e8se par Jean Fran\u00e7ois Mouhot <em><a href=\"http:\/\/www.champ-vallon.com\/jean-francois-mouhot-des-esclaves-energetiques-reflexions-sur-le-changement-climatique\/\">Des esclaves \u00e9nerg\u00e9tiques. R\u00e9flexions sur le changement climatique<\/a><\/em>  : \u00ab\u00a0Ce livre explore les liens historiques et les similarit\u00e9s entre esclavage et utilisation contemporaine des \u00e9nergies fossiles et montre comment l\u2019histoire peut nous aider \u00e0 lutter contre le changement climatique. Il d\u00e9crit d\u2019abord le r\u00f4le moteur de la traite dans l\u2019industrialisation au xviiie si\u00e8cle en Grande-Bretagne, puis explique comment l\u2019abolition de l\u2019esclavage peut \u00eatre pens\u00e9e en lien avec l\u2019industrialisation. En multipliant les bras \u00abvirtuels\u00bb, les nouveaux esclaves \u00e9nerg\u00e9tiques que sont les machines ont en effet progressivement rendu moins n\u00e9cessaire le recours au travail forc\u00e9. L\u2019ouvrage explore ensuite les similarit\u00e9s troublantes entre l\u2019utilisation des \u00e9nergies fossiles aujourd\u2019hui et l\u2019emploi de la main-d\u2019\u0153uvre servile hier, et les m\u00e9thodes utilis\u00e9es par les abolitionnistes pour parvenir \u00e0 faire interdire la traite et l\u2019esclavage. Ces m\u00e9thodes peuvent encore inspirer aujourd\u2019hui l\u2019action politique pour d\u00e9carboner la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Mea culpa\u00a0\u00bb : nous nous sommes aper\u00e7us sur le tard que le livre avait \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais par la maison d&rsquo;\u00e9dition canadienne \u00c9cosoci\u00e9t\u00e9 en 2015 sous le titre L&rsquo;\u00e9nergie des esclaves. Le p\u00e9trole et la nouvelle servitude, donc on pr\u00e9cise que ces rapides commentaires s&rsquo;appuient sur la version anglaise&#8230; The Energy of Slave. Oil&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/2020\/12\/19\/andrew-nikiforuk-the-energy-of-slave-oil-and-the-new-servitude\/#more-194\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":254,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[19],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=194"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":260,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194\/revisions\/260"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/media\/254"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=194"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=194"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/toiledelavie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=194"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}