{"id":72,"date":"2020-07-27T10:18:10","date_gmt":"2020-07-27T08:18:10","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/?p=72"},"modified":"2020-08-01T17:51:01","modified_gmt":"2020-08-01T15:51:01","slug":"monde-davant-monde-dapres-chronique-dune-crise-en-devenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/monde-davant-monde-dapres-chronique-dune-crise-en-devenir\/","title":{"rendered":"Accouchement difficile \u2013 E\u0301pisode 1 : Beaucoup d&rsquo;argent pour quoi?"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous entamons ici un journal de la crise qui a commenc\u00e9 au d\u00e9but de 2020 avec la pand\u00e9mie du Covid-19. C&rsquo;est un exercice p\u00e9rilleux en ce que nos analyses vont manquer de recul. L&rsquo;\u00e9criture de l&rsquo;histoire imm\u00e9diate n&rsquo;est parfois pas loin du simple commentaire d&rsquo;actualit\u00e9. Nous nous lan\u00e7ons quand m\u00eame. Nous nous appuierons de temps en temps sur le dernier chapitre de notre ouvrage<em> Le M\u00e9nage \u00e0 trois de la lutte de classes<\/em>, que ce soit pour infirmer ou pour confirmer les projections de la crise alors \u00e0 venir, que nous tentions d&rsquo;anticiper. Pour le reste, nos analyses se d\u00e9velopperont dans le cadre normal de la th\u00e9orie marxienne de l&rsquo;accumulation du capital. L&rsquo;apparition d&rsquo;un virus plus dangereux que les autres ne change pas l&rsquo;axiome de base&nbsp;: l&rsquo;histoire du mode de production capitaliste est l&rsquo;histoire de la lutte de classe entre prol\u00e9tariat et capital. Toute crise manifeste un emballement dans ce rapport entre classes, plus ou moins critique selon les cas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, la premi\u00e8re question qui nous est venue \u00e0 l&rsquo;esprit a \u00e9t\u00e9&nbsp;: la crise qui \u00e9clate est-elle la crise, non pas au sens de la crise \u00ab&nbsp;finale&nbsp;\u00bb, mais au sens d&rsquo;une crise suffisamment profonde pour poser la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un changement d&rsquo;\u00e9poque&nbsp;: r\u00e9volution communiste ou restructuration radicale du mode de production en place. Pour le moment, on en est pas l\u00e0, comme on le verra dans les premiers \u00e9pisodes. Mais avec le temps, ne va-t-on se rapprocher de plus en plus de ce point de bifurcation? C&rsquo;est l&rsquo;interrogation \u00e0 laquelle nous serons sans cesse confront\u00e9s dans ce journal, car il y a longtemps d\u00e9j\u00e0 que le \u00ab&nbsp;monde d&rsquo;avant&nbsp;\u00bb est gros d&rsquo;un \u00ab&nbsp;monde d&rsquo;apr\u00e8s&nbsp;\u00bb \u2013 pas forc\u00e9ment celui dont il est question dans le discours politique et m\u00e9diatique.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9pisode 1&nbsp;: Beaucoup d&rsquo;argent pour quoi&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1 \u2013 Crise Covid&nbsp;: un type de crise inattendu<\/strong><br>Dans ce qui suit, nous allons op\u00e9rer une distinction entre trois niveaux d&rsquo;analyse&nbsp;: sanitaire, politique et \u00e9conomique. Cette distinction est n\u00e9cessaire. D&rsquo;une part, l&rsquo;urgence sanitaire et sa gestion politique ont pr\u00e9cipit\u00e9 la crise \u00e9conomique, mais elles n&rsquo;en ont pas cr\u00e9\u00e9 les conditions, qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 avant la diffusion de la pand\u00e9mie. D&rsquo;autre part, pour des raisons que nous verrons, il n&rsquo;est pas certain que l&rsquo;urgence sanitaire et la crise \u00e9conomique qui s&rsquo;en est suivie d\u00e9bouchent de fa\u00e7on imm\u00e9diate et lin\u00e9aire sur la crise majeure, \u00e9conomique et sociale, que nous tenons pour historiquement in\u00e9vitable \u00e0 terme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1.1 \u2013 Le d\u00e9clencheur sanitaire<\/strong><br>Au cours du premier trimestre de l&rsquo;ann\u00e9e 2020, un probl\u00e8me mondial de sant\u00e9 publique a engendr\u00e9 une crise \u00e9conomique importante. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une crise capitaliste typique de suraccumulation de capital. Mais on ne peut dire que la cause de la crise est exog\u00e8ne que au sens o\u00f9 elle n&rsquo;est pas directement d\u00e9clench\u00e9e par la baisse du taux de profit. Car la cause pr\u00e9tendument exog\u00e8ne n&rsquo;est ni naturelle ni fortuite. Au-del\u00e0 de la question de l&rsquo;origine m\u00eame du virus Covid-19, de nombreux commentateurs ont soulign\u00e9 avec raison que les conditions sociales du capitalisme mondialis\u00e9 (circulation tr\u00e8s rapide des marchandises et des gens, technologies agricoles et agro-alimentaires, etc.) avaient cr\u00e9\u00e9 un terrain favorable \u00e0 la diffusion rapide des \u00e9pid\u00e9mies. Et d&rsquo;encore plus nombreux commentateurs ont mis en cause la d\u00e9gradation g\u00e9n\u00e9rale des syst\u00e8mes de sant\u00e9 sous l&rsquo;effet du mod\u00e8le post-fordiste et \u00ab&nbsp;n\u00e9olib\u00e9ral&nbsp;\u00bb d&rsquo;accumulation pour expliquer la violence du choc. Notamment en ce qui concerne ce dernier point, on n&rsquo;est pas en dehors du rapport capital-travail au sens strict.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui distingue la crise \u00e9conomique telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e sur la base de la pand\u00e9mie d&rsquo;une crise capitaliste \u00ab&nbsp;normale&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est que l&rsquo;arr\u00eat de la production est d\u00fb au fait qu&rsquo;une masse consid\u00e9rable de travailleurs est devenue indisponible, soit par maladie (tr\u00e8s peu) soit par intervention des pouvoirs publiques d\u00e9coulant de la crainte de la contagion (confinement des populations et fermeture forc\u00e9e d&rsquo;une partie des entreprises). Dans les deux cas, le capital bute contre le travail vivant, non pas au sens o\u00f9 celui-ci serait trop peu productif par rapport \u00e0 la quantit\u00e9 de capital \u00e0 valoriser, mais au sens o\u00f9 la sant\u00e9 \u2013 voire la vie \u2013 du travail vivant est menac\u00e9e. Nous appelons crise Covid ce mod\u00e8le inattendu d&rsquo;arr\u00eat partiel de la production capitaliste. Inattendu de deux points de vue&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>du point de vue de la th\u00e9orie communiste&nbsp;: la crise Covid met encore une fois en \u00e9vidence le fait que le travail n&rsquo;est pas aussi inessentialis\u00e9 que ce qu&rsquo;on lit parfois dans les commentaires de la hausse de la composition organique actuelle du capital. En fait, cela s&rsquo;explique notamment par le recours croissant aux m\u00e9thodes de la plus-value absolue depuis des d\u00e9cennies, permettant des \u00e9conomies en capital constant, mais au prix de gains de productivit\u00e9 de plus en plus modestes.<br><\/li><li> du point de vue des capitalistes, qui ont g\u00e9r\u00e9 la sant\u00e9 de la force de travail comme si la combinaison du ch\u00f4mage structurel et de l&rsquo;immigration permettait d&rsquo;assurer \u00e0 tout moment une quantit\u00e9 suffisante de main d&rsquo;oeuvre en bonne sant\u00e9. La d\u00e9gradation des syst\u00e8mes de sant\u00e9 publique ne s&rsquo;explique pas seulement par le passage d&rsquo;une partie de ses services au secteur priv\u00e9. Elle tient aussi au fait que, dans les conditions actuelles de l&rsquo;exploitation de la force de travail, les patrons sont peu soucieux de la stagnation de l&rsquo;esp\u00e9rance de vie, de la baisse de l&rsquo;esp\u00e9rance de vie<em> en bonne sant\u00e9<\/em>, et de l&rsquo;\u00e9tat sanitaire g\u00e9n\u00e9ral de la main d&rsquo;oeuvre. On a l\u00e0 une bonne illustration de la paup\u00e9risation absolue qui accompagne le retour de la plus-value absolue&nbsp;: en m\u00eame temps que le salaire (indirect notamment) est comprim\u00e9, un \u00e9l\u00e9ment du panier des subsistances se d\u00e9grade lentement en qualit\u00e9. C&rsquo;est ce qui explique que les alarmes qui ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9es lors des \u00e9pid\u00e9mies pr\u00e9c\u00e9dentes soient rest\u00e9es sans effet en dehors des milieux sp\u00e9cialis\u00e9s. Notamment en Europe occidentale et aux \u00c9tats-Unis, les patrons et les gouvernements n&rsquo;ont pas vraiment tir\u00e9 les le\u00e7ons des \u00e9pid\u00e9mies de SARS en 2003, partie de Chine, de la grippe H1N1 partie en 2009 du Mexique, de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de MERS au Moyen Orient en 2012, d&rsquo;Ebola en Afrique de l&rsquo;Ouest en 2014-16, de Zika n\u00e9e dans des \u00eeles du Pacifique en 2015-16.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Pour donner une id\u00e9e du d\u00e9sint\u00e9r\u00eat de la puissance publique pour la protection sanitaire de la population, citons un exemple parmi tant d&rsquo;autres. Aux \u00c9tats-Unis, le prestigieux CDC (<em>Center for Disease Control<\/em>) qui est l&rsquo;autorit\u00e9 nationale en la mati\u00e8re, a re\u00e7u mi-f\u00e9vrier 2020 l&rsquo;ordre de fabriquer des tests de d\u00e9tection du Covid-19. Ceux-ci furent envoy\u00e9s dans tout le pays aux autorit\u00e9s sanitaires r\u00e9gionales, qui s&rsquo;aper\u00e7urent vite que les tests \u00e9taient d\u00e9fectueux, car les laboratoires \u00e9taient contamin\u00e9s par le coronavirus. Apr\u00e8s enqu\u00eate, on comprit que ces laboratoires avaient une fa\u00e7on si n\u00e9gligente de travailler qu&rsquo;ils ne respectaient pas leurs propres r\u00e8gles sanitaires \u2013 proc\u00e9dure trop co\u00fbteuse sans doute. Il en r\u00e9sulta un mois de retard dans la mise en place de la d\u00e9tection au niveau du pays (<strong>1<\/strong>). En France, le scandale li\u00e9 \u00e0 la destruction du stock national de masques sous les gouvernements successifs de Hollande et de Macron est suffisamment connu pour qu&rsquo;on ne s&rsquo;y attarde pas. On pourrait multiplier les exemples.<\/p>\n\n\n\n<p>1<strong>.2&nbsp;&#8211; Gestion politique<\/strong><br>La d\u00e9gradation des syst\u00e8mes de sant\u00e9 n&rsquo;est qu&rsquo;une partie de l&rsquo;explication du caract\u00e8re improvis\u00e9 et chaotique de la gestion de la crise sanitaire par la plupart des \u00c9tats des aires centrales de l&rsquo;accumulation. En Europe occidentale et aux \u00c9tats-Unis comme partout ailleurs, ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 soumis aux pressions contradictoires habituelles. Comme toujours, le r\u00f4le de l&rsquo;\u00c9tat est de g\u00e9rer les rapports entre les classes et entre les groupes de capitaux concurrents, mais cette fois tout \u00e9tait compliqu\u00e9 par l&rsquo;urgence de la propagation du virus, l&rsquo;impr\u00e9paration des autorit\u00e9s sanitaires et l&rsquo;inqui\u00e9tude croissante de la population.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les gouvernements ont subi la pression des patrons pour ne pas entraver la poursuite de la production. Aux \u00c9tats-Unis, l&rsquo;administration Trump \u00e9tait tr\u00e8s soucieuse de ne pas enrayer la croissance \u00e9conomique, en tout cas jusqu&rsquo;aux \u00e9lections de novembre. En France aussi, la pr\u00e9servation de la bonne marche de l&rsquo;\u00e9conomie a s\u00fbrement jou\u00e9 un r\u00f4le dans les h\u00e9sitations du gouvernement. Mais les \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales ont \u00e9galement eu leur influence, en soumettant le calendrier et les modalit\u00e9s du confinement finalement d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 de petits enjeux politiciens&nbsp;: alors que la pand\u00e9mie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien install\u00e9e sur le territoire fran\u00e7ais, le gouvernement annon\u00e7ait <em>en m\u00eame temps<\/em> le confinement et le maintien du premier tour des \u00e9lections municipales. En Italie, la Confindustria (syndicat des grands patrons italiens) a activement milit\u00e9, \u00e0 partir du 28 f\u00e9vrier, pour le maintien de la production sur le th\u00e8me du <em>\u00ab&nbsp;#YesWeWork&nbsp;\u00bb<\/em>, alors que le Parti D\u00e9mocratique milanais lan\u00e7ait une campagne sur le th\u00e8me \u00ab&nbsp;Milan ne s&rsquo;arr\u00eate pas&nbsp;\u00bb. Des autorit\u00e9s locales, tr\u00e8s pr\u00e9occup\u00e9es, attendaient que le gouvernement publie un d\u00e9cret sur l&rsquo;arr\u00eat des productions \u00ab&nbsp;non essentielles&nbsp;\u00bb. Elles durent attendre le 8-10 mars pour que la Lombardie, puis le pays tout entier, soient confin\u00e9s (mais sans arr\u00eat de la production!). Alors que la pand\u00e9mie faisait d\u00e9j\u00e0 rage et que la production \u00e9tait maintenue sans pr\u00e9cautions sanitaires particuli\u00e8res, de nombreuses protestations des travailleurs (avec ou sans syndicats) exprim\u00e8rent tr\u00e8s directement l&rsquo;inqui\u00e9tude d&rsquo;une grande partie de la population. Ce n&rsquo;est finalement que le 21 mars que le pr\u00e9sident Conte d\u00e9cr\u00e9ta la fermeture de toutes les activit\u00e9s \u00ab&nbsp;non essentielles&nbsp;\u00bb. L&rsquo;application du d\u00e9cret prit toutefois quelques jours de retard, le temps que le patronat obtienne toutes sortes de d\u00e9rogations \u00e0 la liste de ce qui est essentiel et de ce qui ne l&rsquo;est pas. Il en est r\u00e9sult\u00e9 qu&rsquo;une partie significative des entreprises a continu\u00e9 \u00e0 tourner, entrainant d&rsquo;autres conflits avec les salari\u00e9s sur les conditions sanitaires de travail (on y reviendra dans l<em>&lsquo;\u00c9pisode 3<\/em>). Dans l&rsquo;exemple italien, les tergiversations du gouvernement sont directement li\u00e9es \u00e0 la pression patronale. Celle-ci est \u00e9galement tr\u00e8s forte au Mexique, o\u00f9 les <em>maquiladoras<\/em> tournent presque normalement malgr\u00e9 l&rsquo;ordre national de confinement, et o\u00f9 les ouvriers tombent malade en masse et sont nombreux \u00e0 mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, les gouvernements devaient r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;inqui\u00e9tude de la population, qui s&rsquo;est mise \u00e0 faire des achats de pr\u00e9caution dans les supermarch\u00e9s, ou a commenc\u00e9 \u00e0 retirer les enfants des \u00e9coles d\u00e8s avant la mise en place du confinement. Aux \u00c9tats-Unis, le syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral permet \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat central de se d\u00e9barrasser de beaucoup de probl\u00e8mes sur les autorit\u00e9s locales. C&rsquo;est notamment le cas pour les fermetures d&rsquo;\u00e9coles. Le CDC a sugg\u00e9r\u00e9 des mesures dans les termes les plus vagues&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>le CDC a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;un niveau faible \u00e0 moyen de fermeture des \u00e9coles, de quelques jours \u00e0 deux-quatre semaines pourrait convenir pour nettoyer et d\u00e9sinfecter les \u00e9coles, ou faire face \u00e0 des absences significatives d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves ou de professeurs<\/em>&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Education Week&nbsp;\u00bb, 12\/3\/20). Les autorit\u00e9s locales (sanitaires, \u00e9ducatives, administratives, \u00e9conomiques) ont souvent \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames. Ailleurs, ce sont les pouvoirs locaux \u2013 r\u00e9gionaux surtout \u2013 qui ont mis les b\u00e2tons dans les roues de l&rsquo;\u00c9tat central pour retarder le confinement et tenter de s&rsquo;autonomiser encore plus vis-\u00e0-vis de celui-ci (Lombardie-Italie), ou qui \u00e0 cause de leur inaction ont oblig\u00e9 l&rsquo;\u00c9tat central \u00e0 prendre la rel\u00e8ve pour essayer de rattraper la mayonnaise (Hubei-Chine).<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, la plupart des gouvernements durent se r\u00e9soudre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence&nbsp;: compte tenu du degr\u00e9 d&rsquo;avancement de la pand\u00e9mie et du manque de pr\u00e9paration pour lui faire face, il fallait confiner la population de fa\u00e7on massive et assez stricte. Il en r\u00e9sulta un effondrement de la production comme jamais vu. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>1.3 \u2013 Crise \u00e9conomique<\/strong><br>Lors de la crise de 2008, on avait observ\u00e9 que la r\u00e9cession s&rsquo;\u00e9tait creus\u00e9e plus profond\u00e9ment et brutalement que lors d&rsquo;autres crises r\u00e9centes de l&rsquo;histoire du capital. Le tableau 1 montre que la crise Covid a d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 eu un impact encore plus profond et plus rapide. Le ralentissement de la production industrielle est partout extr\u00eamement brutal, bien plus que lors de la derni\u00e8re grande crise capitaliste \u2013 plus ou moins \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb \u2013 de 2008&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"1278\" height=\"548\" class=\"wp-image-75\" style=\"width: 700px;\" src=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-07-27-a\u0300-09.48.30.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-07-27-a\u0300-09.48.30.png 1278w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-07-27-a\u0300-09.48.30-300x129.png 300w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-07-27-a\u0300-09.48.30-1024x439.png 1024w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-07-27-a\u0300-09.48.30-768x329.png 768w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-07-27-a\u0300-09.48.30-350x150.png 350w\" sizes=\"(max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la zone euro, la production industrielle a baiss\u00e9 de 27% en trois mois, alors qu&rsquo;il en avait fallu 12 pour la faire reculer de 21% lors de la crise de 2008. Aux \u00c9tats-Unis, le recul est \u00e0 peu pr\u00e8s identique dans les deux crises, mais il s&rsquo;est \u00e9tal\u00e9 sur 18 mois en 2008, contre 2 mois en 2020. Dans le cas am\u00e9ricain notamment, les donn\u00e9es officielles sont s\u00fbrement sous-estim\u00e9es en raison de la fermeture des bureaux nationaux de statistique pendant 2 mois dans certains \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Le choc est donc ind\u00e9niablement violent. Mais pour l&rsquo;instant (juillet 2020), il ne s&rsquo;est pas transform\u00e9 en crise majeure de d\u00e9valorisation, avec faillites en cascade, mouvements de masse et remaniement en profondeur de l&rsquo;appareil productif. Au contraire, \u00e0 en croire les gouvernements, les plans de sauvetage engag\u00e9s dans de nombreux pays \u00e0 coups de milliards vont permettre d&rsquo;amortir le choc \u00e0 court terme. Bien entendu, cette consid\u00e9ration ne vaut que les aires centrales de l&rsquo;accumulation.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne traitons pas ici la situation des pays semi-p\u00e9riph\u00e9riques et p\u00e9riph\u00e9riques, car dans ces derniers la d\u00e9valorisation en cours n&rsquo;a que peu de potentiel restructurant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2 \u2013 Le capital exc\u00e9dentaire sous respiration artificielle<\/strong><br>Partout, des programmes d&rsquo;urgence ont \u00e9t\u00e9 mis en place \u00e0 grand renfort de cr\u00e9dits nouveaux, aussi bien pour les \u00c9tats que pour les entreprises. Voyons cela de plus pr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.1 \u2013 Relance de l&rsquo;endettement public<\/strong><br>Dans <em>Le M\u00e9nage \u00e0 trois de la lutte de classe<\/em>, nous avons cru pouvoir affirmer que les capacit\u00e9s d&rsquo;endettement des \u00c9tats avaient atteint une limite. En r\u00e9alit\u00e9, le niveau d&rsquo;endettement public atteint avant la crise Covid a \u00e9t\u00e9 all\u00e8grement explos\u00e9 depuis. Le cas de l&rsquo;UE est parlant&nbsp;: les contraintes du Pacte Europ\u00e9en de Stabilit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 suspendues, permettant aux \u00c9tats membres de recourir tr\u00e8s largement au cr\u00e9dit. Aux \u00c9tats-Unis, le robinet des aides publiques est grand ouvert (voir plus loin, graphique 3).<\/p>\n\n\n\n<p>Les programmes de sauvetage des entreprises et ceux de <em>welfare<\/em> exceptionnel ont \u00e9t\u00e9 financ\u00e9s par un surcroit d&rsquo;endettement tr\u00e8s fort des \u00c9tats&nbsp;: au moins 17.000 milliards de $ \u00e0 fin mai 2020 dans les pays de l&rsquo;OCDE (voir graphique 1). Au final, ce chiffre sera bien sup\u00e9rieur \u00e0 ce qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 lors de la crise de 2008.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Graphique 1&nbsp;: Endettement des \u00c9tats de l&rsquo;OCDE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"700\" height=\"500\" class=\"wp-image-76\" style=\"width: 600px;\" src=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-1graph-1.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-1graph-1.png 700w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-1graph-1-300x214.png 300w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-1graph-1-350x250.png 350w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/p>\n\n\n\n<p>Pour une part importante, les investisseurs pr\u00eatent aux \u00c9tats parce que le quantitative easing des banques centrales joue comme une garantie de cr\u00e9dit. C&rsquo;est ce qui explique que le spread entre les taux de rendement des bons du Tr\u00e9sor allemands et italiens, par exemple, apr\u00e8s la remont\u00e9e de mi-mars (320 points), est redevenu faible (environ 175 points).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.2 \u2013 Relance de l&rsquo;endettement des entreprises<\/strong><br>Il faut aussi tenir compte de l&rsquo;endettement des entreprises, lui aussi en hausse sensible. En Europe et aux \u00c9tats-Unis, les entreprises non financi\u00e8res ont fortement augment\u00e9 leur endettement, tant par l&rsquo;\u00e9mission d&rsquo;obligations que par l&#8217;emprunt bancaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9missions d&#8217;emprunts obligataires ont \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9es par le fait que les banques centrales acceptent les titres <em>corporate<\/em> (et pas seulement de la dette publique). Les investisseurs qui souscrivent \u00e0 ces obligations d&rsquo;entreprises, m\u00eame en difficult\u00e9, savent que le <em>quantitative easing<\/em> joue comme une garantie&nbsp;: la banque centrale ach\u00e8te le titre en dernier recours. La garantie n&rsquo;est toutefois pas universelle. Un examen de la liste des entreprises dont la FED et la BCE ont achet\u00e9 les obligations montre qu&rsquo;il s&rsquo;agit principalement de soci\u00e9t\u00e9s multinationales. La grande masse des PME et ETI n&rsquo;est pas concern\u00e9e. Quoiqu&rsquo;il en soit, les entreprises ont lev\u00e9 262 milliards de $ en emprunts obligataires en avril 2020 aux \u00c9tats-Unis,, soit trois fois plus qu&rsquo;en avril 2019. En Europe, le niveau des fonds lev\u00e9s (83 milliards \u20ac) n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 vu depuis 2009.<\/p>\n\n\n\n<p>Les entreprises ont aussi proc\u00e9d\u00e9 a une masse consid\u00e9rables d&#8217;emprunts bancaires. Aux \u00c9tats-Unis, les pr\u00eats des banques au commerce et \u00e0 l&rsquo;industrie ont augment\u00e9 de 28% entre f\u00e9vrier et mai 2020 (voir graphique ci-dessous).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Graphique 2: \u00c9tats-Unis&nbsp;: Pr\u00eats aux entreprises commerciales et industrielles (mds de $)<\/strong><img loading=\"lazy\" width=\"1131\" height=\"365\" class=\"wp-image-77\" style=\"width: 600px;\" src=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-2-graph-2.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-2-graph-2.png 1131w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-2-graph-2-300x97.png 300w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-2-graph-2-1024x330.png 1024w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-2-graph-2-768x248.png 768w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-2-graph-2-350x113.png 350w\" sizes=\"(max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est frappant dans ces \u00e9normes programmes de sauvetage, c&rsquo;est qu&rsquo;ils d\u00e9pensent des sommes sans pr\u00e9c\u00e9dent, mais que c&rsquo;est essentiellement pour pr\u00e9server le <em>statu quo<\/em> \u2013 du moins dans un premier temps. Les niveaux d&rsquo;endettement historiquement tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s atteints au moment des deux Guerres mondiales engageaient les \u00c9tats et les \u00e9conomies concern\u00e9es dans des bouleversements autrement profonds que la pratique renforc\u00e9e du t\u00e9l\u00e9travail et de l&rsquo;e-commerce. Or le statu quo d&rsquo;avant la crise COVID \u00e9tait celui d&rsquo;une valorisation essouffl\u00e9e, et d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste mondiale grosse d&rsquo;une crise annonc\u00e9e partout comme tr\u00e8s grave. Cependant, non seulement les \u00c9tats s&rsquo;endettent encore et d\u00e9pensent \u00e9norm\u00e9ment pour sauvegarder l&rsquo;existant au maximum de ce qui est possible, mais ils encouragent les entreprises \u00e0 demander du cr\u00e9dit par les garanties qu&rsquo;ils proposent. Le graphique 3 concerne les \u00c9tats-Unis et montre en m\u00eame temps la multiplicit\u00e9 des programmes mise en \u0153uvre par le <em>CARES Act<\/em> et l&rsquo;ensemble des juridictions qu&rsquo;il s&rsquo;agit de prot\u00e9ger (m\u00e9nages, petites entreprises, grandes entreprises, a\u00e9ronautique, secteur de la sant\u00e9, FEMA (Agence f\u00e9d\u00e9rale charg\u00e9e des secours d&rsquo;urgence), etc.). Les autres pays d\u00e9velopp\u00e9s ont mis en place des programmes similaires, faits de cr\u00e9dits bonifi\u00e9s aux entreprises, de garanties de cr\u00e9dit, de subventions directes, de baisses d&rsquo;imp\u00f4ts et de programmes sociaux, le tout financ\u00e9 \u00e0 cr\u00e9dit \u00ab&nbsp;quoi qu&rsquo;il en co\u00fbte&nbsp;\u00bb selon les mots de Mario Draghi repris par Macron.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces programmes de sauvetage ont jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent permis de nettement limiter la casse. Certes, aux \u00c9tats-Unis, 100.000 petites entreprises ont d\u00e9j\u00e0 ferm\u00e9 entre mars et mai. Cela para\u00eet beaucoup, mais sous r\u00e9serve que le recensement soit fiable ce n&rsquo;est que 2% des PME. Il faut d&rsquo;autre part souligner que l&rsquo;efficacit\u00e9 des programmes de garantie de cr\u00e9dit est subordonn\u00e9e \u00e0 la bonne volont\u00e9 des banques. Celles-ci ne sont pas trop d\u00e9sireuses de prendre le risque r\u00e9siduel qui est normalement attach\u00e9 aux garanties \u00e9tatiques. Ainsi pour le pr\u00eat \u00e0 Air France&nbsp;: l&rsquo;\u00c9tat a d\u00fb monter la garantie \u00e0 90% du montant pr\u00eat\u00e9 par les banques (contre 70% r\u00e8glementairement pr\u00e9vu) pour qu&rsquo;elles s&rsquo;engagent. Par ailleurs, une part importante des entreprises ayant demand\u00e9 \u00e0 leur banque un pr\u00eat garanti par l&rsquo;\u00c9tat ne l&rsquo;ont pas obtenu<\/p>\n\n\n\n<p>.<img loading=\"lazy\" width=\"1400\" height=\"1440\" class=\"wp-image-78\" style=\"width: 500px;\" src=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-1-graph-3.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-1-graph-3.png 1400w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-1-graph-3-292x300.png 292w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-1-graph-3-996x1024.png 996w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-1-graph-3-768x790.png 768w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/07\/EPI-1-graph-3-350x360.png 350w\" sizes=\"(max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/p>\n\n\n\n<p>En France, il faut noter que les programmes publics ne garantissent que les pr\u00eats de tr\u00e9sorerie, pas ceux d&rsquo;investissement. Le suppl\u00e9ment de cr\u00e9dit aux entreprises va donc surtout permettre de survivre, et pas vraiment engendrer de restructuration, ni micro- ni macro-\u00e9conomique. Il va seulement permettre aux entreprises emprunteuses de traverser la crise Covid malgr\u00e9 les difficult\u00e9s faites par leurs fournisseurs et leurs clients.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.3 \u2013 Traitement exceptionnel du ch\u00f4mage<\/strong><br>Dans de nombreux pays, la tentative de pr\u00e9servation du statu quo a comport\u00e9 des d\u00e9penses importantes en direction des travailleurs. Les programmes de <em>Kurzarbeit<\/em> en Allemagne, de ch\u00f4mage partiel en France, de <em>Cassa Integrazione<\/em> en Italie ont \u00e9t\u00e9 redimensionn\u00e9s \u00e0 la hausse pour faire face \u00e0 l&rsquo;explosion du ch\u00f4mage. Ces programmes prennent en charge la plus grosse part du salaire des travailleurs en ch\u00f4mage technique. En quelque sorte, ils nationalisent les salaires des travailleurs des entreprises \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat en raison de la pand\u00e9mie. En France, cela concernait une dizaine de millions de personnes en avril-mai (pour une population active d&rsquo;environ 30 millions). Dans les autres pays europ\u00e9ens aussi, le traitement du ch\u00f4mage partiel a \u00e9t\u00e9 massif. Au Royaume-Uni au d\u00e9but du mois de juin 2020, il y avait environ 9 millions de salari\u00e9s (sur un total de 27 dans le secteur priv\u00e9) dans le programme <em>Coronavirus Jobs Retention Scheme (CJRS)<\/em>, \u00e0 quoi s&rsquo;ajoutaient 2,6 millions de travailleurs ind\u00e9pendants.<\/p>\n\n\n\n<p>Viennent en plus les ch\u00f4meurs proprement dits, dont le nombre a explos\u00e9, notamment \u00e0 cause des non-renouvellements des contrats courts (<strong>2<\/strong>). Eux aussi font l&rsquo;objet d&rsquo;attentions particuli\u00e8res. En France, une r\u00e9forme qui devait r\u00e9duire les droits des ch\u00f4meurs est repouss\u00e9e. Aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 le nombre de ch\u00f4meurs assur\u00e9s est pass\u00e9 de 2 \u00e0 25 millions en l&rsquo;espace de 6 semaines, aucun programme de ch\u00f4mage partiel n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 mis en place (<strong>3<\/strong>), mais les indemnit\u00e9s de ch\u00f4mages ont \u00e9t\u00e9 augment\u00e9es forfaitairement de 600 $ par semaine (jusqu&rsquo;au 31 juillet, sauf renouvellement), somme \u00e9lev\u00e9e qui a provoqu\u00e9 aussit\u00f4t des protestations chez les petits patrons recourant \u00e0 de la main-d&rsquo;oeuvre corv\u00e9able \u00e0 merci. De plus, une masse consid\u00e9rable de m\u00e9nages, ch\u00f4meurs ou non, a re\u00e7u un ch\u00e8que de 1200 $ d\u00e8s le d\u00e9but de la crise. L&rsquo;attention port\u00e9e au sort des travailleurs est cependant loin de couvrir la totalit\u00e9 de la population active salari\u00e9e et assimil\u00e9e, et tous les aspects de la reproduction de sa force de travail. Dans de nombreux cas, des pr\u00e9caires, des int\u00e9rimaires, et surtout les travailleurs au noir, se retrouvent sans ressources. Un rapport du gouvernement britannique estime qu&rsquo;il y a 1 million de personnes qui ne sont pas prises en charge par le programme CJRS. Partout les banques alimentaires et les soupes populaires voient leur public augmenter rapidement. Mais, \u00e0 notre connaissance, aucune mesure n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 prise aux \u00c9tats-Unis et en Europe occidentale pour suspendre ou r\u00e9duire les factures des m\u00e9nages. En ce qui concerne les loyers, les circonstances \u00e9taient propices pour stimuler un d\u00e9gonflement des bulles immobili\u00e8res, mais les gouvernements se sont limit\u00e9s \u00e0 suspendre tr\u00e8s momentan\u00e9ment les expulsions.<\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue quantitatif, les programmes en direction des travailleurs peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme exceptionnellement massifs par rapport aux normes habituelles de traitement du ch\u00f4mage. Cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 apparente peut s&rsquo;expliquer par un ensemble de raisons. Les arri\u00e8res pens\u00e9es \u00e9lectorales n&rsquo;ont certainement pas \u00e9t\u00e9 absentes, surtout \u00e0 un moment o\u00f9 les bases sociales du vote mod\u00e9r\u00e9 et pro-<em>establishment<\/em> se r\u00e9duisent, fragilisant les options de politique int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure qui y sont rattach\u00e9es. Il y a eu aussi la gestion bien pens\u00e9e du travail que beaucoup d&rsquo;entreprises veulent garder dans leurs \u00e9quipes, notamment en Allemagne, o\u00f9 le programme du <em>Kurzarbeit<\/em> a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s pratiqu\u00e9 en 2008 en raison de la p\u00e9nurie de main d&rsquo;oeuvre qualifi\u00e9e. Mais surtout, il y a eu la crainte d&rsquo;une r\u00e9volte des salari\u00e9s (<strong>4<\/strong>) (et autres). Ces dernier facteur, primordial, n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas sans rapport avec le premier. En France, par exemple, la majorit\u00e9 gouvernementale \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 faible au moment o\u00f9 \u00e9clatait la crise Covid en raison des Gilets Jaunes et autres mouvements sociaux apparus depuis le d\u00e9but du son mandat, mais d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre elle tenait d\u00e9bout. Compte tenu de cette faiblesse, il importait d&rsquo;envoyer des signaux positifs aux salari\u00e9s (ch\u00f4mage partiel, report des r\u00e9formes des retraites et de l&rsquo;assurance-ch\u00f4mage). Aux \u00c9tats-Unis, le jeu n&rsquo;a r\u00e9ussi qu&rsquo;\u00e0 moiti\u00e9 car la prise en charge du ch\u00f4mage n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 le mouvement d\u00e9clench\u00e9 suite \u00e0 l&rsquo;affaire-Floyd, et la chute de Trump dans les sondages.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, du point de vue qualitatif on est plut\u00f4t dans le pareil au m\u00eame, au sens o\u00f9 ces programmes \u2013 comme on vient de voir pour le logement \u2013 n&rsquo;entra\u00eenent pas de bouleversements majeurs dans le panier de subsistance ou dans les modes de vie, ni de cr\u00e9ation directe d&#8217;emplois par l&rsquo;\u00c9tat (relance de travaux publics), etc. L&rsquo;urgence sanitaire et les mesures de confinement ont certainement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des changements en cours dans les modes de consommation (explosion du commerce internet, t\u00e9l\u00e9consultation, etc.). C&rsquo;est l\u00e0 une \u00e9volution sur laquelle nous reviendrons ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.4 \u2013 Zombie capital = zombie jobs<\/strong><br>Les programmes d&rsquo;aide aux entreprises ne permettent pas de sauver toutes celles que le retrait des salari\u00e9s et des consommateurs dans le confinement a mis en difficult\u00e9. Ce sont \u00e9videmment surtout les petites, voire tr\u00e8s petites, entreprises qui souffrent et vont souffrir le plus. Mais jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, et \u00e0 peu d&rsquo;exceptions pr\u00e8s, la forte chute de la production que nous avons vue plus haut n&rsquo;a pas entrain\u00e9 de faillite majeure. Le cas des compagnies a\u00e9riennes est un bon exemple de sauvetage gr\u00e2ce aux programmes gouvernementaux. Air-France re\u00e7oit 7 milliards d&rsquo;euros, dont 4 milliards garantis par l&rsquo;\u00c9tat et 3 milliards venant directement de l&rsquo;\u00c9tat en tant qu&rsquo;actionnaire, tandis que KLM re\u00e7oit 3,4 milliards d&rsquo;euro du gouvernement hollandais. Un plan similaire de 9 milliards a \u00e9t\u00e9 mis en place par le gouvernement allemand pour Lufthansa. On pourrait multiplier les exemples d&rsquo;entreprises grosses et petites \u00e0 qui les programmes de soutien permettent de survivre pendant la crise Covid.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est certain qu&rsquo;il y a des entreprises moyennes ou grandes que ces programmes n&#8217;emp\u00eachent pas de sombrer. En France, certaines marques de distribution de l&rsquo;habillement sont en cessation de paiement. Aux \u00c9tats-Unis, les ind\u00e9pendants du secteur p\u00e9trolier, notamment dans le <em>fracking<\/em> (p. ex. Whiting Petroleum, Extraction Oil &amp; Gas, Chesapeake Energy, etc.), commencent \u00e0 faire faillite et \u00e0 demander la protection du <em>chapitre 11<\/em>. Les faillites qui sont annonc\u00e9es dans le cadre du <em>chapitre 11<\/em> sont en r\u00e9alit\u00e9 des demandes de r\u00e9organisation de l&rsquo;entreprise et de restructuration de ses dettes. L&rsquo;entreprise continue \u00e0 tourner et n&rsquo;est pas liquid\u00e9e. Fr\u00e9quemment, la proc\u00e9dure de faillite comporte un apport de fonds, soit bancaires soit obligataires. La soci\u00e9t\u00e9 de location de voitures Hertz, d\u00e9clar\u00e9e en faillite aux \u00c9tats-Unis (mais pas en Europe), a m\u00eame \u00e9mis des actions \u00e0 Wall Street, qui se sont tr\u00e8s bien vendues. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, le nombre d&rsquo;entreprises se d\u00e9clarant en faillite a augment\u00e9 de 26% en avril 2020 par rapport \u00e0 avril 2019, pour atteindre 560 (selon l&rsquo;<em>American Bankruptcy Institut<\/em>e). C&rsquo;est relativement peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine. On est encore loin d&rsquo;une d\u00e9valorisation massive et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, \u00e0 m\u00eame de faire repartir l&rsquo;accumulation du capital de fa\u00e7on significative, que ce soit selon l&rsquo;ancien mod\u00e8le ou sous un mod\u00e8le nouveau. Cela viendra plus tard, si et quand les programmes de sauvetage s&rsquo;av\u00e8rent impuissants \u00e0 sauver le mod\u00e8le actuel d&rsquo;accumulation. En Europe, on remarque que, pour le moment, les pr\u00eats importants que les gouvernements attribuent \u00e0 de tr\u00e8s grandes entreprises, par exemple dans le transport a\u00e9rien ou dans l&rsquo;automobile, restent nationaux. Ils ne sont pas assortis d&rsquo;une recherche de fusions\/acquisitions pouvant engendrer des g\u00e9ants multinationaux \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;UE. Pour ce qu&rsquo;on en sait au moment o\u00f9 l&rsquo;accord europ\u00e9en de 750 milliards <em>Next Generation EU<\/em> est sign\u00e9, les pr\u00eats et subventions qui iront au pays du Sud (et, dans une moindre mesure, de l&rsquo;Est) seront assortis de conditions, concernant principalement les transitions climatique et num\u00e9rique. La formulation est vague et peut englober toutes sortes d&rsquo;investissements, n&rsquo;allant pas forc\u00e9ment dans le sens d&rsquo;un capitalisme du nouveau monde. L&rsquo;accord europ\u00e9en ressemble plut\u00f4t \u00e0 la mise en place d&rsquo;une tro\u00efka <em>soft<\/em> (sans FMI, mais avec droit de regard des pays dits frugaux). Par ailleurs, on ne sait pas encore si et comment les pays du Nord vont faire usage de ces fonds.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 rappel\u00e9, au moment de l&rsquo;\u00e9clatement de la crise Covid, la situation du capitalisme mondial n&rsquo;\u00e9tait pas brillante. Parmi les signes annon\u00e7ant une crise majeure, il y avait notamment le cas des entreprises-zombie, terme qui d\u00e9signe les entreprise dont les revenus trop faibles ne permettent pas plus que de rembourser leurs cr\u00e9dits, et qui donc ne d\u00e9gagent pas de profit pour elles. Leur nombre est s\u00fbrement en forte augmentation en ce moment. Que deviendront ces entreprises lorsque la pand\u00e9mie reculera&nbsp;? Nous discuterons dans un autre \u00e9pisode la question d&rsquo;une instrumentalisation de la crise Covid contre la d\u00e9fense du statu quo et pour une modernisation radicale du capital. \u00c0 priori, les programmes massifs de sauvetage vont dans le sens du maintien du <em>statu quo <\/em>(autant que faire se peut). Toute la question est de savoir si les milliers de milliards de liquidit\u00e9s et de cr\u00e9dits mis dans la balance suffiront \u00e0 retarder les tendances restructuratrices que, dans le<em> M\u00e9nage \u00e0 trois de la lutte de classes<\/em>, nous avons regroup\u00e9es autour des axes suivants&nbsp;: num\u00e9risation\/automatisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, internalisation de la sous-traitance, formation de blocs r\u00e9gionaux ou continentaux (\u00e9conomiques et g\u00e9opolitiques), refonte de la protection sociale actuelle (revenu universel). Au sujet des milliers de milliards du QE, il faut savoir que seule une partie relativement faible des nouvelles liquidit\u00e9s cr\u00e9\u00e9es se traduit en monnaie et cr\u00e9dit suppl\u00e9mentaires dans l&rsquo;\u00e9conomie \u00ab&nbsp;r\u00e9elle&nbsp;\u00bb ou m\u00eame sp\u00e9culative. Une grande partie reste bloqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du syst\u00e8me bancaire. C&rsquo;est qu&rsquo;en conditions de crise, comme d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 en 2008, le march\u00e9 des pr\u00eats interbancaires se grippe&nbsp;: les banques ne se font pas confiance entre elles sur leur solvabilit\u00e9 respective, et accumulent d&rsquo;\u00e9normes r\u00e9serves dans leurs comptes aupr\u00e8s de la banque centrale. C&rsquo;est aussi que ces masses de r\u00e9serves sont destin\u00e9es \u00e0 soutenir le ratio de liquidit\u00e9 \u00e0 un mois dit LCR relevant de la r\u00e9glementation internationale B\u00e2le III. Pour une bonne part, donc, l&rsquo;argent cr\u00e9\u00e9 par la BCE ou la FED pour le <em>quantitative easing \u2026 y revient aussit\u00f4t.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame qu&rsquo;il y a des entreprises-zombie, il y a des emplois-zombie. Une \u00e9tude (<strong>5<\/strong>) sur le recours au ch\u00f4mage partiel lors de la crise de 2008 les d\u00e9finit comme les emplois qui seront de toute fa\u00e7on supprim\u00e9s apr\u00e8s la crise. C&rsquo;est en particulier le cas dans des secteurs consid\u00e9r\u00e9s comme archa\u00efques d\u00e8s avant la crise. Dans ceux-ci, l&rsquo;argent des programmes de ch\u00f4mage partiel est mal utilis\u00e9 selon cette \u00e9tude. En revanche, \u00ab&nbsp;les programmes de ch\u00f4mage partiel sont consid\u00e9r\u00e9 comme efficaces s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;adaptation structurelle de l&rsquo;\u00e9conomie, et si la demande de biens doit remonter rapidement&nbsp;\u00bb Les auteurs estiment que, sur cette base, les d\u00e9penses pour le Kurzarbeit en Allemagne \u00e9taient justifi\u00e9es, mais qu&rsquo;en Lituanie le ch\u00f4mage partiel \u00ab&nbsp;<em>entravait la n\u00e9cessaire restructuration de l&rsquo;\u00e9conomie. Celle-ci \u00e9tait soumise \u00e0 de nombreuses \u00e9volutions demandant une certaine r\u00e9-allocation du travail, ce qui devint \u00e9vident au moment de la crise<\/em>&nbsp;\u00bb. (op. cit., p. 13).<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s trois-quatre mois de crise Covid, les patrons annoncent partout qu&rsquo;une part au moins des emplois (-zombie ou pas) va \u00eatre \u00e9limin\u00e9es. Cela annonce une aggravation sensible de la conjoncture, mais ces d\u00e9graissages sont plus destin\u00e9s \u00e0 sauver les entreprises et le mod\u00e8le actuel qu&rsquo;\u00e0 restructurer le capital et \u00e0 r\u00e9-allouer le travail.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion provisoire<\/strong><br>La situation d&rsquo;avant la pand\u00e9mie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s critique pour de nombreuses petites entreprises (sous-traitants, commerces, etc.) et quelques grandes. Une part significative des premi\u00e8res va probablement dispara\u00eetre, malgr\u00e9 les programmes cens\u00e9s les aider. Les capitaux plus importants ont la possibilit\u00e9 de recourir massivement \u00e0 l&rsquo;endettement. Pour l&rsquo;instant, on est en pr\u00e9sence d&rsquo;une d\u00e9valorisation trop marginale pour avoir un impact significatif sur la configuration d&rsquo;ensemble du capital.<\/p>\n\n\n\n<p>La crise Covid a priv\u00e9 une part des entreprises de leurs travailleurs, et r\u00e9ciproquement. Un capital sans travailleurs coute tr\u00e8s cher mais les programmes de sauvetages font que la d\u00e9valorisation massive n\u00e9cessaire d\u00e8s avant la crise est momentan\u00e9ment et en grande partie report\u00e9e. Le prix \u00e0 payer pour \u00e9viter des faillites en cascade et des mouvements de protestation des salari\u00e9s est-il soutenable&nbsp;? Fallait-il d\u00e9penser tant d&rsquo;argent pour sauver une situation \u00e9conomique d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s malade avant la crise Covid&nbsp;? Il y a sans doute des capitalistes qui ne le pensent pas. Il faudra y revenir.<\/p>\n\n\n\n<p>(<em>\u00e0 suivre<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>B.A. \u2013 R.F.,<br>juillet 2020<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>1. Sheila Kaplan, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2020\/04\/18\/health\/cdc-coronavirus-lab-contamination-testing.html\">C.D.C. Labs Were Contamined, Delaying Coronavirus Testing, Officials Say\u00a0\u00bb<\/a>, site du \u00ab&nbsp;New York Times&nbsp;\u00bb, 18 avril 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Car les plans de licenciement annonc\u00e9s depuis le d\u00e9but de la crise (en France&nbsp;: Airbus, Renault, Sanofi, etc.) ne sont pas encore effectifs.<\/p>\n\n\n\n<p>3. Mais le <em>Paycheck Protection Program<\/em> (destin\u00e9 aux PME) comporte un aspect allant dans ce sens. Les pr\u00eats propos\u00e9s dans ce programme ne sont pas \u00e0 rembourser si l&rsquo;argent est d\u00e9pens\u00e9 dans les 8 semaines et \u00e0 75% pour payer le personnel. Ces conditions ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9es excessives par beaucoup de patrons de PME, notamment dans la restauration.<\/p>\n\n\n\n<p>4. Lorsque nous parlons de \u00ab&nbsp;salari\u00e9s&nbsp;\u00bb, nous supposons que nos d\u00e9veloppements sur le m\u00e9nage \u00e0 trois de la lutte des classes sont connus. Nous regroupons dans cette notion les fractions actives (du point de vue de l&#8217;emploi) du prol\u00e9tariat et de la classe moyenne salari\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>5. Commission Europ\u00e9enne, DG Emploi, Short-time working arrangements during the crisis and lessons to learn, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous entamons ici un journal de la crise qui a commenc\u00e9 au d\u00e9but de 2020 avec la pand\u00e9mie du Covid-19. C&rsquo;est un exercice p\u00e9rilleux en ce que nos analyses vont manquer de recul. L&rsquo;\u00e9criture de l&rsquo;histoire imm\u00e9diate n&rsquo;est parfois pas loin du simple commentaire d&rsquo;actualit\u00e9. Nous nous lan\u00e7ons quand m\u00eame. 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