{"id":42,"date":"2020-05-13T19:25:29","date_gmt":"2020-05-13T17:25:29","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/?p=42"},"modified":"2020-05-14T11:49:24","modified_gmt":"2020-05-14T09:49:24","slug":"classe-moyenne-salariee-et-crise-lignes-de-demarcation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/classe-moyenne-salariee-et-crise-lignes-de-demarcation\/","title":{"rendered":"Classe moyenne salari\u00e9e et crise\u00a0: lignes de d\u00e9marcation"},"content":{"rendered":"<p><strong>Classe moyenne salari\u00e9e et crise\u00a0: lignes de d\u00e9marcation<\/strong><br \/>\nR.F.<br \/>\n(f\u00e9vrier 2020)<\/p>\n<p>Le texte qui suit est une version modifi\u00e9e et rallong\u00e9e de <em>Classi medie e parole in libert\u00e0 <strong>(1)<\/strong><\/em> \u2013 une r\u00e9ponse \u00e0 la recension que Dino Erba <strong>(2)<\/strong> (dor\u00e9navant DE) a consacr\u00e9 au livre de Bruno Astarian et moi-m\u00eame,<em> Le m\u00e9nage \u00e0 trois de la lutte des classes<\/em>, sorti en France au milieu de d\u00e9cembre 2019 (Editions de l&rsquo;Asym\u00e9trie), et actuellement en cours de traduction en italien. Suite \u00e0 plusieurs sollicitations, il m&rsquo;a paru opportun de revenir sur le premier jet de ce texte-l\u00e0, d&rsquo;abord pour le rendre intelligible \u00e0 un lectorat plus ample, \u00e9tant donn\u00e9 que la recension de DE a circul\u00e9 uniquement parmi ses contacts personnels et n&rsquo;est pas, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, disponible sur internet. En deuxi\u00e8me lieu, le compte-rendu de <em>Le m\u00e9nage \u00e0 trois<\/em>&#8230; donn\u00e9 par DE a \u00e9t\u00e9 repris par Michele Castaldo (dor\u00e9navant MC), qui s&rsquo;en est saisi pour un texte ult\u00e9rieur, <em>Ceto medio e suo movimento in questa fase <strong>(3)<\/strong><\/em>, sur lequel il m&rsquo;a paru n\u00e9cessaire m&rsquo;\u00e9tendre un peu plus. <!--more--><br \/>\nPour r\u00e9sumer, la recension de DE aussi bien que le commentaire de MC se fondent sur un \u00ab\u00a0malentendu\u00a0\u00bb (pour ainsi dire) de fond, dont est responsable le premier et non le deuxi\u00e8me. Le vice originel de la recension de DE, est d&rsquo;avoir voulu critiquer un livre qu&rsquo;il n&rsquo;a visiblement pas lu. Pourquoi alors l&rsquo;attaquer\u00a0? Banalement, je crois que DE y a subodor\u00e9 une menace pour ses th\u00e8ses \u00e0 lui, exemplaires de ces (nombreux) \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb qui \u2013 pour reprendre une formule revenant \u00e0 plusieurs reprises dans<em> Le m\u00e9nage \u00e0 trois<\/em> \u2013 prennent les vessies de l&rsquo;interclassisme pour les lanternes de la r\u00e9volution communiste. Or l&rsquo;un des buts du livre \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment celui de mettre ces gens \u00e0 mal.<\/p>\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, et au-del\u00e0 de leurs d\u00e9saccords mutuels, au moins deux axes communs \u00e9mergent des consid\u00e9rations que DE et MC ont consacr\u00e9 \u00e0 Le m\u00e9nage \u00e0 trois&#8230;. On peut les r\u00e9sumer ainsi\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, on est face \u00e0 une caract\u00e9risation des classes moyennes qui, du point de vue de la position de classe et de la forme de revenu, met le signe \u00e9gal entre les anciennes et les nouvelles classes moyennes, c&rsquo;est-\u00e0-dire entre la petite bourgeoisie traditionnelle et la classe moyenne salari\u00e9e\u00a0;<\/li>\n<li>de l&rsquo;autre, on est face \u00e0 une compr\u00e9hension de la crise vou\u00e9e \u00e0 en faire un ph\u00e9nom\u00e8ne permanent\u00a0: dans le cas de DE, on a une th\u00e9orie de la d\u00e9cadence ou du d\u00e9clin du mode de production capitaliste\u00a0; avec MC, on est plus proche d&rsquo;une th\u00e9orie de l&rsquo;effondrement.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Je reviendrai plus loin sur ces deux points fondamentaux. Mais proc\u00e9dons dans l&rsquo;ordre. On m&rsquo;excusera si je me dispense de r\u00e9sumer les d\u00e9veloppements th\u00e9oriques sur la classe moyenne salari\u00e9e \u2013 sur la nature du revenu qui la caract\u00e9rise, notamment \u2013 et je me limite \u00e0 renvoyer aux premiers jets des chapitres initiaux de <em>Le m\u00e9nage \u00e0 trois&#8230;<strong>(4)<\/strong>.<\/em> Les lecteurs avertis s&rsquo;apercevront facilement que \u2013 contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tend DE \u2013 notre caract\u00e9risation de la classe moyenne ne peut pas \u00eatre ramen\u00e9e \u00e0 celle de la <em>Bernstein-Debatte,<\/em> ni \u00e0 celle de l&rsquo;aristocratie ouvri\u00e8re de L\u00e9nine. Au contraire, nous nous sommes inspir\u00e9s d&rsquo;une \u00e9tude assez m\u00e9connue du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, men\u00e9e par des sociologues marxistes fran\u00e7ais, qui abordent la question \u00e0 partir d&rsquo;une perspective diff\u00e9rente et d&rsquo;apr\u00e8s nous l\u00e9gitime, qui prend le contre-pied des approches traditionnelles (y compris Marx). Et nous nous en sommes jamais cach\u00e9s\u00a0; au contraire, nous en avons au cit\u00e9 plusieurs extraits. En tr\u00e8s r\u00e9sum\u00e9, nous arrivons \u00e0 la conclusion que la classe moyenne salari\u00e9e touche un salaire qui est compos\u00e9 de la valeur de sa force de travail, mesur\u00e9e normalement comme la valeur des marchandises n\u00e9cessaires \u00e0 sa reproduction, et d&rsquo;une prime justifi\u00e9e par son r\u00f4le d\u00a0\u00bbencadrement dans les proc\u00e8s de production et de reproduction. Pour cette raison, la hi\u00e9rarchie empirique des salaires ne correspond pas \u00e0 la hi\u00e9rarchie des valeurs des forces de travail. La classe moyenne salari\u00e9e touche un sursalaire les capitalistes prennent dans le <em>pool<\/em> social de la plus-value.<\/p>\n<p>Je voudrais aussi pr\u00e9ciser que dans notre livre, Bruno Astarian et moi distinguons deux phases, deux formes fondamentales, dans le cours de la lutte de classe\u00a0: la forme <em>quotidienne<\/em>, constitu\u00e9e de luttes imm\u00e9diates, revendicatives, qui sont parfois violentes et massives, voire \u00e9meuti\u00e8res, mais qui ne rompent pas avec une logique g\u00e9n\u00e9rale de n\u00e9gociation avec la partie adverse (m\u00eame si elles peuvent donner \u00e0 entendre le contraire)\u00a0; et la forme <em>insurrectionnelle<\/em>, dans laquelle le prol\u00e9tariat \u2013 et lui seul \u2013 rompt avec cette logique de n\u00e9gociation. Ce qu&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0interclassisme\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0mouvements interclassistes\u00a0\u00bb \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire les luttes qui impliquent une alliance entre des classes distinctes, dont nous n&rsquo;avons trait\u00e9 que la configuration qui nous a paru la plus actuelle (celles entre le prol\u00e9tariat et la classe moyenne salari\u00e9e) parmi les nombreuses variantes historiquement observ\u00e9es \u2013 n&rsquo;est possible qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la forme quotidienne de la lutte de classe, r\u00e9gie par une logique de n\u00e9gociation. Je souligne d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait pas pour nous de faire l&rsquo;apologie ou, au contraire, d&rsquo;\u00e9mettre une condamnation d&rsquo;un tel interclassisme\u00a0: nous nous sommes limit\u00e9s \u00e0 reconna\u00eetre qu&rsquo;il se produit, et nous nous sommes efforc\u00e9s de comprendre ses conditions de possibilit\u00e9, son effectivit\u00e9 et ses limites. Et cela en alternant deux registres\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>celui de l&rsquo;abstraction th\u00e9orique, par une analyse des positions de classe respectives du prol\u00e9tariat et de la classe moyenne salari\u00e9e, ainsi que des convergences et divergences d&rsquo;int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels qui en d\u00e9coulent\u00a0;<\/li>\n<li>celui de la recherche empirique, \u00e0 travers une s\u00e9rie de comptes rendus assez d\u00e9taill\u00e9s de certains des mouvements interclassistes, ou au contraire middle class only, qui ont marqu\u00e9 les 10-15 derni\u00e8res ann\u00e9es. En reconstruisant \u00e0 chaque fois le contexte socio-\u00e9conomique, les dynamiques et les r\u00e9alit\u00e9s sociales sous-jacentes, nous avons consacr\u00e9 47 pages \u00e0 la Tunisie, 73 \u00e0 l&rsquo;\u00c9gypte, 19 \u00e0 la France (Loi Travail 2016), 31 \u00e0 la \u00ab\u00a0commune\u00a0\u00bb de Oaxaca, 10 pages \u00e0 l&rsquo;Iran (2009), et 37 pages \u00e0 Isra\u00ebl (2011).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Au lieu de jeter au moins un coup d&rsquo;oeil \u00e0 cet ensemble d&rsquo;analyses non d\u00e9pourvues de donn\u00e9es, statistiques, etc. et d&rsquo;en formuler \u00e9ventuellement une critique argument\u00e9e, DE a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 discr\u00e9diter d&rsquo;avance notre travail comme un \u00ab\u00a0long exercice de style\u00a0\u00bb livr\u00e9 par des auteurs qui \u00ab\u00a0recyclent Bernstein, peut-\u00eatre sans le savoir\u00a0\u00bb. Pourtant, \u00e0 plusieurs reprises au cours de notre ouvrage, nous avons soulign\u00e9 comment, dans les phases insurrectionnelles de la lutte des classes, il y a forc\u00e9ment une logique de pur affrontement entre le prol\u00e9tariat et le capital, et comment, dans celle-ci, la classe moyenne salari\u00e9e se trouve n\u00e9cessairement du c\u00f4t\u00e9 du capital et contre le prol\u00e9tariat insurg\u00e9. En allant plus loin, nous avons aussi essay\u00e9 d&rsquo;anticiper les caract\u00e9ristiques sp\u00e9cifiques de la future insurrection prol\u00e9tarienne (49 pages en tout), et de la prochaine crise g\u00e9n\u00e9rale du mode de production capitaliste (32 pages), sans laquelle il ne peut y avoir ni tentative insurrectionnelle, ni <em>a fortiori<\/em> r\u00e9volution victorieuse.<\/p>\n<p>Comment peut-on voir dans tout cela une influence plus ou moins occulte de Bernstein, ceci restera un myst\u00e8re. En effet, contrairement aux disputes th\u00e9oriques du pass\u00e9, la probl\u00e9matique \u00e0 la base de <em>Le m\u00e9nage \u00e0 trois<\/em>&#8230;, ne porte pas sur l&rsquo;existence ou la non-existence d&rsquo;une classe moyenne au sein du travail salari\u00e9, ni sur la croissance quantitative r\u00e9elle ou pr\u00e9sum\u00e9e, mais sur le fait que cette classe se montre capable de lutter de fa\u00e7on autonome (comme l&rsquo;actualit\u00e9 me semble le d\u00e9montrer), et qu&rsquo;elle le fait en raison d&rsquo;int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels sp\u00e9cifiques. C&rsquo;est cette capacit\u00e9 qui la qualifie, selon Astarian et moi, comme classe \u00e0 part enti\u00e8re. Une classe qui ne lutte jamais en tant que telle n&rsquo;est pas une classe. Mais la classe moyenne salari\u00e9e lutte \u2013 alli\u00e9e ou non \u00e0 des fractions du prol\u00e9tariat \u2013 comme l&rsquo;a fait aussi la bourgeoisie montante ou la petite-bourgeoisie, dans d&rsquo;innombrables \u00e9pisodes historiques plus ou moins lointains et bien connus.<br \/>\nDe plus, si \u00ab\u00a0bernsteinisme\u00a0\u00bb il y a, il consiste plut\u00f4t dans le fait de consid\u00e9rer le d\u00e9veloppement de classes moyennes sp\u00e9cifiquement li\u00e9es au capitalisme mature comme incompatible avec la loi de la mis\u00e8re croissante. Comme on le sait, Bernstein, en constatant la croissance num\u00e9rique de ces classes, en tira la conclusion que la vision g\u00e9n\u00e9rale du cours du mode de production capitaliste esquiss\u00e9e par Marx \u00e9tait largement erron\u00e9e. La conclusion diam\u00e9tralement oppos\u00e9e de DE (et de bien d&rsquo;autres avant lui) est qu&rsquo;il ne peut y avoir de d\u00e9veloppement durable de la classe moyenne salari\u00e9e car cela serait en contradiction avec la loi de la mis\u00e8re croissante. En r\u00e9alit\u00e9, comme d&rsquo;autres l&rsquo;ont fait remarquer bien avant moi (voir la premi\u00e8re s\u00e9rie de la revue \u00ab\u00a0Invariance\u00a0\u00bb <em><strong>(5) <\/strong><\/em>), c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce postulat \u2013 inexistant chez Marx d&rsquo;ailleurs \u2013 qui est erron\u00e9. Et ce, pour au moins trois raisons\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>premi\u00e8rement, l&rsquo;augmentation tendancielle du taux d&rsquo;exploitation du prol\u00e9tariat permet d&rsquo;augmenter la masse de la plus-value, et donc d&rsquo;en consacrer une partie consid\u00e9rable \u00e0 de multiples usages improductifs, y compris la majoration des salaires de la classe moyenne salari\u00e9e au-dessus du la valeur de sa force de travail\u00a0;<\/li>\n<li>deuxi\u00e8mement, quand bien m\u00eame dans un pays donn\u00e9, voire \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale, la croissance num\u00e9rique de la classe moyenne salari\u00e9e s&rsquo;accompagnait d&rsquo;une diminution relative du prol\u00e9tariat, celui-ci continuerait \u00e0 s&rsquo;\u00e9largir en termes absolus, et ceci parce que l&rsquo;accumulation capitaliste, m\u00eame dans des conditions de fort ralentissement, demeure \u2013 soulignons-le \u2013 reproduction \u00e9largie, et donc la proportion quantitative entre prol\u00e9tariat et classe moyenne salari\u00e9e n&rsquo;est pas un syst\u00e8me de vases communicants qui se partagent une grandeur donn\u00e9e\u00a0;<\/li>\n<li>troisi\u00e8mement, les crises g\u00e9n\u00e9rales rejettent p\u00e9riodiquement <em>une partie<\/em> plus ou moins grande de la classe moyenne salari\u00e9e dans le prol\u00e9tariat.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Venons-en \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation de DE \u2013 ensuite approuv\u00e9e par MC \u2013 des classes moyennes\u00a0: ce que Bruno Astarian et moi appelons \u00ab\u00a0classe moyenne salari\u00e9e\u00a0\u00bb n&rsquo;est en fait pour lui qu&rsquo;un prolongement de la classe moyenne ind\u00e9pendante, et sa condition salari\u00e9e ne serait que formelle, de fa\u00e7ade. Il met donc dans le m\u00eame sac l&rsquo;ing\u00e9nieur, le notaire et l&rsquo;artisan, dont les revenus proviendraient tous d&rsquo;un cycle similaire \u00e0 celui de la petite production marchande (M-A-M). D&rsquo;o\u00f9, selon DE, le caract\u00e8re strictement improductif de ces figures. Observons d&rsquo;abord que ce point de vue confond le travail improductif et le travail qui cr\u00e9e de la valeur mais pas de la plus-value. Dans le cycle M-A-M, typique de la petite production marchande, les \u00e9changes entre marchandise et argent assurent, dans le premier moment (M-A), la r\u00e9alisation de la valeur des biens produits par leur vente, et l&rsquo;acquisition de nouvelles marchandises n\u00e9cessaires \u00e0 une nouvelle production dans le second (A-M). Or cette valeur ne peut \u00eatre d\u00e9termin\u00e9e par autre chose que la loi de la valeur, c&rsquo;est-\u00e0-dire par le temps de travail socialement n\u00e9cessaire pour produire ces marchandises<em><strong>(6)<\/strong><\/em>. Ce n&rsquo;est pas vraiment ce qui se produit dans le secteur improductif qui se d\u00e9veloppe en conditions capitalistes. Les portions de valeur qui y affluent sont en fait enti\u00e8rement soustraites au pool de la plus-value sociale, et les capitaux improductifs s&rsquo;en approprient par le m\u00e9canisme de la p\u00e9r\u00e9quation g\u00e9n\u00e9rale des taux de profit moyens (formation d&rsquo;un taux de profit g\u00e9n\u00e9ral) auquel ils participent. Dire profit n&rsquo;\u00e9tant pas la m\u00eame chose que dire plus-value, les capitaux improductifs peuvent empocher des profits sans produire ni valeur ni plus-value. S&rsquo;il est vrai que leur cycle n&rsquo;est pas \u00e0 proprement parler A-M-A&rsquo;, il est encore incorrect de dire qu&rsquo;il serait M-A-M. Contrairement \u00e0 la petite production marchande, le capital commercial (A&rsquo;-M-A) et le capital productif d&rsquo;int\u00e9r\u00eat (A-A&rsquo;) pr\u00e9supposent et prolongent le cycle A-M-A&rsquo;. Ceci dit, dans le monde empirique, le capital improductif \u00e9volue dans des conditions assez semblables \u00e0 celles du capital productif, sous la contrainte d&rsquo;investir en capital constant et variable pour pouvoir aspirer (au moins) au profit moyen des branches qu&rsquo;il constitue \u2013 profit moyen qui, dans des conditions de p\u00e9r\u00e9quation normale, ne peut pas \u00eatre trop diff\u00e9rent de celui des branches productives<strong><em>(7)<\/em><\/strong>. Qu&rsquo;on compare le classement des entreprises mondiales par chiffres d&rsquo;affaire <em>Fortune Global 500<\/em>, et on verra que nous ne sommes pas tr\u00e8s loin de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais de l&rsquo;assimilation de la classe moyenne salari\u00e9e \u00e0 une sous-cat\u00e9gorie de la classe moyenne non salari\u00e9e, d\u00e9coulent des probl\u00e8mes bien plus graves. Selon DE, les classes moyennes se caract\u00e9risent, sans distinctions, par le fait de vendre <em>non pas<\/em> la marchandise force de travail, mais une marchandise <em>tout court<\/em>. C&rsquo;est sans doute vrai pour les figures de type petit-bourgeois qui maintiennent la propri\u00e9t\u00e9 de leurs moyens de travail (laissons cependant de c\u00f4t\u00e9 le petit capital marchand, qui doit \u00eatre trait\u00e9 comme un cas particulier). Comme nous l&rsquo;avons dit, cela ne fait pas d&rsquo;eux des travailleurs improductifs \u00e0 proprement parler, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que le cycle dont ils rel\u00e8vent est M-A-M. Cela, du moins en principe. Car \u00e0 partir du moment o\u00f9 ils op\u00e8rent dans un contexte capitaliste, o\u00f9 les \u00e9ventuels concurrents dans la production des m\u00eames marchandises sont des producteurs priv\u00e9s o\u00f9 la figure du travailleur et celle du capitaliste sont bien distinctes, leurs activit\u00e9s participent n\u00e9cessairement \u00e0 la formation du taux de profit moyen au sein de leurs branches respectives, et \u00e0 la p\u00e9r\u00e9quation g\u00e9n\u00e9rale du taux de profit entre les diff\u00e9rentes branches. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment la raison pour laquelle ils sont condamn\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre\u00a0: ils ne peuvent pas r\u00e9sister \u00e0 la concurrence d&rsquo;entreprises plus grandes et plus performantes, donc ils n&rsquo;arrivent pas \u00e0 toucher le profit moyen de leur branche. Mais tant qu&rsquo;ils ne disparaissent pas, ils vivotent aux marges, empochant moins de valeur qu&rsquo;ils ne produisent, gonflant ainsi les poches des producteurs concurrents.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, en assimilant petite production marchande et travail improductif, la conception marxienne de la r\u00e9partition de la plus-value en sort compl\u00e8tement d\u00e9figur\u00e9e. Cela se confirme lorsque DE pr\u00e9sente l&rsquo;ing\u00e9nieur, le data analyst, le professeur, le moyen fonctionnaire, comme des commer\u00e7ants qui vendent une marchandise quelconque. En reprenant une certaine vulgate, DE affirme qu&rsquo;en effectuant des \u00e9tudes sup\u00e9rieures, ceux-ci auraient \u00ab\u00a0investi\u00a0\u00bb comme s&rsquo;ils \u00e9taient des petits capitalistes. On est l\u00e0 sur le terrain des plus plates \u00e9lucubrations de la sociologie gauchiste \u00e0 propos de \u00ab\u00a0capital culturel\u00a0\u00bb (Pierre Bourdieu) etc. Autant garder Bernstein\u00a0!<\/p>\n<p>Mais admettons pour un instant la l\u00e9gitimit\u00e9 de ce point de vue. Si ces gens vendaient une marchandise <em>qui n&rsquo;est pas<\/em> leur force de travail, cette marchandise devrait tout de m\u00eame avoir une valeur, d\u00e9termin\u00e9e par le temps de travail socialement n\u00e9cessaire pour la produire. Mais celui des \u00e9tudes sup\u00e9rieures, dans lequel ils ont \u00ab\u00a0investi\u00a0\u00bb, ne peut pas \u00eatre \u2013 dans le m\u00eame raisonnement de DE \u2013 un secteur productif de plus-value. Par cons\u00e9quent, la valeur de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur ne peut \u00eatre cristallis\u00e9e dans les biens et services que les cadres et autres professions interm\u00e9diaires du secteur public ou priv\u00e9 vendraient, pour la simple raison que les marchandises produites dans les branches improductives ne cristallisent pas de valeur ou, dit autrement, n&rsquo;alimentent pas le pool de la plus-value sociale. Ces branches vivent sous perfusion des branches productives, gr\u00e2ce au m\u00e9canisme de la formation du taux de profit g\u00e9n\u00e9ral. Les \u00e9lucubrations des DE nous ont donc entra\u00een\u00e9s dans un cercle vicieux. Si le r\u00f4le \u00e9conomique des cadres et autres professions interm\u00e9diaires \u00e9tait assimilable au cycle A-M-A, la vente suppos\u00e9e de la marchandise dont ils seraient possesseurs (et qui pour DE n&rsquo;est pas, rappelons-le, leur force de travail) devrait transf\u00e9rer la valeur qui y est cristallis\u00e9e, mais \u2013 comme nous l&rsquo;avons vu \u2013 cela ne peut pas fonctionner. Il faudrait en conclure que ces figures professionnelles sont en fait des rentiers, au sens o\u00f9 il seraient porteurs d&rsquo;une marchandise ayant un prix mais pas de valeur. Mais dans ce cas, \u00e0 plus forte raison, leurs revenus ne correspondraient pas au cycle M-A-M de la petite production marchande, tout simplement parce qu&rsquo;il s&rsquo;agirait de rentes.<\/p>\n<p>Essayons de sch\u00e9matiser cette curieuse conception en termes de reproduction globale, sur la base d&rsquo;un large d\u00e9veloppement des branches non productives de plus-value (telle qu&rsquo;il existe aujourd&rsquo;hui), et d&rsquo;un taux d&rsquo;exploitation moyen de 100% dans les branches productives (certainement sous-estim\u00e9 pour ce qui concerne les zones centrales d&rsquo;accumulation). En suivant DE, je d\u00e9place dans les branches improductives la fraction de la classe moyenne salari\u00e9e qui travaille dans les branches productives.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-large wp-image-43\" src=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.11.53-1024x519.png\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"266\" srcset=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.11.53-1024x519.png 1024w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.11.53-300x152.png 300w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.11.53-768x389.png 768w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.11.53-350x177.png 350w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.11.53.png 1216w\" sizes=\"(max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><\/p>\n<p>La case correspondante au capital constant (c) engag\u00e9 dans les branches productives de plus-value figure ici comme simple valeur des moyens de production, bien qu&rsquo;il s&rsquo;agisse bien s\u00fbr de plus-value accumul\u00e9e dans les cycles de production pr\u00e9c\u00e9dents. Pour ce qui concerne l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat, la case correspondant au profit est \u00e9videmment vide, car cette activit\u00e9 ne s&rsquo;inscrit pas dans le m\u00e9canisme de la p\u00e9r\u00e9quation g\u00e9n\u00e9rale, et ne permet donc pas de participer \u00e0 la r\u00e9partition des profits\u00a0; l&rsquo;\u00c9tat acc\u00e8de au pool de la plus-value sociale par d&rsquo;autres canaux, l&rsquo;imp\u00f4t<em><strong>(8)<\/strong><\/em> et le cr\u00e9dit.<br \/>\nOr, \u00e9tant donn\u00e9 que le seul processus de production qui produit de la plus-value est \u2013 tautologiquement \u2013 celui qui engage du capital constant (c) et du capital variable (v) dans les branches productives de plus-value, je voudrais attirer l&rsquo;attention sur deux points\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>d&rsquo;une part, comme les seuls \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb salaires \u2013 s&rsquo;identifiant \u00e0 la valeur de la force de travail en sens strict \u2013 seraient ceux qui correspondent au capital variable engag\u00e9 dans les branches productives, seulement ce dernier peut \u00eatre pris en consid\u00e9ration dans la d\u00e9termination du taux g\u00e9n\u00e9ral de la plus-value (p\/v) au niveau de la reproduction globale. Cela n&rsquo;est pas vraiment conforme \u00e0 la vision de Marx, d&rsquo;apr\u00e8s lequel les salaires de travailleurs improductifs comptent, eux-aussi, comme valeur de la force de travail \u2013 mais passons. Je me limite \u00e0 observer que le taux de la plus-value en vigueur dans les branches productives, au net de la p\u00e9r\u00e9quation avec les branches improductives, va \u00eatre remarquablement \u00e9lev\u00e9.<\/li>\n<li>D&rsquo;autre part, et pour la m\u00eame raison, s&rsquo;il est vrai que le taux de profit moyen des branches productives est consid\u00e9rablement diminu\u00e9 par le m\u00e9canisme de la p\u00e9r\u00e9quation g\u00e9n\u00e9rale, en empilant les unes sur les autres toutes les cases dans lesquelles figure la mention \u00ab\u00a0plus-value\u00a0\u00bb, on peut constater qu&rsquo;en fait ce taux de profit est, lui aussi, incroyablement \u00e9lev\u00e9<em><strong>(9)<\/strong><\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il faut donc en conclure que le sch\u00e9ma ci-dessus (et qui \u2013 je le rappelle \u2013 synth\u00e9tise une vision qui n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait la mienne) est en tout cas incompatible avec une quelconque th\u00e9orie de la crise permanente, qu&rsquo;elle soit une th\u00e9orie du d\u00e9clin (DE) ou de l&rsquo;effondrement (MC). Et cela pour la simple raison qu&rsquo;une baisse constante et durable du taux de profit dans les branches productives rendrait la reproduction du capital improductif et le fonctionnement de l&rsquo;\u00c9tat simplement insoutenables. Pour que l&rsquo;un et l&rsquo;autre puissent continuer \u00e0 se reproduire comme ils le font encore de toute \u00e9vidence, il faut en effet un taux de profit moyen assez \u00e9lev\u00e9. Certes, la fuite dans le capital fictif peut ici compenser un taux de profit moyen insuffisant. Mais \u2013 pour placer le raisonnement dans la plus br\u00fblante actualit\u00e9 \u2013 si, par exemple, la rentabilit\u00e9 du capital n&rsquo;avait connu aucune reprise \u00e0 partir de 2010, le secteur improductif et les budgets de l&rsquo;\u00c9tat auraient subi une compression beaucoup plus drastique que celle que nous avons connue. En effet, lorsqu&rsquo;il y a p\u00e9nurie de plus-value, le capital r\u00e9agit d&rsquo;abord en essayant d&rsquo;en ramasser l\u00e0 ou il peut, m\u00eame \u00e0 d\u00e9triment de d\u00e9penses improductives habituellement admises comme n\u00e9cessaires. Sous cet angle, et pour se limiter \u00e0 un seul exemple, l&rsquo;\u00e9volution qu&rsquo;on peut constater dans la publicit\u00e9 est particuli\u00e8rement parlante (voir tableau ci-dessous). Malgr\u00e9 une contraction entre 2007 et 2009, \u00e0 partir de l&rsquo;ann\u00e9e suivante les d\u00e9penses publicitaires mondiales ont repris \u00e0 la hausse, avec un taux de croissance d\u00e9cennal de 60%.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-large wp-image-44\" src=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.13.09-1024x750.png\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"385\" srcset=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.13.09-1024x750.png 1024w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.13.09-300x220.png 300w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.13.09-768x562.png 768w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.13.09-350x256.png 350w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.13.09.png 1030w\" sizes=\"(max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><\/p>\n<p>Du reste, ce n&rsquo;est pas pour rien que Marx lui-m\u00eame note, dans les <em>Th\u00e9orie de la plus-value<\/em>, que la crise permanente est un concept d\u00e9pourvu de sens<em><strong>(10)<\/strong><\/em>. La crise est un \u00e9v\u00e9nement <em>brutal et relativement court<\/em>, qu&rsquo;il faut distinguer des p\u00e9riodes plus ou moins longues o\u00f9 l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique est globalement peu dynamique, mais durant lesquelles les \u00ab\u00a0vicissitudes de l\u00a0\u00bbindustrie moderne \u00e0 travers son cycle p\u00e9riodique\u00a0\u00bb ne s&rsquo;arr\u00eatent pas.<\/p>\n<p>Comme d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 ailleurs<em><strong>(11)<\/strong><\/em>, l&rsquo;aspect peut-\u00eatre le plus consternant de certaines critiques qui nous sont adress\u00e9s, ce ne sont pas les d\u00e9saccords qu&rsquo;on peut avoir avec leurs auteurs, mais les d\u00e9saccords que ceux-ci ont avec eux-m\u00eame. Avec sa pseudo-th\u00e9orie de la crise permanente, coule aussi \u2013 pour ce qui en est de DE \u2013 son corollaire, \u00e0 savoir le pr\u00e9tendu retranchement de l&rsquo;accumulation capitaliste dans ses bases historiques, alors que le chaos r\u00e9gnerait partout \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, \u00e9largissant les enclaves r\u00e9gies par des rapports sociaux non capitalistes (post-capitalistes?). Au lieu de lancer des accusations de r\u00e9visionnisme social-d\u00e9mocrate, de progressisme et m\u00eame de racisme \u00e0 ceux qui ne sont pas d&rsquo;accord avec ses th\u00e8ses, il serait bon que DE commence \u00e0 mettre un peu d&rsquo;ordre dans ses id\u00e9es. N&rsquo;est-ce pas de l&rsquo;\u00ab\u00a0ethno-diff\u00e9rentialisme\u00a0\u00bb que de penser qu&rsquo;il y aurait d&rsquo;une part un Occident (rigoureusement avec un O majuscule) <em>par essence<\/em> appel\u00e9 \u00e0 \u00eatre le berceau de la formation du capital, et d&rsquo;autre part un \u00ab\u00a0reste du monde\u00a0\u00bb qui, toujours par essence, serait compl\u00e8tement \u00e9tranger et m\u00eame incompatible avec cette formation? L&rsquo;Irlande, d\u00e9sormais ancr\u00e9e dans l&rsquo;UE, \u00e9tait-elle d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0Occident\u00a0\u00bb au moment de la colonisation britannique\u00a0? Ou elle l&rsquo;est devenue par la suite ? Le Japon et la Cor\u00e9e du Sud sont-ils \u00ab\u00a0Occident\u00a0\u00bb ? S&rsquo;il \u00e9tait possible d&rsquo;abandonner ces disputes peu concluantes et impr\u00e9gn\u00e9es de r\u00e9tro-pens\u00e9es morales, on pourrait peut-\u00eatre parler de choses s\u00e9rieuses, et on red\u00e9couvrirait alors que le mode de production capitaliste ne surgit pas d&rsquo;une entit\u00e9 culturelle-m\u00e9taphysique (\u00ab\u00a0l&rsquo;Occident\u00a0\u00bb), mais des entrailles du mode de production f\u00e9odal, et seulement de celui-ci. Cependant, la localisation g\u00e9o-historique du mode de production f\u00e9odal ne concerne pas seulement l&rsquo;Europe, d&rsquo;o\u00f9 par exemple la trajectoire particuli\u00e8re du Japon. D&rsquo;autre part, le mode de production capitaliste a bien montr\u00e9 qu&rsquo;il peut se d\u00e9velopper de fa\u00e7on parfaitement conforme \u00e0 son concept m\u00eame en l&rsquo;absence de conditions f\u00e9odales pr\u00e9alables. Dans le Nouveau Continent comme ailleurs, le capital a montr\u00e9 qu&rsquo;il peut faire terre br\u00fbl\u00e9e de tout ou presque, si cela s&rsquo;av\u00e8re n\u00e9cessaire \u00e0 son enracinement. Pour ce qui concerne la p\u00e9n\u00e9tration de rapports capitalistes sur la base de modes de production de type asiatique, je ne pense pas que ceux-ci posent des obstacles insurmontables. La Chine contemporaine n&rsquo;est certainement pas exempte de graves d\u00e9s\u00e9quilibres, entre zones urbaines et rurales en particulier. Peut-on pour autant nier que la \u00ab\u00a0greffe\u00a0\u00bb capitaliste, au moins dans une partie du pays, a r\u00e9ussi ? Lorsque DE, comme il lui arrive souvent, fait appel \u00e0 l&rsquo;absence de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e <em>individuelle<\/em> de la terre comme facteur de r\u00e9sistance au d\u00e9veloppement des rapports sociaux capitalistes, il ne soup\u00e7onne \u00e9videmment pas que la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e collective, lorsqu&rsquo;elle est convertie en \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9 nationale \u00e0 rente nationale\u00a0\u00bb<em><strong>(12)<\/strong><\/em>, puisse favoriser un d\u00e9veloppement rapide de ces rapports, puisqu&rsquo;avec elle tombe l&rsquo;obstacle \u00e0 la rentabilit\u00e9 du capital que repr\u00e9sente le pouvoir politique et \u00e9conomique de la troisi\u00e8me classe en pr\u00e9sence dans la subsomption formelle\u00a0: celle des propri\u00e9taires fonciers qui, avec les propri\u00e9taires de la simple force de travail et les propri\u00e9taires du capital, forment \u00ab\u00a0les trois grandes classes de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste\u00a0\u00bb qui figurent \u00e0 la fin du Livre III du <em>Capital<\/em> (voyons voyons\u00a0: les troisi\u00e8mes classes existent, donc\u00a0!).<br \/>\nDans l&rsquo;une de ses derni\u00e8res interventions<em><strong>(13)<\/strong><\/em>, DE \u00e9crit ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis quelques ann\u00e9es, et \u00e0 un rythme montant, tous les coins de la plan\u00e8te sont secou\u00e9es par des tensions sociales qui prennent souvent un caract\u00e8re insurrectionnel, de basse ou de haute intensit\u00e9. De Hong Kong \u00e0 Quito, en passant par Paris, de Gaza \u00e0 la Papouasie&#8230; aux Ou\u00efghours&#8230; la liste est longue. Une escalade in\u00e9vitable, sur la vague du d\u00e9clin \u00e9conomique du mode de production capitaliste qui, depuis des d\u00e9cennies, d\u00e9sagr\u00e8ge les rapports sociaux et politiques, donnant du souffle aux antagonismes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nul besoin d&rsquo;\u00eatre un grand scientifique pour constater l&rsquo;augmentation des tensions sociales. Mais de l\u00e0 \u00e0 dire qu&rsquo;elles sont omnipr\u00e9sentes, voire qu&rsquo;elles prennent souvent un caract\u00e8re insurrectionnel, il y a un sacr\u00e9 foss\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, si l&rsquo;on laisse de c\u00f4t\u00e9 la France<em><strong>(14)<\/strong><\/em>, dont les turbulences plus ou moins r\u00e9centes n&rsquo;ont de toute fa\u00e7on pas pris de caract\u00e8re insurrectionnel, le tableau dessin\u00e9 par DE est en fait celui d&rsquo;une s\u00e9rie de <em>crises sociales p\u00e9riph\u00e9riques<\/em>, g\u00e9n\u00e9ralement de nature <em>interclassiste<\/em> et non insurrectionnelle, et qui sont telles <em>aussi<\/em> parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de \u00ab\u00a0d\u00e9clin\u00a0\u00bb du mode de production capitaliste. Bien s\u00fbr, quand on ne se sent pas oblig\u00e9 de fournir des d\u00e9finitions de quoi que ce soit, on peut conf\u00e9rer un caract\u00e8re insurrectionnel \u00e0 tout et \u00e0 son contraire, et crier \u00e0 la \u00ab\u00a0crise syst\u00e9mique\u00a0\u00bb au moindre pr\u00e9sage de r\u00e9cession. En d\u00e9finitive, ceux qui doivent rendre des comptes, ce ne sont pas ceux qui continuent \u00e0 nourrir la perspective d&rsquo;une r\u00e9volution qui, pour \u00eatre \u00ab\u00a0anticapitaliste\u00a0\u00bb, ne peut \u00e9clater d&rsquo;abord que l\u00e0 o\u00f9 il y a <em>trop<\/em> de capital, et non pas l\u00e0 o\u00f9 il y en a pas assez. C&rsquo;est aux autres de donner leurs explications.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Gare aux mots sans d\u00e9finition, c&rsquo;est l&rsquo;instrument favori des intrigants\u00a0\u00bb, disait Blanqui. Dans <em>Le M\u00e9nage \u00e0 trois<\/em>&#8230; Astarian et moi nous sommes au moins efforc\u00e9s de donner des d\u00e9finitions pr\u00e9cises et assez restrictives de tous les concepts propos\u00e9s, notamment celui d&rsquo;insurrection. Voici quelques exemples, et je m&rsquo;excuse pour la longue auto-citation\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Peut-e\u0302tre faut-il avant tout insister sur le fait que l\u2019insurrection dont nous parlons ici n\u2019est pas un putsch, mais un mouvement de masse engageant un grand nombre de prole\u0301taires. [\u2026] Avant l\u2019insurrection, il y a des gre\u0300ves a\u0300 re\u0301pe\u0301tition, de nombreuses manifestations et e\u0301meutes. Mais l\u2019insurrection marque une rupture par le fait que les prole\u0301taires sortent des lieux de travail et s\u2019emparent de certains moyens de production, voire les de\u0301truisent, pour lutter contre le capital et survivre imme\u0301diatement. [\u2026] En s\u2019attaquant aux moyens de production, l\u2019insurrection indique que l\u2019affrontement de classes se place au c\u0153ur du rapport social capitaliste: le monopole de la proprie\u0301te\u0301 capitaliste sur les conditions de la reproduction mate\u0301rielle des prole\u0301taires. C\u2019est la\u0300 une diffe\u0301rence avec l\u2019e\u0301meute, qui e\u0301clate ge\u0301ne\u0301ralement au niveau de la re\u0301alisation des marchandises de la branche II. Une telle diffe\u0301rence est significative, parce que la saisie \u2013 voire la destruction \u2013 de moyens de production (matie\u0300res premie\u0300res, machines, pie\u0300ces de\u0301tache\u0301es, ve\u0301hicules, etc.) exclut que la socialisation fondamentale des prole\u0301taires insurge\u0301s se maintienne comme rapport salarial. L\u2019insurrection engendre un rapport social interindividuel spe\u0301cifique, unique dans l\u2019histoire, entre les prole\u0301taires qui y participent, et c\u2019est ce qui fait son intensite\u0301 subjective. Il faut pre\u0301ciser que nous re\u0301servons le concept de rapport social au rapport des hommes entre eux qui englobe le rapport a\u0300 la nature exte\u0301rieure\u00a0\u00bb. (pp. 369-370)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Attaquer le capital dans l\u2019insurrection, ce n\u2019est pas ruiner les capitalistes en de\u0301truisant leurs proprie\u0301te\u0301s, fussent-elles des usines. C\u2019est surtout attaquer le rapport social capitaliste, c\u2019est-a\u0300-dire refuser de se soumettre a\u0300 l\u2019e\u0301change salarial et a\u0300 ses conditions, devenues manifestement intole\u0301rables. Les prole\u0301taires insurge\u0301s forment entre eux un rapport qui change la forme sociale des moyens de production par le fait me\u0302me qu\u2019ils doivent saisir des e\u0301le\u0301ments de capital pour assurer leur reproduction imme\u0301diate, mate\u0301rielle et sociale. Pluto\u0302t que de\u0301valorise\u0301, le capital saisi est alors de\u0301-valore\u0301. La position des moyens de travail comme valeur devant se valoriser \u2013 qui va de soi dans la reproduction normale de la socie\u0301te\u0301 capitaliste, me\u0302me en crise \u2013 est provisoirement suspendue pour eux. De la sorte, ils contestent au rapport social capitaliste le statut de rapport social fondamental. Par la\u0300, leur activite\u0301 comporte un potentiel de de\u0301passement communiste.\u00a0\u00bb (p. 390)<\/p>\n<p>Si tout cela est compris comme un \u00ab\u00a0exercice de style\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de forme et non de contenu, que faut-il r\u00e9pondre ? Il y a un point au-del\u00e0 duquel m\u00eame les meilleures intentions rationnelles se trouvent d\u00e9sarm\u00e9es. Je tiens tout de m\u00eame \u00e0 pr\u00e9ciser que les caract\u00e9ristiques que nous attribuons \u00e0 l&rsquo;insurrection ne peuvent pas \u00eatre r\u00e9duits \u00e0 une simple sp\u00e9culation. Cette remarque s&rsquo;adresse sp\u00e9cifiquement au discours de MC, qui critique \u00e0 juste titre \u00ab\u00a0la vieille illusion subjectiviste\u00a0\u00bb selon laquelle on pourrait conduire des classes sociales anti-r\u00e9volutionnaires sur un terrain r\u00e9volutionnaire gr\u00e2ce \u00e0 la bonne direction politique, et \u00e9voque \u00e0 ce sujet les \u00e9checs encaiss\u00e9s sur ce front par plusieurs big men du socialisme r\u00e9el, dans leurs rapports avec la paysannerie principalement. De fa\u00e7on incidente et un peu hors-contexte, MC mentionne dans le m\u00eame passage le soul\u00e8vement ouvrier de Berlin Est, qui mit \u00e0 mal le groupe dirigeant de la RDA. Venant de MC, le lapsus est int\u00e9ressant\u00a0: bien qu&rsquo;il tende \u00e0 refouler les quelques \u00e9pisodes historiques o\u00f9 des prol\u00e9taires ont effectivement rompu avec la logique de la n\u00e9gociation typique des luttes quotidiennes, le refoul\u00e9 revient \u00e0 la surface. Si MC a beau jeu d&rsquo;affirmer que le r\u00f4le r\u00e9volutionnaire du prol\u00e9tariat reste \u00e0 d\u00e9montrer, il ne peut pas faire comme si ces \u00e9pisodes historiques \u2013 quoique circonscrits dans le temps et dans l\u2019espace \u2013 ne comptent pour <em>rien<\/em> dans le bilan. Ni faire semblant que de tels \u00e9v\u00e9nements, qui jalonnent l&rsquo;histoire du mode de production capitaliste, n&rsquo;entretiennent aucun rapport les uns avec les autres, m\u00eame malgr\u00e9 toutes sortes de diff\u00e9rences et discontinuit\u00e9s. Et enfin, nonobstant le temps (parfois long) \u00e9coul\u00e9 entre-temps, il ne peut pas non plus pr\u00e9tendre que ces \u00e9v\u00e9nements n&rsquo;aient aucune signification vis-\u00e0-vis du pr\u00e9sent \u2013 sauf \u00e0 penser que le fonctionnement du mode de production capitaliste se soit \u00e0 tel point modifi\u00e9 qu&rsquo;il ne pourrait m\u00eame plus \u00eatre analys\u00e9 comme tel. En 2020, l&rsquo;offre culturelle de cet immonde monde \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb nous permet de conna\u00eetre dans le d\u00e9tail la vie sexuelle de Marx ou les probl\u00e8mes gastriques de L\u00e9nine&#8230; mais que savons-nous de ce que firent les ouvriers anonymes de Berlin Est et d&rsquo;ailleurs, pendant ces trois jours incandescents (15-18 juin 1953)\u00a0? Savons-nous que firent-ils \u2013 savons-nous <em>pr\u00e9cis\u00e9ment<\/em>, je veux dire, jour apr\u00e8s jour, voire heure apr\u00e8s heure \u2013 ceux qui s\u2019insurg\u00e8rent par milliers dans la Ruhr en mars 1920\u00a0? On pourrait multiplier les exemples, la r\u00e9ponse serait cependant la m\u00eame\u00a0: \u00e0 part quelques g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s, on en sait tr\u00e8s peu. Mais le peu qu&rsquo;on en sait nous sugg\u00e8re que les pratiques et les relations entre les participants, ainsi que la r\u00e9action de la partie adverse, ne sont pas celles qui caract\u00e9risent les luttes quotidiennes. Quand il faut envoyer des chars pour remettre les prol\u00e9taires \u00e0 leur place, il est \u00e9vident que quelque chose dans la pr\u00e9supposition r\u00e9ciproque des deux classes s&rsquo;est gripp\u00e9. Tout compte fait, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 beaucoup, trop en tout cas pour qu&rsquo;on le jette aux orties. Cependant, MC se ne s\u2019embarrasse pas de r\u00e9duire \u00e0 la va-vite le rapport entre prol\u00e9tariat et capital \u00e0 simple \u00ab\u00a0compl\u00e9mentarit\u00e9\u00a0\u00bb, et d&rsquo;affirmer que \u00ab\u00a0ceux qui cherchent le sujet de la r\u00e9volution dans telle ou telle autre classe ne font que faire marcher leur fantaisie\u00a0\u00bb. On dit que celui qui se satisfait de peu, est le plus riche de tous. Cependant, m\u00eame le mat\u00e9rialisme \u00e9troit de MC va se r\u00e9v\u00e9ler bien moins r\u00e9aliste (au sens philosophique et, si l&rsquo;on veut, noble du terme) que ce qu&rsquo;il pr\u00e9tend. D&rsquo;apr\u00e8s lui, \u00ab\u00a0le r\u00f4le r\u00e9volutionnaire revient \u00e0 <em>la crise<\/em> du mode de production, qui proc\u00e8de par \u00e0-coups jusqu&rsquo;au point de chute d\u00e9finitive\u00a0\u00bb. Je fais d&rsquo;abord remarquer que cette perspective est tout aussi hypoth\u00e9tique que celle (rejet\u00e9e par MC) qui attribue le r\u00f4le r\u00e9volutionnaire \u00e0 une classe particuli\u00e8re, \u00e9tant donn\u00e9 qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais vu \u2013 et \u00e0 mon avis on ne verra jamais \u2013 une crise aussi profonde qu&rsquo;elle parviendrait \u00e0 d\u00e9sagr\u00e9ger le rapport de classe dans son ensemble \u2013 une sorte de lock-out g\u00e9n\u00e9ral, mondial et simultan\u00e9. En tout cas, l&rsquo;impact des crises r\u00e9elles ne plaide pas en faveur d&rsquo;une tendance vers un \u00ab\u00a0point de chute d\u00e9finitive\u00a0\u00bb, qui pr\u00e9supposerait une \u00e9volution de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique sur le long terme qui n&rsquo;est pas corrobor\u00e9 par les fait (voir tableau ci-dessous).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-large wp-image-46\" src=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.18.43-1024x432.png\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"221\" srcset=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.18.43-1024x432.png 1024w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.18.43-300x127.png 300w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.18.43-768x324.png 768w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.18.43-350x148.png 350w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2020\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-05-13-a\u0300-19.18.43.png 1048w\" sizes=\"(max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><\/p>\n<p>Mais quand bien m\u00eame on admettait l&rsquo;issue envisag\u00e9e par MC comme possible, la dynamique y amenant ne pourrait pas \u00eatre interne au seul p\u00f4le capitaliste du rapport social. En derni\u00e8re instance, c&rsquo;est la r\u00e9sistance des travailleurs sur le terrain de la dur\u00e9e de la journ\u00e9e de travail et de l&rsquo;intensification du proc\u00e8s de travail en conditions techniques-productives stables (ne serait-ce que dans la forme du maintien d&rsquo;un certain rapport de force dans le temps), qui pousse les capitaux individuels \u00e0 r\u00e9volutionner ces m\u00eames conditions, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 augmenter les investissements en capital constant, donc \u00e0 augmenter la composition organique du capital qui d\u00e9termine la chute du taux de profit. Du reste, affirmer comme le fait MC, que <em>le sujet de l&rsquo;histoire<\/em> n&rsquo;est pas une classe sp\u00e9cifique, mais le rapport lui-m\u00eame, n&rsquo;exclut pas que le mouvement de ce dernier se donne \u00e0 travers l&rsquo;action de classes distinctes. Vice-versa, en saisir la contradiction motrice n&rsquo;\u00e9quivaut pas ipso facto \u00e0 poser la n\u00e9cessit\u00e9 de son d\u00e9nouement. Pour citer mon camarade d&rsquo;aventure Bruno Astarian, \u00ab\u00a0il ne suffit pas de montrer que le capitalisme est mu par une contradiction, fu\u0302t-elle mortelle. Il faut montrer ou\u0300 se situe, dans cette contradiction, la possibilite\u0301 de son de\u0301passement. Et il faut donner sens a\u0300 cette contradiction\u00a0\u00bb<em><strong>(15)<\/strong><\/em>. C&rsquo;est ici, je crois, que la distinction entre diff\u00e9rentes modalit\u00e9s de la lutte des classes, et que la compr\u00e9hension de l&rsquo;insurrection comme un blocage momentan\u00e9 de la m\u00e9canique du rapport entre les classes, r\u00e9v\u00e8lent toute son importance&#8230; Ou alors, en paraphrasant Macbeth, l&rsquo;histoire n&rsquo;est qu&rsquo;\u00ab\u00a0une fable racont\u00e9e par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien\u00a0\u00bb, et alors toute l&rsquo;aspiration du communisme moderne (d\u00e9j\u00e0 avant Marx) \u00e0 d\u00e9crypter le sens du devenir historique, en liant par-l\u00e0 m\u00eame ses d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs \u00e0 la classe prol\u00e9tarienne, ne serait qu&rsquo;un caprice de la pens\u00e9e. Combien de fois nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 entendue, cette ritournelle\u00a0? On peut voir les choses ainsi, mais alors il vaut mieux fermer la boutique et se trouver un <em>hobby<\/em>. Se consacrer \u00e0 la th\u00e9orie du d\u00e9passement du MPC n&rsquo;est pas une obligation.<\/p>\n<p>Toujours est-il que s&rsquo;il n&rsquo;y avait rien, vraiment rien, dans le rapport de classe capitaliste, \u00e0 sugg\u00e9rer la possibilit\u00e9 d&rsquo;un \u00ab\u00a0autrement\u00a0\u00bb radical, cette th\u00e9orie \u2013 y compris dans ses variantes a-classistes ou post-classistes contemporaines, dont MC n&rsquo;est qu&rsquo;un tenant parmi d&rsquo;autres \u2013 n&rsquo;existerait pas. Pourtant il y a bien quelque chose. Ce quelque chose est-il \u00ab\u00a0la crise\u00a0\u00bb\u00a0? Laissons pour instant de c\u00f4t\u00e9 le fait qu&rsquo;il y a crise et crise, et malgr\u00e9 la source commune, chacune pr\u00e9sente des caract\u00e9ristiques sp\u00e9cifiques. Laissons aussi de c\u00f4t\u00e9 le fait que m\u00eame dans la crise la plus dure, les pertes se r\u00e9partissent toujours de fa\u00e7on in\u00e9gale sur l&rsquo;ensemble des capitaux individuels, sauf \u00e0 croire qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas entre eux des rapports de force en fonction de la taille, des segments de march\u00e9 et de mille autres facteurs. La crise, entendue ici dans sa g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 abstraite, n&rsquo;est jamais rien d&rsquo;autre que la manifestation de la divergence entre les capacit\u00e9s de production d\u00e9velopp\u00e9es au sein du MPC, et la possibilit\u00e9 de les faire fonctionner profitablement comme valeur qui se valorise. Une fois qu&rsquo;on a dit \u00e7a, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on a dit\u00a0? Que le mode de production ne fait pas le bonheur de l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0? Soit. Que ce mode de production est par d\u00e9finition instable\u00a0? Tr\u00e8s bien. Qu&rsquo;il peut enlever du jour au lendemain toute source du subsistance \u00e0 des parts consid\u00e9rables de l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0? Certes. Et alors\u00a0? Je m&rsquo;excuse d&rsquo;insister\u00a0: poser la contradiction ne signifie pas la r\u00e9soudre d&rsquo;avance. M\u00eame dans le cas d&rsquo;une hyper-crise <em>absolue<\/em>, on ne peut pas s\u00e9rieusement envisager une suite sans conflits, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans tentatives locales de relance de la production et de l&rsquo;\u00e9change de marchandises \u2013 f\u00fbt-ce par les moyens du bord, ou dans des formes aberrantes \u2013 et sans tentatives d&rsquo;y r\u00e9sister ou de les entraver. Pour ne pas parler de la variable inconnue, constitu\u00e9e par les forme impures de transition au capitalisme, encore massives dans les campagnes de la moiti\u00e9 du globe<em><strong>(16)<\/strong><\/em> (qu&rsquo;on pense au m\u00e9tayage en Inde), et dont il est impossible de pr\u00e9voir la r\u00e9action face \u00e0 la d\u00e9faisance \u00e9ventuelle du contexte capitaliste environnant. Dans cette optique, le mat\u00e9riel historique gore ne manque pas si l&rsquo;on veut faire travailler l&rsquo;imagination.<\/p>\n<p>La morale de la fable est que la th\u00e9orie des crises, toute essentielle qu&rsquo;elle soit pour la th\u00e9orie communiste, n&rsquo;est pas un passe-partout. Il y a une porte en particulier qu&rsquo;elle ne peut pas ouvrir, et c&rsquo;est celle du passage \u00e0 une autre forme de production et reproduction de la vie mat\u00e9rielle. Ici comme ailleurs, minimiser le r\u00f4le de la lutte de classe revient \u00e0 s&rsquo;en remettre \u00e0 la bonne volont\u00e9 d&rsquo;individus g\u00e9n\u00e9riques, d\u00e9pourvus d&rsquo;attributs sociaux. \u00ab\u00a0Efforcez-vous d&rsquo;entrer par la porte \u00e9troite, car, je vous le d\u00e9clare, beaucoup chercheront \u00e0 entrer et n&rsquo;y parviendront pas\u00a0\u00bb (<em>Luc<\/em>, 13, 23-24), aussi bien que d&rsquo;autres chercheront de la fermer par tous les moyens.<\/p>\n<p>R.F., f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<p><em><strong>NOTES<\/strong><\/em><\/p>\n<p>(1) : Disponible ici: <a href=\"http:\/\/illatocattivo.blogspot.com\/2020\/01\/classi-medie-e-parole-in-liberta.html.\">http:\/\/illatocattivo.blogspot.com\/2020\/01\/classi-medie-e-parole-in-liberta.html.<\/a><\/p>\n<p>(2) : Dino Erba, <em>I \u00abnuovi marxisti\u00bb alla (ri)scoperta delle \u00abnuove\u00bb classi medie<\/em>, 27 d\u00e9cembre 2019.<\/p>\n<p>(3) : Disponible ici: <a href=\"http:\/\/www.michelecastaldo.org\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=203:ceto-medio-e-suo-movimento-in-questa-fase&amp;catid=40:articoli&amp;Itemid=29.\">http:\/\/www.michelecastaldo.org\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=203:ceto-medio-e-suo-movimento-in-questa-fase&amp;catid=40:articoli&amp;Itemid=29.<\/a><\/p>\n<p>(4) : Les deux textes sont disponibles ici\u00a0:<a href=\"http:\/\/www.hicsalta-communisation.com\/accueil\/menage-a-trois-episode-1\"> http:\/\/www.hicsalta-communisation.com\/accueil\/menage-a-trois-episode-1<\/a> et ici\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.hicsalta-communisation.com\/accueil\/menage-a-trois-episode-2\">http:\/\/www.hicsalta-communisation.com\/accueil\/menage-a-trois-episode-2<\/a>.<\/p>\n<p>(5) : Voir<em> Capital et Gemeinwesen<\/em>, \u00a7 \u00ab\u00a0Travail productif et improductif\u00a0\u00bb. Disponible ici\u00a0: <a href=\"https:\/\/revueinvariance.pagesperso-orange.fr\/travail.html\">https:\/\/revueinvariance.pagesperso-orange.fr\/travail.html<\/a><\/p>\n<p>(6) : Plut\u00f4t que de loi de la valeur, il faudrait parler \u2013 d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce niveau \u2013 de loi des prix de production. Dans la petite production marchande, tout comme dans la production capitaliste proprement dite, la relation qui s&rsquo;\u00e9tablit entre les producteurs priv\u00e9s, et qui d\u00e9termine la quantit\u00e9 de travail social moyen n\u00e9cessaire \u00e0 produire tel ou tel marchandise, n&rsquo;est pas le simple enregistrement des multiples productivit\u00e9s in\u00e9gales afin d&rsquo;en tirer la moyenne. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une moyenne disciplinante, dans la mesure o\u00f9 elle r\u00e9troagit sur les producteurs priv\u00e9s en les obligeant \u00e0 d\u00e9velopper leurs productivit\u00e9s respectives. Ce m\u00e9canisme est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;oeuvre dans des contextes pr\u00e9-capitalistes assez archa\u00efques, bien que le rythme du d\u00e9veloppement de la productivit\u00e9 du travail puisse para\u00eetre lent, voire imperceptible.<\/p>\n<p>(7) : Cf., \u00e0 titre d&rsquo;exemple, les consid\u00e9rations de Marx sur le profit commercial\u00a0: \u00ab\u00a0Si le capital marchand rapportait en pourcentages un profit moyen plus e\u0301leve\u0301 que le capital industriel, une partie de celui-ci se transformerait alors en capital marchand. Si, au contraire, il rapportait un profit moyen infe\u0301rieur, le processus inverse se produirait\u00a0: une partie du capital marchand se transformerait en capital industriel\u00a0\u00bb. (Marx,<em> Le Capital<\/em>, Livre III, Ed. Sociales 1976, p. 272). \u00c0 propos du b\u00e9n\u00e9fice du capitaliste mon\u00e9taire, il faut pr\u00e9ciser que celui-ci ne participe pas \u00e0 la p\u00e9r\u00e9quation g\u00e9n\u00e9rale en tant que fraction particuli\u00e8re du capital improductif, mais la traverse pour ainsi dire \u00e0 l&rsquo;horizontale, sans distinction entre capital productif et improductif\u00a0: \u00ab\u00a0Le profit de tout capital, me\u0302me le profit moyen reposant sur l&rsquo;e\u0301galisation des capitaux entre eux, se divise ou pluto\u0302t est partage\u0301 en deux parties, qualitativement diff\u00e9rentes, inde\u0301pendantes l&rsquo;une de l&rsquo;autre, en inte\u0301re\u0302t et profit d&rsquo;entreprise, tous deux de\u0301termine\u0301s par des lois particulie\u0300res\u00a0\u00bb. (Marx, op. cit., p. 349). Dans le sch\u00e9ma qu&rsquo;on trouve plus loin dans ce texte, je fais abstraction de cela.<\/p>\n<p>(8) : Pour ce qui concerne l&rsquo;imp\u00f4t direct et indirect qui p\u00e8sent sur les revenus du travail, il faut tenir compte que la classe capitaliste est oblig\u00e9e d&rsquo;inclure ces sommes dans les salaires pour le pr\u00e9l\u00e8vement de la part de l&rsquo;\u00c9tat soit possible. Cela advient avec plus ou moins de facilit\u00e9 selon la conjoncture \u00e9conomique.<\/p>\n<p>(9) : Marx lui-m\u00eame souligne cet effet de la p\u00e9r\u00e9quation\u00a0: \u00ab\u00a0Le taux moyen de profit du capitaliste, exploitant direct (c&rsquo;est-\u00e0-dire le capitaliste productif de plus-value, nda), fait donc parai\u0302tre le taux de profit plus faible qu&rsquo;il n&rsquo;est en re\u0301alite\u0301\u00a0\u00bb. (Marx, op. cit., p. 277).<\/p>\n<p>(10) : \u00ab\u00a0Lorsque Smith explique la baisse du taux de profit par la <em>superabundance of capital<\/em>, accumulation of capital, il veut parler d&rsquo;un effet permanent, ce qui est faux. Par contre, <em>superabundance of capital<\/em> transitoire, surproduction, crise, c&rsquo;est quelque chose de tout a\u0300 fait diffe\u0301rent. Des crises permanentes, c\u0327a n&rsquo;existe pas\u00a0\u00bb. (Marx, The\u0301ories sur la plus-value, \u00c9d. Sociales 1976, p. 592).<\/p>\n<p>(11) : Il Lato Cattivo, <em>Della difficolt\u00e0 ad intendersi. Risposta a Dino Erba,<\/em> gennaio 2017. Disponible ici\u00a0: https:\/\/illatocattivo.blogspot.com\/2017\/01\/della-difficolta-ad-intendersi.html.<\/p>\n<p>(12) : Amadeo Bordiga, Miserable esclavage du lopin de terre, 1954. Disponible ici: <a href=\"http:\/\/www.sinistra.net\/lib\/bas\/progra\/vaku\/vakufdedif.html\">http:\/\/www.sinistra.net\/lib\/bas\/progra\/vaku\/vakufdedif.html<\/a>.<\/p>\n<p>(13): Dino Erba, Curdi, Italia e sovversione sociale, 15 octobre 2019.<\/p>\n<p>(14) : En passant, je me permets de remarquer que MC qualifie un peu rapidement les Gilets Jaunes comme un mouvement de classes moyennes, et les compare au Mouvement 5 \u00c9toiles. En r\u00e9alit\u00e9, la participation prol\u00e9tarienne au mouvement des Gilets Jaunes \u00e0 \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rable, m\u00eame si elle ne lui enl\u00e8ve pas le caract\u00e8re interclassiste.<\/p>\n<p>(15) : Bruno Astarian, Solitude de la th\u00e9orie communiste, ao\u00fbt 2016. Disponible ici\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.hicsalta-communisation.com\/textes\/solitude-de-la-theorie-communiste\">http:\/\/www.hicsalta-communisation.com\/textes\/solitude-de-la-theorie-communiste<\/a> .<\/p>\n<p>(16) : \u00c0 cet \u00e9gard, la th\u00e9orie de la rente de Marx et son ex\u00e9g\u00e8se de la part de Bordiga sont encore tr\u00e8s actuelles, notamment au sujet de la propension du capital \u00e0 s&rsquo;investir de fa\u00e7on plus intense dans les branches non agricoles par rapport aux branches agricoles, d&rsquo;o\u00f9 la lenteur du d\u00e9veloppement de la productivit\u00e9 dans ces derni\u00e8res.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Classe moyenne salari\u00e9e et crise\u00a0: lignes de d\u00e9marcation R.F. (f\u00e9vrier 2020) Le texte qui suit est une version modifi\u00e9e et rallong\u00e9e de Classi medie e parole in libert\u00e0 (1) \u2013 une r\u00e9ponse \u00e0 la recension que Dino Erba (2) (dor\u00e9navant DE) a consacr\u00e9 au livre de Bruno Astarian et moi-m\u00eame, Le m\u00e9nage \u00e0 trois de &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/classe-moyenne-salariee-et-crise-lignes-de-demarcation\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Classe moyenne salari\u00e9e et crise\u00a0: lignes de d\u00e9marcation&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":48,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[17],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=42"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":52,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42\/revisions\/52"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-json\/wp\/v2\/media\/48"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=42"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=42"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=42"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}