{"id":167,"date":"2022-05-12T09:42:38","date_gmt":"2022-05-12T07:42:38","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/?p=167"},"modified":"2022-05-12T09:42:40","modified_gmt":"2022-05-12T07:42:40","slug":"a-lire-sur-le-site-hemisphere-gauche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/menage-a-trois\/a-lire-sur-le-site-hemisphere-gauche\/","title":{"rendered":"A lire sur le site h\u00e9misph\u00e8re gauche"},"content":{"rendered":"\n<h2><strong>Lecture \u2013 <\/strong><strong><em>Le m\u00e9nage \u00e0 trois de la lutte des classes, classe moyenne salari\u00e9e, prol\u00e9tariat et capital,<\/em><\/strong><strong> de Bruno Astarian et Robert Ferro<sup>1<\/sup><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La lutte des classes est-elle obsol\u00e8te ? Jusqu\u2019au mouvement des Gilets jaunes plus grand monde ne la mobilisait explicitement. Pourtant, en 2013, une enqu\u00eate de l\u2019Ifop<sup>2<\/sup> montrait que 64 % des personnes interrog\u00e9es estimaient qu\u2019elle \u00e9tait une r\u00e9alit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise : 20 points de plus que par rapport \u00e0 1967. R\u00e9cemment, dans <em>Les luttes de classes en France au XXI\u00e8me si\u00e8cle<\/em> Emmanuel Todd<sup>3<\/sup> a d\u00e9fendu la th\u00e8se selon laquelle la lutte des classes permet de comprendre la tendance lourde de notre \u00e9poque : \u00ab&nbsp;<em>Par ailleurs, il appara\u00eet clairement que nous sommes \u00e0 la fin d\u2019un cycle ouvert en 1968. Ce cycle de cinquante ans fut admirable. Parmis ses acquis, d\u00e9finitifs, l\u2019\u00e9mancipation des femmes et de l\u2019homosexualit\u00e9. Mais il est clair que le nouveau cycle qui s\u2019ouvre sera domin\u00e9 par des probl\u00e8mes \u00e9conomiques et, donc, l\u2019affrontement des classes. Dans un tel contexte, la r\u00e9f\u00e9rence et un retour partiel \u00e0 une repr\u00e9sentation marxiste s\u2019imposent<\/em>.<sup>4<\/sup> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Bruno Astarian et Robert Ferro sont eux aussi convaincus que les classes sociales et leurs luttes structurent \u2013 et dynamisent \u2013 encore les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. N\u00e9anmoins, ils estiment que la polarisation manich\u00e9enne entre le prol\u00e9tariat et la bourgeoisie a fait son temps. Ils constatent que le d\u00e9veloppement de la classe moyenne salari\u00e9e a \u00e9t\u00e9 trop longtemps un impens\u00e9 des th\u00e9ories marxistes. L\u2019objectif du livre consiste donc \u00e0 repenser la lutte des classes en y int\u00e9grant la classe moyenne salari\u00e9e comme un acteur \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs assument de concevoir les dynamiques sociales \u00e0 partir des int\u00e9r\u00eats des classes. Ils pensent la conflictualit\u00e9 sociale comme la r\u00e9sultante de la confrontation rationnelle d\u2019entit\u00e9s collectives coh\u00e9rentes et conscientes d\u2019elles-m\u00eames. Ici, les groupes humains sont d\u00e9finis en fonction d\u2019une th\u00e9orie de la valeur \u00e9conomique et luttent en fonction de leurs int\u00e9r\u00eats conjoncturels pour le maintien de leur condition. Il y a quelques ann\u00e9es tout cela aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9mod\u00e9<em>. <\/em>Et puis les Gilets jaunes sont pass\u00e9s par l\u00e0 et les lectures de classes se sont multipli\u00e9es (peut-\u00eatre un peu trop vite d\u2019ailleurs).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse d\u2019Astarian et Ferro pr\u00e9sente le m\u00e9rite de nous extirper de la doxa id\u00e9aliste contemporaine. Nulle place ici pour les \u00e9loges de la complexit\u00e9 de l\u2019individu contemporain perdu dans les m\u00e9andres de soi-m\u00eame ou des th\u00e9ories justifiant les qu\u00eates identitaires de la postmodernit\u00e9. De la place Tahrir \u00e0 Nuit Debout en passant par \u00ab <em>la r\u00e9volte des tentes\u00a0\u00bb <\/em>en Isra\u00ebl, beaucoup des grandes luttes sociales contemporaines sont pass\u00e9es au tami d\u2019une grille de lecture interclassiste des dynamiques sociales. La rupture avec le lib\u00e9ralisme est consomm\u00e9e. L\u2019alliance entre les classes s\u2019envisage. L\u2019interclassisme se th\u00e9orise. Malgr\u00e9 une dialectique des rapports sociaux s\u00fbrement trop m\u00e9caniste, une d\u00e9finition strictement \u00e9conomiste des rapports entre les groupes sociaux, et un penchant pour l\u2019insurrection sans d\u00e9bouch\u00e9s politiques tangibles, Astarian et Ferro proposent une th\u00e9orie des classes sociales, cons\u00e9quente et actualis\u00e9e. Rien que pour \u00e7a, l\u2019ouvrage vaut le d\u00e9tour. L\u2019approche comparative des conflits sociaux, issue d\u2019une ambition intellectuelle internationaliste, est \u00e9galement un point fort de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p>La suite <a href=\"http:\/\/Lecture \u2013 Le m\u00e9nage \u00e0 trois de la lutte des classes, classe moyenne salari\u00e9e, prol\u00e9tariat et capital, de Bruno Astarian et Robert Ferro1  La lutte des classes est-elle obsol\u00e8te ? Jusqu\u2019au mouvement des Gilets jaunes plus grand monde ne la mobilisait explicitement. Pourtant, en 2013, une enqu\u00eate de l\u2019Ifop2 montrait que 64 % des personnes interrog\u00e9es estimaient qu\u2019elle \u00e9tait une r\u00e9alit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise : 20 points de plus que par rapport \u00e0 1967. R\u00e9cemment, dans Les luttes de classes en France au XXI\u00e8me si\u00e8cle Emmanuel Todd3 a d\u00e9fendu la th\u00e8se selon laquelle la lutte des classes permet de comprendre la tendance lourde de notre \u00e9poque : \u00ab Par ailleurs, il appara\u00eet clairement que nous sommes \u00e0 la fin d\u2019un cycle ouvert en 1968. Ce cycle de cinquante ans fut admirable. Parmis ses acquis, d\u00e9finitifs, l\u2019\u00e9mancipation des femmes et de l\u2019homosexualit\u00e9. Mais il est clair que le nouveau cycle qui s\u2019ouvre sera domin\u00e9 par des probl\u00e8mes \u00e9conomiques et, donc, l\u2019affrontement des classes. Dans un tel contexte, la r\u00e9f\u00e9rence et un retour partiel \u00e0 une repr\u00e9sentation marxiste s\u2019imposent.4 \u00bb  Bruno Astarian et Robert Ferro sont eux aussi convaincus que les classes sociales et leurs luttes structurent \u2013 et dynamisent \u2013 encore les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. N\u00e9anmoins, ils estiment que la polarisation manich\u00e9enne entre le prol\u00e9tariat et la bourgeoisie a fait son temps. Ils constatent que le d\u00e9veloppement de la classe moyenne salari\u00e9e a \u00e9t\u00e9 trop longtemps un impens\u00e9 des th\u00e9ories marxistes. L\u2019objectif du livre consiste donc \u00e0 repenser la lutte des classes en y int\u00e9grant la classe moyenne salari\u00e9e comme un acteur \u00e0 part enti\u00e8re.  Les auteurs assument de concevoir les dynamiques sociales \u00e0 partir des int\u00e9r\u00eats des classes. Ils pensent la conflictualit\u00e9 sociale comme la r\u00e9sultante de la confrontation rationnelle d\u2019entit\u00e9s collectives coh\u00e9rentes et conscientes d\u2019elles-m\u00eames. Ici, les groupes humains sont d\u00e9finis en fonction d\u2019une th\u00e9orie de la valeur \u00e9conomique et luttent en fonction de leurs int\u00e9r\u00eats conjoncturels pour le maintien de leur condition. Il y a quelques ann\u00e9es tout cela aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9mod\u00e9. Et puis les Gilets jaunes sont pass\u00e9s par l\u00e0 et les lectures de classes se sont multipli\u00e9es (peut-\u00eatre un peu trop vite d\u2019ailleurs).  L\u2019analyse d\u2019Astarian et Ferro pr\u00e9sente le m\u00e9rite de nous extirper de la doxa id\u00e9aliste contemporaine. Nulle place ici pour les \u00e9loges de la complexit\u00e9 de l\u2019individu contemporain perdu dans les m\u00e9andres de soi-m\u00eame ou des th\u00e9ories justifiant les qu\u00eates identitaires de la postmodernit\u00e9. De la place Tahrir \u00e0 Nuit Debout en passant par \u00ab la r\u00e9volte des tentes \u00bb en Isra\u00ebl, beaucoup des grandes luttes sociales contemporaines sont pass\u00e9es au tami d\u2019une grille de lecture interclassiste des dynamiques sociales. La rupture avec le lib\u00e9ralisme est consomm\u00e9e. L\u2019alliance entre les classes s\u2019envisage. L\u2019interclassisme se th\u00e9orise. Malgr\u00e9 une dialectique des rapports sociaux s\u00fbrement trop m\u00e9caniste, une d\u00e9finition strictement \u00e9conomiste des rapports entre les groupes sociaux, et un penchant pour l\u2019insurrection sans d\u00e9bouch\u00e9s politiques tangibles, Astarian et Ferro proposent une th\u00e9orie des classes sociales, cons\u00e9quente et actualis\u00e9e. Rien que pour \u00e7a, l\u2019ouvrage vaut le d\u00e9tour. 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