{"id":25,"date":"2023-08-19T14:25:31","date_gmt":"2023-08-19T12:25:31","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/illatocattivo\/?p=25"},"modified":"2023-08-19T19:01:21","modified_gmt":"2023-08-19T17:01:21","slug":"il-lato-cattivo-editorial-du-n-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/illatocattivo\/2023\/08\/19\/il-lato-cattivo-editorial-du-n-2\/","title":{"rendered":"\u00abIl Lato Cattivo\u00bb, \u00e9ditorial du n.2,"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00abIl Lato Cattivo\u00bb, \u00e9ditorial du n.2,<br>(Juin 2016, pp. 3-5)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 quatre ans de notre premi\u00e8re sortie papier, nous parvenons enfin \u00e0 publier un deuxi\u00e8me num\u00e9ro de \u00abIl Lato Cattivo\u00bb. Relativement au chaudron de suggestions qu\u2019\u00e9tait le premier num\u00e9ro, certaines \u00abpistes\u00bb ont \u00e9t\u00e9 suivies tandis que d\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es ou laiss\u00e9es en suspens: nous laissons au lecteur la t\u00e2che de les distinguer. Mais un si long silence m\u00e9rite du moins quelques explications. Compte tenu de l&rsquo;intense activit\u00e9 de publication et diffusion \u00e0 laquelle nous nous sommes livr\u00e9s \u2013 surtout sur internet, de nos propres textes comme de textes d\u2019autrui, \u00e0 propos des questions les plus diverses \u2013 et de quelques rencontres publiques qui ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es, ce silence fut loin d\u2019\u00eatre absolu ou inactif. Cependant, il est vrai que le projet initial comportait une cadence semestrielle ou du moins annuelle pour la revue \u2013 et il en fut rien. La routine et les difficult\u00e9s quotidiennes n&rsquo;expliquent pas tout.  <br>Disons en premier lieu que la p\u00e9riode imm\u00e9diatement cons\u00e9cutive \u00e0 la crise de 2008 avait suscit\u00e9, chez nous comme chez tant d&rsquo;autres, des attentes qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es \u00eatre en grande partie le produit d&rsquo;un quiproquo. Si les \u00e9meutes des banlieues fran\u00e7aises de 2005, le crash de 2008 et le mouvement grec la m\u00eame ann\u00e9e (pour ne s\u2019en tenir qu\u2019aux \u00e9v\u00e9nements les plus frappants) pouvaient faire penser non seulement \u00e0 un approfondissement soudain de l&rsquo;antagonisme entre prol\u00e9tariat et classe capitaliste, mais surtout \u00e0 une simplification de cet antagonisme \u2013 on peut se repr\u00e9senter la chose \u00e0 la fa\u00e7on des n\u0153uds qui rencontrent la brosse \u00e0 cheveux \u2013, la suite des \u00e9v\u00e9nements ne s&rsquo;est pas d\u00e9roul\u00e9e ainsi. Au moment de la sortie du premier num\u00e9ro, l&rsquo;\u00abennui\u00bb \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 visible, mais pas encore aussi explicite ; aujourd&rsquo;hui il a pris de proportions \u00e9l\u00e9phantesques et il serait absurde de faire comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait. La s\u00e9rie entam\u00e9e en 2009 avec la vague verte iranienne a \u00e9t\u00e9 effectivement tr\u00e8s dense: Occupy, Indignados, Qu\u00e9bec, Printemps Arabes, Turquie, Br\u00e9sil, Bosnie, jusqu&rsquo;\u00e0 la plus r\u00e9cente <em>Umbrellas&rsquo; Revolution<\/em> de Hong Kong; et de mani\u00e8re collat\u00e9rale: EuroMaidan et l&rsquo;\u00e9clatement de la guerre en Ukraine, les quatre millions de fran\u00e7ais descendus dans les rues pour la manifestation <em>Je suis Charli<\/em>e, la victoire \u00e9lectorale de Syriza en Gr\u00e8ce, l&rsquo;ascension de Podemos en Espagne; la \u00abcrise des r\u00e9fugi\u00e9s\u00bb, la tr\u00e8s r\u00e9cente apparition du mouvement Nuit Debout en France. En annexe: la confrontation entre l\u2019\u00c9tat Islamique et la soi-disant \u00abr\u00e9volution en marche\u00bb au Rojava, avec l&rsquo;intervention de la coalition internationale. Une s\u00e9rie extr\u00eamement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, qui a mis au centre de la sc\u00e8ne un seul acteur inattendu : la classe moyenne. Attention: ceci ne veut pas dire que le prol\u00e9tariat vit sur une autre plan\u00e8te, au contraire. Le luttes du prol\u00e9tariat existent (un peu) et ont bien eu lieu \u2013 aux marges, aux d\u00e9buts ou dans les interstices, \u00e9trang\u00e8res ou rel\u00e9gu\u00e9es dans les arri\u00e8res-lignes de formes politiques colossales: dans les usines de Port-Said et les mines du Donbass, dans les banlieues de Londres et Stockholm, dans les favelas br\u00e9siliennes, dans les chantiers navals de Hong Kong, etc. Avec un autre paradoxe : d&rsquo;un cot\u00e9 cet encha\u00eenement d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements de rare intensit\u00e9, de l&rsquo;autre un capitalisme mondial en phase de stabilisation depuis 2010.<br>Face \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9, il serait facile de tourner le regard ailleurs et de se dire: beaucoup de bruit pour rien. D&rsquo;assumer, en somme, la posture aristocratique des d\u00e9sabus\u00e9s \u00e0 qui on ne la fait pas, et qui attendent des jours meilleurs \u2013 en se disant qu&rsquo;au fond il n&rsquo;y a rien qui m\u00e9rite vraiment de nous interpeller dans ce qui se passe autour de nous, rien qui ne nous appelle \u00e0 une compr\u00e9hension. Ce serait justement tr\u00e8s facile.<br>De l&rsquo;autre cot\u00e9, on retrouve les chanteurs rebelles des choses telles qu&rsquo;elles sont. Un exemple parmi d&rsquo;autres: lors des manifestations de l&rsquo;automne 2014 \u00e0 Hong Kong, David Graeber \u2013 nouvelle vedette de la contestation <em>hipster<\/em> et d\u00e9mo-libertaire \u2013 s&rsquo;est d\u00e9cha\u00een\u00e9 en triomphalismes : \u00ab\u00c0 chaque fois qu\u2019on d\u00e9clare la fin du mouvement Occupy, on le voit ressurgir ailleurs\u00a0: au Nigeria, en Turquie, au Br\u00e9sil, en Bosnie [\u2026] L\u2019ann\u00e9e 2011 a bel et bien transform\u00e9 la notion m\u00eame de r\u00e9volution d\u00e9mocratique.[\u2026] Quand les historiens se pencheront sur cette ann\u00e9e-l\u00e0, ils la compareront sans doute \u00e0 1848: les insurrections quasi simultan\u00e9es survenues \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans le monde entier n\u2019ont pas abouti \u00e0 une prise de pouvoir, mais elles ont n\u00e9anmoins tout chamboul\u00e9.\u00bb (<em>Le Mouvement Occupy se mondialise<\/em>, in \u00abLe Monde\u00bb, 13 octobre 2014).<br>Le m\u00eame Graeber n\u2019a pas laiss\u00e9 \u00e9chapper l&rsquo;occasion de plaider la cause de la \u00abr\u00e9volution en marche\u00bb au Rojava: \u00abEn 1937, mon p\u00e8re s\u2019est port\u00e9 volontaire pour combattre dans les Brigades internationales pour d\u00e9fendre la R\u00e9publique espagnole. [\u2026] Les r\u00e9volutionnaires espagnols esp\u00e9raient cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 libre qui serait un exemple pour tout le monde. Au lieu de cela, les puissances mondiales ont d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 une politique de \u00ab\u00a0non-intervention\u00a0\u00bb [\u2026] m\u00eame apr\u00e8s que Hitler et Mussolini, pr\u00e9tendument d\u2019accords sur une non-intervention, aient commenc\u00e9 \u00e0 engager des troupes et \u00e0 fournir des armes pour renforcer le camp fasciste. Le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 des ann\u00e9es de guerre civile qui ont pris fin avec l\u2019\u00e9crasement de la r\u00e9volution et quelques-uns des plus sanglants massacres d\u2019un si\u00e8cle sanglant. Je n\u2019ai jamais imagin\u00e9 que la m\u00eame chose pouvait se reproduire dans ma propre vie. [\u2026] La r\u00e9gion autonome du Rojava, telle qu\u2019elle existe aujourd\u2019hui, est l\u2019un des rares points lumineux \u2014 m\u00eame tr\u00e8s lumineux \u2014 issus de la trag\u00e9die de la r\u00e9volution syrienne. [\u2026] S\u2019il existe un parall\u00e8le \u00e0 faire aujourd\u2019hui avec les pr\u00e9tendus d\u00e9vots et meurtriers phalangistes de Franco, ce ne pourrait \u00eatre qu\u2019avec l\u2019\u00c9tat islamique. S\u2019il y a un parall\u00e8le \u00e0 faire avec les Mujeres Libres d\u2019Espagne, ce ne pourrait \u00eatre qu\u2019avec les femmes courageuses qui d\u00e9fendent les barricades \u00e0 Koban\u00e9. Est-ce que le monde et \u2014 cette fois-ci plus scandaleusement encore \u2014 la gauche internationale vont vraiment \u00eatre complices en laissant l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e9ter?\u00bb (Why is the world ignoring revolutionary kurds in Syria?, in \u00abThe Guardian\u00bb, 8 octobre 2014). Pour une fois, nous nous retirons de la pol\u00e9mique. Graeber n&rsquo;est pas un \u00abr\u00e9cup\u00e9rateur\u00bb, et a l&rsquo;air de croire aux foutaises qu&rsquo;il \u00e9crit; tout simplement, il parle au nom des classes moyennes dont il une expression. Que le mode de production capitaliste puisse \u00eatre quelque chose de plus qu&rsquo;une politique ou, dans le meilleur des cas, un rapport de distribution, cela ne l&rsquo;effleure nullement. Chaque limite du mouvement Occupy et de tout ce qui, des Alpes aux Andes, peut vaguement lui ressembler repr\u00e9sente \u00e0 ses yeux une nouveaut\u00e9 et un signe de force. Et Graeber n&rsquo;est que la partie \u00e9merg\u00e9e de l&rsquo;iceberg compos\u00e9 de toute une bande \u2013 dont font aussi partie des camarades plus proches et g\u00e9n\u00e9ralement moins na\u00effs \u2013 manifestement peu stimul\u00e9e par l&rsquo;hypoth\u00e8se que le bouleversement r\u00e9volutionnaire des rapport sociaux actuels, puisse et doive \u00eatre autre chose que la simple et miraculeuse ubiquit\u00e9 d&rsquo;Occupy \u2013 ou d&rsquo;autres \u00abmouvements sociaux\u00bb \u2013 dans le temps et dans l&rsquo;espace.<br>Pour nous, il s&rsquo;agissait d&rsquo;\u00e9chapper simultan\u00e9ment \u00e0 ces deux postures : on ne peut pas sauver une construction th\u00e9orique au prix de la r\u00e9alit\u00e9, ni se vouer \u00e0 un simple \u00e9loge du pr\u00e9sent, au prix du cadre th\u00e9orique. Nous nous sommes tourn\u00e9s une \u00e9ni\u00e8me fois vers la source \u2013 ce qui voulait dire: vers Marx \u2013 afin de parvenir \u00e0 une compr\u00e9hension de la p\u00e9riode actuelle la plus dialectique possible, qui contienne donc dans la compr\u00e9hension positive des choses, \u00e9galement sa fin in\u00e9luctable, sa destruction n\u00e9cessaire. Ce qui apparaissait dans le premier num\u00e9ro de \u00abIl Lato Cattivo\u00bb comme l&rsquo;\u00ab\u00e8re des \u00e9meutes\u00bb (formule propos\u00e9e par le groupe\/revue Blaumachen, disparu depuis) se pr\u00e9cise comme une phase d&rsquo;\u00e9meutes politiques caract\u00e9ris\u00e9es par le transclassisme, et par l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie de la classe qui l&rsquo;exprime de la mani\u00e8re plus ad\u00e9quate : la classe moyenne. L\u00e0 aussi, il aurait \u00e9t\u00e9 facile de s\u2019accommoder du caract\u00e8re transitoire de ces donn\u00e9es, et de se dire que tout cela allait simplement changer. Encore faut-il \u00eatre \u00e0 m\u00eame de dire pourquoi. Autrement dit: (faire) entrevoir ce \u00e0 quoi pourrait ressembler le d\u00e9passement de la phase actuelle, sa fin in\u00e9luctable, sa destruction n\u00e9cessaire ; montrer, en outre, en quoi la r\u00e9volution communiste n&rsquo;est pas une immense manif de rue ou un \u00abmouvement social\u00bb \u00e9tendu \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale. Dans un texte de jeunesse, Marx \u00e9crit: \u00ab<em>L&rsquo;\u00e9meute industrielle<\/em> si <em>partielle<\/em> soit-elle, renferme en elle une <em>\u00e2me universelle<\/em>. L&rsquo;\u00e9meute <em>politique<\/em> si universelle soit-elle, dissimule sous sa forme colossale un esprit<em> \u00e9troit<\/em>\u00bb (Gloses marginales \u00e0 l&rsquo;article: \u00ab\u00a0Le Roi de Prusse et la reforme sociale\u00a0\u00bb). Pour reprendre et r\u00e9actualiser la formule, il fallait la transposer dans la configuration pr\u00e9sente du \u00abhi\u00e9roglyphe social\u00bb: isoler les fondements respectifs de la \u00abr\u00e9volte politique\u00bb et de la \u00abr\u00e9volte industrielle\u00bb et tracer la ligne qui les s\u00e9pare ; saisir le processus par lequel la premi\u00e8re absorbe la seconde (aujourd&rsquo;hui) ; se repr\u00e9senter le processus inverse \u2013 <em>bouleversement de la praxis!<\/em> \u2013 par lequel la seconde pourrait (demain?) dissoudre la premi\u00e8re. Quel est, aujourd\u2019hui, cet \u00abesprit \u00e9troit\u00bb de la \u00abr\u00e9volte politique\u00bb? Qu&rsquo;en est-il de la \u00abr\u00e9volte politique\u00bb et de son \u00ab\u00e2me universelle\u00bb? Le texte qui suit \u2013 et qui est aussi le seul \u00e0 constituer ce num\u00e9ro \u2013 essaie, entre autre, de fournir des r\u00e9ponses \u00e0 de telles interrogations.<br>Il faut enfin souligner que, bien que l&rsquo;\u00e9criture de ces pages nous ait co\u00fbt\u00e9 du temps et des efforts, rien ou presque rien de ce qu&rsquo;on y trouvera n\u2019est le fruit \u00aboriginal\u00bb de nos pauvres t\u00eates trou\u00e9es: c&rsquo;est surtout le condens\u00e9 d&rsquo;innombrables bavardages avec des camarades proches ou lointains au cours des quatre derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abIl Lato Cattivo\u00bb, \u00e9ditorial du n.2,(Juin 2016, pp. 3-5) \u00c0 quatre ans de notre premi\u00e8re sortie papier, nous parvenons enfin \u00e0 publier un deuxi\u00e8me num\u00e9ro de \u00abIl Lato Cattivo\u00bb. 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