{"id":97,"date":"2019-06-27T15:23:53","date_gmt":"2019-06-27T13:23:53","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/?p=97"},"modified":"2019-06-30T23:56:53","modified_gmt":"2019-06-30T21:56:53","slug":"sea-watch-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/sea-watch-3\/","title":{"rendered":"Sea-Watch 3"},"content":{"rendered":"<p>Alors que l&rsquo;affreuse image d&rsquo;un p\u00e8re et de sa fille noy\u00e9s dans le Rio Grande alors qu&rsquo;ils tentaient de franchir la fronti\u00e8re am\u00e9ricano-mexicaine continue de r\u00e9verb\u00e9rer \u00e0 travers le monde, le blocage auquel\u00a0 \u00e9t\u00e9\u00a0 soumis le navire de sauvetage <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/international\/article\/2019\/06\/26\/treize-jours-apres-avoir-secouru-plus-de-50-migrants-le-sea-watch-erre-toujours-au-large-de-lampedusa_5481777_3210.html\">Sea-Watch 3,<\/a> illustre une fois de plus l&rsquo;actualit\u00e9 du livre . Nous publions ici le d\u00e9but du chapitre 6 (Traduction Julien Guazzini) qui \u00e9voque justement les enjeux de ces situations.<!--more--><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ferme mais humain<br \/>\n\u00ab Ferme, mais humain \u00bb : c\u2019est par ces quelques mots que le premier ministre australien Kevin Rudd r\u00e9sumait en octobre 2009 la fa\u00e7on dont son gouvernement traiterait les migrants cherchant \u00e0 rejoindre le pays par la mer. Cette d\u00e9claration pr\u00e9sageait une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e8nements qui allaient redessiner le borderscape nord de l\u2019Australie. Cette histoire fait intervenir deux navires : le mv Oceanic Viking et le km Jaya Lestari 5. Le premier fait partie de la flotte des douanes australiennes, qui, \u00e0 la demande de l\u2019Indon\u00e9sie, se porta au secours de 78 migrants tamouls en perdition sur un radeau dans la zone de responsabilit\u00e9 indon\u00e9sienne en mati\u00e8re de recherche et sauvetage. Ces migrants furent conduits pr\u00e8s de Singapour sur l\u2019\u00eele de Bintan, qui fait partie du territoire indon\u00e9sien et abrite un centre de d\u00e9tention dirig\u00e9 par l\u2019Organisation internationale pour les migrations (oim) et financ\u00e9 pour partie par l\u2019Australie. Arriv\u00e9s sur l\u2019\u00eele, les passagers refus\u00e8rent de d\u00e9barquer. Il s\u2019en suivit un face-\u00e0- face de plus de deux semaines, ponctu\u00e9 de gr\u00e8ves de la faim, tensions diplomatiques et de menaces d\u2019\u00e9vacuer les migrants du bateau manu militari. En d\u00e9finitive, ni l\u2019Australie ni l\u2019Indon\u00e9sie ne semblaient pr\u00eates \u00e0 employer la violence. L\u2019incident prit fin lorsque l\u2019Australie proposa de faciliter les d\u00e9marches de demande d\u2019asile pour les migrants \u00e0 bord.<br \/>\nLe km Jaya Lestari 5 est un bateau de 10 m\u00e8tres qui transportait pr\u00e8s de 254 migrants tamouls quand il fut intercept\u00e9 dans les eaux indon\u00e9siennes \u00e0 la demande de l\u2019Australie. La marine indon\u00e9sienne remorqua l\u2019embarcation jusqu\u2019au port de Merak, o\u00f9 les Tamouls refus\u00e8rent une fois encore de d\u00e9barquer. L\u2019affrontement dura plus de 10 mois. Durant toute cette p\u00e9riode, les migrants ne re\u00e7urent de la nourriture et des soins qu\u2019en quantit\u00e9 limit\u00e9e. Une quarantaine d\u2019entre eux s\u2019enfuirent, plusieurs tomb\u00e8rent malade et l\u2019un d\u2019entre eux mourut avant qu\u2019on ne sorte de cette impasse. M\u00eame si le Sri Lanka affirmait avoir identifi\u00e9 des ex-membres des Tigres tamouls sur le navire et que l\u2019Indon\u00e9sie mena\u00e7\u00e2t de proc\u00e9der \u00e0 leur \u00e9vacuation, il n\u2019y eut aucune intervention violente. Les Tamouls finirent par d\u00e9barquer quand les responsables des Nations unies accept\u00e8rent d\u2019entreprendre les d\u00e9marches en vue de leur r\u00e9installation dans un pays tiers. Ils furent conduits au m\u00eame centre de d\u00e9tention sur l\u2019\u00eele de Bintan qui avait vu passer les migrants du Oceanic Viking. A peine dix jours plus t\u00f4t, le gouvernement australien avait gel\u00e9 toute nouvelle proc\u00e9dure de demande d\u2019asile pour les ressortissants sri-lankais et afghans. C\u2019\u00e9tait comme si le sort des migrants du Jaya Lestari 5 s\u2019\u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Tous les arrivants sans papiers en provenance de ces pays seraient contraints d\u2019attendre des mois avant que leur demande ne soit trait\u00e9e.<br \/>\nTrois mois plus tard, l\u2019Australie leva le moratoire sur le traitement des dossiers sri-lankais, suite aux recommandations des Nations unies qui estimaient que le pays pouvait sans danger accueillir le retour de ceux qui avaient fui. \u00c0 ce stade, l\u2019Australie avait chang\u00e9 de Premier ministre et l\u2019une des premi\u00e8res d\u00e9clarations que fit la nouvelle titulaire du poste, Julia Gillard, fut de r\u00e9instaurer le traitement en-dehors du territoire national des migrants intercept\u00e9s en route pour l\u2019Australie. Sa proposition d\u2019installer un \u00ab centre de traitement r\u00e9gional \u00bb au Timor oriental fut rejet\u00e9e par le gouvernement de ce pays. Un autre plan visant \u00e0 instituer un \u00e9change de demandeurs d\u2019asile avec la Malaisie fut retoqu\u00e9 par la Haute cour, qui jugea en ao\u00fbt 2011 que le ministre de l\u2019Immigration n\u2019avait pas le pouvoir de d\u00e9clarer que la Malaisie \u00e9tait un pays s\u00fbr pour des r\u00e9fugi\u00e9s. A ce moment-l\u00e0, le traitement des demandes d\u2019asile en-dehors du territoire national en vigueur depuis dix ans et introduit par le gouvernement australien en 2001 parmi les mesures de ce qu\u2019on a appel\u00e9 la Solution du Pacifique, fut suspendu jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9ouverture des centres de d\u00e9tention sur l\u2019\u00eele de Nauru, dans le Pacifique, et de l\u2019\u00eele de Manus en Papouasie Nouvelle-Guin\u00e9e, l\u2019ann\u00e9e suivante. Au cours de la d\u00e9cennie qui s\u2019\u00e9tait \u00e9coul\u00e9e, la pratique du traitement \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du territoire national s\u2019\u00e9tait r\u00e9pandue au monde entier. Elle \u00e9tait notamment devenue un pivot de la gestion des migrations par l\u2019Europe (Gammeltoft-Hansen 2007 ; Vaughn-Williams 2009), avec la mise en place de \u00ab camps de transit \u00bb en Afrique du nord. Outre la possibilit\u00e9 de montrer ce qui relie ces diff\u00e9rents exemples d\u2019externalisation, ce chapitre explore en quoi les changements dans la surveillance et l\u2019administration des fronti\u00e8res manifestent plus largement des transformations dans le fonctionnement du pouvoir \u00e0 diverses \u00e9chelles g\u00e9ographiques. En revenant \u00e0 plusieurs reprises sur la situation des migrants \u00e0 bord du Oceanic Viking et du Jaya Lestari 5, ce chapitre montre que la conception souveraine, comme la conception gouvernementale, du pouvoir sont insuffisantes pour rendre compte actuellement des politiques frontali\u00e8res et des luttes sur les fronti\u00e8res. Ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 interroger la conception monolithique de la souverainet\u00e9 dont sont empreintes les argumentations exceptionnalistes et aussi \u00e0 nous pencher sur les limites des \u00e9tudes sur la gouvernementalit\u00e9. En prenant le concept marxien de force de travail comme point de r\u00e9f\u00e9rence strat\u00e9gique sur la transformation des configurations frontali\u00e8res et migratoires, nous affirmons que les syst\u00e8mes contemporains de contr\u00f4le et de d\u00e9tention migratoires brouillent les fronti\u00e8res entre norme et exception, gouvernance et souverainet\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>A propos de Lampedusa, cette \u00eele devenue \u00ab\u00a0la quintessence de la fronti\u00e8re\u00a0\u00bb, nous recommandons deux excellents articles:<\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 1\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/espacepolitique\/3336\">\u00ab\u00a0La \u00ab fronti\u00e9risation \u00bb de Lampedusa, comment se construit une fronti\u00e8re\u00a0\u00bb<\/a> de Paolo Cuttitta\u00a0 (ainsi que les autres articles de la revue)<\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 1\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><a href=\"https:\/\/www.shimajournal.org\/issues\/v6n2\/h.-Freise-Border-Economies-v6n2-66-84.pdf\">\u00ab\u00a0Border Economies. Lampedusa and the Nascent Migration Industry\u00a0\u00bb<\/a> de Heirdrun Friese<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que l&rsquo;affreuse image d&rsquo;un p\u00e8re et de sa fille noy\u00e9s dans le Rio Grande alors qu&rsquo;ils tentaient de franchir la fronti\u00e8re am\u00e9ricano-mexicaine continue de r\u00e9verb\u00e9rer \u00e0 travers le monde, le blocage auquel\u00a0 \u00e9t\u00e9\u00a0 soumis le navire de sauvetage Sea-Watch 3, illustre une fois de plus l&rsquo;actualit\u00e9 du livre . Nous publions ici le d\u00e9but &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/sea-watch-3\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Sea-Watch 3&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":99,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[18],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=97"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":112,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97\/revisions\/112"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/media\/99"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=97"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=97"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=97"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}