{"id":116,"date":"2019-07-18T11:43:00","date_gmt":"2019-07-18T09:43:00","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/?p=116"},"modified":"2020-03-09T09:45:35","modified_gmt":"2020-03-09T08:45:35","slug":"fin-juin-debut-juillet-au-fil-des-camps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/fin-juin-debut-juillet-au-fil-des-camps\/","title":{"rendered":"Fin  juin-d\u00e9but juillet : au fil des \u00ab\u00a0camps\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Australie<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis les \u00e9lections du. 18 mai, qui ont reconduit au pouvoir un gouvernement conservateur qui maintenu une politique tr\u00e8s dure visant \u00e0 dissuader les demandes d\u2019asile, il y a eu des dizaines de tentatives de suicide et d\u2019actes d\u2019auto-mutilation dans les centres pour r\u00e9fugi\u00e9s.(\u2026) La situation est devenue particuli\u00e8rement tragique sur Manus, une \u00eele recul\u00e9e de Papouasie Nouvelle Guin\u00e9e ou plusieurs centaines d\u2019hommes d\u2019Afghanistan, d\u2019Iran et d\u2019autres pays sont retenus.\u00a0\u00bb<!--more--><br \/>\nDans le m\u00eame temps : \u00ab\u00a0Le nouveau premier ministre de Papouasie Nouvelle Guin\u00e9e a demand\u00e9 que le contrat de gestion du lucratif contrat de gestion du centre de Manus soient attribu\u00e9s \u00e0 des locaux. La Australian Finance Review a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019une petite firme de s\u00e9curit\u00e9 inconnue jusque l\u00e0, Paladin, avait obtenu le contrat de 20,9 millions de dollars australiens sans qu\u2019il ait eu de v\u00e9ritables appel d\u2019offres. (\u2026) Ce contrat a \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9 le 26 juin d\u2019un commun accord entre l\u2019Australie et la Papouasie Nouvelle Guin\u00e9e.\u00a0\u00bb Un des retenus a d\u00e9clar\u00e9 au journaliste du New-York-Times qui enqu\u00eate sur les conditions de r\u00e9tention : \u00ab\u00a0Peu importe qui a obtenu le contrat &#8211; une compagnie locale ou \u00e9trang\u00e8re- notre situation reste la m\u00eame. Les gouvernements de l\u2019Australie et de la Papouasie Nouvelle Guin\u00e9e jouent tous les deux avec nos vies. Pour eux, nous ne sommes que des marchandises qu\u2019ils utilisent pour satisfaire leurs ambitions politiques (\u2026)\u00a0\u00bb<br \/>\nDamien Cave <a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2019\/06\/26\/world\/australia\/australia-manus-suicide.html\">\u00ab\u00a0A Timeline of Despair in Australia\u2019s Offshore Detention Centers\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n<p><em><strong>Lybie<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Le soir du 2 juillet, une attaque a\u00e9rienne a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9e sur le camp de d\u00e9tention pour migrant\u00b7e\u00b7s de Tadjourah dans la banlieue est de la capitale libyenne. Deux jours apr\u00e8s, le bilan s\u2019est alourdi et fait \u00e9tat d\u2019au moins 66 personnes tu\u00e9es et plus de 80 bless\u00e9es . A une trentaine de kilom\u00e8tres plus au sud de Tripoli, plusieurs migrant\u00b7e\u00b7s avaient d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 la mort fin avril dans l\u2019attaque du camp de Qasr Bin Gashir par des groupes arm\u00e9s.<br \/>\nL\u2019Union europ\u00e9enne a beau jeu de crier au scandale. La d\u00e9tention massive de migrant\u00b7e\u00b7s et la violation de leurs droits dans un pays en pleine guerre civile ne rel\u00e8vent ni de la trag\u00e9die ni de la fatalit\u00e9\u00a0: ce sont les cons\u00e9quences directes des politiques d\u2019externalisation et de marchandages migratoires cyniques orchestr\u00e9es par l\u2019Union et ses \u00c9tats membres depuis de nombreuses ann\u00e9es. Il est temps que cesse la guerre aux personnes migrantes et que la libert\u00e9 de circulation soit assur\u00e9e pour toutes et tous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mourir en mer ou sous les bombes\u00a0: seule alternative pour les milliers de personnes migrantes prises au pi\u00e8ge de l\u2019enfer libyen\u00a0?\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.migreurop.org\/article2931.html?lang=fr\">Communiqu\u00e9<\/a> du r\u00e9seau Migreurop<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Malgr\u00e9 le bombardement survenu mardi 2 juillet dans le centre de d\u00e9tention de Tajourah, en Libye, les autorit\u00e9s continuent d\u2019y enfermer des migrants.<br \/>\n\u00ab\u00a0On a d\u00e9nombr\u00e9 environ 200 personnes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur\u00a0\u00bb, explique \u00e0 InfoMigrants Sam Turner, chef de mission de M\u00e9decins sans fronti\u00e8res (MSF) en Libye, qui s\u2019est rendu au centre en d\u00e9but de semaine.\u00a0\u00bb Tir\u00e9 du site<a href=\"https:\/\/www.infomigrants.net\/fr\/post\/18226\/des-migrants-interceptes-en-mer-sont-renvoyes-dans-le-centre-bombarde-de-tajourah\"> infomigrants<\/a><\/p>\n<p><em><strong>Bosnie<\/strong><\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La situation dans le camp de Bihac\u0301 non loin de la fronti\u00e8re de la Croatie avec l\u2019Union Europ\u00e9enne a dramatiquement escalad\u00e9. Suite \u00e0 des affrontements entre migrants qui se sont d\u00e9roul\u00e9s dans la ville o\u00f9 ils repr\u00e9sentent d\u00e9sormais 20% de la population, plus de 800 r\u00e9fugi\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s par la police de camper dans une d\u00e9charge sans toilette, sans douche et sans \u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 10km de Bihac\u0301.\u00a0\u00bb<br \/>\nbalkan stories <a href=\"https:\/\/balkanstories.net\/2019\/06\/26\/800-menschen-auf-ehemaliger-mulldeponie-entsorgt\/\">\u00ab\u00a0800 Menschen auf ehemaliger M\u00fclldeponie entsorgt\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n<p><em><strong>France<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.comede.org\/lettre-ouverte-pour-que-cesse-la-politique-du-tout-enfermement-en-retention\/\">La Cimade et 21 associations<\/a> se sont adress\u00e9es le 24 juin \u00e0 Christophe Castaner pour lui demander de faire cesser cette politique du tout enfermement qui conduit \u00e0 la maltraitance de personnes \u00e9trang\u00e8res.<br \/>\nTaux d\u2019occupation des centres en tr\u00e8s forte hausse, automutilations, \u00e9meutes, suicides, pratiques ill\u00e9gales des pr\u00e9fectures, politique punitive pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 trois mois derri\u00e8re les barbel\u00e9s, enfermement syst\u00e9matique, enfants priv\u00e9s de libert\u00e9&#8230; Depuis l\u2019existence des centres de r\u00e9tention administrative, la situation n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi alarmante qu\u2019aujourd\u2019hui. La Cimade et 21 associations se sont donc adress\u00e9es le 24 juin \u00e0 Christophe Castaner pour lui demander de faire cesser cette politique du tout enfermement qui conduit \u00e0 la maltraitance des personnes \u00e9trang\u00e8res.<br \/>\nDes hommes et des femmes s\u2019automutilent ou tentent de se suicider dans les centres de r\u00e9tention administrative (CRA). Au cours de ces quinze derniers mois, deux hommes se sont donn\u00e9 la mort dans ces lieux o\u00f9 l\u2019administration enferme des personnes pour les expulser du territoire fran\u00e7ais. D\u2019autres se r\u00e9voltent ou expriment leur d\u00e9sespoir \u00e0 travers des lettres publiques, des gr\u00e8ves de la faim, des \u00e9meutes ou des tentatives d\u2019incendie. Ces actes qui se multiplient \u00e0 une fr\u00e9quence in\u00e9dite sont le r\u00e9sultat d\u2019une politique inacceptable qui a conduit \u00e0 une situation extr\u00eamement alarmante.<br \/>\nLe gouvernement fait le choix d\u2019utiliser l\u2019enfermement en r\u00e9tention comme outil d\u2019une politique d\u2019expulsion, banalisant la privation de libert\u00e9 des personnes \u00e9trang\u00e8res \u00e0 travers des instructions aux pr\u00e9fet\u00b7e\u00b7s qui viennent aggraver celles de vos pr\u00e9d\u00e9cesseurs. La disproportion des moyens utilis\u00e9s au service de cette politique de plus en plus carc\u00e9rale est in\u00e9dite.<br \/>\nLe nombre de places en r\u00e9tention a ainsi augment\u00e9 de 25 % depuis d\u00e9but 2018 (+ 480 places) et vous pr\u00e9voyez la construction de nouveaux CRA. Un tel d\u00e9veloppement de l\u2019enfermement administratif ne s\u2019\u00e9tait pas produit depuis la politique s\u00e9curitaire mise en \u0153uvre par Nicolas Sarkozy il y a plus d\u2019une d\u00e9cennie.<br \/>\nLa derni\u00e8re loi Asile et Immigration de septembre 2018 a doubl\u00e9 la dur\u00e9e maximale de r\u00e9tention et permet d\u00e9sormais d\u2019enfermer toutes les personnes vis\u00e9es durant trois mois, ce qu\u2019aucun gouvernement fran\u00e7ais n\u2019avait jamais jusqu\u2019\u00e0 lors propos\u00e9. Or, les statistiques sont formelles : enfermer plus longtemps ne permet pas d\u2019expulser plus. En revanche, \u00eatre priv\u00e9\u00b7e de libert\u00e9 derri\u00e8re des barbel\u00e9s pendant 90 jours, c\u2019est subir une machine \u00e0 enfermer qui brise des vies, dans un environnement carc\u00e9ral oppressant. Des enfants sont traumatis\u00e9s par cette exp\u00e9rience, des personnes perdent leur emploi ou leur logement, des familles sont s\u00e9par\u00e9es, des malades voient leur prise en charge sanitaire interrompue ou amoindrie.<br \/>\nCette orientation conduit l\u2019administration \u00e0 maintenir fr\u00e9quemment des personnes enferm\u00e9es alors qu\u2019il n\u2019existe aucune perspective d\u2019ex\u00e9cuter la mesure d\u2019\u00e9loignement qui les frappe. Cela rel\u00e8ve d\u00e8s lors d\u2019une politique punitive. (\u2026) \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; Le 8\u00a0juillet, des prisonniers du centre de r\u00e9tention de Vincennes ont mis le feu \u00e0 une cellule pour protester contre leur enfermement. Voici le t\u00e9moignage de l\u2019un d\u2019eux.<br \/>\n\u00ab\u00a0On a allum\u00e9 le feu. Apr\u00e8s on est rest\u00e9s bloqu\u00e9s dans la cour dehors du midi jusqu\u2019au soir. Ici on nous consid\u00e8re comme des chiens, on ne nous respecte pas, on nous parle mal, on n\u2019a aucun droit contre la police. La police nous insulte, l\u2019autre jour un policier m\u2019a film\u00e9 je lui ai dit d\u2019arr\u00eater, je lui ai dit qu\u2019il n\u2019a pas le droit, qu\u2019on n\u2019est pas des singes, il filme pour mettre sur son mur facebook et rigoler. Le policier \u00e0 r\u00e9pondu que si, on est des singes.<br \/>\nOn est des animaux pour elles et eux, on peut rien faire, on se fait taper et on doit fermer notre gueule. On ne peut pas r\u00e9pondre si on se fait taper. Si on r\u00e9pond on va en prison, apr\u00e8s le vol arrive plus vite. L\u2019Aspham (associations au CRA de Vincennes), le Juge des Libert\u00e9s et les keufs ils travaillent ensemble.<br \/>\nEt puis le JLD c\u2019est de la merde. Y a quelqu\u2019un dans le CRA qui a les papiers espagnols, qui a toute sa vie l\u00e0-bas et ils ne le laissent pas sortir, le JLD veut pas l\u2019envoyer en Espagne. Y en a un autre au bout de 88 jours (dur\u00e9e d\u2019enfermement\u00a0: 90 jours) il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9 avec la force physique, amen\u00e9 \u00e0 l\u2019a\u00e9roport et dans l\u2019avion.<br \/>\nLes m\u00e9decins n\u2019ont pas donn\u00e9 un certificat \u00e0 quelqu\u2019un qui s\u2019est cass\u00e9 le bras au CRA pour l\u2019amener \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Ils ne l\u2019ont jamais amen\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Un autre qui \u00e9tait diab\u00e9tique il n\u2019avait pas acc\u00e8s \u00e0 l\u2019insuline, quand il faisait des crises il tombait par terre.<br \/>\nIci c\u2019est l\u2019angoisse, que des probl\u00e8mes, personne ne rigole, y a que des insultes avec les keufs. On ne sait pas quand on va sortir, quand y aura un vol. Le CRA c\u2019est comme une peine de prison.\u00a0\u00bb<br \/>\nUn prisonnier du CRA de Vincennes (tir\u00e9 du site Paris-luttes. info voir aussi sur le m\u00eame site un<a href=\"https:\/\/paris-luttes.info\/lutte-des-prisonniers-du-cra-de-12402\"> article<\/a> sur les luttes actuelles dans les centres de r\u00e9tention de Lyon.<\/p>\n<p>-\u00ab\u00a0Jeudi 11 juillet, apr\u00e8s plusieurs jours d\u2019une violence extr\u00eame, La Cimade a pris la d\u00e9cision de retirer ses \u00e9quipes du centre de r\u00e9tention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot pour trois jours.<br \/>\nLa politique men\u00e9e par le minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur en r\u00e9tention a des cons\u00e9quences d\u2019une extr\u00eame violence pour les personnes enferm\u00e9es. Ces derniers jours, ces violences ont atteint un degr\u00e9 intenable\u00a0: tentatives de suicide r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, automutilations, enfermement en cellule d\u2019isolement disciplinaire pour r\u00e9primer une gr\u00e8ve de la faim, etc.<br \/>\nDans ce CRA, le plus gros centre de France, situ\u00e9 au pied des pistes de l\u2019a\u00e9roport de Roissy en Seine-et-Marne, ces violences ne permettent plus aux \u00e9quipes de La Cimade d\u2019exercer leur mission d\u2019accompagnement juridique dans de bonnes conditions.\u00a0\u00bb<br \/>\nhttps:\/\/www.lacimade.org\/presse\/face-a-une-situation-intenable-au-cra-du-mesnil-amelot-la-cimade-se-retire-pour-trois-jours\/<\/p>\n<p><em><strong>\u00c9tats-Unis\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le 21 juin dernier, l&rsquo;Associated Press a publi\u00e9 un reportage sur la visite effectu\u00e9e par plusieurs avocat\u00b7es dans un centre de d\u00e9tention pour migrant\u00b7es mineur\u00b7es de Clint au Texas, qui ont d\u00e9crit un centre surpeupl\u00e9 o\u00f9 nombre de jeunes dorment \u00e0 m\u00eame le b\u00e9ton, sans douches et sans savon pour se laver, avec des b\u00e9b\u00e9s malades qui manquent de couches propres.<br \/>\nDepuis, plusieurs autres m\u00e9dias ont publi\u00e9 des reportages similaires. Le scandale a \u00e9t\u00e9 tel que des centaines de personnes migrantes ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es vers un autre centre et le directeur du Service des douanes et de la protection des fronti\u00e8res des \u00c9tats-Unis (CBP) a d\u00e9missionn\u00e9.<br \/>\nDans une interview avec la radio NPR, un des avocat\u00b7es qui avait visit\u00e9 le centre de Clint expliquait: \u00abUn grand nombre d&rsquo;entre eux n&rsquo;ont pas pu prendre de douche depuis des semaines. Beaucoup ne sont autoris\u00e9s \u00e0 se laver les dents qu&rsquo;une fois tous les dix jours. Ils n&rsquo;ont pas de savon. Les conditions sont incroyablement insalubres, et nous sommes inquiets pour la sant\u00e9 de ces enfants.\u00bb<br \/>\nLa col\u00e8re contre l&rsquo;administration Trump s&rsquo;est intensifi\u00e9e lorsque le compte-rendu d&rsquo;un proc\u00e8s sur cette question a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 dans les m\u00e9dias. Dans un tribunal de San Francisco, une avocate repr\u00e9sentant le gouvernement a d\u00e9fendu les conditions de d\u00e9tention insalubres des migrant\u00b7es devant plusieurs juges. Elle a expliqu\u00e9 que la loi garantissant la \u00abs\u00e9curit\u00e9\u00bb et les conditions \u00abhygi\u00e9niques\u00bb de ces centres ne mentionnait pas sp\u00e9cifiquement les lits ou le savon.<br \/>\nSon \u00e9change avec les juges, qui n&rsquo;ont pas encore rendu leur verdict, est devenu viral: \u00abCertes, le d\u00e9cret ne comprend pas de liste des produits qui doivent \u00eatre fournis pour respecter l&rsquo;hygi\u00e8ne, a r\u00e9torqu\u00e9 le juge Wallace Tashima. Mais c&rsquo;est l&rsquo;interpr\u00e9tation courante. Si vous n&rsquo;avez pas de brosse \u00e0 dents et pas de savon, si vous n&rsquo;avez pas de couverture, vous n&rsquo;\u00eates pas \u201cen s\u00e9curit\u00e9\u201d, ni dans des conditions \u201chygi\u00e9niques\u201d. Tout le monde serait d&rsquo;accord, non?\u00bb<br \/>\nL&rsquo;argument de l&rsquo;avocate du gouvernement consiste \u00e0 justifier cette situation au nom de r\u00e8gles qui seraient trop vagues (pas de mention de savon et de lits dans la loi) pour \u00eatre appliqu\u00e9es facilement\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/story\/178926\/migrants-jeunes-detention-texas-clint-douche-savon-hygiene-securite\">Pas de savon ni de lits pour les jeunes personnes migrantes d\u00e9tenues au Texas<\/a><\/p>\n<p>Voir aussi. <a href=\"https:\/\/elpais.com\/internacional\/2019\/06\/29\/actualidad\/1561824848_584965.html\">\u00ab\u00a0La cruaut\u00e9 vis \u00e0 vis des enfants \u00e0 la fronti\u00e8re est intentionnelle, c\u2019est la politique du gouvernement\u00a0\u00bb<\/a> El Pais 29\/06<\/p>\n<p>Ces r\u00e9v\u00e9lations ont amen\u00e9 la d\u00e9mocrate et nouvel \u00e9pouvantail dans la campagne de remobilisation \u00ab\u00a0androraciste\u00a0\u00bb trumpienne, Alexandria Ocasio Cortez \u00e0 parler de camps de concentration, d\u00e9clenchant une pol\u00e9mique pr\u00e9visible. Le r\u00e9seau Migreurop est revenu dans un court <a href=\"http:\/\/www.migreurop.org\/article675.html?lang=fr\">texte<\/a> sur ce probl\u00e8me de d\u00e9nomination.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<strong>Derri\u00e8re le mot camp<\/strong><\/p>\n<p>Ne pas tout m\u00e9langer\u00a0: c\u2019est le d\u00e9ni de ce principe qui a valu \u00e0 Alexandria Ocasio Cortez, repr\u00e9sentante d\u00e9mocrate du 14\u1d49 district de New York \u00e0 la Chambre des repr\u00e9sentants des USA, un torrent d\u2019attaques, de l\u2019exigence d\u2019excuses pour insulte aux morts de la Shoah \u00e0 la demande de sa d\u00e9mission du Congr\u00e8s. Oui, a-t-elle dit, les centres de d\u00e9tention pour \u00e9trangers sont des camps de concentration, terme qui \u00e9tait couramment employ\u00e9 avant la Seconde Guerre Mondiale pour d\u00e9signer ces lieux o\u00f9 \u00e9taient enferm\u00e9s les \u00e9trangers. Non, ce ne sont pas des camps d\u2019extermination.<br \/>\nIl y a 15 ans, sur un autre continent, le r\u00e9seau Migreurop s\u2019\u00e9tait heurt\u00e9 \u00e0 pareille incompr\u00e9hension lorsqu\u2019il avait utilis\u00e9 le mot \u00ab\u00a0camp\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer les lieux o\u00f9, en Europe et autour de l\u2019Europe, sont enferm\u00e9s des \u00e9trangers au nom des politiques migratoires.<br \/>\nNous affirmons notre solidarit\u00e9 avec Alexandria Ocasio Cortez, comme avec toutes celles et ceux qui par le monde, parce qu\u2019ils s\u2019opposent \u00e0 la guerre aux migrant\u00b7e\u00b7s, sont poursuivi\u00b7e\u00b7s et parfois condamn\u00e9\u00b7e\u00b7s pour d\u00e9lit de solidarit\u00e9 (Scott Warren aux Etats-Unis, Loan Torondel en France, Pia Klemp et Carola Rackete, capitaines du SeaWatch3, en Italie, Elena Maleno au Maroc et tant d\u2019autres), et avant tout avec les migrant\u00b7e\u00b7s. Libert\u00e9 de circulation\u00a0!<br \/>\nL\u2019usage du terme camp continue de faire d\u00e9bat pour d\u00e9signer les formes contemporaines d\u2019enfermement et d\u2019exclusion des \u00e9trangers\u00a0[1]. Il permet pourtant de conjuguer rigueur s\u00e9mantique, analytique et d\u00e9nonciation militante.<br \/>\nAvec les d\u00e9clarations d\u2019Otto Schily et Giuseppe Pisanu, ministres allemand et italien de l\u2019Int\u00e9rieur, qui, le 12 ao\u00fbt 2004, ont appel\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de \u00ab\u00a0portails\u00a0\u00bb en Afrique du nord pour les migrants souhaitant atteindre les rivages de l\u2019Europe, la question des camps d\u2019\u00e9trangers a fait de nouveau irruption dans les pr\u00e9occupations de tous ceux qui \u00e0 titre divers (fonctionnaires et \u00e9lus europ\u00e9ens, dirigeants nationaux, associations, ONG, activistes&#8230;) s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la politique communautaire d\u2019asile et d\u2019immigration\u00a0[2]. Alors que le programme adopt\u00e9 en la mati\u00e8re par les chefs d\u2019Etat et de gouvernement pour les cinq prochaines ann\u00e9es (dit \u00ab\u00a0programme de La Haye\u00a0\u00bb) est potentiellement porteur de r\u00e9gressions inqui\u00e9tantes pour les demandeurs d\u2019asile et d\u2019une vision s\u00e9curitaire et utilitariste pour l\u2019ensemble des migrants, une querelle s\u00e9mantique fond\u00e9e sur un diff\u00e9rend \u00e9thique menace l\u2019indispensable front commun de tous ceux qui d\u00e9fendent les droits des \u00e9trangers. Cette querelle porte sur l\u2019usage, notamment par le r\u00e9seau Migreurop, du terme \u00ab\u00a0camp\u00a0\u00bb, suspect\u00e9 de v\u00e9hiculer de douteux amalgames.<br \/>\nPourtant, jamais dans les \u00e9crits ni les prises de paroles des membres du r\u00e9seau Migreurop qui est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019Appel europ\u00e9en contre les camps, il n\u2019est fait de parall\u00e8le entre les desseins actuels de l\u2019Union europ\u00e9enne, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019enfermement contemporain des \u00e9trangers sur le territoire et aux marges de l\u2019UE, et les camps d\u2019extermination de la Seconde guerre mondiale. Cet amalgame emp\u00eacherait toute compr\u00e9hension de la nature des camps contemporains. Il ne s\u2019agit pas pour autant de s\u2019interdire le recours aux comparaisons historiques\u00a0: les m\u00e9canismes \u00e0 l\u2019oeuvre dans les camps d\u2019aujourd\u2019hui \u00e9taient, par exemple, d\u00e9j\u00e0 au principe des \u00ab\u00a0camps de la plage\u00a0\u00bb que la France r\u00e9serva en 1936 aux r\u00e9publicains espagnols.<br \/>\nSi, avec d\u2019autres, nous avons choisi, depuis la d\u00e9nonciation des d\u00e9nis de droit (et notamment celui de demander l\u2019asile&#8230;) et des conditions d\u2019existence des r\u00e9fugi\u00e9s de Sangatte d\u2019utiliser le mot camp, c\u2019est pour une double raison\u00a0:<br \/>\nL\u2019utilisation euph\u00e9mis\u00e9e de termes tel celui de \u00ab\u00a0centre\u00a0\u00bb ne permet pas de rendre compte de la r\u00e9alit\u00e9 de rassemblements humains qui ne doivent rien \u00e0 la volont\u00e9 des exil\u00e9s mais beaucoup plus \u00e0 une politique syst\u00e9matique d\u2019emp\u00eachement de la circulation et de l\u2019installation de personnes fuyant la guerre, les pers\u00e9cutions ou la mis\u00e8re. Le mot camp est utilis\u00e9 pour rendre compte, dans des p\u00e9riodes qui peuvent \u00eatre ant\u00e9rieures aux exp\u00e9riences totalitaires, de l\u2019assignation de fait \u00e0 r\u00e9sidence (et donc de la privation de droits) de populations pour des motifs politiques. Cette acception du mot camp explique pourquoi il n\u2019est jamais venu \u00e0 l\u2019id\u00e9e de personne de pr\u00e9tendre que le HCR, avec ses camps de r\u00e9fugi\u00e9s, insulterait la m\u00e9moire des victimes de la Shoah&#8230; Pour d\u00e9crire les situations et projets actuels, la presse s\u2019est d\u2019ailleurs empar\u00e9e du concept, rapportant, pour s\u2019en r\u00e9jouir ou s\u2019en inqui\u00e9ter, les projets de cr\u00e9ation de camps (sans guillemets alors qu\u2019elle les utilise pour pointer l\u2019hypocrisie des expressions officielles qui parlent de \u00ab\u00a0points de contact\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0centres de transit\u00a0\u00bb). Au point que le commissaire europ\u00e9en charg\u00e9 des questions d\u2019immigration, Antonio Vitorino, a cru devoir faire un rappel \u00e0 l\u2019ordre lexical, le terme \u00ab\u00a0camps\u00a0\u00bb, trop explicite, \u00e9tant jug\u00e9 politiquement incorrect\u00a0[3].<br \/>\nMigreurop se sent d\u2019autant plus l\u00e9gitime \u00e0 lancer le concept de camp dans le d\u00e9bat public que, depuis de longues ann\u00e9es, la recherche sur ce th\u00e8me est un domaine tr\u00e8s f\u00e9cond de l\u2019historiographie contemporaine\u00a0[4]. Si les controverses ont parfois \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s rudes quant \u00e0 la caract\u00e9risation des sp\u00e9cificit\u00e9s du r\u00e9gime nazi et de ses camps d\u2019extermination, il n\u2019est venu \u00e0 l\u2019id\u00e9e de personne que le mot camp devrait \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 aux \u00e9tudes sur le ph\u00e9nom\u00e8ne concentrationnaire sous le nazisme. De m\u00eame c\u2019est aujourd\u2019hui un acquis non contest\u00e9 des recherches en histoire contemporaine que le recours \u00e0 l\u2019utilisation de camps n\u2019est pas l\u2019apanage des r\u00e9gimes totalitaires, ni m\u00eame dictatoriaux, mais est fr\u00e9quent dans de d\u00e9mocraties se croyant la cible d\u2019un danger ext\u00e9rieur\u00a0[5].<br \/>\nC\u2019est pourquoi, en utilisant le terme de camp, nous pensons non seulement faire oeuvre de d\u00e9nonciation militante mais aussi de rigueur lexicale. L\u00e0 n\u2019est pourtant pas notre principal objectif\u00a0: quand Migreurop publie une Carte des camps d\u2019\u00e9trangers en Europe et aux fronti\u00e8res de l\u2019UE, c\u2019est pour d\u00e9montrer que les projets qu\u2019il d\u00e9nonce avec les cosignataires de l\u2019Appel europ\u00e9en contre les camps aux fronti\u00e8res de l\u2019Europe ne sont ni le futur, ni le pass\u00e9, mais le pr\u00e9sent d\u2019une Union europ\u00e9enne qui place l\u2019enfermement des \u00e9trangers au coeur de ses projets en mati\u00e8re d\u2019asile et d\u2019immigration.<\/p>\n<p>Notes<br \/>\n[1]\u00a0Dans l\u2019\u00e9ditorial de sa livraison d\u2019octobre 2004, la revue de l\u2019association fran\u00e7aise Forum R\u00e9fugi\u00e9s regrette que \u00ab\u00a0Les mots et les notions circulent sans pr\u00e9caution et perdent leur sens (&#8230;) on m\u00e9lange all\u00e8grement les centres d\u2019accueil et les \u00ab\u00a0camps\u00a0\u00bb, en oubliant de mani\u00e8re scandaleuse qu\u2019on n\u2019y pratique pas \u00ab\u00a0la porte d\u2019entr\u00e9e\u00a0\u00bb de la m\u00eame mani\u00e8re, et en insultant tous les morts de l\u2019extermination\u00a0\u00bb.\u2028De la part d\u2019une association qui se dit fermement oppos\u00e9e aux projets d\u00e9nonc\u00e9s par l\u2019Appel europ\u00e9en contre la cr\u00e9ation de camps aux fronti\u00e8res de l\u2019Europe et \u00e0 la politique d\u2019externalisation de la proc\u00e9dure de demande d\u2019asile, fondement des projets communautaires en mati\u00e8re d\u2019asile, un tel rappel \u00e0 l\u2019ordre lexical et une telle instrumentalisation de la m\u00e9moire des morts de la Shoah \u00e9tonnent.<br \/>\n[2]\u00a0Rappel des chronologies de cette initiative et de l\u2019initiative anglaise de 2003, ainsi que des diff\u00e9rentes r\u00e9actions<br \/>\n[3]\u00a0Sur le sujet voir notamment \u00ab\u00a0L\u2019Europe financera des \u00ab\u00a0centres\u00a0\u00bb de r\u00e9fugi\u00e9s en Afrique du Nord\u00a0\u00bb, Le Figaro, 2 octobre 2004.<br \/>\n[4]\u00a0Pour une synth\u00e8se sur le sujet voir\u00a0: WIEVIORKA Annette, \u00ab\u00a0L\u2019expression \u00ab\u00a0camp de concentration\u00a0\u00bb au XXe si\u00e8cle\u00a0\u00bb, pp. 4-12, in Vingti\u00e8me Si\u00e8cle, Revue d\u2019histoire n\u00b054, avril 1997.<br \/>\n[5]\u00a0On peut \u00e9videmment penser aux Etats-Unis actuels (cf sur Guantanamo, BUTLER Judith, D\u00e9tention illimit\u00e9e, Vacarme ,n\u00b0\u00a029, automne 2004) ou de la 2nde guerre mondiale (enfermement des ressortissants japonais) mais si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la seule France l\u2019historiographie est riche, des camps de la 1i\u00e8re guerre mondiale \u00e0 ceux de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, en passant par l\u2019enfermement des r\u00e9fugi\u00e9s espagnols \u00e0 la fin des ann\u00e9es 30\u00a0: PESCHANSKI Denis, La France des camps. L\u2019internement 1938-1946, Gallimard, 2002\u00a0; FARCY Jean-Claude, Les camps de concentration fran\u00e7ais de la Premi\u00e8re guerre mondiale (1914-1920), Anthropos, 1995\u00a0; THENAULT Sylvie, Interner en R\u00e9publique\u00a0: le cas de la France en guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sandro Mezzadra et Brett Neilson reviennent \u00e9galement sur ces questions dans <em>La Fronti\u00e8re comme m\u00e9thode<\/em>. Nous reproduisons ici un extrait ( traduction: Julien Guazzini) du chapitre 5\u00a0 :<\/p>\n<p><strong><em>D\u00e9tention et \u00ab d\u00e9portabilit\u00e9 \u00bb<\/em> <\/strong><br \/>\n\u00ab Personne n\u2019est ill\u00e9gal \u00bb. Ce slogan, que nous avons mentionn\u00e9 au d\u00e9but du chapitre 3, a connu une diffusion importante et rencontr\u00e9 un fort succ\u00e8s dans les ann\u00e9es qui ont suivi son \u00e9nonc\u00e9 original, en 1997. \u00c0 peine une ann\u00e9e plus t\u00f4t, des migrants africains avaient occup\u00e9 les \u00e9glises Saint-Ambroise et Saint-Bernard \u00e0 Paris, donnant le coup d\u2019envoi du dor\u00e9navant c\u00e9l\u00e8bre mouvement des sans-papiers. Depuis le milieu des ann\u00e9es 1970, quand les \u00ab boat people \u00bb venus du Vietnam avaient fait leur apparition \u00e0 l\u2019horizon mondial, une nouvelle figure politique \u00e9mergeait alors, sur fond de profondes transformations des politiques d\u2019asile et migratoires : le migrant \u00ab ill\u00e9gal \u00bb. Si nous insistons sur les processus de multiplication et de fragmentation, c\u2019est que nous nous m\u00e9fions particuli\u00e8rement de ce qualificatif. Dans tout cet ouvrage, nous employons invariablement le terme de migrant pour d\u00e9crire des sujets qui traversent ou n\u00e9gocient les borderscapes de ce monde, \u00e9vitant quand c\u2019est possible de recourir \u00e0 des cat\u00e9gories comme celles de r\u00e9fugi\u00e9, demandeur d\u2019asile ou migrant \u00ab ill\u00e9gal \u00bb, invent\u00e9es par des bureaucraties \u00e9tatiques ou leurs contreparties inter- nationales. Il totalement improbable de pouvoir trouver un cadre th\u00e9orique ou administratif \u00e0 m\u00eame d\u2019inclure des figures aussi diff\u00e9rentes que des r\u00e9fugi\u00e9s ha\u00eftiens et cubains, des migrants int\u00e9rieurs chinois, des travailleurs africains \u00ab clandestins \u00bb en Italie ou les nombreuses personnes qui empruntent les routes migratoires de ce monde. Et pourtant, le slogan \u00ab personne n\u2019est ill\u00e9gal \u00bb, et les d\u00e9bats enflamm\u00e9s qu\u2019il a suscit\u00e9, a r\u00e9ussi \u00e0 souligner un trait commun \u00e0 toute les exp\u00e9riences et les nombreuses luttes de migrants soumis \u00e0 divers niveaux d\u2019ill\u00e9galisation. Mis \u00e0 part les multiples dispositions juridiques par lesquelles cette ill\u00e9galisation s\u2019op\u00e8re, la figure commune du migrant \u00ab ill\u00e9gal \u00bb a trouv\u00e9 sa place dans l\u2019imaginaire (et les craintes) des gouvernements, des m\u00e9dias et du public sur toute la plan\u00e8te. Alors que les syst\u00e8mes juridiques, avec toutes leurs diff\u00e9rences, tendent \u00e0 qualifier d\u2019ill\u00e9gaux des actes ou des conduites sp\u00e9cifiques, cette figure populaire se distingue par le fait que le qualificatif d\u2019ill\u00e9galit\u00e9 s\u2019\u00e9tend \u00e0 sa sub-jectivit\u00e9 incarn\u00e9e. Contester l\u2019attribution de ce qualificatif ne revient pas seulement \u00e0 combattre la myriade de pr\u00e9jug\u00e9s, parfois microscopiques, dont s\u2019entoure pareille appellation, mais aussi \u00e0 interroger les m\u00e9canismes juridiques responsables de la production de la figure du migrant \u00ab ill\u00e9gal \u00bb. C\u2019est pourquoi une telle contestation est devenue aussi importante et radicale dans diff\u00e9rents contextes. Le slogan \u00ab personne n\u2019est ill\u00e9gal \u00bb, par sa simplicit\u00e9, exprimait bien cette radicalit\u00e9. Avec la diffusion de ce slogan, des d\u00e9bats th\u00e9oriques sur les mouvements migratoires ont amen\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne des interrogations et des arguments sur le \u00ab droit d\u2019avoir des droits \u00bb.<br \/>\nNous reviendrons plus tard \u00e0 ces d\u00e9bats politiques et th\u00e9oriques. Pour l\u2019instant, nous voulons souligner comment les pratiques de d\u00e9tention et les luttes qui s\u2019y opposent ont pris de l\u2019importance dans le cadre des processus d\u2019ill\u00e9galisation. La temporalit\u00e9 de la migration se caract\u00e9rise de plus en plus par l\u2019apparition de diff\u00e9rents espaces et exp\u00e9riences d\u2019attente, de r\u00e9tention et d\u2019interruption qui prennent de nombreuses formes institutionnelles, entre autres les camps et centres de r\u00e9tention. Depuis qu\u2019il existe des passeports, des contr\u00f4les frontaliers et des march\u00e9s nationaux du travail, il y a eu des sujets qui bravent ces syst\u00e8mes. La figure du migrant \u00ab ill\u00e9gal \u00bb fait son apparition sur la sc\u00e8ne mondiale \u00e0 la suite des transformations tumultueuses qu\u2019a connu le capitalisme \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 (Anderson et Ruhs 2010 ; Bacon 2008 ; Dauvergne 2008 ; Squire 2011 ; Su\u00e1rez-Navaz 2007, 23 ; Withol de Wenden 1988). L\u2019\u00e9mergence de cette figure a prin- cipalement \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par un infl\u00e9chissement des discours publics et politiques, un nouvel environnement institutionnel international pour la production de savoir et l\u2019\u00e9laboration de strat\u00e9gies relatives \u00e0 la gestion des migrations, une r\u00e9organisation des march\u00e9s du travail pour int\u00e9grer les processus d\u2019informalisation et de flexibilisation, ainsi qu\u2019une d\u00e9sorganisation et une multiplication des routes et des sch\u00e9mas migratoires \u00e0 diverses \u00e9chelles g\u00e9ographiques.<br \/>\nParmi ces \u00e9volutions on d\u00e9nombre toute une s\u00e9rie de remises en cause des dispositions juridiques et politiques autour des demandeurs d\u2019asile et des r\u00e9fugi\u00e9s qui avaient \u00e9t\u00e9 introduites apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Ces arrangements avaient \u00e9volu\u00e9 en fonction de pr\u00e9occupations humanitaires et politiques, pla\u00e7ant les r\u00e9fugi\u00e9s et les demandeurs d\u2019asile \u00e0 l\u2019abri, au-del\u00e0 d\u2019une d\u00e9marcation les s\u00e9parant de ceux qu\u2019on qualifie de migrants \u00e9conomiques. Avec l\u2019intensification des mouvements de r\u00e9fugi\u00e9s, la diversification et l\u2019\u00e9largissement juridique de la cat\u00e9gorie de demandeur d\u2019asile, ainsi que le durcissement des politiques migratoires prenant en compte ces \u00e9volutions, cette d\u00e9marcation a \u00e9t\u00e9 toujours plus mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. L\u2019int\u00e9r\u00eat croissant pour le concept de migration forc\u00e9e, qui recouvre les mouvements li\u00e9s au trafic et l\u2019asservissement d\u2019\u00eatres humains, mais aussi les d\u00e9placements induits par des guerres ou le d\u00e9veloppement \u00e9conomique a constitu\u00e9 un des sympt\u00f4mes de ce brouillage. L\u2019introduction de syst\u00e8mes tels que les visas de protection temporaire, le traitement extra- territorial et les zones de protection pour les \u00ab d\u00e9plac\u00e9s internes \u00bb ont aussi profond\u00e9ment boulevers\u00e9 les modalit\u00e9s de l\u2019aide et de la tutelle humanitaires, d\u2019une fa\u00e7on qui a mis en question ce qui est cens\u00e9ment son ancrage dans des id\u00e9aux apolitiques d\u2019universalit\u00e9 et de bienveillance (Nyers 2006). Ces \u00e9volutions relatives \u00e0 la protection ont contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9placer au-del\u00e0 de l\u2019Occident cette crise des r\u00e9fugi\u00e9s qui a de plus en plus occup\u00e9 les d\u00e9bats des universitaires, des gouvernements et des faiseurs d\u2019opinion depuis la fin des ann\u00e9es 1980 (Gibney 2010 ; Zolberg, Suhrke et Aguayo 1989). En cons\u00e9quence, les camps de r\u00e9ten- tion pour d\u00e9plac\u00e9s internes ont pouss\u00e9 aux marges d\u2019innombrables zones de crise. Selon les estimations les plus prudentes, le nombre de d\u00e9plac\u00e9s internes en 2008 avoisinait les 26 millions, soit pr\u00e8s de deux fois le nombre de r\u00e9fugi\u00e9s dans le monde. Il faut garder \u00e0 l\u2019esprit que parmi les pays avec les plus importantes populations de d\u00e9plac\u00e9s internes, on compte la Somalie, la Colombie, la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et le Soudan (Gibney 2010, 2-3). Les droits humains et d\u2019asile prennent un aspect d\u00e9concertant quand on les observe au prisme de la nouvelle g\u00e9ographie de l\u2019abjection et de la survie que dessinent les camps de d\u00e9plac\u00e9s internes.<br \/>\nDes enjeux s\u00e9curitaires, des discours politiques populistes et le calcul \u00e9conomique relatif aux migrations ont concouru \u00e0 une situation dans laquelle l\u2019op\u00e9ration de distinction entre migrant \u00e9conomique et demandeur d\u2019asile a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e d\u2019encore plus pr\u00e8s, alors que dans certaines parties du monde les \u00e9volutions juridiques ouvraient de nouvelles possibilit\u00e9s. Dans des pays tels que l\u2019Allemagne, le Royaume-Uni et l\u2019Australie, le durcissement du contr\u00f4le migratoire a suscit\u00e9 d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1970 des r\u00e9actions de la part de migrants et de juristes militants visant \u00e0 \u00e9largir la couverture des droits humains. Ces d\u00e9marches ont presque toujours jou\u00e9 sur la distinction entre migration \u00e9conomique et asile, souvent de fa\u00e7on efficace et innovante. En r\u00e9action, les provocateurs r\u00e9actionnaires et populistes ont avanc\u00e9 des concepts tels que \u00ab demandeur d\u2019asile bidon \u00bb ou \u00ab coupeur de file \u00bb (Hugo 2002 ; Neumayer 2005) dans le but de r\u00e9tablir cette m\u00eame distinction, de plus en plus bouscul\u00e9e par l\u2019ampleur et la composition des mouvements de r\u00e9fugi\u00e9s. Dans l\u2019\u00e9cart ouvert entre la surveillance et les nouvelles possibilit\u00e9s qui se pr\u00e9sentent, la figure du r\u00e9fugi\u00e9 s\u2019est fragment\u00e9e et de nombreux demandeurs d\u2019asile se sont retrouv\u00e9s laiss\u00e9s pour compte ou d\u00e9tenus dans des circonstances o\u00f9 leur statut, juridique comme politique, confinait \u00e0 celui du migrant \u00ab ill\u00e9gal \u00bb. La r\u00e9forme constitutionnelle de 1993 en Allemagne, qui a supprim\u00e9 cette possibilit\u00e9 de demander l\u2019asile pour les migrants en provenance des \u00c9tats signataires de la convention de Gen\u00e8ve et de la convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (en pratique, tous les voisins de l\u2019Allemagne) ou d\u2019autres pays tiers d\u00e9sign\u00e9s comme s\u00fbrs par le Parlement, peut en l\u2019esp\u00e8ce se lire comme un tournant symbolique (Bosswick 2000).<br \/>\nDe nombreux r\u00e9fugi\u00e9s et demandeurs d\u2019asile sont effectivement soumis \u00e0 des processus d\u2019ill\u00e9galisation, souvent m\u00eame avant leur entr\u00e9e dans les pays qui sont consid\u00e9r\u00e9s comme des destinations migratoires privil\u00e9gi\u00e9es. Pour les flux migratoires en direction de l\u2019Union europ\u00e9enne, la vari\u00e9t\u00e9 de ph\u00e9nom\u00e8nes observ\u00e9s rend tr\u00e8s difficile la distinction entre demandeur d\u2019asile et travailleur migrant. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, des migrants d\u2019horizon tr\u00e8s divers font la m\u00eame exp\u00e9rience du transit, suivant des routes sinueuses et souvent dangereuses : travail- ler dans les pays de transit ; \u00eatre aux prises avec la police, l\u2019arm\u00e9e et la d\u00e9tention ; n\u00e9gocier avec les passeurs et autres interm\u00e9diaires ; faire jouer ses r\u00e9seaux personnels en chemin ; \u00e9valuer les cartes et changer de direction \u2014 autant d\u2019exp\u00e9riences communes \u00e0 diff\u00e9rents types de migrants (Transit Migration Forschungsgruppe 2007). De l\u2019autre, \u00e0 la suite de la Convention de Dublin de 1990 et de ses amendements successifs, un cordon sanitaire de \u00ab pays tiers s\u00fbrs \u00bb, dans lesquels les demandes d\u2019asile sont cens\u00e9es \u00eatre techniquement effectu\u00e9es, a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 autour de l\u2019UE. Dans le m\u00eame temps, des camps et des centres de d\u00e9tention ont \u00e9t\u00e9 mis en place bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res officielles de l\u2019Union. Cela conduit \u00e0 une situation dans laquelle l\u2019il- l\u00e9galisation constitue une menace permanente, que l\u2019on cherche du travail ou que l\u2019on demande asile. Le \u00ab refoulement pr\u00e9ventif \u00bb r\u00e9sulte souvent de l\u2019action combin\u00e9e de ces facteurs (Marchetti 2006).<br \/>\nLa menace de l\u2019ill\u00e9galisation ne plane pas seulement sur la t\u00eate des r\u00e9fugi\u00e9s et des demandeurs d\u2019asile. Les syst\u00e8mes et les juridictions migratoires suivant diverses \u00e9chelles g\u00e9ographiques ont \u00e9t\u00e9 de plus en plus d\u00e9termin\u00e9s, dans ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, par les tentatives d\u2019identifier, d\u2019expulser et m\u00eame d\u2019inclure les migrants \u00ab ill\u00e9gaux \u00bb. Si les fronti\u00e8res sont venues occuper le centre de notre vie politique, la figure du migrant \u00ab ill\u00e9gal \u00bb est elle aussi devenu le moteur d\u2019innovations dans la sph\u00e8re du contr\u00f4le frontalier et migratoire. Comme le note Nicholas De Genova \u00e0 propos des migrants mexicains sans papiers aux \u00c9tats-Unis, leur \u00ab ill\u00e9galit\u00e9 \u00bb n\u2019a \u00ab rien de factuel [mat- ter-of-fact] \u00bb. Il est de fait n\u00e9cessaire de comprendre l\u2019ill\u00e9galit\u00e9, dans ses acceptions contemporaines, comme le r\u00e9sultat de la \u00ab juridiction \u00e9tats-unienne sur l\u2019immigration \u2014 non pas uniquement dans un sens g\u00e9n\u00e9rique, suivant lequel les lois sur l\u2019immigration \u00e9tablissent, diff\u00e9rencient et classent diff\u00e9rents types d\u2019\u201c\u00e9trangers\u201d, mais plus profond\u00e9ment, avec l\u2019id\u00e9e que l\u2019histoire des interventions d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es qui d\u00e9bute en 1965 a activement donn\u00e9 naissance \u00e0 un processus d\u2019inclusion par l\u2019ill\u00e9galisation \u00bb (De Genova 2005, 234). Une telle conception s\u2019inscrit en nette opposition aux d\u00e9bats bien connus pour lesquels les espaces frontaliers entre les \u00c9tats-Unis et le Mexique constituent un terrain o\u00f9 des migrants \u00ab ill\u00e9gaux \u00bb sont pourchass\u00e9s par des agents de la police des fronti\u00e8res et autres miliciens autoproclam\u00e9s. Il est important de ne pas sous-estimer l\u2019\u00e9chelle et le nombre de morts qui surviennent dans cet espace. Mais on ne peut produire une analyse des processus complexes d\u2019ill\u00e9galisation et de leur imbrication avec les dynamiques du march\u00e9 du travail, les r\u00e9seaux communautaires transnationaux, ainsi que les flux transfrontaliers licites et illicites en ne s\u2019int\u00e9ressant qu\u2019au spectacle violent qu\u2019offre le maintien renforc\u00e9 de la fronti\u00e8re. Un tel spectacle tient souvent lieu de \u00ab performance ritualis\u00e9e \u00bb qui masque les mouvements migratoires turbulents et apparemment ingouver-nables derri\u00e8re un \u00e9cran d\u2019efficacit\u00e9 et d\u2019exclusion (Andreas 2009, 143- 144). Au contraire, l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab inclusion [active] par l\u2019ill\u00e9galisation \u00bb fait apparaitre le caract\u00e8re temporel irr\u00e9gulier, caract\u00e9ristique de l\u2019in- sertion continuelle de situations subjectives diff\u00e9renci\u00e9es au sein des espaces juridiques, politiques et \u00e9conomiques \u00e9tats-uniens.<br \/>\nNous pensons qu\u2019on peut appliquer l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00ab un processus actif d\u2019inclusion par l\u2019ill\u00e9galisation \u00bb \u00e0 d\u2019autres borderscapes dans le monde. Partout o\u00f9 le spectacle du renforcement frontalier se double de processus de filtrage qui prennent les sujets migrants et travailleurs au pi\u00e8ge de l\u2019ill\u00e9galit\u00e9, on peut observer des m\u00e9canismes d\u2019exploitation et d\u2019assujettissement inclusifs qui contrastent avec les images plus famili\u00e8res d\u2019exclusion et d\u2019expulsion, mais les compl\u00e8tent aussi. Cette production juridique de l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 engendre une gamme de situations subjectives, correspondant aux diverses fa\u00e7ons qu\u2019ont les migrants d\u2019\u00eatre \u00ab sans papiers \u00bb, y compris les statuts pr\u00e9caires que leur procurent certaines configurations d\u2019emploi ou la reconnaissance de la part des bureaucraties publiques et priv\u00e9es (par exemple la possession d\u2019un permis de conduite ou d\u2019une carte de cr\u00e9dit). Le migrant \u00ab ill\u00e9gal \u00bb devient aussi sujet \u00e0 expulsion : sa position vis-\u00e0-vis \u00e0 la fois du r\u00e9gime politique et du march\u00e9 du travail est d\u00e9termin\u00e9e par cette condition d\u2019expulsabilit\u00e9 et n\u00e9goci\u00e9e par ce biais, m\u00eame si l\u2019expulsion effective demeure un lointaine possibilit\u00e9 ou une menace \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan dans tout un ensemble d\u2019activit\u00e9s, tout au long de la vie.<br \/>\nNicholas De Genova et Nathalie Peutz (2010) montrent que l\u2019ex- pulsion forc\u00e9e de migrants \u00ab ill\u00e9gaux \u00bb, qui conna\u00eet une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent dans le monde actuel, a un impact perceptible sur de nom- breuses autres personnes qui font l\u2019exp\u00e9rience de \u00ab l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 \u00bb non seulement comme \u00ab un statut juridique anormal, mais aussi comme un mode d\u2019existence pratique, aux cons\u00e9quences concr\u00e8tes et profond\u00e9ment int\u00e9rioris\u00e9 \u00bb (De Genova et Peutz 2010, 14). En outre, le migrant expulsable se retrouve pris, m\u00eame de fa\u00e7on lointaine et implicite, dans une nu\u00e9e de dispositions qui font intervenir des acteurs et des institutions, y compris des forces de police, des organisations non-gouverne- mentales, des compagnies a\u00e9riennes et d\u2019autres vecteurs de migration, ainsi qu\u2019on les d\u00e9signe. La g\u00e9ographie de ce que De Genova et Peutz nomment le r\u00e9gime d\u2019expulsion implique une sorte de trac\u00e9 \u00e0 rebours des voies effectivement \u00e9tablies par les migrants qui s\u2019\u00e9lancent vers de nouvelles destinations. De plus en plus, les moyens et les m\u00e9thodes d\u2019expulsion comportent m\u00eame des dispositions de \u00ab rapatriement volontaire \u00bb visant \u00e0 inciter les migrations en retour dans des p\u00e9riodes de crise au moyen de primes et la menace implicite d\u2019une expulsion par la force (Andrijasevic et Walters 2010 ; D\u00fcnnwald 2010). Mais l\u2019expul- sion n\u2019implique pas forc\u00e9ment le rapatriement. La cr\u00e9ation de \u00ab zones tampons \u00bb et d\u2019espaces de \u00ab s\u00e9curisation gradu\u00e9e \u00bb facilite la gestion des expulsions \u00e0 travers diff\u00e9rentes fronti\u00e8res, rapprochant nettement les dispositifs d\u2019expulsion aux processus d\u2019\u00ab externalisation \u00bb et aux syst\u00e8mes de d\u00e9tention en de nombreux lieux diff\u00e9rents, en particulier \u00ab frontaliers des fronti\u00e8res \u00bb de ces r\u00e9gions qui constituent les destinations migratoires (De Geneva et Peutz 2010, 5). Tout cela a conduit \u00e0 mettre en place diff\u00e9rentes sortes d\u2019accords intergouvernementaux et de coop\u00e9ration dont le but est la coordination des processus de d\u2019expulsion et les d\u00e9marches de contr\u00f4le et d\u2019interception frontaliers qui visent les flux migratoires et les autres formes de flux illicites. Par exemple, la gouvernance de la fronti\u00e8re \u00c9tats-Unis-Mexique est de plus en plus coordonn\u00e9e \u00e0 la surveillance de ce que l\u2019on appelle la frontera olvidada, entre Mexique, Guatemala et Belize. Cette coordination, inscrite dans des accords intergouvernementaux tels que le Processus de Puebla (1996) et l\u2019Initiative de M\u00e9rida (2007), fait partie d\u2019un pro- jet r\u00e9gional plus large \u00e0 l\u2019initiative des \u00c9tats-Unis visant \u00e0 contr\u00f4ler et rendre gouvernables par les \u00c9tats-Unis les mouvements migratoires au d\u00e9part de pays d\u2019Am\u00e9rique centrale ou qui transitent par ceux-ci (Kron 2010).<br \/>\nLes expulsions impliquent \u00e9videmment un ensemble de pratiques concr\u00e8tes et bureaucratiques variables suivant le tr\u00e8s large spectre mondial d\u2019espaces d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la r\u00e9tention et la d\u00e9tention et qui constituent des lieux fondamentaux pour tout travail de terrain dans l\u2019ana- lyse des fronti\u00e8res temporelles. Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, lorsque la figure du migrant \u00ab ill\u00e9gal \u00bb a pris une nouvelle importance au niveau global, on a assist\u00e9 \u00e0 la prolif\u00e9ration et la diversification de tels espaces. Depuis les zones de transit des a\u00e9roports aux navires bloqu\u00e9s dans des ports, des prisons conventionnelles aux installations sp\u00e9ciales, ces lieux de d\u00e9tention ont fait l\u2019objet d\u2019une pr\u00e9occupation politique et d\u2019un examen critique pouss\u00e9, autant de la part de groupes de d\u00e9fense des droits humains, de militants antiracistes et pro-migrants que d\u2019universitaires engag\u00e9s. La figure du camp, dont l\u2019origine bien connue s\u2019ancre dans les pratiques coloniales de confinement et d\u2019isolation, a presque enti\u00e8rement accapar\u00e9 le d\u00e9bat critique sur les pratiques actuelles de d\u00e9tention administrative. Un corpus croissant de recherches, d\u2019analyses et d\u2019interventions politiques s\u2019est b\u00e2ti autour de ce th\u00e8me (Bernadot 2008 ; Dow 2004 ; Perera 2002 ; Pieper 2008 ; Rahola 2003). Charg\u00e9e des \u00e9chos qu\u2019elle fait au syst\u00e8me de Lager nazi de la Seconde Guerre mondiale, l\u2019analyse des lieux contemporains de d\u00e9tention depuis le point de vue th\u00e9orique et pratique du camp a donn\u00e9 lieu \u00e0 une s\u00e9rie de remarques relatives au fonctionnement politique de la d\u00e9tention et son importance plus largement pour des questions de souverainet\u00e9, de s\u00e9curit\u00e9 et de biopolitique. Ce qui a par la suite inspir\u00e9 de nombreuses formes diff\u00e9rentes d\u2019action politique et m\u00eame d\u2019expression artistique, articul\u00e9es autour de la figure du camp et de ses extraordinaires r\u00e9percussions \u00e9motionnelles et historiques.<br \/>\nDepuis la publication de <em>Homo Sacer<\/em> (1997), le travail tr\u00e8s savant et tr\u00e8s influent de Giorgio Agamben a \u00e9lev\u00e9 le camp au rang de para- digme biopolitique de la modernit\u00e9. S\u2019appuyant sur le travail d\u2019Hannah Arendt, Carl Schmitt, Walter Benjamin et Michel Foucault, Agamben propose une analyse extr\u00eamement fine du camp et de son ancrage juri- dique dans l\u2019\u00e9tat d\u2019exception et la loi martiale. Pour lui, le camp est un espace ouvert par une s\u00e9rie de technologies et de dispositifs qui \u00f4tent aux intern\u00e9s de tous leurs droits, les privent de tout statut politique et les r\u00e9duit \u00e0 la condition d\u00e9sign\u00e9e comme la \u00ab vie nue \u00bb (Agamben 2002, 53). Pour Agamben, il s\u2019agit d\u2019un processus \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans toute une vari\u00e9t\u00e9 de lieux historiques et contemporains, y compris les camps coloniaux de Cuba et d\u2019Afrique du Sud, le Lager, les camps de r\u00e9fugi\u00e9s, les zones d\u2019attente des a\u00e9roports internationaux fran\u00e7ais, les centres de d\u00e9tention de migrants \u00ab ill\u00e9gaux \u00bb, les zones de r\u00e9tention temporaire, certains environs des aires m\u00e9tropolitaines et les prisons militaires sp\u00e9ciales, comme celle de Guant\u00e1namo Bay.<br \/>\nEn ce concerne les camps pour migrants \u00ab ill\u00e9gaux \u00bb, l\u2019id\u00e9e la plus fondamentale et la plus inspirante avanc\u00e9e par Agamben concerne la fa\u00e7on dont le camp assujettit ses r\u00e9sidents \u00e0 un ordre l\u00e9gal dans le but de les exclure de ce m\u00eame ordre. Ce processus d\u2019exclusion par inclusion est un exemple essentiel d\u2019un des principaux th\u00e8mes en jeu dans le pr\u00e9sent ouvrage : les multiples fa\u00e7ons par lesquelles la fronti\u00e8re entre inclusion et exclusion est \u00e9tir\u00e9e et retravaill\u00e9e par les dynamiques spatiales et temporelles du capitalisme contemporain. L\u2019approche d\u2019Agamben se concentre cependant sur des arguments transhistoriques, voire ontologiques, assez \u00e9loign\u00e9s de ces d\u00e9veloppements capitalistes. Au contraire, en nous attachant \u00e0 l\u2019importance du contr\u00f4le et des politiques migratoires globales pour les transformations actuelles du travail et du capital, nous interrogeons la fa\u00e7on dont les pratiques de d\u00e9tention administrative son li\u00e9es au fonctionnement des fronti\u00e8res temporelles dans la vie des sujets expulsables qui ne sont pas intern\u00e9s dans les camps. Il faut selon nous analyser les camps non seulement depuis la perspective transcendantale du pouvoir souverain et de ses exceptions, mais aussi au sein des r\u00e9seaux toujours plus \u00e9largis et complexes de gouvernance et de gestion des migrations dont le \u00ab r\u00e9gime des expulsions \u00bb constitue un \u00e9l\u00e9ment essentiel. La transposition parfois m\u00e9canique des arguments d\u2019Agamben \u00e0 des discussions sur les r\u00e9fugi\u00e9s et les politiques migratoires a conduit \u00e0 ce que l\u2019attention se porte presque exclusivement sur les processus d\u2019exclusion, de privation et de d\u00e9shumanisation, masquant ce que Foucault aurait nomm\u00e9 les dimensions plus productives des assemblages de pouvoir qui ciblent les mouvements migratoires (Rahola 2007). N\u2019oublions pas que m\u00eame le \u00ab camp d\u2019\u00e9trangers \u00bb est une \u00ab institution sociale \u00bb qui, comme le dit Marc Bernardot, connait une recomposition permanente face \u00e0 des circonstances fluctuantes et ne se fixe jamais dans une forme d\u00e9finitive (Bernardot 2008, 43). Au premier plan de ces circonstances fluctuantes, on compte les luttes de migrants, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des centres de d\u00e9tention. Qu\u2019elles comportent des actions spectaculaires, comme les presque soixante d\u00e9tenus aux l\u00e8vres cou- sues dans le c\u00e9l\u00e8bre centre de d\u00e9tention australien de Woomera, ou des actes de sabotage et d\u2019\u00e9vasion volontaires, comme ce qui s\u2019est pass\u00e9 lorsque des migrants tunisiens ont mis le feu \u00e0 un \u00ab centre de r\u00e9ception \u00bb et ont pris la fuite dans les rues de l\u2019\u00eele italienne de Lampedusa en 2011, ces luttes am\u00e8nent des changements qui montrent que le camp n\u2019est nullement une institution fig\u00e9e privant les migrants de leur facult\u00e9 de r\u00e9volte.<br \/>\nLes dispositions, institutions et espaces susceptibles de recevoir le qualificatif de camp sont si divers et leur \u00e9tendue si vaste que le terme menace de perdre la prise analytique qui l\u2019inscrit dans des configurations politiques et ontologiques plus importantes. Il faut aller au-del\u00e0 de l\u2019accent que met Agamben sur l\u2019exception souveraine et la privation de droits ; pour cela, il faut \u00e9tudier plus pr\u00e9cis\u00e9ment diff\u00e9rents types de centres de d\u00e9tention et le r\u00f4le qu\u2019ils jouent plus largement dans des processus relatifs \u00e0 la gouvernance des migrations, la fronti\u00e9risation temporelle et les expulsions. Cela signifie analyser les appareils de pouvoir qui ont un effet sur les mouvements migratoires, plus particuli\u00e8rement les m\u00e9thodes de s\u00e9lection et de filtrage qui visent \u00e0 corr\u00e9ler ces mouvements aux besoins r\u00e9els et fantasm\u00e9s des villes, des \u00c9tats et des r\u00e9gions. Souligner la dimension temporelle de la d\u00e9tention am\u00e8ne \u00e0 reconsid\u00e9rer les techniques actuelles de contr\u00f4le migratoire \u00e0 la lumi\u00e8re des rythmes asynchrones du transit, de la prolongation et de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration. Ces tempos et ces timings traversent les exp\u00e9riences sub- jectives des corps et des esprits en mouvement, et sont aussi cruciaux pour l\u2019inscription de ce mouvement dans les dynamiques du march\u00e9 du travail, dans le tissu social et symbolique de la citoyennet\u00e9. Comme l\u2019\u00e9crivent Efthimia Panagiotidis et Vassilis Tsianos, \u00ab la gouvernance des mouvements migratoires vise \u00e0 int\u00e9grer leur dynamique dans des zones temporelles de mobilit\u00e9 hi\u00e9rarchis\u00e9e afin de produire, \u00e0 partir de flux ingouvernables, des sujets mobiles gouvernables \u00bb (Panagiotidis et Tsianos 2007, 82). Rutvica Andrijasevic explique que cette approche rompt \u00ab la lin\u00e9arit\u00e9 progressive suivant laquelle les d\u00e9placements des migrants sont g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9peints (c\u2019est-\u00e0-dire depuis A, origine, \u00e0 B, destination) \u00bb et attire l\u2019attention sur \u00ab les interruptions et les dis- continuit\u00e9s : l\u2019attente, la dissimulation, les d\u00e9viations impromptues, les campements, escales, fuites et retours \u00bb (Andrijasavic 2010b, 158). \u00c9crivant \u00e0 propos des camps dans les pays voisins du sud de l\u2019UE, elle rejoint notre approche quand elle explique qu\u2019ils n\u2019ont pas simplement pour objet d\u2019emp\u00eacher ou de bloquer les mouvements migratoires en g\u00e9n\u00e9ral, mais aussi de r\u00e9guler le temps et la vitesse des migrations.<br \/>\nOn peut conceptualiser les liens entre le syst\u00e8me de d\u00e9tention administrative et la mise en forme des march\u00e9s du travail en pr\u00e9sentant le centre de d\u00e9tention comme un \u00ab sas de d\u00e9compression \u00bb (Mezzadra et Neilson 2003) qui \u00e9quilibre, de la fa\u00e7on la plus violente qui soit, les tensions constitutives sous-jacentes \u00e0 l\u2019existence m\u00eame des march\u00e9s du travail. Pour revenir \u00e0 notre discussion pr\u00e9alable sur la pratique de benching des informaticiens indiens en les retirant temporairement du march\u00e9 du travail, nous pouvons \u00e0 pr\u00e9sent \u00e9tablir un parall\u00e8le entre les aspects temporels de cette pratique et les strat\u00e9gies de suspension propres \u00e0 la d\u00e9tention administrative. La mise sur la touche des travailleurs en location \u00e0 court terme induit une forme de fronti\u00e9risation qui les s\u00e9pare des informaticiens \u00ab normaux \u00bb sur le march\u00e9 national du travail, et peut aussi se lire comme une forme de r\u00e9tention temporelle, \u00e9trangement similaire \u00e0 la r\u00e9gulation temporelle qui se pratique dans les camps de d\u00e9tention. La situation des travailleurs en location \u00e0 court terme est comparable \u00e0 celle des migrants \u00ab ill\u00e9gaux \u00bb violemment confin\u00e9s dans ces institutions, dans la mesure o\u00f9 les deux font intervenir des strat\u00e9gies de suspension temporelle qui stratifient l\u2019entr\u00e9e dans le march\u00e9 national du travail et son administration. Il faut surtout noter qu\u2019il existe des diff\u00e9rences concr\u00e8tes et v\u00e9cues brutales entre ces exemples de r\u00e9tention et d\u00e9tention, mais les fronti\u00e8res temporelles qu\u2019elles instituent peuvent \u00eatre soumises \u00e0 une analyse qui fait aussi ressortir leurs similitudes. Ce parall\u00e8le montre que les zones de r\u00e9tention temporelle engendr\u00e9es par le benching mettent en jeu des processus de suspension, de d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration et de cadencement de la m\u00eame fa\u00e7on que les \u00ab zones temporelles de mobilit\u00e9 hi\u00e9rarchis\u00e9e \u00bb que cr\u00e9ent les syst\u00e8mes de d\u00e9tention en se combinant avec les autres \u00e9l\u00e9ments des politiques migratoires tels que les syst\u00e8mes \u00e0 points.<br \/>\nQuand on observe la dimension globale de la pratique de location de main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 court terme (la relation de ces travailleurs \u00e0 leurs familles en Inde, \u00e0 des travailleurs de l\u2019informatique dans la m\u00eame situation en Australie ou aux \u00c9tats-Unis, aux interm\u00e9diaires situ\u00e9s dans des lieux tels que Singapour ou Kuala Lumpur, etc.), on voit se dessiner en quoi ces processus temporels ne sont pas n\u00e9cessairement coextensifs aux fronti\u00e8res spatiales, mais comment ils servent \u00e0 les reconfigurer, les renforcer et les moduler. Le benching n\u2019est que l\u2019un des nombreux dispositifs qui canalisent et filtrent la mobilit\u00e9 des informaticiens indiens \u00e0 travers le syst\u00e8me de location de main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 court terme, en restreignant leur acc\u00e8s \u00e0 la libert\u00e9 suivant des modalit\u00e9s d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment calcul\u00e9es et strat\u00e9giques, qui manipulent et faussent le rapport classique entre offre et demande en travail. Si l\u2019exp\u00e9rience des centres de d\u00e9tention nous permet de comprendre en partie l\u2019exp\u00e9- rience du benching, le contraire est aussi vrai. Si on les observe en les comparant au benching, les centres de d\u00e9tention semblent \u00eatre bien davantage li\u00e9s \u00e0 la production et \u00e0 la reproduction de la force de travail comme marchandise qu\u2019\u00e0 l\u2019exercice du pouvoir souverain sur la vie nue. Nous avons l\u00e0 un exemple frappant de la diff\u00e9rence produite par une analyse des fronti\u00e8res temporelles. Sans perdre de vue la violence exerc\u00e9e par le camp, l\u2019attention se d\u00e9place vers un examen des r\u00f4les que jouent la production l\u00e9gale de l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 et la condition d\u2019expulsabilit\u00e9 dans la synchronisation de mouvements migratoires tumultueux avec la logique flexible et financiaris\u00e9e du capitalisme contemporain. Cela n\u00e9cessite de pr\u00eater attention aux travers\u00e9es de fronti\u00e8res interna- tionales et aussi \u00e0 la fa\u00e7on dont ces mouvements r\u00e9sonnent \u00e0 travers les fronti\u00e8res int\u00e9rieures des \u00c9tats-nations et les territoires urbains de l\u2019espace m\u00e9tropolitain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Australie \u00ab\u00a0Depuis les \u00e9lections du. 18 mai, qui ont reconduit au pouvoir un gouvernement conservateur qui maintenu une politique tr\u00e8s dure visant \u00e0 dissuader les demandes d\u2019asile, il y a eu des dizaines de tentatives de suicide et d\u2019actes d\u2019auto-mutilation dans les centres pour r\u00e9fugi\u00e9s.(\u2026) La situation est devenue particuli\u00e8rement tragique sur Manus, une \u00eele &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/fin-juin-debut-juillet-au-fil-des-camps\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Fin  juin-d\u00e9but juillet : au fil des \u00ab\u00a0camps\u00a0\u00bb&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":117,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[18],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=116"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":161,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116\/revisions\/161"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/media\/117"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=116"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=116"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/frontieres\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=116"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}