Autres textes de Sandro Mezzadra et Brett Neilson disponibles en français

ARTICLES

« Entre extraction et exploitation : des mutations en cours dans l’organisation de la coopération sociale » Sandro Mezzadra, Brett Neilson, traduit de l’anglais par Alexis Cukier
Dans Actuel Marx 2018/1 (n° 63)

Cet article vise un remaniement du concept d’exploitation dans le cadre d’un programme de recherche plus large sur le capitalisme contemporain, s’attachant à la centralité d’une logique « extractive » dans la mise en forme des opérations du capital dans des domaines aussi déterminants que la logistique et la finance. Prenant pour fil conducteur l’analyse des luttes sociales contemporaines, les auteurs abordent les failles, les tensions et frictions entre la coopération sociale et l’expérience incarnée du travail vivant comme un point de vue privilégié pour repenser l’exploitation. Les questions relatives à l’exploitation dans ses rapports à la dépossession, au pouvoir et à la domination, sont discutées à partir de l’analyse marxienne des notions d’exploitation et de coopération. L’article se conclut sur une section plus politique, centrée sur la possibilité et les limites d’un projet (« réformiste ») de « normalisation » de l’exploitation, et d’une politique de classe aujourd’hui.

Combien d’histoires du travail ? Vers une théorie du capitalisme postcolonial   Sandro Mezzadra Revue Période (Merci au lecteur qui nous a signalé cet oubli)

« La mondialisation invite à repenser le concept de « travail » à l’échelle mondiale. Sandro Mezzadra propose ici une relecture de Dipesh Chakrabarty pour déconstruire ce que la tradition du mouvement ouvrier européen a entendu par « travail ». Dans cet essai programmatique, Mezzadra nous invite à envisager conjointement le travail salarié « libre » et le travail dépendant, « forcé » et à concevoir la domination du capital non seulement comme une domination économique, mais comme une transformation des formes de vie, des subjectivités. Au-delà des arguments et des notions en dissonance avec le marxisme, cette contribution constitue une mise en discussion stimulante des présupposés du mouvement ouvrier occidental. »

« Frontières et inclusion différentielle »
Sandro Mezzadra et Brett Neilson
Dans Rue Descartes 2010/1 (n° 67),

Qu’il soit ou non possible de définir notre époque comme « l’âge des migrations » , il est de fait que les migrations posent à notre temps des défis fondamentaux. Pour saisir et conceptualiser pleinement ces défis, il est indispensable de considérer leur rapport à la subjectivité politique. C’est une tâche particulièrement urgente, dans la situation dans laquelle nous nous trouvons, telle qu’elle est façonnée par la crise économique mondiale. S’interroger sur les multiples façons dont les migrations ont contribué à la généalogie de la crise, crise qui affecte la condition des migrants dans le monde entier et à laquelle les migrants réagissent est même l’une des tâches les plus urgentes auxquelles nous sommes confrontés.
Nous sommes nombreux, au cours des dix dernières années, à avoir analysé les mouvements transfrontaliers et les luttes autour des frontières (border struggles), qui modifient profondément le marché du travail, mais aussi la forme et les composantes de la citoyenneté à travers les divers espaces du globe. « Emploi précaire », « inclusion différentielle » et « prolifération des frontières » sont quelques-uns des concepts devenus cruciaux, à la fois pour la recherche individuelle et collective et pour notre engagement politique en matière de migrations. S’intéresser aux mouvements transfrontaliers et aux luttes frontalières ouvre une perspective originale et productive sur le débat relatif à la « précarité », qui a connu une virulence particulière dans toute l’Europe continentale au cours de la dernière décennie, mais qui commence aussi à se manifester ailleurs. Ces mouvements et ces querelles révèlent les tensions, les revendications subjectives et les dynamiques conflictuelles qui marquent le domaine de la précarité, battant en brèche la tendance à fournir des descriptions sociologiques neutres et anodines sur les processus de flexibilité néo-libérale du marché du travail et de désarticulation de la citoyenneté.

« Temps historique et sémantique politique dans la critique post-coloniale »
Sandro Mezzadra
Dans Multitudes 2006/3 (no 26)

L’homogénéité de l’espace, du temps et de la valeur, a écrit récemment le philosophe allemand Peter Sloterdijk, a représenté longtemps le « style logique » de la Weltgeschichte, la grande narration qui, à partir du XVIIIe siècle, a accompagné et scandé le processus matériel d’unification de la planète . Considérée de ce point de vue, la condition contemporaine est décidément dépaysante. D’une part, cette homogénéité semble triompher, se faire monde justement, dans le contexte des processus de « globalisation » ; de l’autre, précisément pour la forme que ces processus ont empruntée, notre regard tend plutôt à se fixer, pour citer encore Sloterdijk, sur « les fissures, les turbulences, les irrégularités » qui résistent à toute « simplification géométrique »  (P. Sloterdjik, L’ultima sfera. Breve storia filosofica della…)
C’est précisément dans la tension entre ces deux polarités de notre expérience contemporaine que se situe la contribution que les études dites « postcoloniales » peuvent offrir à l’historiographie …. Dans le contexte du fructueux travail de redéfinition de la géographie disciplinaire auquel nous avons pu assister ces dernières années, à partir de la prise de conscience de la crise des historiographies « nationales », autour de la catégorie de world history, la critique postcoloniale autorise à opérer une manœuvre que nous pourrions qualifier de « kantienne », investissant directement — et renouvelant en profondeur — les modalités de la représentation du temps et de l’espace qui articulent la narration historique.
Dans la présente intervention, je me contenterai de présenter, sous forme d’exemplification stylisée, certaines considérations préliminaires à ce sujet. C’est au fond notre propre compréhension de la modernité qui est ici en jeu, alors que la problématisation de la dimension subjective de l’expérience historique, qui constitue un des centres de gravité des études postcoloniales, soulève des questions cruciales pour une pensée critique du présent.

« de Woomera à Baxter
temps exceptionnels et espaces non gouvernementaux »
Brett Neilson et Angela Mitropoulos
Dans Vacarme 2006/1 (n° 34)

Le partage qu’opère une frontière n’est pas seulement territorial : il l’est même de moins en moins, tant les limites paraissent aussi mobiles que ceux qui tâchent de les franchir, révélant la sujétion de l’espace géographique au temps de la décision souveraine. La frontière partage aussi ceux qui s’y opposent, du dedans ou du dehors, au nom de l’horizon national ou contre lui. Que, de cette partition, surgisse une lutte réellement partagée, relève du coup de l’exception.

« insurrection destituante
Entretien avec le collectif argentin Situaciones »
Sandro Mezzadra
Dans Vacarme 2005/3 (n° 32)

Les 19 et 20 décembre 2001, à Buenos Aires, des travailleurs et des chômeurs, mais aussi des étudiants, des retraités et une bonne partie de la classe moyenne, descendent dans les rues au son des casseroles pour protester contre la dégradation de leurs conditions de vie. L’état de siège est déclaré. Des assemblées de quartier se forment. Dans cet entretien réalisé en juillet 2004, le collectif Situaciones revient sur le processus de destitution des institutions politiques engagé depuis ces journées de mobilisation.
Depuis 1999, je vais chaque année à Buenos Aires. J’ai connu la ville au crépuscule du ménémisme, je suis revenu à l’automne 2002 avec encore dans les yeux les images de la révolte de décembre. C’est alors que j’ai rencontré les camarades du Colectivo Situaciones : ils ont été mes guides dans le labyrinthe du mouvement argentin, ils m’ont fait connaître les assemblées de barrio et les usines « récupérées » ; avec eux je suis allé dans la banlieue de Buenos Aires, où est née une des expériences les plus radicales et les plus intéressantes du mouvement piquetero, le MTD (Mouvement des travailleurs au chômage) de Solano. Nous nous sommes revus en juillet 2004, et il nous a semblé opportun d’essayer de faire le point sur la situation argentine aujourd’hui, si différente, sous beaucoup d’aspects, du contexte de nos premières rencontres.
Autour de la table, Veronica Gago, Mario Santucho, Sebastián Scolnik et Diego Sztulwark. Nous buvons l’incontournable mate et nous parlons : lentement émergent un récit et une analyse collective, dans laquelle il ne semble pas nécessaire de distinguer les différentes voix.

« Capitalisme, migrations et luttes sociales
Notes préliminaires pour une théorie de l’autonomie des migrations »
Sandro Mezzadra .
Dans Multitudes 2004/5 (no 19),

L’auteur discute quelques-uns des défis soulevés par le développement actuel des théories et des études sur les migrations internationales. Les modèles théoriques « hydrauliques » basés sur des mécanismes de push et de pull connaissent une crise profonde face aux migrations globales contemporaines. Le rôle joué par les migrants dans la production de nouveaux espaces sociaux transnationaux et de nouveaux réseaux politiques, sociaux et même économiques, est pris en compte par un nombre croissant de chercheurs, représentants de la « nouvelle économie des migrations ». Le but de cet article, qui est à lire comme la présentation d’un programme de recherche, est d’esquisser quelques-uns des traits principaux d’un nouveau cadre théorique, tout en assurant l’articulation avec une analyse critique des transformations de la citoyenneté, du marché du travail et de la « composition de classe » à l’ère globale.

« De la communauté d’intérêts à la lutte de classe
“Constitution du travail” et migrations dans les écrits de Max Weber sur les travailleurs agricoles « 
Sandro Mezzadra
Dans Multitudes 2004/5 (no 19)

Dans ses écrits de jeunesse, où il étudiait les travailleurs agricoles des provinces de Prusse orientale (1892-1897), Max Weber décrit avec une grande acuité les tensions causées, simultanément et de façon intimement liée, par les transformations de régimes économiques et par les phénomènes migratoires. Entre idéaux nationalistes, conquête du marché mondial, luttes de classe et concurrence transnationale entre travailleurs, ces écrits sont pleins d’enseignements pour comprendre la pensée de Weber ainsi que d’échos anticipateurs des débats actuellement en cours sur les questions migratoires.

CONTRIBUTIONS d’OUVRAGE

Staatsprojekt EUropa

L’EUROPE DES FLUX
. Migrations, travail et crise de l’Union Européenne

Eterotopia

Postface de Sandro Mezzadra
Rayon: Sociologie
Collection : A’ Présent
Parution: 10 Novembre 2017

L’ouvrage: La crise de l’UE est devenue une matière brûlante et extrêmement politisée, qui est en train de donner lieu à un faux débat entre les « souverainistes » et les « européistes ». Il existe pourtant une question qui n’est pas classable entre ces deux positions contraires, mais complémentaires : le phénomène migratoire. A partir de la soi-disant « crise des réfugiés », du Brexit et de la remise en cause de « Schengen », le livre essaie de répondre aux questions suivantes : comment la régression de la libre circulation des personnes rétroagit-elle sur les institutions de l’UE et sur le projet d’intégration ? Qu’en est-il de l’euro, basé entre autre sur la mobilité des travailleurs ? Quels concepts peuvent être mobilisés pour comprendre les formes de domination des migrants ? A-t-on affaire à de nouvelles typologies d’exclusion qui modèlent les rapports de production aussi bien que la sphère politico-idéologique ?
Les auteurs :: Le groupe de recherche « Staatsprojekt EUropa » (http://www.staatsprojekt-europa.eu/) a produit plusieurs articles, livres collectifs et individuels et des numéros de revues. En conjuguant une théorie matérialiste des apparats étatiques à une regard attentif aux discours et aux pratiques qui hégémonisent les sphères institutionnelles, le « Projet étatique EUrope » articule un cadre d’ensemble des forces en présence et des rapports de pouvoir qui participent au projet d’intégration européenne, tant du point de vue économique et juridique, que de celui politique et culturel.

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