{"id":415,"date":"2021-11-24T11:45:22","date_gmt":"2021-11-24T10:45:22","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/?p=415"},"modified":"2021-12-09T09:25:32","modified_gmt":"2021-12-09T08:25:32","slug":"epidemies-et-confinement-ii-quarantaines-et-lazarets","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/2021\/11\/24\/epidemies-et-confinement-ii-quarantaines-et-lazarets\/","title":{"rendered":"\u00c9pid\u00e9mies et confinement (II) : Lazarets et quarantaine"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Des l\u00e9proseries aux lazarets ? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si il parait donc impossible d&rsquo;\u00e9tablir l&rsquo;existence d&rsquo;un mode simple et r\u00e9current de gestion de la l\u00e8pre \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale, des principes et dispositions associ\u00e9s \u00e0 cette \u00e9pid\u00e9mie semblent toutefois avoir jou\u00e9 un r\u00f4le notable dans la gestion du fl\u00e9au qui, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, lui succ\u00e9da, c&rsquo;est \u00e0 dire la peste. Dans sa contribution, \u00a0\u00bb The Renaissance Institution of Quarantine\u00a0\u00bb au recueil <em><a href=\"https:\/\/boydellandbrewer.com\/9781843838753\/the-fifteenth-century-xii\/\">Society in the Age of Plague <\/a><\/em>, Jane Stevens Crawshaw note que \u00ab\u00a0L&rsquo;exp\u00e9rience de la l\u00e8pre a permis \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de concevoir la contagiosit\u00e9 de la peste et de trouver les moyens d&rsquo;y faire face.\u00a0\u00bb La reconnaissance de la possibilit\u00e9 d&rsquo;une propagation par simple proximit\u00e9 ou contact, dont t\u00e9moignaient caricaturalement les diverses interdictions encadrant l&rsquo;existence des l\u00e9preux, trouv\u00e8rent effectivement tr\u00e8s rapidement un \u00e9cho dans les mesures prises en temps de peste vis \u00e0 vis des maisons des malades, claquemur\u00e9es et surveill\u00e9es nuit et jour pour emp\u00eacher les habitants d&rsquo;en sortir. La continuit\u00e9 dans la gestion des deux \u00e9pid\u00e9mies fut peut-\u00eatre aussi \u00ab\u00a0institutionnelle\u00a0\u00bb selon Crawshaw : \u00a0\u00bb Les structures mises en place pour loger les l\u00e9preux et les victimes de la peste ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es par certains historiens comme constituant deux g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;une m\u00eame institution. Les \u00e9pid\u00e9mies de peste devinrent fr\u00e9quentes \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la l\u00e8pre \u00e9tait sur le d\u00e9clin. Les l\u00e9proseries se vidant, elles devenaient donc disponibles pour cr\u00e9er des h\u00f4pitaux r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la peste.\u00a0\u00bb Ce fut ainsi le cas \u00e0 Marseille en 1476 ( selon Eugenia Tognotti in \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC3559034\/\">Lessons from the History of Quarantine, from Plague to Influenza A<\/a>\u00ab\u00a0). <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;effet de la peste noire de 1348 sur les l\u00e9proseries a en effet \u00e9t\u00e9 bien plus que conjoncturel, Guenter B. Risse dans <em><a href=\"https:\/\/global.oup.com\/academic\/product\/mending-bodies-saving-souls-9780195055238?cc=fr&amp;lang=en&amp;\">Mending Bodies, Saving Souls. A History of Hospitals<\/a><\/em> avance ainsi, qu&rsquo;en plus des ravages imm\u00e9diats de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie, \u00ab\u00a0Suite \u00e0 la Peste Noire, les revenus des baux agricoles [ les revenus tir\u00e9s des terres donn\u00e9es aux l\u00e9proseries par leurs r\u00e9sidents ou leurs bienfaiteurs] s&rsquo;\u00e9croul\u00e8rent \u00e0 cause de la p\u00e9nurie de main d&rsquo;oeuvre et de la hausse des co\u00fbts des travaux agricoles. Le sentiment que les l\u00e9preux vivaient dans un relatif confort dans leur splendide isolement transforma les anciennes pulsions charitables en hostilit\u00e9 et m\u00eame en haine. Dans ces circonstances les l\u00e9proseries connurent une chute vertigineuse des donations, ce qui mena \u00e0 la ruine des plus petites institutions ne disposant pas de soutiens importants.\u00a0\u00bb L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une conversion progressive des l\u00e9proseries en lazarets contre la peste est parue d&rsquo;autant plus probable du fait d&rsquo;une d\u00e9nomination parfois commune, m\u00eame si il s&rsquo;agit probablement d&rsquo;une confusion : \u00ab\u00a0Le terme lazaret vient du mot italien<em> lazzaretto<\/em> qui serait lui-m\u00eame une d\u00e9formation de Nazareth. En effet, ce fut sur un \u00eelot de la lagune de Venise, d\u00e9nomm\u00e9 Santa Maria di Nazareth, que fut fond\u00e9 en 1423 le premier \u00e9tablissement destin\u00e9 en Europe \u00e0 mettre en quarantaine les pestif\u00e9r\u00e9s. Dans les textes des XVI<sup>e<\/sup> et XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles un tel \u00e9tablissement est d\u00e9sign\u00e9 parfois sous le nom de sanitat, qui est emprunt\u00e9 lui aussi \u00e0 l&rsquo;italien <em>Sanit\u00e0<\/em>, institution mise en place en 1486 par la r\u00e9publique de Venise pour administrer ses lazarets, qui \u00e9taient, depuis 1471, au nombre de deux&nbsp;: le <em>lazzaretto vecchio<\/em> et le <em>lazzaretto nuovo<\/em> (ce dernier destin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00e9bergement des convalescents). Lazaret n&rsquo;a donc pas grand-chose \u00e0 voir avec saint Lazare (par ailleurs patron des l\u00e9preux et non des pestif\u00e9r\u00e9s), mais r\u00e9sulte n\u00e9anmoins tr\u00e8s vraisemblablement d&rsquo;une contamination linguistique avec le nom de Lazare (Nazaretto \/ Lazzaretto).\u00a0\u00bb (Pierre-Louis Laget, <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/insitu\/1225\">Les lazarets et l&rsquo;\u00e9mergence de nouvelles maladies pestilentielles au XIXe et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p>Notons aussi que cette question d&rsquo;une forme de transition, des perceptions, institutions et modes de lutte contre la maladie (confinement ou expulsion des malades), de la l\u00e8pre \u00e0 la peste est significative car doublement paradoxale. Paradoxe de la l\u00e8pre, \u00e9rig\u00e9e en mod\u00e8le de la contagion et des peurs qui l&rsquo;accompagnent alors qu&rsquo;elle l&rsquo;est effectivement tr\u00e8s peu et qu&rsquo;elle n&rsquo;a probablement pas \u00e9t\u00e9 aussi r\u00e9pandue au Moyen-\u00e2ge qu&rsquo;on a pu le croire un temps. Et paradoxe de l&rsquo;usage de cette notion de contagion dans la balbutiante \u00e9tiologie de la peste comme le souligne Ann G. Carmichael dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cambridge.org\/core\/journals\/renaissance-quarterly\/article\/abs\/contagion-theory-and-contagion-practice-in-fifteenthcentury-milan\/F60F61EF6E4F4E9DA08DC34C5DCEEA25\">Contagion Theory and Contagion Practice in Fifteenth-Century Milan<\/a>\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Le terme \u00ab\u00a0contagion\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas tr\u00e8s utile quand on veut comprendre et combattre la diffusion de la peste bubonique. La peste est une maladie complexe qui se transmet des rongeurs aux humains via les moustiques, et la transmission interhumaine n&rsquo;est pas courante. De plus les humains ne d\u00e9veloppe pas d&rsquo;immunit\u00e9 de long terme \u00e0 la peste et ne peuvent maintenir le micro-organisme dans la population en l&rsquo;absence de rongeurs infect\u00e9s et de leurs moustiques. (&#8230;) N\u00e9anmoins, les histoires populaires de la m\u00e9decine et de la sant\u00e9 publique, louent l&rsquo;\u00e9mergence des th\u00e9ories et des pratiques se basant sur l&rsquo;id\u00e9e de contagion comme la pointe avanc\u00e9e des d\u00e9fenses europ\u00e9ennes contre les pestes r\u00e9currentes.\u00a0\u00bb L&rsquo;importance primordiale des d\u00e9terminants culturels et conjoncturels dans la perception de la contagion et plus g\u00e9n\u00e9ralement de la maladie jusqu&rsquo;au XIXe, voire au-del\u00e0, suppose donc de ne pas approcher trop \u00ab\u00a0m\u00e9caniquement\u00a0\u00bb le rapport entre \u00e9pid\u00e9mies et confinement ainsi que le notait Jacques Revel dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/rhmc_0048-8003_1970_num_17_4_2125\">Autour d&rsquo;une \u00e9pid\u00e9mie ancienne : la peste de 1666-1670&Prime; <\/a> : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;elles ressortissent de la police ou de la sant\u00e9, les mesures prises sont solidaires de la repr\u00e9sentation confuse et illogique de la maladie.\u00a0\u00bb Repr\u00e9sentation \u00ab\u00a0confuse et illogique\u00a0\u00bb qui n&rsquo;en refl\u00e9tait certes pas moins certaines logiques sociales plus \u00ab\u00a0coh\u00e9rentes\u00a0\u00bb&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9tiologie de la peste et les pauvres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On trouve dans le texte \u00a0\u00bb De la lutte contre la peste au contr\u00f4le social\u00a0\u00bb, publi\u00e9 dans le recueil, et tir\u00e9 du classique de Ann G. Carmichael <a href=\"https:\/\/www.cambridge.org\/9781107634367\"><em>Plague and the Poor in Renaissance Florence<\/em><\/a>, un tableau succinct des premi\u00e8res mesures prises contre l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie par les cit\u00e9s-\u00c9tats italiennes au XIVe et XVe si\u00e8cle et de l&rsquo;\u00e9mergence souvent fastidieuse des lazarets comme centres sp\u00e9cifiques de confinement des malades lors des vagues de peste. Mis \u00e0 part une n\u00e9cessaire mise au point sur un \u00e9ventuel mod\u00e8le disciplinaire \u00ab\u00a0sorti tout arm\u00e9\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie, le texte de Carmichael et d&rsquo;autres, contemporains et ult\u00e9rieurs, ont le grand m\u00e9rite de souligner les interactions entre \u00e9volution de l&rsquo;\u00e9tiologie de la maladie et gestion de la pauvret\u00e9 dans l&rsquo;Europe du XVe et XVIe si\u00e8cle. Brian Pullan dans sa contribution \u00ab\u00a0Plague and perceptions of the poor in early modern Italy\u00a0\u00bb au recueil <a href=\"https:\/\/www.cambridge.org\/core\/books\/epidemics-and-ideas\/208B4F0D12D1E7FA59FCDD5B2467805B\"><em>Epidemics and ideas. Essays on<\/em> <em>the historical perception of pestilence<\/em><\/a>, note ainsi : \u00ab\u00a0Les th\u00e9ories de la contagion, qui consid\u00e9raient que la peste \u00e9tait convoy\u00e9e des r\u00e9gions infest\u00e9es aux r\u00e9gions non infest\u00e9es, gagna du terrain \u00e0 partir de la moiti\u00e9 du XVe si\u00e8cle parmi les administrateurs des villes et probablement \u00e0 partir du XVIe chez les m\u00e9decins jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les termes de \u00ab\u00a0peste\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0contagion\u00a0\u00bb deviennent quasiment synonymes. Elles ne prirent pas tant la place de, mais plut\u00f4t place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des th\u00e9ories miasmatiques [ou a\u00e9ristes], accentuant la tendance r\u00e9gnante \u00e0 faire porter le bl\u00e2me des \u00e9pid\u00e9mies sur les \u00e9trangers. C&rsquo;est la peur de ces derniers qui poussaient les vagabonds et peut-\u00eatre aussi les prostitu\u00e9s dans une position marginale qui leur interdisait quasiment toute compassion de la part de la soci\u00e9t\u00e9; ils devinrent des candidats privil\u00e9gi\u00e9s \u00e0 l&rsquo;expulsion, ou au moins \u00e0 l&rsquo;isolation et l&#8217;emprisonnement, tant que durait l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Neil Murphy dans sa contribution \u00ab\u00a0Plague Ordinances and the Management of Infectious Diseases in Northern French Towns, c.1450\u2013c.1560\u00a0\u00bb au recueil <em><a href=\"https:\/\/boydellandbrewer.com\/9781843838753\/the-fifteenth-century-xii\/\">Society in the Age of Plague<\/a><\/em> va dans le m\u00eame sens : \u00a0\u00bb Les inqui\u00e9tudes quant \u00e0 la contagion convergeaient avec la volont\u00e9 d&rsquo;imposer une r\u00e9forme morale aux populations urbaines, particuli\u00e8rement aux pauvres. Beaucoup des mesures adopt\u00e9es par les magistrats cherchaient \u00e0 r\u00e9guler les comportements des classes d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9es.\u00a0\u00bb Murphy souligne \u00e9galement le m\u00eame tournant \u00e9tiologique et son spectre social : \u00ab\u00a0Une telle intol\u00e9rance vis \u00e0 vis des pauvres errants d\u00e9coulait de la croyance d\u00e9sormais r\u00e9pandue qu&rsquo;ils \u00e9taient les premiers vecteurs de la maladie ; et les ordonnances prises contre la peste devinrent bient\u00f4t des ordonnances contre les pauvres (&#8230;) La peste offrait une opportunit\u00e9 aux magistrats de mettre au pas ceux qu&rsquo;ils consid\u00e9raient comme des parasites et les mesures prises contre les pauvres non m\u00e9ritants refl\u00e9taient les inqui\u00e9tudes plus larges concernant l&rsquo;oisivet\u00e9 et le vagabondage dans la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Samuel K. Cohn Jr dans <em><a href=\"https:\/\/oxford.universitypressscholarship.com\/view\/10.1093\/acprof:oso\/9780199574025.001.0001\/acprof-9780199574025\">Cultures of Plague. Medical Thinking at the End of the Renaissance<\/a><\/em> remarque qu&rsquo;\u00e0 partir de 1400 la maladie semble avoir pris un \u00ab\u00a0biais de classe\u00a0\u00bb marqu\u00e9, ce qui n&rsquo;avait pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 certains contemporains :  \u00a0\u00bb Au moins un m\u00e9decin du XVIe si\u00e8cle, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Giovanni_Ingrassia\">Giovanni Filippo Ingrassia<\/a>, se pencha sur des diff\u00e9rences historiques dans l&rsquo;\u00e9volution sociale de la maladie. En 1576 il remarqua que les pestes italiennes des ann\u00e9es 1360 \u00e9taient diff\u00e9rentes dans leur effets sociaux des pestes de son temps : d\u00e9sormais les maladies \u00e9taient confin\u00e9es \u00e0 la pl\u00e8be la plus mis\u00e9rable ( \u00ab\u00a0poveretti plebei\u00a0\u00bb).\u00a0\u00bb Cela ne manqua pas de se r\u00e9percuter sous forme de nouvelles instructions sanitaires : \u00ab\u00a0D\u00e9s le d\u00e9part, les docteurs m\u00e9di\u00e9vaux savaient que leur nouveau fl\u00e9au \u00e9tait hautement contagieux et au XVe si\u00e8cle ils conseillaient \u00e0 leurs patients d&rsquo;\u00e9viter les lieux o\u00f9 se rassemblaient des foules, particuli\u00e8rement les places et singuli\u00e8rement les lieux clos comme les \u00e9glises. N\u00e9anmoins en d\u00e9signant ces endroits, ceux qui \u00e9crivaient sur la peste avant 1575 n&rsquo;op\u00e9raient pas de discrimination sociale, c&rsquo;est \u00e0 dire ne consid\u00e9raient pas certains endroits plus dangereux selon la g\u00e9ographie sociale de la ville. C&rsquo;est ce qu&rsquo;ils firent en 1575 et par la suite : les endroits o\u00f9 les pauvres se r\u00e9unissaient et r\u00e9sidaient \u00e9taient d\u00e9sormais vus comme de dangereux foyers de la maladie. Ingrassia conseilla d&rsquo;\u00e9viter toute interaction avec la pl\u00e8be pendant la peste sicilienne de 1575  : \u00a0\u00bb leurs corps et v\u00eatements \u00e9taient grossiers et n\u00e9glig\u00e9s, laids et pleins de crasse\u00a0\u00bb et ils infectaient ainsi de nombreuses personnes. Il \u00e9tait particuli\u00e8rement dangereux de se retrouver parmi \u00ab\u00a0cette multitude et cette confusion\u00a0\u00bb durant les mois d&rsquo;\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb ( Tout le septi\u00e8me chapitre du livre de Cohn, \u00ab\u00a0Plague and Poverty\u00a0\u00bb, regorge de d\u00e9tails sur cette nouvelle \u00ab\u00a0pl\u00e9bophobie\u00a0\u00bb en temps d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie). <\/p>\n\n\n\n<p>John Henderson dans <em><a href=\"https:\/\/yalebooks.yale.edu\/book\/9780300196344\/florence-under-siege\">Florence Under Siege. Surviving Plague in an Early Modern City<\/a><\/em> souligne lui aussi une certaine coexistence, d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9e plus haut, des th\u00e9ories contagionnistes et a\u00e9ristes : \u00a0\u00bb Au XVIe et XVIIe si\u00e8cle le terme le plus fr\u00e9quemment utilis\u00e9 pour d\u00e9crire la transmission de la maladie \u00e9tait celui de \u00ab\u00a0contagion\u00a0\u00bb, mais il est important de souligner qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait pas l\u00e0 de la reconnaissance de l&rsquo;existence d&rsquo;un pathog\u00e8ne pouvant passer de personne \u00e0 personne. Cette notion se basait principalement sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une corruption de l&rsquo;air et m\u00eame si on prend en compte les id\u00e9es, h\u00e9rit\u00e9es de Galien et d\u00e9velopp\u00e9es par Fracastoro, de \u00ab\u00a0semences de maladie\u00a0\u00bb ( <em>seminaria contigionis<\/em>) dispers\u00e9es dans l&rsquo;atmosph\u00e8re, cela ne repr\u00e9sente pas une pr\u00e9monition de la th\u00e9orie microbienne de Koch. C&rsquo;est un point important \u00e0 souligner, car il aide \u00e0 comprendre le r\u00f4le de l&rsquo;air et son rapport avec les id\u00e9es concernant la putr\u00e9faction et les odeurs dans les th\u00e9ories de la maladie et de sa transmission dans l&rsquo;Italie de l&rsquo;\u00e9poque.\u00a0\u00bb Et ses cons\u00e9quences sociales : \u00a0\u00bb Les croyances quant au r\u00f4le de la putr\u00e9faction dans la gen\u00e8se et la propagation de la maladie se trouvaient \u00e0 la base non seulement des conseils donn\u00e9s par les m\u00e9decins mais aussi des mesures prises par  la Sanit\u00e0. C&rsquo;est sur elles que s&rsquo;appuyaient les enqu\u00eates men\u00e9es dans les parties les plus pauvres de la ville et les actions prises contre les mendiants, mesures prises pour s&rsquo;assurer que la maladie ne soit pas g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la putr\u00e9faction de diverses effluences et mati\u00e8res en d\u00e9composition.\u00a0\u00bb En effet leur mode de vie et leur r\u00e9gime alimentaire \u00e9taient suppos\u00e9s pr\u00e9disposer les pauvres \u00e0 devenir les principaux vecteurs de la maladie et ce par leurs simples exhalations. Le docteur Antonio Righi, membre de la Sanit\u00e0 de Florence et auteur d&rsquo;une histoire de la peste de 1630, avertissant ainsi que la mauvaise alimentation des pauvres g\u00e9n\u00e9raient dans leurs corps de \u00ab\u00a0grandes masses d&rsquo;humeurs mauvaises\u00a0\u00bb qui avaient cr\u00e9\u00e9 en eux \u00ab\u00a0une putr\u00e9faction extraordinaire\u00a0\u00bb qui m\u00eame \u00e0 longue distance s&rsquo;\u00e9tait transform\u00e9e en peste. Ce genre de th\u00e9ories connurent une fortune certaine par la suite en Angleterre comme le nous verrons dans le troisi\u00e8me post de cette s\u00e9rie&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Plus craints que la mort elle-m\u00eame ? Les lazarets en temps d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au vu de ces conceptions on per\u00e7oit mieux l&rsquo;importance et l&rsquo;utilit\u00e9 pour les autorit\u00e9s des lazarets comme centre de confinement des malades r\u00e9els ou suppos\u00e9s. Si la mise en place de ces structures fut parfois laborieuse, certaines atteignirent des tailles impressionnantes pour l&rsquo;\u00e9poque. Le lazaret permanent de Milan, un des plus grands d&rsquo;Italie, fond\u00e9 en 1488, comptait 280 \u00ab\u00a0chambres\u00a0\u00bb et put accueillir jusqu&rsquo;\u00e0 16000 malades lors de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de 1630. Bien \u00e9videmment les personnes emmen\u00e9es au lazaret n&rsquo;avaient que peu de chances d&rsquo;en ressortir vivant ( certaines \u00e9tudes sugg\u00e8rent une mortalit\u00e9 des 2\/3 dans les lazarets <em>vecchio<\/em> et <em>nuovo<\/em> de Venise) d&rsquo;o\u00f9 leur sinistre r\u00e9putation. Toutefois plusieurs auteurs ont soulign\u00e9 qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait pas non plus uniquement de mouroirs ou de simples instruments de maintien du contr\u00f4le social en temps de crise. John Henderson note ainsi dans <em><a href=\"https:\/\/yalebooks.yale.edu\/book\/9780300196344\/florence-under-siege\">Florence Under Siege.<\/a><\/em> : \u00a0\u00bb Les politiques men\u00e9es par la ville et l&rsquo;\u00c9tat se fondaient sur un fort principe de contr\u00f4le social, de m\u00eame qu&rsquo;une discipline stricte se justifiait dans les plus petites communaut\u00e9s institutionnelles. Mais l&rsquo;histoire des lazarets de Florence est plus complexe et riche d&rsquo;aspects contradictoires. Quand on essaie d&rsquo;\u00e9valuer leur r\u00f4le et la mesure dans laquelle ils contribuaient \u00e0 la campagne contre la peste, il faut se souvenir que les h\u00f4pitaux d&rsquo;isolement n&rsquo;\u00e9taient pas enti\u00e8rement s\u00e9par\u00e9s du reste de la communaut\u00e9 qu&rsquo;ils servaient, que ce soit par la circulation des patients et du personnel ou par le trafic des objets vol\u00e9s. Les conditions \u00e9taient souvent horrifiques et m\u00eame les docteurs craignaient de rentrer en contact avec leurs patients. Il ne s&rsquo;agit toutefois pas que d&rsquo;une histoire de marginalisation des pauvres mais aussi celle d&rsquo;un grand courage et d&rsquo;un incroyable d\u00e9vouement.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>En effet se concentrer uniquement sur la fonction de mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart et de mise au pas ne rend pas justice aux soins bien r\u00e9els et de toute sorte qui \u00e9taient parfois prodigu\u00e9s dans ces lazarets et \u00e0 l&rsquo;oscillation constante entre exclusion et charit\u00e9 chez les autorit\u00e9s des cit\u00e9s-\u00c9tats. Jane Stevens Crawshaw dans <a href=\"https:\/\/www.routledge.com\/Plague-Hospitals-Public-Health-for-the-City-in-Early-Modern-Venice-1st\/Crawshaw\/p\/book\/9781138245891\"><em>Plague Hospitals. Public Health for the City in early Modern Venice<\/em><\/a> constate que \u00ab\u00a0Certains sites de confinement \u00e9taient pens\u00e9s pour prot\u00e9ger l&rsquo;ensemble de la ville, certains autres pour prot\u00e9ger les \u00e9l\u00e9ments et individus qu&rsquo;ils contenaient. Quelques institutions, comme les lazarets, combinaient ces deux fonctions. L&rsquo;utilisation du confinement pour les malades et ceux suspect\u00e9s de l&rsquo;\u00eatre permettait de g\u00e9rer un groupe social consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 la fois comme dangereux et digne de charit\u00e9. Consid\u00e9rer les lazarets dans ce contexte nous permet de saisir l&rsquo;influence que les h\u00f4pitaux r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la peste ont eu comme initiatives pr\u00e9coces pour organiser l&rsquo;espace urbain afin de nettoyer la ville moralement, physiquement et spirituellement.\u00a0\u00bb La m\u00eame Crawshaw souligne que les co\u00fbts importants g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par ces structures signalent une \u00ab\u00a0volont\u00e9 r\u00e9elle de soigner la peste\u00a0\u00bb et non simplement de confiner les malades entre quatre murs. <\/p>\n\n\n\n<p>Sur cet \u00ab\u00a0entre-deux\u00a0\u00bb du lazaret on peut aussi citer cette synth\u00e8se, qui en vaut d&rsquo;autres, de Morris J. Vogel dans sa contribution, \u00ab\u00a0The Transformation of the American Hospital\u00a0\u00bb au recueil <em><a href=\"https:\/\/www.cambridge.org\/core\/books\/institutions-of-confinement\/32A10B6CEB525E14F6473F6DEE8409EB\">Institutions of Confinement. Hospitals, asylums and prisons in Western Europe and North America, 1500-1950<\/a><\/em> : \u00ab\u00a0La maison de peste, une des institutions dont tangentiellement les h\u00f4pitaux tirent leur origine, fournissent un exemple particulier mais instructif des d\u00e9buts de l&rsquo;institution hospitali\u00e8re. Les maisons de peste n&rsquo;avaient clairement aucune vocation th\u00e9rapeutique; leur mission \u00e9tait l&rsquo;isolement pas le traitement des patients [Ndt : ce qui, on vient de le voir, est relativement faux]. Les patients y entraient en g\u00e9n\u00e9ral de force et non volontairement. Mais dans un sens g\u00e9n\u00e9ral, il y avait une part de d\u00e9marche m\u00e9dicale dans la colonie de l\u00e9preux ou l&rsquo;h\u00f4pital pour malades de la syphilis ou de la variole, le fait d&rsquo;isoler ceux qu&rsquo;on avait reconnu comme contagieux tenant de la m\u00e9decine pr\u00e9ventive. \u00c9tendre de cette fa\u00e7on la d\u00e9finition de la m\u00e9decine nous force \u00e0 reconna\u00eetre que la s\u00e9paration rigide des forces sociales et m\u00e9dicales est pour le moins artificielle. Il en d\u00e9coule plusieurs possibilit\u00e9s analytiques. A un extr\u00eame, on peut en venir \u00e0 un type de jugement d\u00e9finitif associ\u00e9 \u00e0 Michel Foucault, qui avance que la m\u00e9decine a \u00e9t\u00e9 un instrument de contr\u00f4le social et de r\u00e9pression, que les m\u00e9decins et le discours m\u00e9dical sont en soi des instruments de l&rsquo;\u00c9tat et du syst\u00e8me \u00e9conomique dominant. A l&rsquo;autre extr\u00eame, le progr\u00e8s m\u00e9dical et le d\u00e9veloppement de la connaissance scientifique sont saisis comme la cl\u00e9 de toute expansion et r\u00e9organisation de l&rsquo;h\u00f4pital. Aucune de ces deux strat\u00e9gies intellectuelles ne permet d&rsquo;analyse nuanc\u00e9e des interactions entre  forces sociales, culturelles et scientifiques.\u00a0\u00bb On retrouve, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, un tel contraste au sujet de \u00ab\u00a0l&rsquo;autre lazaret\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire celui, permanent, sp\u00e9cifiquement vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;isolement r\u00e9glementaire et temporaire des voyageurs et marchandises venant de l&rsquo;\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lazarets de quarantaine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme le rappelle tr\u00e8s justement Mark Harrison dans son introduction \u00e0 <em><a href=\"https:\/\/yalebooks.yale.edu\/book\/9780300123579\/contagion\">Contagion. How Commerce Has Spread Disease<\/a><\/em> : \u00ab\u00a0le commerce a longtemps d\u00e9termin\u00e9 le sort \u00e9pid\u00e9miologique de l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb, la Peste Noire et celles qui lui ont succ\u00e9d\u00e9 l&rsquo;ont de fait parfaitement illustr\u00e9. Ce qui aboutit d\u00e9s 1377 \u00e0 Raguse, le Dubrovnik actuel, \u00e0 l&rsquo;invention de la quarantaine et la construction ou reconversion progressive de lazarets \u00e0 cet usage dans toutes les villes c\u00f4ti\u00e8res d&rsquo;Italie puis d&rsquo;Europe. Car comme le r\u00e9sument joliment Mafart et Perret dans leur \u00ab\u00a0Histoire du concept de quarantaine\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Les voies maritimes tissent alors les r\u00e9seaux de la prosp\u00e9rit\u00e9 entre des comptoirs excentr\u00e9s et les cit\u00e9s portuaires de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale qui les commanditent. Mises en p\u00e9ril dans leur substance autant que dans le flux nourricier assurant leur puissance, elles vont riposter de toute leur ing\u00e9nieuse et pragmatique autorit\u00e9 en se donnant les moyens d\u2019un cloisonnement s\u00e9lectif qui va inaugurer les expressions concr\u00e8tes des quarantaines.\u00a0\u00bb Pour le reste de l&rsquo;Europe le mouvement fut plus lent comme le constate Harrison dans <em>Contagion<\/em> : \u00a0\u00bb Il n&rsquo;y eut pas de lazaret permanent dans le nord de l&rsquo;Europe avant que soit construit celui d&rsquo;Amsterdam en 1655. De fait avant le XVIIIe si\u00e8cle, la plupart des pays du nord n&rsquo;avaient ni lazarets ni l\u00e9gislations \u00e9dictant la dur\u00e9e de la quarantaine et la fa\u00e7on dont celle-ci devait \u00eatre impos\u00e9e.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Avant de prendre, naturellement, une pente plus critique il ne nous semble  pas absurde de commencer par reproduire quelques remarques du, par ailleurs assez vain, carnet de voyage de Geoff Manaugh et Nicola Twilley, <em><a href=\"https:\/\/us.macmillan.com\/books\/9780374126582\/untilprovensafe\">Until Proven Safe. The History and Future of Quarantine<\/a> : <\/em>\u00ab\u00a0L&rsquo;acceptation et la mise en place de la quarantaine constitue un signe pr\u00e9coce de modernisation de la pratique m\u00e9dicale, signalant une confiance nouvelle dans les explications scientifiques et s\u00e9culi\u00e8res de la sant\u00e9 plut\u00f4t que religieuses et supra-naturelles. (&#8230;) Le d\u00e9vouement \u00e0 la vertu civique et l&rsquo;investissement dans le bien commun incarn\u00e9s par la construction d&rsquo;un lazaret de quarantaine suppose un fort sens de la communaut\u00e9 et de l&rsquo;identit\u00e9 partag\u00e9e. L&rsquo;isolement et la quarantaine sont donc des exemples pr\u00e9coces d&rsquo;une rationalit\u00e9 m\u00e9dicale et d&rsquo;une modernit\u00e9 politique dans l&rsquo;esprit public et dans la science.\u00a0\u00bb On pourrait \u00e9galement citer dans un autre genre Carlo M. Cipolla dans <em><a href=\"https:\/\/uwpress.wisc.edu\/books\/0907.htm\">Fighting Plague in XVIIe Century Italia,<\/a> <\/em>qui \u00e9voque la coordination mise en place entre plusieurs cit\u00e9s-\u00c9tats ( Florence, G\u00e8nes, etc) : \u00ab\u00a0La convention entre ces trois puissances pr\u00e9voyant l&rsquo;adoption de pratiques de sant\u00e9 et de mesures de pr\u00e9vention communes dans les trois ports de la Mer Tyrrh\u00e9nienne repr\u00e9sentait une id\u00e9e r\u00e9volutionnaire qui, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la sant\u00e9 commune, envisageait des contr\u00f4les internationaux et l&rsquo;abandon volontaire des pouvoirs discr\u00e9tionnaires d&rsquo;\u00c9tats pleinement souverains en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique.\u00a0\u00bb Quand on sait combien le sujet reste \u00e9pineux, on comprend l&rsquo;enthousiasme de ces auteurs pour une telle pratique \u00ab\u00a0d&rsquo;avant-garde\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>On trouve une approche certes moins optimiste dans deux recueils r\u00e9cents  <em><a href=\"https:\/\/www.bloomsbury.com\/uk\/quarantine-9781137524447\/\">Quarantine. Local and Global Histories<\/a><\/em> et <em><a href=\"https:\/\/manchesteruniversitypress.co.uk\/9781526154668\/\">Medicalizing Borders. Selection, Containment and Quarantine since 1800<\/a><\/em>. Dans l&rsquo;introduction \u00e0 ce dernier les \u00e9diteurs notent qu'\u00a0\u00bbUne des propri\u00e9t\u00e9s que les lazarets semblent partager avec le concept g\u00e9n\u00e9rique de camp c&rsquo;est qu&rsquo;ils op\u00e9raient comme \u00ab\u00a0lieux ambig\u00fces\u00a0\u00bb, compte tenu du fait que malgr\u00e9 l&rsquo;isolation et l&rsquo;extra-territorialit\u00e9, ils constituaient des escales et le lieu d&rsquo;un nouveau d\u00e9part (&#8230;) Du fait de leur conception et mode d&rsquo;op\u00e9ration, les lazarets constituaient des centres multit\u00e2ches : \u00e0 la fois m\u00e9canisme disciplinaire, lieux de d\u00e9sinfection mais aussi de surveillance des mobilit\u00e9s humaines, animales ou id\u00e9ologiques et sites o\u00f9 \u00e9taient g\u00e9n\u00e9r\u00e9es de nouvelles connaissances scientifiques.\u00a0\u00bb L&rsquo;historien de la quarantaine, <a href=\"https:\/\/quarantinestudies.wordpress.com\/publications\/\">John Chircop<\/a>, va dans le m\u00eame sens dans sa contribution,\u00a0\u00bb Lazarettos as border filters : expurgating bodies, commodities and ideas, 1800-1870&Prime; : \u00a0\u00bb Les lazarets \u00e9taient aussi efficaces comme sites de d\u00e9tention, postes-fronti\u00e8res, asiles, laboratoires sanitaires et sociaux, sas de censure du courrier et de la litt\u00e9rature venant de l&rsquo;\u00e9tranger et lieux de r\u00e9colte d&rsquo;informations pour les services de renseignements.\u00a0\u00bb Bashford dans l&rsquo;introduction au premier recueil constate quant \u00e0 elle que \u00ab\u00a0La quarantaine a \u00e9t\u00e9 un m\u00e9canisme central par lequel l&rsquo;autorit\u00e9 et la territorialit\u00e9 des \u00c9tat-nations modernes se sont affirm\u00e9es et ont pris tous leur sens.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Bref, si le lazaret \u00ab\u00a0urbain\u00a0\u00bb se situe encore au vieux carrefour de l&rsquo;exclusion et de la charit\u00e9, le \u00ab\u00a0lazaret de quarantaine\u00a0\u00bb semble plut\u00f4t avoir \u00e9t\u00e9 un des creusets de ce que Foucault, dans \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/1libertaire.free.fr\/MFoucault265.html\">La politique de la sant\u00e9 au XVIIIe si\u00e8cle<\/a>\u00a0\u00bb appelait encore la \u00ab\u00a0nouvelle noso-politique\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle les prises en charge collectives de la maladie se faisaient \u00e0 travers l&rsquo;assistance aux pauvres. Il y a bien s\u00fbr des exceptions : les r\u00e8glements \u00e0 appliquer en temps d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie, les mesures qu&rsquo;on prenait dans les villes pestif\u00e9r\u00e9s, les quarantaines qui \u00e9taient impos\u00e9es dans certains grands ports constituaient des formes de m\u00e9dicalisation autoritaire qui n&rsquo;\u00e9taient pas organiquement li\u00e9es aux techniques de l&rsquo;assistance.\u00a0\u00bb Symbole pr\u00e9coce \u00ab\u00a0d&rsquo;un enchev\u00eatrement m\u00e9dico-administratif autour des contr\u00f4les de l&rsquo;hygi\u00e8ne publique\u00a0\u00bb (idem) promis \u00e0 un grand avenir, le lazaret de quarantaine constituerait donc un jalon de l&rsquo;\u00e9mergence des \u00ab\u00a0r\u00e9gulations de la population\u00a0\u00bb, second pilier, apr\u00e8s les disciplines, du \u00ab\u00a0biopouvoir\u00a0\u00bb ( Rappelons la d\u00e9finition qu&rsquo;en donne Foucault dans <em>La Volont\u00e9 de savoir<\/em> :  \u00ab&nbsp;La vieille puissance de la mort o\u00f9 se symbolisait le pouvoir souverain est maintenant recouverte soigneusement par l&rsquo;administration des corps et la gestion calculatrice de la vie. D\u00e9veloppement rapide au cours de l&rsquo;\u00e2ge classique des disciplines diverses&nbsp;\u2013&nbsp;\u00e9coles, coll\u00e8ges, casernes, ateliers&nbsp;; apparition aussi, dans le champ des pratiques politiques et des observations \u00e9conomiques, des probl\u00e8mes de natalit\u00e9, de long\u00e9vit\u00e9, de sant\u00e9 publique, d&rsquo;habitat, de migration&nbsp;; explosion, donc, de techniques diverses et nombreuses pour obtenir l&rsquo;assujettissement des corps et le contr\u00f4le des populations.&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Moins d\u00e9pendante des assimilations confuses entre classe et contagion ( quoique les hi\u00e9rarchies sociales s&rsquo;y maintiennent relativement), cette esquisse d'\u00a0\u00bb\u00e9tatisation du biologique\u00a0\u00bb, voire lointain anc\u00eatre des \u00ab\u00a0technologies de s\u00e9curit\u00e9 non disciplinaires\u00a0\u00bb, que sont les lazarets de quarantaine permet d&rsquo;illustrer comment la m\u00e9decine va prendre toute sa place dans l&rsquo;\u00e9chafaudage du pouvoir moderne. En effet le corps social, la nation et ses fronti\u00e8res y \u00e9tant imm\u00e9diatement saisis de fa\u00e7on organique, ils deviennent d&rsquo;autant probl\u00e9matisables dans les termes d&rsquo;une m\u00e9decine dont les techniques, proc\u00e9dures et principes auront une importance centrale dans le fonctionnement de cette institution hybride avant d&rsquo;en avoir une \u00e9quivalente dans la gestion de la population qui s&rsquo;invente progressivement. Certes les autres \u00ab\u00a0mesures prises en temps de peste\u00a0\u00bb que Foucault sollicite extensivement &#8211; mais en s&rsquo;appuyant sur des \u00e9dits tr\u00e8s tardifs, du XVIIIe si\u00e8cle en France ( dans <em>Surveiller et punir<\/em>) ou m\u00eame du XIXe en Italie ( dans le cours au Coll\u00e8ge de France sur \u00ab\u00a0Les anormaux\u00a0\u00bb) qui n&rsquo;ont donc probablement jamais \u00e9t\u00e9 en vigueur et ne t\u00e9moignent, comme il le reconna\u00eet bien volontiers, que des ambitions, voire r\u00eaveries, des pouvoirs &#8211; avaient d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 permis une extension in\u00e9dite des pr\u00e9rogatives de l&rsquo;\u00c9tat et de ses auxiliaires sanitaires. Mais si on souhaite d\u00e9gager les \u00e9pid\u00e9mies de la gangue des m\u00e9taphores commodes et du fourre-tout sous-th\u00e9orique, consid\u00e9rer \u00ab\u00a0la ville en temps de peste\u00a0\u00bb comme le laboratoire d&rsquo;un nouveau \u00ab\u00a0pouvoir sur la vie\u00a0\u00bb supposerait tout de m\u00eame d&rsquo;aller un peu plus loin que le joli paradoxe et de se pencher sur un tant soit peu sur l&rsquo;histoire r\u00e9elle (et donc pas seulement sur une fiction document\u00e9e comme celle de Daniel Defoe), ce dont se gardent bien les quelques textes pr\u00e9tendant aborder cet enjeu ( On ne peut sur ce point que renvoyer aux textes de Ann G. Carmichael et David Arnold publi\u00e9s dans le second chapitre de notre recueil ). D&rsquo;ailleurs m\u00eame une institution aussi \u00ab\u00a0paradigmatique\u00a0\u00bb et relativement efficace que le lazaret de quarantaine est loin d&rsquo;avoir connue cette trajectoire sans accrocs que laissent supposer certaines t\u00e9l\u00e9ologies du contr\u00f4le et du pouvoir&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La contagion, le confinement et le commerce : les d\u00e9bats sur la quarantaine au XIXe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mark Harisson retrace longuement et en d\u00e9tail dans <em><a href=\"https:\/\/yalebooks.yale.edu\/book\/9780300123579\/contagion\">Contagion. How Commerce Has Spread Disease<\/a><\/em> la fortune que conna\u00eet la quarantaine en Europe du XVIIe au XVIIIe si\u00e8cle. Moyen d&rsquo;affirmation nationale et \u00e9tatique ( \u00a0\u00bb La quarantaine et les embargos sanitaires en sont venus \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s consciemment comme instrument du pouvoir d&rsquo;\u00c9tat et figurent \u00e0 une place centrale dans les relations internationales depuis lors.\u00a0\u00bb), voire proc\u00e9d\u00e9 commode d&rsquo;extorsion de revenus ( \u00ab\u00a0Le d\u00e9veloppement des institutions de quarantaine \u00e9tait \u00e9galement motiv\u00e9 par des int\u00e9r\u00eats p\u00e9cuniaires. En 1781, on avait construit un troisi\u00e8me lazaret \u00e0 Livourne en r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;extension des structures de quarantaine de G\u00e8nes. Chaque partie se faisait concurrence pour capter les bateaux oblig\u00e9s de proc\u00e9der \u00e0 une quarantaine \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre de leur travers\u00e9e de la M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0\u00bb), le syst\u00e8me de quarantaine europ\u00e9en va progressivement \u00eatre remis en cause par toute une s\u00e9rie d&rsquo;acteurs au premier rang desquels le florissant empire britannique. En effet au milieu du XIXe : \u00a0\u00bb L&rsquo;Empire formel britannique, qui se confinait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque essentiellement \u00e0 l&rsquo;Inde, aux Cara\u00efbes, \u00e0 l&rsquo;Australie et au Canada \u00e9tait d\u00e9sormais compl\u00e9t\u00e9 par un empire informel de libre \u00e9change chaperonn\u00e9 par la Royal Navy. Ces r\u00e9seaux imp\u00e9riaux formaient la base de ce qui il allait devenir la premi\u00e8re \u00e9conomie globale : \u00a0\u00bb un syst\u00e8me monde\u00a0\u00bb bas\u00e9 explicitement sur les principes du libre-\u00e9change. Ce syst\u00e8me fut fond\u00e9 dans la foul\u00e9e de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage dans l&#8217;empire britannique et sa profitabilit\u00e9 d\u00e9pendait non seulement d&rsquo;une plus grande libert\u00e9 du commerce mais aussi de la migration transoc\u00e9anique de la force de travail depuis l&rsquo;Asie vers les \u00e9conomies anciennement esclavagistes des Am\u00e9riques. Le mouvement des personnes et des biens \u00e9tait facilit\u00e9 par l&rsquo;usage croissant des bateaux \u00e0 vapeur et des chemins de fer, qui accroissaient la vitesse et la fr\u00e9quence des communications entre des territoires autrefois s\u00e9par\u00e9s. L&#8217;empire acquit ainsi une plus grande coh\u00e9rence mais ses r\u00e9seaux constituaient \u00e9galement de nouvelles opportunit\u00e9s de circulation pour les maladies. (&#8230;) Des plaintes contre les effets nuisibles des quarantaines sur les communications imp\u00e9riales avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9mises par le pass\u00e9 mais les nouvelles technologies avaient accru les attentes et rendu possible une vision nouvelle du rapport entre la Grande Bretagne et ses territoires d&rsquo;outre-mer. Les communications rapides que ce soit par le bateau \u00e0 vapeur ou le t\u00e9l\u00e9graphe alimentaient la perception de l&#8217;empire britannique comme un ensemble coh\u00e9rent. Cela peut expliquer pourquoi le gouvernement britannique et les administrateurs coloniaux \u00e9taient de plus en plus enclins \u00e0 r\u00e9former ou abolir la quarantaine.\u00a0\u00bb ( Mark Harisson)<\/p>\n\n\n\n<p>Un tel panorama pr\u00e9alable est n\u00e9cessaire pour comprendre les enjeux \u00e0 l&rsquo;oeuvre dans le long et vif d\u00e9bat entre contagionnistes ( d\u00e9fenseurs des quarantaines) et anti-contagionnistes ( qui s&rsquo;y opposaient) qui se d\u00e9roule tout au long du XIXe si\u00e8cle. Comme le r\u00e9sume Erwin H Ackerknecht dans un article devenu un classique \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/ije\/article\/38\/1\/7\/698533\">Anticontagionism between 1821 and 1867<\/a>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0Le contagionnisme ne relevait pas d&rsquo;un probl\u00e8me th\u00e9orique ou m\u00eame m\u00e9dical. Le contagionisme avait trouv\u00e9 son expression mat\u00e9riel dans les quarantaines et leur bureaucratie, et tout le d\u00e9bat ne tourna jamais seulement autour de la contagion mais toujours autour de la contagion et de la quarantaine. Les quarantaines signifiaient pour la classe des marchands et industriels en rapide croissance, une source de pertes de revenus, une limite \u00e0 leur expansion, une arme de contr\u00f4le bureaucratique qu&rsquo;elle ne voulait plus tol\u00e9rer, et cette classe se tenait bien naturellement, avec sa presse et ses \u00e9lus, ses ressources mat\u00e9rielles, morales et politiques derri\u00e8re ceux qui montraient que les fondements scientifiques de la quarantaine \u00e9taient inexistants et qui de toute fa\u00e7on \u00e9taient la plupart du temps issus de cette m\u00eame classe. Le contagionnisme, via son association avec les vieux pouvoirs bureaucratiques, allait devenir suspect aux yeux de tous les lib\u00e9raux qui cherchaient \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;interf\u00e9rence de l&rsquo;\u00c9tat au minimum. Les anticontagionnistes n&rsquo;\u00e9taient donc pas simplement des scientifiques, c&rsquo;\u00e9taient \u00e9galement des r\u00e9formateurs, se battant pour la libert\u00e9 de l&rsquo;individu et du commerce contre les cha\u00eenes du despotisme et de la r\u00e9action.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Patrice Bourdelais dans la meilleure synth\u00e8se sur le sujet en fran\u00e7ais \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/comm_0588-8018_1998_num_66_1_2001\">La construction de la notion de contagion entre m\u00e9decine et soci\u00e9t\u00e9<\/a>\u00a0\u00bb rappelle que \u00ab\u00a0Le contagionnisme repr\u00e9sentait l&rsquo;ancien syst\u00e8me de protection mis au point afin de lutter contre la peste et la l\u00e8pre, qui imposait des cordons<br>sanitaires, des lazarets, des quarantaines, contraintes associ\u00e9es \u00e0 un<br>pouvoir absolutiste. Or, au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;amalgame entre progr\u00e8s des connaissances et progr\u00e8s politique s&rsquo;effectue par les \u00e9lites : de nombreux m\u00e9decins soutiennent dans un m\u00eame mouvement l&rsquo;humanisme issu de la philosophie des Lumi\u00e8res, la r\u00e9volution m\u00e9dicale et le lib\u00e9ralisme politique et \u00e9conomique port\u00e9 par la R\u00e9volution de 1830.\u00a0\u00bb Et quand le poids des id\u00e9es dominantes ne suffit pas \u00e0 faire privil\u00e9gier la th\u00e9orie de l&rsquo;infection ( par les miasmes et l&rsquo;environnement) sur celle de la contagion ( par les individus et les marchandises), la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9fendre l&rsquo;ordre social y pourvoit : \u00ab\u00a0Outre la pression des milieux du grand n\u00e9goce libre-\u00e9changiste, les m\u00e9decins ont subi les imp\u00e9ratifs politiques du maintien d&rsquo;un minimum de coh\u00e9sion sociale. Tous les responsables politiques, effray\u00e9s par les rumeurs d&#8217;empoisonnement, les violences de la population (en particulier parisienne), les entraves \u00e0 la libre circulation dans les d\u00e9partements, le refus de soigner les malades, ont utilis\u00e9 la nouvelle th\u00e9orie de l&rsquo;infection comme une arme de maintien de l&rsquo;ordre public et social. Et les m\u00e9decins, sollicit\u00e9s, se sont pr\u00eat\u00e9s aux n\u00e9cessit\u00e9s du moment.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette opposition entre contagionnistes et anti-contagionnistes a toutefois \u00e9t\u00e9 fortement relativis\u00e9e par certains auteurs ( voir par exemple la contribution de Margaret Pelling \u00a0\u00bb The meaning of contagion: reproduction,<br>medicine and metaphor\u00a0\u00bb au recueil <em><a href=\"Contagion: Historical and cultural studies\">Contagion: Historical and cultural studies<\/a><\/em>) tandis que d&rsquo;autres auteurs concluent sur une aporie relativement positive du d\u00e9bat : \u00ab\u00a0L&rsquo;histoire de l&rsquo;anticontagionnisme semble avoir suivi un cours classiquement dialectique. L&rsquo;anticontagionnisme a \u00e9merg\u00e9 en r\u00e9action aux exag\u00e9rations des principes et pratiques contagionnistes, qu&rsquo;il combattait avec des affirmations et des promesses tout aussi exag\u00e9r\u00e9es. Au bout du compte tout cela a d\u00e9bouch\u00e9 sur un juste-milieu : un compromis scientifique sur la transmission infectieuse et un compromis pratique sur la rationalisation des quarantaines\u00a0\u00bb. ( E.A. Heaman \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.utpjournals.press\/doi\/abs\/10.3138\/cbmh.12.1.3\">The Rise and Fall of Anticontagionism in France<\/a>\u00ab\u00a0). De fait, le recul, apr\u00e8s les vagues de chol\u00e9ra du XIXe, des \u00e9pid\u00e9mies sur le continent europ\u00e9en coupl\u00e9 notamment avec les campagnes du grand h\u00e9raut de la r\u00e9forme des prisons et de la quarantaine, John Howard ( dont le projet de lazaret mod\u00e8le orne ce poste), va progressivement sonner le glas des lazarets de quarantaine sur le vieux continent, ceux-ci se maintenant par contre sur le pourtour d&rsquo;en face de la M\u00e9diterran\u00e9e avec des effets l\u00e0 aussi relativement contrast\u00e9s ( voir par exemple : \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/halshs.archives-ouvertes.fr\/halshs-00719862\">Les quarantaines au Moyen-Orient : vecteurs ambigus de la modernit\u00e9 m\u00e9dicale (XIXe-XXe si\u00e8cles)<\/a>\u00a0\u00bb de Sylvia Chiffoleau ). <\/p>\n\n\n\n<p>Ces quelques notes sur les lazarets et la quarantaine, souhaitaient donc rappeler, de fa\u00e7on certes un peu disparate, que se pencher sur le rapport entre \u00e9pid\u00e9mie et confinement suppose notamment de s&rsquo;int\u00e9resser aux r\u00e9gimes successifs de \u00ab\u00a0production de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb qui l&rsquo;ont fond\u00e9, justifi\u00e9 mais aussi contest\u00e9 et donc entre autre \u00e0 la question de la contagion et les d\u00e9bats qui l&rsquo;ont entour\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de la th\u00e9orie microbienne. Ce qui ne signifie pas n\u00e9cessairement s&#8217;embourber dans les controverses m\u00e9dicales mais plut\u00f4t de saisir les antagonismes sociaux \u00e0 l&rsquo;oeuvre , y compris dans leur profondeur id\u00e9ologique et sensible et dans leur in\u00e9vitables contradictions politiques et culturelles&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des l\u00e9proseries aux lazarets ? Si il parait donc impossible d&rsquo;\u00e9tablir l&rsquo;existence d&rsquo;un mode simple et r\u00e9current de gestion de la l\u00e8pre \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale, des principes et dispositions associ\u00e9s \u00e0 cette \u00e9pid\u00e9mie semblent toutefois avoir jou\u00e9 un r\u00f4le notable dans la gestion du fl\u00e9au qui, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, lui succ\u00e9da, c&rsquo;est \u00e0 dire la&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/2021\/11\/24\/epidemies-et-confinement-ii-quarantaines-et-lazarets\/#more-415\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":416,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/415"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=415"}],"version-history":[{"count":34,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/415\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":595,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/415\/revisions\/595"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/media\/416"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=415"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=415"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=415"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}