{"id":183,"date":"2021-10-28T11:05:42","date_gmt":"2021-10-28T09:05:42","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/?p=183"},"modified":"2021-11-17T09:33:07","modified_gmt":"2021-11-17T08:33:07","slug":"epidemies-et-persecutions-aux-etats-unis-au-xixe-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/2021\/10\/28\/epidemies-et-persecutions-aux-etats-unis-au-xixe-siecle\/","title":{"rendered":"\u00c9pid\u00e9mies, violences et discriminations anti-asiatiques aux \u00c9tats-Unis : les pr\u00e9c\u00e9dents de la variole et de la peste&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>Les nombreuses attaques, verbales et physiques,<a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2021\/11\/ROBIN\/63984\"> anti-asiatiques<\/a> qui ont jalonn\u00e9 les d\u00e9buts de la pand\u00e9mie de Covid-19 aux \u00c9tats-Unis ne constituent certes pas une anomalie historique puisqu&rsquo;elles ont \u00e9galement caract\u00e9ris\u00e9 plusieurs vagues \u00e9pid\u00e9miques par le pass\u00e9, notamment celle de variole dans les ann\u00e9es 1880 puis diverses \u00e9ruptions de peste du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle.  <\/p>\n\n\n\n<p>Comme le retrace Samuel K. Cohn Jr, dans sa somme <em><a href=\"https:\/\/oxford.universitypressscholarship.com\/view\/10.1093\/oso\/9780198819660.001.0001\/oso-9780198819660\">Hate and Compassion from the Plague of Athens to Aids<\/a><\/em>, dans les ann\u00e9es 1880 \u00a0\u00bb La variole n&rsquo;\u00e9tait certes pas une maladie nouvelle et avec la d\u00e9couverte par Jenner de la vaccination \u00e0 la fin du si\u00e8cle, elle \u00e9tait devenue la premi\u00e8re maladie \u00e9pid\u00e9mique que l&rsquo;on pouvait effectivement contr\u00f4ler via une intervention m\u00e9dicale. Pourtant les toxines sociales de la maladie se d\u00e9velopp\u00e8rent dans la p\u00e9riode post\u00e9rieure \u00e0 ces d\u00e9couvertes.  A partir de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de 1881-1882 jusqu&rsquo;\u00e0 la seconde d\u00e9cennie du XXe si\u00e8cle, sa violence sociale fit plus de ravages dans le tissu communautaire qu&rsquo;aucune autre maladie de l&rsquo;histoire am\u00e9ricaine, chol\u00e9ra inclus. <\/p>\n\n\n\n<p>Comme pour le chol\u00e9ra, la violence provoqu\u00e9e par les \u00e9pid\u00e9mies de variole engendrait la suspicion, la haine et la diffamation selon des lignes de classe. Mais avec la variole, les instigateurs et les victimes changeaient de c\u00f4t\u00e9 : les \u00e9meutiers \u00ab\u00a0varioliques\u00a0\u00bb \u00e9taient rarement des pauvres et des marginaux. Au contraire c&rsquo;\u00e9taient des personnes ais\u00e9es, ainsi le fils d&rsquo;un ancien vice-pr\u00e9sident. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, les victimes expiatoires n&rsquo;\u00e9taient pas la police, les m\u00e9decins ou les gouverneurs, mais les pauvres &#8211; noirs, chinois, juifs et vagabonds. La cruaut\u00e9 des violences provoqu\u00e9es par la variole \u00e0 la fin du XIXe en Am\u00e9rique et en Angleterre remplit pour une fois les attentes de la litt\u00e9rature dominante sur le sujet : la plus grande partie du bl\u00e2me fut rejet\u00e9 sur les faibles et les marginaux, les \u00e9trangers et souvent les victimes de la maladie. Avec la variole, les \u00e9meutiers attaquaient rarement les travailleurs  de sant\u00e9 ou les repr\u00e9sentants de l&rsquo;\u00c9tat et ne s&rsquo;imaginaient jamais comme les lib\u00e9rateurs des malades.\u00a0\u00bb ( p. 265)<\/p>\n\n\n\n<p>La haine et la parano\u00efa se dirige donc \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque presque litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0contre tout ce qui bouge\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire les noirs qui commencent timidement \u00e0 quitter le sud, les vagabonds, travailleurs saisonniers et bien s\u00fbr les migrants notamment les chinois mais aussi les italiens et les juifs. Beaucoup de ces violences se produisaient dans de petites communaut\u00e9s \u00e0 l&rsquo;instigation des notables locaux contre des malades suppos\u00e9s ou l&rsquo;installation d&rsquo;un camp de quarantaine pour des personnes atteintes mais il y eut \u00e9galement des \u00e9pisodes plus spectaculaires notamment \u00e0 la fin du XIXe o\u00f9 certaines \u00e9meutes r\u00e9unirent des centaines voire des milliers de personnes et d\u00e9bouch\u00e8rent sur des d\u00e9vastations importantes ( ainsi les <a href=\"https:\/\/www.wiscontext.org\/when-efforts-halt-smallpox-milwaukee-provoked-fear-and-fury\">\u00e9meutes de Milwaukee d&rsquo;aout 1894<\/a>, Cohn dresse dans le douzi\u00e8me chapitre de son livre  &#8211;\u00a0\u00bb Smallpox and Collective Violence\u00a0\u00bb- un complet, et m\u00eame fastidieux, tableau de ces violences \u00ab\u00a0varioliques\u00a0\u00bb). <\/p>\n\n\n\n<p>Mais plus que ces explosions sporadiques de violence, ce sont les ph\u00e9nom\u00e8nes de stigmatisation et d&rsquo;exclusion \u00ab\u00a0structurels\u00a0\u00bb, sous pr\u00e9texte d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie, des communaut\u00e9s chinoises, singuli\u00e8rement en Californie et particuli\u00e8rement \u00e0 San-Francisco, qui ont retenu l&rsquo;attention des historiens. En effet c&rsquo;est l\u00e0 que s&rsquo;est exprim\u00e9e, peut-\u00eatre encore plus brutalement qu&rsquo;ailleurs, la haine anti-asiatique de la population blanche et que celle-ci a le plus directement converg\u00e9 avec les pr\u00e9occupations des institutions et acteurs du secteur, alors balbutiant, de la sant\u00e9 publique. D\u00e9s l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de variole qui frappe la ville en 1876, les diverses autorit\u00e9s et notabilit\u00e9s bl\u00e2ment en effet les \u00ab\u00a030 000 chinois non scrupuleux, menteurs et tra\u00eetres\u00a0\u00bb qui peuplent le Chinatown local. Selon Joan B. Trauner dans son article de 1978, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.foundsf.org\/index.php?title=Chinese_as_Medical_Scapegoats,_1870-1905\">Chinese as Medical Scapegoats, 1870-1905<\/a>\u00a0\u00bb : \u00a0\u00bb La ligne d&rsquo;attaque utilis\u00e9e par les responsables de la sant\u00e9 contre les chinois d\u00e9coulait directement des th\u00e9ories m\u00e9dicales de l&rsquo;\u00e9poque. Selon les th\u00e9ories a\u00e9ristes ( ou miasmatiques) de la maladie, populaires dans les ann\u00e9es 1870, les \u00e9pid\u00e9mies \u00e9taient provoqu\u00e9es par l&rsquo;air ambiant ou par les mauvaises conditions sanitaires l&rsquo;affectant. Chinatown avec \u00ab\u00a0ses \u00e9manations putrides et r\u00e9pugnantes\u00a0\u00bb \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme la premi\u00e8re source de pollution atmosph\u00e9rique de la ville. (&#8230;) Pour les partisans des mesures sanitaires, Chinatown \u00e9tait plus qu&rsquo;un taudis. C&rsquo;\u00e9tait un \u00ab\u00a0laboratoire d&rsquo;infection\u00a0\u00bb peupl\u00e9 d&rsquo;\u00e9trangers fourbes n&rsquo;ayant que faire de la sant\u00e9 des am\u00e9ricains. L&rsquo;acceptation universelle de la th\u00e9orie microbienne dans les ann\u00e9es 1880 ne changea pas grand chose \u00e0 ces croyances populaires dans la responsabilit\u00e9 directe des conditions de vie \u00e0 Chinatown dans les \u00e9pid\u00e9mies. Comme avant, les th\u00e9orisations m\u00e9dicales \u00e9taient ins\u00e9parables des attitudes et pr\u00e9jug\u00e9s sociaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"401\" height=\"453\" src=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/10\/Chinatwndisease-ghosts.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-205\" srcset=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/10\/Chinatwndisease-ghosts.jpg 401w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/10\/Chinatwndisease-ghosts-266x300.jpg 266w\" sizes=\"(max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><figcaption>Caricature raciste du journal <em>The Wasp<\/em> paru le 26 mai 1882 d\u00e9crivant Chinatown comme foyer de toutes les infections. ( reproduit in Trauner \u00ab\u00a0Chinese as Medical Scapegoats\u00a0\u00bb) <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le responsable municipal de la sant\u00e9 de la ville en 1870, C.M. Bates, r\u00e9sumait de fa\u00e7on v\u00e9h\u00e9mente l&rsquo;ensemble de ces pr\u00e9jug\u00e9s : \u00ab\u00a0Ils ne repr\u00e9sentent pas seulement la l\u00e8pre morale de notre communaut\u00e9, mais leurs coutumes et leurs mani\u00e8res de vivre sont telles qu&rsquo;elles nourrissent et engendrent des maladies partout o\u00f9 ils r\u00e9sident.\u00a0\u00bb ( Cit\u00e9 dans Linnea Klee  \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/40553006\">The \u00ab\u00a0Regulars\u00a0\u00bb And The Chinese: Ethnicity And Public Health In 1870s San Francisco\u00a0\u00bb<\/a>). Cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la l\u00e8pre est int\u00e9ressante, car cette maladie fut \u00e9galement l&rsquo;objet de controverses et de mesures radicales comme le rappelle Trauner : \u00ab\u00a0Une autre source de consternation pour la communaut\u00e9 m\u00e9dicale &#8211; et pour le public en g\u00e9n\u00e9ral- \u00e9tait la pr\u00e9sence de l\u00e9preux \u00e0 Chinatown. En 1875 un certain nombre de l\u00e9preux, d&rsquo;une apparence \u00ab\u00a0particuli\u00e8rement hideuse\u00a0\u00bb \u00e9taient apparemment arriv\u00e9s \u00e0 San-Francisco d&rsquo;un peu partout dans le pays. Si certains se faisaient soigner dans le lazaret de la 26e rue, on pr\u00e9sumait que la majorit\u00e9 se cachait dans les \u00ab\u00a0tani\u00e8res souterraines\u00a0\u00bb de Chinatown. Durant les ann\u00e9es 1870 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1880, on connaissait peu de choses de l&rsquo;\u00e9tiologie de la l\u00e8pre. On la pr\u00e9sumait h\u00e9r\u00e9ditaire, contagieuse, incurable, plus courante chez les hommes que les femmes et susceptible de dispara\u00eetre via un assainissement de l&rsquo;hygi\u00e8ne g\u00e9n\u00e9rale. Pour un des responsables de la sant\u00e9 de la ville, la l\u00e8pre parmi les chinois \u00ab\u00a0\u00e9tait simplement le r\u00e9sultat de la syphilis transmise sur des g\u00e9n\u00e9rations\u00a0\u00bb. Un autre consid\u00e9rait qu&rsquo;elle \u00e9tait inh\u00e9rente aux asiatiques et transmise aux blancs [\u00ab\u00a0caucasians\u00a0\u00bb] par le partage de pipes \u00e0 opium avec des l\u00e9preux chinois. D\u00e8s 1871, les chinois furent accus\u00e9s d&rsquo;avoir introduit le \u00ab\u00a0fl\u00e9au mortel\u00a0\u00bb de la l\u00e8pre mongolienne sur la C\u00f4te ouest. En 1876, un amendement \u00e0 la loi de police g\u00e9n\u00e9rale de Californie interdisait aux personnes atteintes de l\u00e8pre de vivre de fa\u00e7on habituelle avec la population locale et stipulait que ces \u00ab\u00a0personnes devaient habiter des lazarets ou des camps de l\u00e9preux\u00a0\u00bb. En 1878, puis de nouveau en 1883, les autorit\u00e9s sanitaires firent des descentes \u00e0 Chinatown, se saisirent de tous les l\u00e9preux et les plac\u00e8rent dans le lazaret de la 26e rue, avec l&rsquo;intention de tous les renvoyer en Chine \u00e0 la premi\u00e8re occasion.\u00a0\u00bb L&rsquo;historien Guenter B. Risse est notamment revenu sur les conditions abominables qui r\u00e9gnaient dans ces \u00ab\u00a0lazarets\u00a0\u00bb dans son livre <em><a href=\"https:\/\/www.press.uillinois.edu\/books\/?id=p081385\">Driven by Fear: Epidemics and Isolation in San Francisco\u2019s House of Pestilence<\/a><\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est \u00e0 partir de mars 1900, avec l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de Peste Bubonique qui frappa, relativement modestement, San-Francisco que toutes ces tensions accumul\u00e9es \u00e9clat\u00e8rent mais pas n\u00e9cessairement dans le sens voulu par les adeptes du \u00ab\u00a0racisme sanitaire\u00a0\u00bb. La d\u00e9couverte du cadavre d&rsquo;un chinois mort de la maladie le 6 provoqua imm\u00e9diatement la d\u00e9cision par les autorit\u00e9 sanitaires de mettre Chinatown, et Chinatown seulement, en quarantaine. Comme le souligne Charles McClain dans \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/828412\">Of Medicine, Race, and American Law: The Bubonic Plague Outbreak of 1900&Prime;<\/a> ( sur lequel nous nous appuierons principalement ici, on trouve \u00e9galement des r\u00e9cits d\u00e9taill\u00e9s de cette \u00e9pid\u00e9mie dans <a href=\"https:\/\/jhupbooks.press.jhu.edu\/title\/plague-fear-and-politics-san-franciscos-chinatown\"><em>Plague, Fear, and Politics in San Francisco&rsquo;s Chinatown<\/em> <\/a>de Guenter B. Risse et dans le chapitre 5 du d\u00e9cevant <em><a href=\"https:\/\/www.ucpress.edu\/book\/9780520226296\/contagious-divides\"><em>Contagious Divides. Epidemics and Race in San Francisco\u2019s Chinatown<\/em><\/a>.<\/em> de Nayan Shah) : \u00a0\u00bb Quoique n&rsquo;\u00e9tant pas sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l&rsquo;histoire de la sant\u00e9 publique dans le monde occidental, cette quarantaine \u00e9tait hautement inhabituelle. Elle ne s&rsquo;appliquait pas \u00e0 un bateau en particulier ou a des maisons mais \u00e0 un quartier entier d&rsquo;une grande ville. De plus elle \u00e9tait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e apr\u00e8s la d\u00e9couverte d&rsquo;un seul cas de peste. Du point de vue de la sant\u00e9 publique moderne, on peut consid\u00e9rer cette mesure comme absolument inutile pour pr\u00e9venir la propagation de la peste bubonique. (&#8230;) M\u00eame selon les principes m\u00e9dicaux de l&rsquo;\u00e9poque, la d\u00e9cision semblait profond\u00e9ment illogique, mais elle devenait ais\u00e9ment compr\u00e9hensible si on prend en compte l&rsquo;orthodoxie alors r\u00e9gnante dans la sant\u00e9 publique concernant Chinatown et les chinois.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cette r\u00e9action \u00e9clair, les autorit\u00e9s sanitaires vont pourtant aller de d\u00e9convenues en d\u00e9convenues. En effet elles font face imm\u00e9diatement \u00e0 un tir de barrage de la presse et d&rsquo;une partie de la communaut\u00e9 des affaires : \u00ab\u00a0Les r\u00e9actions des businessmen de San-Francisco, de la presse et des politiciens, soulignait le fait que la peste \u00e9tait aussi une maladie sociale, pr\u00e9sentant des probl\u00e8mes qui transcendaient l&rsquo;approche m\u00e9dicale conventionnelle. L&rsquo;appr\u00e9hension qu&rsquo;une \u00e9pid\u00e9mie puisse g\u00e9n\u00e9rer une col\u00e8re sociale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, et des cons\u00e9quences \u00e9conomiques s\u00e9rieuses, encouragea les int\u00e9r\u00eats industriels et financiers \u00e0 nier la v\u00e9rit\u00e9. Avan\u00e7ant que le commerce allait \u00eatre tr\u00e8s durement impact\u00e9, ils condamnaient dans le termes les plus durs les actions de la ville et des autorit\u00e9s sanitaires f\u00e9d\u00e9rales.\u00a0\u00bb (Philip A. Kalisch, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/40168068\">The Black Death in Chinatown: Plague and Politics in San Francisco 1900-1904<\/a>\u00ab\u00a0) A cela s&rsquo;ajoute la combativit\u00e9 d&rsquo;une communaut\u00e9 chinoise, qui, soumise depuis des d\u00e9cennies \u00e0 de constantes mesures de r\u00e9torsion ( voir l&rsquo;impressionnante liste de l\u00e9gislations discriminantes \u00e0 leur \u00e9gard adopt\u00e9es en Californie \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque dans McClain, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/828412\">Of Medicine, Race, and American Law<\/a> pp. 5 et 6 du Pdf), n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 recourir \u00e0 la loi pour se d\u00e9fendre : \u00a0\u00bb Interdits de naturalisation et donc d&rsquo;acc\u00e8s au droit de vote, les chinois n&rsquo;avaient pas d&rsquo;outil de pression politique au sens classique du terme. Mais ils n&rsquo;\u00e9taient pas non plus compl\u00e9tement priv\u00e9s de pouvoir. Assez pr\u00e9cocement, les chinois avaient r\u00e9alis\u00e9 comment les tribunaux, ou plus exactement le recours \u00e0 la justice, pouvaient les aider \u00e0 frustrer les impulsions sinophobes de la majorit\u00e9 blanche et ils avaient appris \u00e0 y avoir recours quand leurs int\u00e9r\u00eats \u00e9taient en jeu.\u00a0\u00bb ( McClain)<\/p>\n\n\n\n<p>Ces recours en justice vont ainsi permettre de suspendre la premi\u00e8re quarantaine d\u00e9s le 9 mars, ce qui fit d\u00e9clarer au maire d\u00e9mocrate de la ville James Phelan \u00a0\u00bb ces chinois ont de la chance, avec les coutumes malsaines de leurs coolies et leurs taudis crasseux, qu&rsquo;on leur permette de rester dans les limites l\u00e9gales d&rsquo;une ville am\u00e9ricaine. \u00c9conomiquement, leur pr\u00e9sence a caus\u00e9 un grand tort \u00e0 la classe ouvri\u00e8re et sanitairement ils sont une constante menace pour la sant\u00e9 publique.\u00a0\u00bb On voit que le politicien essayait de jouer tout autant sur la peur de la maladie que de la concurrence de cette main d&rsquo;oeuvre bon march\u00e9 qui hantait une bonne partie du mouvement ouvrier de l&rsquo;\u00e9poque. D&rsquo;ailleurs Kalisch dans \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/40168068\">The Black Death in Chinatown<\/a>\u00a0\u00bb souligne que le journal syndical <em>Organized Labor <\/em>\u00e9tait l&rsquo;un des rares organes de presse de la ville \u00e0 soutenir la municipalit\u00e9 et qu&rsquo;il n&rsquo;h\u00e9sitait pas \u00e0 \u00e9crire : \u00ab\u00a0Nous pensons qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de ch\u00e2timent trop s\u00e9v\u00e8re pour l&rsquo;officier du port surpris en train de faire la sieste quand la peste et les chinois essaient de prendre \u00e0 revers le public (&#8230;) Fr\u00e8res, r\u00e9veillez vous ! C&rsquo;est une question des plus vitale qui devrait recevoir la plus grande attention dans vos meetings. Le mongol aux yeux d&rsquo;amandes attend la bonne occasion de pouvoir vous assassiner vous et vos enfants avec l&rsquo;une de ses nombreuses maladies.\u00a0\u00bb Malgr\u00e9 de tels soutiens, toutes les initiatives ult\u00e9rieures des autorit\u00e9s sanitaires furent retoqu\u00e9es par le juge, ainsi les projets d&rsquo;inoculation obligatoire des chinois avec le vaccin anti-pesteux exp\u00e9rimental de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Waldemar_Haffkine\">Waldemar Haffkine<\/a>, qui aurait \u00e9t\u00e9 rendue possible par l&rsquo;imposition d&rsquo;un passeport sanitaire (uniquement pour les asiatiques) dans les transports  ou la deuxi\u00e8me quarantaine du quartier au mois de mai. Le projet de destruction\/assainissement par le feu de Chinatown, sur le mod\u00e8le de ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 Honolulu ( voir \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/activehistory.ca\/2020\/06\/epidemics-and-racism-honolulus-bubonic-plague-and-the-big-fire-1899-1900\/\">Epidemics and Racism: Honolulu\u2019s Bubonic Plague and the Big Fire, 1899-1900<\/a>\u00ab\u00a0), sugg\u00e9r\u00e9 lors d&rsquo;une r\u00e9union du conseil de sant\u00e9 \u00e0 la fin mai, ne fut pas r\u00e9alis\u00e9 pas non plus. <\/p>\n\n\n\n<p>Le scepticisme et la mauvaise volont\u00e9 d&rsquo;une grande partie de la population blanche et la r\u00e9sistance opini\u00e2tre des diverses couches sociales de la communaut\u00e9 chinoise avaient donc permis de freiner les divers projets de l&rsquo;administration sanitaire de San-Francisco. Ces r\u00e9sistances facilit\u00e8rent probablement \u00e9galement le changement de cap progressif de la politique sanitaire vis \u00e0 vis des populations \u00e9trang\u00e8res, \u00e0 San-Francisco mais aussi ailleurs dans le pays. Nayan Shah dans <em><a href=\"https:\/\/www.ucpress.edu\/book\/9780520226296\/contagious-divides\"><em>Contagious Divides <\/em><\/a><\/em> parle d&rsquo;une transition, tr\u00e8s progressive, d&rsquo;une politique d&rsquo;exclusion \u00e0 une politique d&rsquo;inclusion o\u00f9\u00a0\u00bb la race est reconfigur\u00e9e de diff\u00e9rence mena\u00e7ante en quelque chose susceptible d&rsquo;\u00eatre modifi\u00e9 et r\u00e9concili\u00e9 avec les normes de la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb Toutefois cela ne sonnait certes pas le glas de l&rsquo;association raciste des chinois aux \u00e9pid\u00e9mies dans la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, ce que<a href=\"https:\/\/jhupbooks.press.jhu.edu\/title\/silent-travelers\"> Alan Kraut<\/a> nomme le \u00ab\u00a0nativisme m\u00e9dicalis\u00e9\u00a0\u00bb, que signal\u00e2t notamment la perp\u00e9tuation en 1902 du \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.npr.org\/sections\/codeswitch\/2017\/05\/05\/527091890\/the-135-year-bridge-between-the-chinese-exclusion-act-and-a-proposed-travel-ban?t=1635699057154\">Chinese Exclusion Act<\/a>\u00a0\u00bb d&rsquo;abord vot\u00e9 en 1882 et qui interdisait l&rsquo;immigration chinoise en Am\u00e9rique, notamment sous pr\u00e9texte de danger \u00e9pid\u00e9mique ( voir \u00e9galement Markel et Stern \u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/he Foreigness of Germs : the Persistant Association of Immigrants and Disease\">The Foreigness of Germs : the Persistant Association of Immigrants and Disease in American Society<\/a> \u00ab\u00a0) et qui ne fut pleinement aboli, comme toutes les autres restrictions \u00e0 l&rsquo;immigration, qu&rsquo;en 1965. Cette assimilation des chinois \u00e0 la maladie \u00e9tant donc loin d&rsquo;avoir disparue, comme cela avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 lors de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de SRAS ( voir \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC7130736\/\">SARS and New York\u2019s Chinatown: The politics of risk and blame during an epidemic of fear<\/a>\u00ab\u00a0)&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les nombreuses attaques, verbales et physiques, anti-asiatiques qui ont jalonn\u00e9 les d\u00e9buts de la pand\u00e9mie de Covid-19 aux \u00c9tats-Unis ne constituent certes pas une anomalie historique puisqu&rsquo;elles ont \u00e9galement caract\u00e9ris\u00e9 plusieurs vagues \u00e9pid\u00e9miques par le pass\u00e9, notamment celle de variole dans les ann\u00e9es 1880 puis diverses \u00e9ruptions de peste du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Comme&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/2021\/10\/28\/epidemies-et-persecutions-aux-etats-unis-au-xixe-siecle\/#more-183\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":184,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[17,18,19],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/183"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=183"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/183\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":232,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/183\/revisions\/232"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/media\/184"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=183"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=183"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/epidemies\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=183"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}