{"id":250,"date":"2020-02-09T18:20:35","date_gmt":"2020-02-09T17:20:35","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/?p=250"},"modified":"2020-02-09T18:26:46","modified_gmt":"2020-02-09T17:26:46","slug":"inedit-la-traduction-dun-extrait-des-notes-de-marx-sur-john-lubbock-the-origin-of-civilisation-1870","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/inedit-la-traduction-dun-extrait-des-notes-de-marx-sur-john-lubbock-the-origin-of-civilisation-1870\/","title":{"rendered":"In\u00e9dit : la traduction d&rsquo;un extrait des notes de Marx sur John Lubbock, The Origin of Civilisation (1870)"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Nous\u00a0 publions ici la traduction in\u00e9dite d&rsquo;un large extrait des notes de Marx sur <\/em><\/strong><em>The Origin of Civilisation (1870) <strong>de John Lubbock qui abordent la question des rites religieux dans divers types de soci\u00e9t\u00e9s. Ces notes qui correspondent aux pages 342 \u00e0 351 de l&rsquo;\u00e9dition de Lawrence Krader ( <\/strong><\/em><strong>The Ethnological Notebooks of Karl Marx<\/strong><em><strong>, Van Gorcum &amp; Comp. 1974) ont\u00a0 \u00e9t\u00e9 traduites de l&rsquo;anglais et l&rsquo;allemand par Robert Ferro. <\/strong><\/em><\/p>\n<h3><strong>Karl Marx<\/strong><br \/>\n<strong>Extraits et notes marginales sur John Lubbock, <em>The Origin of Civilisation<\/em> (1870)<\/strong><\/h3>\n<p>(<em>The Ethnological Notebooks of Karl Marx<\/em>, Van Gorcum &amp; Comp. 1974, pp. 342-351)<\/p>\n<p>[&#8230;]<br \/>\nD&rsquo;apr\u00e8s Monsieur Lubbock, les stades de la religion sont les suivants\u00a0:<\/p>\n<p>1) <em>ath\u00e9isme<\/em>\u00a0; au sens d&rsquo;absence de toute conception pr\u00e9cise en la mati\u00e8re. 2) <em>F\u00e9tichisme<\/em>\u00a0; o\u00f9 l&rsquo;homme suppose qu\u2019il peut forcer la Divinit\u00e9 (Divinit\u00e9 dont la nature est toujours hostile) \u00e0 tenir compte de ses d\u00e9sirs. 3) <em>Culte de la nature ou Tot\u00e9misme<\/em>, o\u00f9 les objets naturels, les arbres, les lacs, les pierres, les animaux etc. (corps c\u00e9lestes, etc.) sont v\u00e9n\u00e9r\u00e9s. 4) <em>Chamanisme<\/em>\u00a0; o\u00f9 les divinit\u00e9s sup\u00e9rieures sont de loin plus puissantes que l&rsquo;homme, et sont d&rsquo;une nature diff\u00e9rente. Leur lieu de r\u00e9sidence est aussi tr\u00e8s lointain, et accessible uniquement aux chamans. 5) <em>Idol\u00e2trie ou anthropomorphisme<\/em>\u00a0; les Dieux acqui\u00e8rent de fa\u00e7on plus achev\u00e9e les formes humaines&#8230; mais sont plus puissants\u00a0; ils peuvent encore \u00eatre persuad\u00e9s\u00a0; ils font partie de la nature, et ne sont pas des cr\u00e9ateurs\u00a0; ils sont repr\u00e9sent\u00e9s par des images ou des idoles. 6) Divinit\u00e9 et auteure de la nature, non pas simplement une part de celle-ci\u00a0; elle devient <em>pour la premi\u00e8re fois un \u00eatre surnaturel<\/em>. [Monsieur Lubbock entend ceci\u00a0: elle devient une aberration de l&rsquo;esprit]. 7) La moralit\u00e9 s&rsquo;associe \u00e0 la religion. (p. 119).<\/p>\n<p>Les sauvages consid\u00e8rent presque toujours les esprits comme des <em>\u00eatres malins<\/em>&#8230; comme les membres d&rsquo;une tribu invisible. (p. 129)<\/p>\n<p>Voir Lubbock \u00e0 propos de l&rsquo;inconsciente sup\u00e9riorit\u00e9 des \u00ab\u00a0raisonnements\u00a0\u00bb {NDT : en fran\u00e7ais dans le texte} des sauvages par rapport aux tr\u00e8s croyants Europ\u00e9ens. (p. 128).<\/p>\n<p>Les habitants de Sumatra parlent d&rsquo;un homme sur la lune <em>tissant sans cesse du coton<\/em>\u00a0; mais toutes les nuits une souris d\u00e9fait son filet, et l&rsquo;oblige \u00e0 recommencer son travail encore et encore. (p. 138)<\/p>\n<p>La danse sacr\u00e9e des natifs de Virginie au milieu du <em>cercle des pierres \u00e9rig\u00e9es<\/em>, lesquelles , \u00e0 l\u2019exception. du fait qu&rsquo;elles sont grossi\u00e8rement sculpt\u00e9es en forme de t\u00eate \u00e0 leur extr\u00e9mit\u00e9 sup\u00e9rieure, ressemblent exactement \u00e0 soi-disant Temples Druides. (voir Lubbock, p. 156, image tir\u00e9e de <em>Moeurs des Sauvages<\/em> de Lafitau). Chose int\u00e9ressante au sujet des <em>Indiens en Californie<\/em> et de leur incr\u00e9dulit\u00e9 concernant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 (voir de P\u00e8re Baegert, un missionnaire j\u00e9suite\u00a0: <em>Nachrichten von der Amerikanischen. Halbinsel Californien<\/em>, 1773. Traduit dans <em>Smithsonian Reports<\/em>, 1863-64).<\/p>\n<p>Pour ce qui concerne les Zoulous \u2013 ces malheureux\u00a0! \u2013 \u00ab\u00a0l&rsquo;id\u00e9e que la terre et le ciel pourraient \u00eatre l&rsquo;oeuvre d&rsquo;un \u00catre invisible ne leur est jamais venue \u00e0 l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb, dit Callaway (p. 162-163), mais ils ont une croyance en des <em>\u00eatres invisibles<\/em>, partiellement fond\u00e9s sur <em>l&rsquo;ombre<\/em>, mais principalement sur le <em>r\u00eave<\/em>. En quelque sorte, ils consid\u00e8rent <em>l&rsquo;ombre<\/em> comme un esprit qui accompagne le corps (id\u00e9e courante chez les Grecs). Croyance en la r\u00e9alit\u00e9 de p\u00e8res ou fr\u00e8res qui leur apparaissent en r\u00eave (comme s&rsquo;ils \u00e9taient toujours vivants), alors que les grand-p\u00e8res sont g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9s de ce point de vue comme morts. (p. 163). <em>L&rsquo;adoration des idoles<\/em> caract\u00e9rise un stade en quelque sorte plus \u00e9lev\u00e9 du d\u00e9veloppement humain\u00a0; aucune trace de cela parmi les races humaines inf\u00e9rieures { NDT : nous avons gard\u00e9 l\u2019expression de Marx} dans le <em>Lafitau<\/em> (<em>Moeurs des Sauvages Am\u00e9ricains<\/em>, vol. I, p. 151), qui dit avec raison\u00a0: \u00ab\u00a0On peut dire en g\u00e9n\u00e9ral que le grand nombre des peuples sauvages n&rsquo;a point d&rsquo;idoles\u00a0\u00bb {En fran\u00e7ais dans le. texte}. \u00c0 ne pas confondre avec le f\u00e9tiche\u00a0; le <em>f\u00e9tichisme<\/em> est une attaque contre la divinit\u00e9, l\u2019idol\u00e2trie est un acte de soumission \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de celle-ci. (p. 225).<br \/>\n<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>L&rsquo;idole<\/em> acquiert d&rsquo;habitude la <em>forme humaine<\/em>, et l\u2019idol\u00e2trie est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 cette forme de religion qui consiste en la v\u00e9n\u00e9ration des anc\u00eatres (p. 228). La v\u00e9n\u00e9ration des anc\u00eatres&#8230; est plus ou moins pr\u00e9dominante dans <em>la totalit\u00e9 des tribus aborig\u00e8nes de l&rsquo;Inde centrale<\/em> (p. 229). Les <em>Cafres<\/em> offrent sacrifices et pri\u00e8res \u00e0 leurs parents d\u00e9c\u00e9d\u00e9s (ibid.). D&rsquo;autres races s&rsquo;efforcent de pr\u00e9server la m\u00e9moire des morts par de <em>grossi\u00e8res statues<\/em>. <em>Pallas<\/em> (<em>Voyages<\/em>, vol. IV, p. 79) mentionne que les<em> Ostyaques de Sib\u00e9rie<\/em> \u00ab\u00a0rendent un culte \u00e0 leurs morts. Ils <em>sculptent des figures de bois<\/em> pour repr\u00e9senter les <em>Ostiakes c\u00e9l\u00e8bres<\/em>. Dans les <em>repas de comm\u00e9moration on place devant ces figures une partie des mets<\/em>. Les femmes qui ont ch\u00e9ri leurs maris ont <em>de pareilles figures, les couchent avec elles<\/em>, les parent, et ne mangent point sans leur pr\u00e9senter une partie de leur portion\u00a0\u00bb {.en fran\u00e7ais dans\u00a0 le texte}.\u00a0<em> Erman<\/em> (<em>Travels in Siberia<\/em>, vol. II, p. 56 ) observe aussi que quand un homme meurt \u00ab\u00a0les parents construisent une grossi\u00e8re image en bois, <em>repr\u00e9sentant<\/em> \u2013 et honorant \u2013 la personne d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, qui est plac\u00e9e dans leur <em>yourte<\/em>, et re\u00e7oit les <em>hommages divins<\/em>\u00a0\u00bb pendant un certain temps. \u00ab\u00a0\u00c0 chaque repas, ils placent une offrande de nourriture devant l&rsquo;image etc.\u00a0\u00bb (ibid.). Habituellement cette <em>semi-adoration<\/em> ne dure que quelques ann\u00e9es, apr\u00e8s quoi <em>l&rsquo;image est br\u00fbl\u00e9e<\/em>. \u00ab\u00a0Mais quand un chaman meurt, la coutume change en sa faveur, devenant alors <em>une canonisation compl\u00e8te et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0; puis (continue Erman) \u00ab\u00a0<em>le morceau de bois d\u00e9cor\u00e9 qui repr\u00e9sente le disparu\u00a0<\/em>\u00bb non seulement garantit \u00ab\u00a0un hommage pendant une p\u00e9riode limit\u00e9e\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0les descendants du chaman se donnent le plus grand mal pour transmettre sa m\u00e9moire de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration [voir <em>Phear<\/em>, \u00ab\u00a0The Aryan Village\u00a0\u00bb, o\u00f9 le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne, ici r\u00e9serv\u00e9 aux aristocrates, est d\u00e9crit dans le Bengale de nos jours etc.]\u00a0; et par des oracles finement construits ainsi que par d&rsquo;autres formes d&rsquo;art, ils parviennent \u00e0 procurer des <em>offrandes aux p\u00e9nates de leur famille<\/em>, aussi abondants que ceux qui figurent sur les autels des dieux universellement <em>reconnus<\/em>. Mais que ces derniers (dit Erman) aient aussi une <em>origine historique<\/em>, qu&rsquo;ils aient \u00e9t\u00e9 initialement des monuments \u00e0 l&rsquo;honneur d&rsquo;hommes illustres, auxquels les directives et <em>l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des chamans<\/em> ont donn\u00e9 graduellement une signification et une importance arbitraires, cela ne me semble faire aucun doute\u00a0; et cela \u2013 ce qui plus est \u2013 est corrobor\u00e9 par le fait que de <em>toutes les yourtes sacr\u00e9es<\/em> d\u00e9di\u00e9es \u00e0 ces saints qui ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9es, et elles ont \u00e9t\u00e9 nombreuses \u00e0 proximit\u00e9 du fleuve depuis les temps les plus recul\u00e9s, <em>une<\/em> <em>seule<\/em> (pr\u00e8s de Samarovo) contenait <em>l&rsquo;image d&rsquo;une femme<\/em>.\u00a0\u00bb (p. 230).<\/p>\n<p>[Lubbock cite le proph\u00e8te Salomon (<em>Livre de la Sagesse, chapitre XIV<\/em>, p. 12)\u00a0;\u00a0 o\u00f9 ce puits de sagesse devine ce qui suit sur les origines de la v\u00e9n\u00e9ration de statues comme divinit\u00e9s\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a013. Il n&rsquo;y en avait pas \u00e0 l&rsquo;origine et il n&rsquo;y en aura pas toujours.<br \/>\n14. C&rsquo;est la<em> vanit\u00e9 des hommes qui les a introduites dans le monde<\/em>\u00a0; aussi leur fin prochaine est-elle arr\u00eat\u00e9e dans la pens\u00e9e divine.<br \/>\n15. Un p\u00e8re accabl\u00e9 par une douleur pr\u00e9matur\u00e9e a fa\u00e7onn\u00e9 l&rsquo;image d&rsquo;un fils qui lui a \u00e9t\u00e9 trop t\u00f4t enlev\u00e9\u00a0; et cet enfant qui \u00e9tait mort, il s&rsquo;est mis \u00e0 l&rsquo;honorer comme un Dieu, et il a institu\u00e9 parmi les gens de sa maison des rites pieux et des c\u00e9r\u00e9monies.<br \/>\n16.\u00a0 Puis, cette coutume impie, s&rsquo;affermissant avec le temps, fut observ\u00e9e comme une loi, et, <em>sur l&rsquo;ordre des princes, on adora les statues<\/em>.<br \/>\n17. Quand on ne pouvait <em>les honorer en face<\/em>, parce qu&rsquo;ils habitaient trop loin, on se <em>repr\u00e9sentait leur lointaine figure<\/em>, et l&rsquo;on fa\u00e7onnait une image visible du roi v\u00e9n\u00e9r\u00e9, <em>afin de rendre \u00e0 l&rsquo;absent des hommages aussi empress\u00e9s que s&rsquo;il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent<\/em>.<br \/>\n18. Et, <em>pour le succ\u00e8s de la superstition<\/em>, ceux qui ne le connaissaient pas y furent amen\u00e9s par l&rsquo;ambition de l&rsquo;artiste.<br \/>\n19. Celui-ci, en effet, <em>d\u00e9sireux de plaire au ma\u00eetre puissant<\/em>, \u00e9puisa tout son art \u00e0 embellir le portrait.<br \/>\n20. Et la foule des hommes, <em>s\u00e9duite par l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de l&rsquo;oeuvre<\/em>, regarda comme un Dieu celui qui nagu\u00e8re \u00e9tait honor\u00e9 comme un homme.\u00a0\u00bb {les italiques sont de Marx, NdT}].<\/p>\n<p>L&rsquo;idole est loin d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une simple ic\u00f4ne. En Inde (cf. <em>Dubois<\/em>, p, 407), lorsque les offrandes des gens sont moins copieuses que d&rsquo;habitude,\u00a0 les Brahmanes parfois \u00ab <em>mettent les idoles aux fers<\/em>, leur enchainant les mains et les pieds. Ils exposent les idoles \u00e0 la vue des gens dans cet \u00e9tat humiliant, auxquels elles auraient \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits \u2013 disent-ils \u2013 <em>par des cr\u00e9anciers impitoyables, auxquels leurs dieux ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 d&#8217;emprunter de l&rsquo;argent en une \u00e9poque de d\u00e9tresse, afin de subvenir \u00e0 leurs besoins. <\/em>Ils d\u00e9clarent<em> que les cr\u00e9anciers inflexibles refusent de rendre aux dieux leur libert\u00e9, tant que la totalit\u00e9 de la dette ne leur a pas \u00e9t\u00e9 rembours\u00e9e avec les int\u00e9r\u00eats. <\/em>Les gens se rapprochent, alarm\u00e9s \u00e0 la vue de leur divinit\u00e9 enchain\u00e9es ; et, croyant que c&rsquo;est la plus m\u00e9ritante parmi les bonnes \u0153uvres que de contribuer \u00e0 sa lib\u00e9ration, ils rassemblent la somme demand\u00e9e \u00e0 cette fin par les Brahmanes\u00a0\u00bb (p. 231).<br \/>\n[Cf. sur ce point <em>Don Quichotte<\/em>, II\u00b0 partie, chap. XXIII, o\u00f9 le brave descend dans la grotte de Montesinos. Pendant qu&rsquo;il s&rsquo;entretient avec ce dernier, il voit \u00ab\u00a0une des deux compagnes de la triste Dulcin\u00e9e\u00a0\u00bb s&rsquo;approcher de lui, \u00ab\u00a0les yeux pleins de larmes, elle me dit d\u2019une voix basse et trouble\u0301e: \u201cMadame Dulcine\u0301e du Toboso baise les mains a\u0300 Votre Gra\u0302ce, et supplie Votre Gra\u0302ce de lui faire celle de lui faire savoir comment vous vous portez ; <em>et, comme elle se trouve dans un pressant besoin, elle supplie Votre Gra\u0302ce, aussi instamment que possible, de vouloir bien lui pre\u0302ter, sur ce jupon de basin tout neuf que je vous pre\u0301sente, une demi-douzaine de re\u0301aux, ou ce que vous aurez dans la poche, engageant sa parole \u00e0 vous les rendre dans un bref de\u0301lai.\u201d Une telle commission<\/em> (raconte Don Quichotte \u00e0 Sancho Panza et \u00e0 l&rsquo;ermite) me surprit e\u0301trangement, et, me tournant vers le seigneur Monte\u0301sinos : \u201c<em>Est-il possible,<\/em> lui demandai-je, que <em>les enchante\u0301s de haut rang souffrent le besoin<\/em>\u00a0?\u201d \u2013 \u201c<em>Croyez-moi, seigneur don Quichotte<\/em>, me dit-il, <em>ce qu\u2019on nomme le besoin se rencontre en tous lieux ; il s\u2019e\u0301tend partout, il atteint tout le monde, et ne fait pas me\u0302me gra\u0302ce aux enchante\u0301s<\/em>. Puisque madame Dulcine\u0301e du Toboso envoie demander <em>ces six re\u0301aux, et que le gage parai\u0302t bon, il n\u2019y a rien a\u0300 faire que de les lui donner<\/em>, car sans doute elle se trouve en quelque grand embarras.\u201d \u2013 \u201c<em>Le gage<\/em> (dit Don Quichotte), <em>je ne le prendrai point<\/em>, re\u0301pondis-je ; mais je ne lui donnerai pas davantage ce qu\u2019elle demande, car je n\u2019ai sur moi <em>que quatre re\u0301aux<\/em>\u201d (ceux que tu me donnas l\u2019autre jour en monnaie, Sancho, pour faire l\u2019aumo\u0302ne aux pauvres que je trouverais sur le chemin), et je les lui donnai, en disant : \u201cDites a\u0300 votre dame, ma che\u0300re amie, que je ressens ses peines au fond de l\u2019a\u0302me, et <em>que je voudrais e\u0302tre un Fucar<\/em> (c&rsquo;est \u00e0 dire un membre de la famille Fugger) pour y porter reme\u0300de etc.\u201d\u00a0\u00bb {les italiques et les parenth\u00e8ses, sauf l&rsquo;avant-derni\u00e8re, sont de Marx, NdT}].<\/p>\n<p><em>La statue de Hercule<\/em> v\u00e9n\u00e9r\u00e9e \u00e0 Tyros \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e elle-m\u00eame comme une divinit\u00e9\u00a0; d&rsquo;o\u00f9 le fait que pendant le si\u00e8ge d&rsquo;Alexandre le Grand elle fut rapidement encha\u00een\u00e9e <em>pour l\u2019emp\u00eacher de d\u00e9serter et rejoindre l\u2019ennemi<\/em> (pp. 231-232).<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que la civilisation avance et que les <em>chefs deviennent plus despotiques<\/em>, qu&rsquo;ils exigent toujours plus de r\u00e9v\u00e9rence <em>le peuple est initi\u00e9 \u00e0 des conceptions du pouvoir et de la magnificence plus \u00e9lev\u00e9es<\/em> que n&rsquo;importe laquelle pr\u00e9c\u00e9demment entretenue (p. 232), et celles-ci se r\u00e9percutent aussi sur les dieux. L\u2019idol\u00e2trie indique une condition mentale plus d\u00e9velopp\u00e9e par rapport au culte des animaux, voire m\u00eame \u00e0 celui des corps c\u00e9lestes. En g\u00e9n\u00e9ral, mais non sans exceptions,<em> le culte du soleil<\/em> lui-m\u00eame s&rsquo;accompagne d&rsquo;une <em>conception plus grossi\u00e8re de la d\u00e9it\u00e9, par rapport \u00e0 l\u2019idol\u00e2trie<\/em>. [C&rsquo;est-\u00e0-dire que <em>le service de cour adress\u00e9 aux dieux<\/em> est \u00ab\u00a0moindre\u00a0\u00bb que dans le culte des idoles]. Cela d\u00e9coule en partie du fait que<em> le pouvoir tendanciellement grandissant de chefs et rois<\/em> habitue l&rsquo;esprit \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;un pouvoir bien plus grand que celui auparavant con\u00e7u. (ibid.). Ainsi, en <em>Afrique occidentale, le commerce d&rsquo;esclaves<\/em> augmentant consid\u00e9rablement <em>la richesse<\/em> et donc l<em>e pouvoir des rois ou des chefs<\/em>, ces derniers gard\u00e8rent l&rsquo;essentiel de leur condition, et de plus insist\u00e8rent pour \u00eatre trait\u00e9s <em>avec une r\u00e9v\u00e9rence servile<\/em>. Personne n&rsquo;avait le droit de manger avec eux, ni de s&rsquo;en rapprocher, <em>sauf agenouill\u00e9 et avec une\u00a0 attitude apeur\u00e9e<\/em>, qui \u00e9tait sans doute bien fond\u00e9e dans bien des cas (p. 233). Ces marques de respect <em>ressemblaient \u00e0 tel point \u00e0 de la v\u00e9n\u00e9ration<\/em>, que \u00ab\u00a0les individus des classes inf\u00e9rieures sont persuad\u00e9s que le pouvoir du roi n&rsquo;est pas limit\u00e9 \u00e0 la Terre, et qu&rsquo;il a assez de cr\u00e9dit pour faire tomber de la pluie du paradis\u00a0\u00bb (p. 233, cit\u00e9 depuis\u00a0: <em>Proyart&rsquo;s History of Loango<\/em>, etc.). Les <em>tyrans de Natal<\/em> \u2013 dit Casalis \u2013 \u00ab\u00a0jouissaient d&rsquo;une r\u00e9v\u00e9rence presque divine\u00a0\u00bb (p. 233). Le roi et la reine de Tahiti \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s si sacr\u00e9s que rien de ce qui avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par eux, m\u00eame pas les sons formant leurs pr\u00e9noms, ne pouvait \u00eatre utilis\u00e9 dans d&rsquo;autres buts. Le <em>langage de cour<\/em> \u00e9tait caract\u00e9ris\u00e9 par les adulations les plus ridicules. \u00ab\u00a0La demeure du roi \u00e9tait appel\u00e9e aarai, autrement dit \u201cles nuages du paradis\u201d, etc.\u00a0\u00bb. (ibid.).<\/p>\n<p><em>La v\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;individus humains<\/em> n&rsquo;allait pas pour longtemps se limiter aux morts. Dans de nombreux cas, elle va s&rsquo;\u00e9largir aux <em>vivants<\/em> aussi. En effet, le sauvage qui v\u00e9n\u00e8re un animal ou un arbre ne verra aucune absurdit\u00e9 dans la v\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;un homme. [Comme si les Anglais n&rsquo;avaient pas \u00ab\u00a0v\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb la Reine ou Monsieur Gladstone\u00a0!]. <em>Son chef<\/em> est, \u00e0 ses yeux,<em> presque aussi puissant, voire m\u00eame plus puissant, que sa divinit\u00e9<\/em>. Cependant, <em>la v\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;individus particuliers<\/em> ne pr\u00e9vaut pas dans<em> l&rsquo;ensemble des communaut\u00e9s non civilis\u00e9es<\/em>, parce que les chefs [\u00e9coutez-moi ce chien aplati\u00a0!], \u00e9tant constamment associ\u00e9s \u00e0 leurs disciples, <em>manquent de ce myst\u00e8re<\/em> qui est n\u00e9cessaire \u00e0 la religion, et que <em>les animaux nocturnes<\/em> poss\u00e8dent si \u00e9minemment. Pourtant, \u00e0 mesure que la civilisation progresse <em>et<\/em> que <em>les chefs se s\u00e9parent de plus en plus <\/em>de leurs<em> sujets<\/em> [!] ce n&rsquo;est plus le cas, et <em>la v\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;individus humains devient un \u00e9l\u00e9ment important de la religion<\/em> (p. 235). <em>La v\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;un grand chef<\/em> para\u00eet tout aussi normale que celle d&rsquo;une idole. \u00ab\u00a0Pourquoi \u2013 dit un Mongol au Fr\u00e8re Ascelin (cf. <em>Astley, Collection of Voyages<\/em>, vol. IV, p. 551) \u2013 <em>vous les Chr\u00e9tiens<\/em>, alors que vous n\u2019avez pas de scrupules \u00e0 v\u00e9n\u00e9rer des b\u00e2tons et des pierres, pourquoi refuser d&rsquo;honorer pareillement Bayoth Noy, dont le Khan a ordonn\u00e9 qu&rsquo;il soit v\u00e9n\u00e9r\u00e9 autant que sa propre personne\u00a0?\u00a0\u00bb. Cette v\u00e9n\u00e9ration s&rsquo;accompagne presque toujours d&rsquo;une croyance dans des \u00eatres sup\u00e9rieurs (p. 234).<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 le chamanisme n&rsquo;avait pas encore \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par le tot\u00e9misme, <em>la mise en place de r\u00e9gimes monarchiques<\/em>, avec ses pompes et c\u00e9r\u00e9monies typiques, <em>amena \u00e0 un culte beaucoup plus organis\u00e9 des divinit\u00e9s anciennes<\/em>. <em>Le culte du serpent<\/em> en <em>Afrique occidentale<\/em> et celui du <em>soleil au P\u00e9rou<\/em> en sont des exemples frappants (p. 235). Les hommes blancs, comme le <em>Captain Cook<\/em> dans le Pacifique etc., \u00e9taient souvent v\u00e9n\u00e9r\u00e9s comme des dieux. \u00ab\u00a0<em>Tuikilakila<\/em>, le chef des Somosomo, dit \u00e0 M. Hunt\u00a0: \u201cSi tu meurs en premier, je ferai de toi un dieu\u201d. Il n&rsquo;y avait pas de ligne de d\u00e9marcation certaine entre les esprits et les dieux, ni entre dieux et hommes vivants, puisque <em>nombre de pr\u00eatres et anciens chefs \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des personnes sacr\u00e9es<\/em>, et une bonne partie d&rsquo;entre eux r\u00e9clamera aussi le statut de divinit\u00e9. Tuikilakila disait parfois <em>\u201cJe suis un dieu\u201d<\/em>\u00a0; et il y croyait aussi\u00a0\u00bb. (<em>Erskine, Western Pacific<\/em>, <em>p. 246<\/em>). Lubbock commente\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 premi\u00e8re vue, il semble <em>difficile de comprendre comment un homme peut \u00eatre vu<\/em> comme un immortel [ par l\u00e0 il entend\u00a0: non passible de mort naturelle\u00a0; Lubbock se moque, mais ne comprend pas\u00a0; il trouve assez naturel qu&rsquo;ils soient \u00ab\u00a0capables\u00a0\u00bb de mort non naturelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils survivent, bien que d\u00e9c\u00e9d\u00e9s de mort naturelle]. <em>Cependant, m\u00eame cette croyance<\/em> a \u00e9t\u00e9 entretenue dans de multiples pays\u00a0\u00bb. (p. 235).<\/p>\n<p>Merolla raconte (dans<em> Pinkerton&rsquo;s \u00ab\u00a0Voyages\u00a0\u00bb,<\/em> vol. XVI, p. 226) qu&rsquo;\u00e0 son \u00e9poque les <em>magiciens du Congo<\/em> \u00e9taient appel\u00e9s <em>Scinghili<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire Dieux de la Terre. Leur chef \u00e9tait nomm\u00e9 \u00ab\u00a0Ganga Chitorne, r\u00e9put\u00e9 Seigneur de toute la Terre&#8230;\u00a0Il affirme en outre que son corps ne peut pas subir de mort naturelle\u00a0; et&#8230; pour confirmer ceux qui le v\u00e9n\u00e8rent dans leur conviction, lorsqu&rsquo;il voit sa fin se rapprocher, que ce soit par l&rsquo;\u00e2ge ou la maladie, il convoque un de ses disciples pour qu&rsquo;il lui succ\u00e8de, et pr\u00e9tend lui transmettre des grands pouvoirs\u00a0\u00bb\u00a0; puis il se laisse \u00e9trangler par ce dernier ou se fait tuer coram publico, etc\u00a0\u00bb\u00a0 (p.235-236) De m\u00eame le Grand Lama du Tibet. Les <em>sacrifices<\/em> visent \u00e0 influencer les \u00catres Spirituels en faveur du bien ou du mal (p. 237). Initialement il \u00e9tait suppos\u00e9 que les esprits mangeraient r\u00e9ellement les offrandes de nourriture qui leur \u00e9taient adress\u00e9es\u00a0; mais on constata que les animaux sacrifi\u00e9s ne disparaissaient pas\u00a0; il fut donc d\u00e9cid\u00e9 que l&rsquo;Esprit ne mangerait que <em>la part spirituelle<\/em> de la victime, en laissant la plus grande part \u00e0 son fid\u00e8le adorateur. Ainsi, les Limbus vivant pr\u00e8s du Darjeeling (India) mangent leurs sacrifices, en consacrant \u2013 ainsi qu&rsquo;ils l&rsquo;expriment avec force \u2013 \u00ab\u00a0<em>le souffle de la vie<\/em> aux dieux, la chair \u00e0 nous m\u00eame\u00a0\u00bb(p.237).<\/p>\n<p>En <em>Nouvelle Z\u00e9lande<\/em>, lorsque Te Kanawa leur donnaient des bijoux, <em>les f\u00e9es sortaient des ombres<\/em>, n&rsquo;\u00e9tant pas int\u00e9ress\u00e9es par la substance terrestre (cf. S<em>ir G. Grey<\/em>, Polynesian Mythology). En Guin\u00e9e, selon Bosman, \u00ab\u00a0l&rsquo;idole n&rsquo;a droit qu&rsquo;au sang, parce que les guin\u00e9ens eux-m\u00eames aiment beaucoup la viande. Ailleurs, o\u00f9 la chair est \u00e9galement consomm\u00e9e par les fid\u00e8les, comme chez les Ostyaques, les idoles sont cependant e<em>nduits de sang<\/em>, sur leurs bouches notamment (dans le cas des Ostyaques). M\u00eame cela va \u00eatre remplac\u00e9 \u2013 il semblerait \u2013 par de la <em>peinture rouge<\/em>\u00a0; de m\u00eame, le plus souvent, avec les pierres sacr\u00e9es en Inde\u00a0; de m\u00eame au Congo, avec les f\u00e9tiches enduits de rouge \u00e0 chaque nouvelle lune (pp. 237-238).<br \/>\nLors des grandes offrandes de nourriture chez les Fidjiens, \u00ab\u00a0la croyance des natifs ne voue que l&rsquo;\u00e2me de ces offrandes aux dieux, qui sont d\u00e9crits comme d\u2019\u00e9normes mangeurs\u00a0; la substance est consomm\u00e9e par les adorateurs\u00a0\u00bb. (<em>Williams, Polynesian Researches<\/em>).<\/p>\n<p>Anticipation de la Derni\u00e8re C\u00e8ne\u00a0: dans de nombreux cas, il semble <em>n\u00e9cessairement inh\u00e9rent \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie<\/em> que <em>la victime soit mang\u00e9e<\/em> par les participants. Ainsi, en Inde\u00a0 ( <em>Dubois<\/em>,\u00a0 p.401), lorsque le sacrifice \u00ab\u00a0est termin\u00e9, le <em>pr\u00eatre<\/em> sort et d<em>istribue une partie des offrandes<\/em> qui ont \u00e9t\u00e9 faite aux idoles. Celle-ci est re\u00e7ue<em> comme sacr\u00e9e, et mang\u00e9e imm\u00e9diatement<\/em>\u00a0\u00bb. Chez les peaux-rouges (cf. <em>Schoolcraft, Indian Tribes<\/em>, vol. III, p. 61\u00a0;<em> Tanner<\/em>, \u00ab\u00a0Narrative\u00a0\u00bb, p. 287), \u00e0 l&rsquo;occasion de la f\u00eate qui se d\u00e9roule au d\u00e9but de la saison de chasse, la victime \u00ab\u00a0doit \u00eatre enti\u00e8rement d\u00e9vor\u00e9e, et rien n&rsquo;en doit rester&#8230; Parmi les Algonquins&#8230; lors d&rsquo;une f\u00eate semblable&#8230; <em>pas un seul os de la victime<\/em> ne doit \u00eatre cass\u00e9\u00a0\u00bb (p. 239).<\/p>\n<p>Souvent, une curieuse <em>identification<\/em> (Lubbock dit \u00ab\u00a0confusion\u00a0\u00bb) se met en place entre la victime et la d\u00e9it\u00e9, et la premi\u00e8re est v\u00e9n\u00e9r\u00e9e avant d&rsquo;\u00eatre sacrifi\u00e9e et mang\u00e9e. Ainsi dans l<em>&lsquo;\u00c9gypte ancienne<\/em>, <em>o\u00f9 Apis la victime \u00e9tait aussi regard\u00e9e comme un dieu<\/em> (cf. <em>Cox, Manual of Mythology<\/em>, p. 213), et <em>Iphig\u00e9nie<\/em> \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e par certains comme identique \u00e0 <em>Art\u00e9mis<\/em>. (Non seulement le taureau <em>Apis<\/em>, victime, mais aussi <em>l\u2019agneau sacrificiel<\/em>, le Christ, est \u00e0 la fois Dieu et son fils inn\u00e9). <em>F.G. M\u00fcller<\/em> dit du <em>Mexique<\/em>, qu&rsquo;\u00e0 certaines p\u00e9riodes de l&rsquo;ann\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Les sacerdotes fabriquaient une ic\u00f4ne faite de toutes sortes de graines, <em>qui allait \u00eatre p\u00e9trie et cuit avec le sang d&rsquo;enfants sacrifi\u00e9s<\/em>. Divers rituels religieux de purification et de b\u00e9n\u00e9diction, ablutions \u00e0 l&rsquo;eau, saign\u00e9es, je\u00fbnes, processions, fumigations, sacrifice de cailles, sacrifices humains \u00e9taient des moments de pr\u00e9paration \u00e0 la f\u00eate. Puis un <em>pr\u00eatre Quetzalcoatl<\/em> tirait une fl\u00e8che sur chaque ic\u00f4ne Huitzilopochtlis, et transper\u00e7ait le dieu. <em>Celui-ci \u00e9tait alors consid\u00e9r\u00e9 comme un mort<\/em>, <em>son c\u0153ur \u00e9tait d\u00e9coup\u00e9<\/em> par les pr\u00eatres comme celui des sacrifi\u00e9s humains, et \u00e9tait mang\u00e9 par le roi, incarnation de dieu sur la Terre. Mais le corps \u00e9tait d\u00e9coup\u00e9 en parties et partag\u00e9 entre les diff\u00e9rents quartiers de la ville, pour que chaque homme en ait un morceau\u00a0\u00bb (p. 239-240).<\/p>\n<p>De m\u00eame au Mexique chaque ann\u00e9e, un grand sacrifice en l&rsquo;honneur de Tezcatlipoca avait lieu\u00a0; un beau gar\u00e7on, un prisonnier de guerre g\u00e9n\u00e9ralement, \u00e9tait choisi comme victime\u00a0; pour <em>une ann\u00e9e enti\u00e8re il \u00e9tait trait\u00e9 et v\u00e9n\u00e9r\u00e9 comme un dieu etc<\/em>. Au d\u00e9but du dernier mois, il prenait quatre belles filles comme \u00e9pouses\u00a0; le jour fatal, il \u00e9tait plac\u00e9 en t\u00eate d&rsquo;un procession solennelle, conduit au temple, puis sacrifi\u00e9 avec des grandes c\u00e9r\u00e9monies et toutes sortes de marques de respect, et enfin mang\u00e9 <em>par les pr\u00eatres et les chefs<\/em>.<\/p>\n<p>Chez les Kondhs d&rsquo;Inde centrale, on a trouv\u00e9 aussi ce genre de sacrifices humains. Un gros pilier est enfonc\u00e9 dans le sol, la victime y est attach\u00e9e, assise, et <em>ointe<\/em> de beurre, d&rsquo;huile, et de curcuma, d\u00e9cor\u00e9e avec des fleurs, et <em>v\u00e9n\u00e9r\u00e9e<\/em> par l&rsquo;assembl\u00e9e le jour durant. Le soir, les festivit\u00e9s reprennent\u00a0; au troisi\u00e8me matin, la victime re\u00e7oit du lait \u00e0 boire, tandis que le pr\u00eatre en charge implore la divinit\u00e9 de faire tomber sa b\u00e9n\u00e9diction sur le peuple, etc etc. Le pr\u00eatre r\u00e9capitule l&rsquo;origine et les bienfaits du rituel, et conclut en proclamant que la divinit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 ob\u00e9ie et le peuple r\u00e9uni, etc. N\u00e9anmoins, apr\u00e8s ce simulacre de c\u00e9r\u00e9monie, la victime est amen\u00e9e au bosquet, o\u00f9 le sacrifice va avoir lieu\u00a0; et afin de pr\u00e9venir toute r\u00e9sistance, s<em>es os des bras et des jambes sont cass\u00e9s<\/em>, ou <em>bien la victime est drogu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;opium ou au Datura<\/em>, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le bourreau tue la victime avec sa hache&#8230; Maintenant la foule <em>s&#8217;empresse pour obtenir un morceau de sa chair,<\/em> et en <em>un instant elle est d\u00e9pouill\u00e9e jusqu&rsquo;aux os<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans certains coins d&rsquo;Afrique, \u00ab\u00a0<em>\u201cmanger le f\u00e9tiche\u201d<\/em> [ce qui se fait aussi par ingestion symbolique, m\u00eame de nos jours, p. ex. \u00ab\u00a0en r\u00e2pant ou grattant quelques fragments du f\u00e9tiche dans l&rsquo;eau ou dans une mati\u00e8re comestible, et enfin en le mettant dans la bouche sans d\u00e9glutir\u00a0\u00bb] est une c\u00e9r\u00e9monie solennelle, par laquelle les femmes jurent fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 leurs maris, et les hommes \u00e0 leurs amis\u00a0\u00bb (p. 241).<\/p>\n<p>En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les <em>offrandes sacrifi\u00e9es<\/em> n&rsquo;\u00e9taient pas mang\u00e9es par tout le monde\u00a0; \u00e0 Fiji, elles \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9es aux vieillards et aux pr\u00eatres, les jeunes et les femmes \u00e9tant exclus de la r\u00e9partition. Graduellement, les pr\u00eatres <em>\u00e9tablissent leur droit sur sa totalit\u00e9<\/em>, ce qui <em>stimule la pratique du sacrifice elle-m\u00eame<\/em>. Et affecte les caract\u00e9ristiques du rituel. Ainsi, comme <em>Bosman<\/em> le raconte, les pr\u00eatres encourag\u00e8rent les offrandes au Serpent plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la Mer, puisque dans ce dernier cas \u00ab\u00a0il n&rsquo;y pas de reste pour eux\u00a0\u00bb (pp. 241-242).<\/p>\n<p>L&rsquo;inclination qui avait conduit au <em>sacrifice d&rsquo;animaux<\/em> culmina naturellement dans celui <em>d&rsquo;\u00eatres humains<\/em>, en Guin\u00e9e, dans les \u00eeles du Pacifique, et pour les prisonnier de guerre au <em>Br\u00e9sil<\/em>\u00a0; plusieurs nations en <em>Inde<\/em>, \u00e0 l&rsquo;exception des Kondhs, comme d\u00e9j\u00e0 dit tout \u00e0 l&rsquo;heure\u00a0; encore aujourd&rsquo;hui, en certains endroits o\u00f9 les <em>sacrifices humains<\/em> sont d\u00e9sormais interdits, on fabrique des f<em>igures humaines<\/em> <em>en farine, en p\u00e2te, ou en argile<\/em>, et ensuite on leur coupe la t\u00eate \u00e0 la gloire des dieux (p. 242). Il en allait de m\u00eame, dans l&rsquo;histoire antique, <em>\u00e0 Carthage, chez les Assyriens, chez les Grecs,<\/em> chez les Romains jusqu&rsquo;au II\u00b0 ou III\u00b0 si\u00e8cle apr\u00e8s J.C., ainsi qu&rsquo;au <em>P\u00e9rou et au Mexique<\/em>. D&rsquo;apr\u00e8s F.G. M\u00fcller parmi les sources plus r\u00e9centes, 2.500 individus y \u00e9taient annuellement sacrifi\u00e9s dans les temples (estimation mod\u00e9r\u00e9e), mais le chiffre monte jusqu&rsquo;\u00e0 100.000 pour certaines ann\u00e9es. Chez les <em>Juifs<\/em>, il y eut un syst\u00e8me de <em>sacrifices d&rsquo;animaux<\/em> \u00e0 grande \u00e9chelle et une <em>symbologie des sacrifices humains<\/em>, laquelle sugg\u00e8re qu&rsquo;ils furent autrefois courants.<\/p>\n<p><em>La fille de Japhet\u00a0: voir le VII\u00b0 chapitre du L\u00e9vitique<\/em> (pp. 241-243).<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;origine, <em>pas de temples ou b\u00e2timents sacr\u00e9s<\/em>\u00a0; dans le <em>Nouveau Monde<\/em>, seulement en <em>Am\u00e9rique centrale et au P\u00e9rou<\/em> (p. 244). En Inde, le <em>tumulus<\/em> s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 <em>en temple<\/em> (cf. <em>Fergusson, \u00ab\u00a0Tree and Serpent Worship\u00a0\u00bb<\/em>).<\/p>\n<p>Les<em> races inf\u00e9rieures de l&rsquo;humanit\u00e9 {voir NDT plus haut} ne connaissent pas de pr\u00eatres<\/em> proprement dits (p. 244). En Gr\u00e8ce il y avait des pr\u00eatres, <em>mais pas de pr\u00eatrise<\/em> (p. 245).<\/p>\n<p>Sur les <em>\u00eeles Tonga<\/em>, les chefs \u00e9tait tenus pour immortels, tandis que les <em>Tooas<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire les personnes normales, pour mortels\u00a0; quant \u00e0 la classe interm\u00e9diaire, les Mooas, les opinions divergent (ibid.).<\/p>\n<p>La <em>croyance<\/em> en une <em>\u00e2me<\/em> (qui est diff\u00e9rente de celle en les esprits) <em>dont l&rsquo;existence serait universelle, ind\u00e9pendante et \u00e9ternelle<\/em>, est <em>restreinte<\/em> aux races <em>les plus \u00e9lev\u00e9es<\/em> [?] du <em>genre humain<\/em> (ibid.).<\/p>\n<p>Le r\u00e9v\u00e9rend Lang, dans son \u0153uvre <em>The Aborigines of Australia<\/em>, raconte d&rsquo;un ami qu\u2019il \u00ab\u00a0essaya longuement et patiemment <em>de faire comprendre<\/em> (c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;inculquer) \u00e0 un Australien tr\u00e8s intelligent la notion de <em>sa propre existence d\u00e9pourvue de corps<\/em>, mais \u00e0 chaque fois le Noir s&rsquo;impatientait&#8230; Pendant longtemps, il (le Noir intelligent) n&rsquo;a pas cru que le \u00ab\u00a0gentleman\u00a0\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;ami d\u00e9bile du cur\u00e9 Lang) <em>\u00e9tait s\u00e9rieux<\/em>, et lorsqu&rsquo;enfin il s&rsquo;en rendit compte (que le gentleman \u00e9tait un couillon de bonne volont\u00e9), plus le soi-disant ma\u00eetre devenait s\u00e9rieux, plus l&rsquo;histoire appara\u00eet [devenait] hilarante\u00a0\u00bb. [ainsi se moque Lubbock lui-m\u00eame, alors qu&rsquo;il ne comprend pas le pourquoi du comment].<\/p>\n<p>Cesar nous assure que parmi <em>les anciens Bretons, l&rsquo;argent \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00eat\u00e9 sur post-obit<\/em> \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire sur promesse de payer dans un autre monde (p. 248).<\/p>\n<p>Ainsi dit le bestial Lubbock\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;immense service rendu par la <em>science<\/em>&#8230; \u00e0 la <em>cause de la religion<\/em> \u2026 n&rsquo;a pas re\u00e7u la consid\u00e9ration qu&rsquo;il m\u00e9rite. La science est encore vue par nombre de personnes excellentes mais born\u00e9es [dit le philistin \u00e0 l&rsquo;esprit ouvert!] comme hostile \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 <em>religieuse<\/em>, alors qu&rsquo;elle s&rsquo;oppose uniquement \u00e0 <em>l&rsquo;erreur religieuse<\/em>\u00a0\u00bb (p. 256).<\/p>\n<p>Remarquable \u00e0 <em>Tahiti<\/em>, la coutume d&rsquo;apr\u00e8s laquelle <em>le roi abdiquait<\/em> d\u00e8s qu&rsquo;un fils lui naissait\u00a0; et <em>les propri\u00e9taires fonciers<\/em>, dans des circonstances semblables, perdaient le fief simple de leurs terrains, devenant de simples fiduciaires des nourrissons propri\u00e9taires (voir <em>Ellis, Polynesian Researches<\/em>, vol. II, pp. 346-347). Les <em>Basutos<\/em> poss\u00e8dent <em>un syst\u00e8me de primog\u00e9niture strict<\/em> et, tout au cours de la vie du p\u00e8re, le fils ain\u00e9 a un pouvoir consid\u00e9rable sur la propri\u00e9t\u00e9 et sur les autres enfants (cf. <em>Casalis, Basutos<\/em>). Chez les <em>Australiens<\/em> [contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;on observe chez les <em>Peaux-Rouges<\/em> am\u00e9ricains, qui se nourrissent du plus gros gibier, par la seule <em>propri\u00e9t\u00e9 tribale<\/em> de la terre, commune aux diff\u00e9rentes tribus chasseuses] se nourrissant <em>d&rsquo;opossums<\/em>, <em>reptiles, insectes et racines,<\/em> etc., g\u00e9n\u00e9ralement capables de trouver de la nourriture chacun sur son propre territoire seulement \u2013 \u00ab\u00a0<em>chaque m\u00e2le d\u00e9tient une certaine portion du territoire<\/em>, duquel il est \u00e0 tout moment en mesure de d\u00e9limiter les confins exacts. <em>Ces propri\u00e9t\u00e9s sont r\u00e9parties<\/em> par le p\u00e8re entre ses fils sa vie durant, et se transmettent de fa\u00e7on quasi h\u00e9r\u00e9ditaire. Un homme peut disposer de ces terrains ou les troquer, mais la femme ne participe jamais \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritage, et la primog\u00e9niture parmi ses enfants n&rsquo;a pas de droits ou avantages particuliers\u00a0\u00bb. De nombreuses familles ont, pendant la saison du caoutchouc etc., un droit reconnu sur certains lopins qui en sont particuli\u00e8rement riches, bien qu&rsquo;elles n&rsquo;aient pas le droit de s&rsquo;y rendre \u00e0 d&rsquo;autres p\u00e9riodes (cf. <em>Eyre, Discoveries in Australia<\/em>, vol. II, p. 297\u00a0; <em>Grey, Australia<\/em>, vol. II, p. 232, 298, 236)&#8230; \u00ab\u00a0M\u00eame <em>l&rsquo;eau des fleuves est revendiqu\u00e9e<\/em> par certaines tribus australiennes&#8230; <em>La travers\u00e9e \u00e0 des fins de chasse<\/em> est consid\u00e9r\u00e9e comme une offense majeure en Australie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En <em>Polyn\u00e9sie<\/em>, o\u00f9 la culture \u00e9tait soigneusement pratiqu\u00e9e, de m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 <em>Tahiti<\/em>, \u00ab\u00a0<em>chaque portion du territoire a son propri\u00e9taire respectif<\/em>\u00a0; et m\u00eame des <em>arbres singuliers situ\u00e9s sur ce territoire ont parfois diff\u00e9rents propri\u00e9taires<\/em>, de m\u00eame que <em>tel arbre<\/em>, ainsi que <em>le terrain sur lequel il a pouss\u00e9, ont diff\u00e9rents<\/em> possesseurs\u00a0\u00bb. (<em>Ellis, Polynesian Researches<\/em>, vol. II, p. 362). En <em>Nouvelle Z\u00e9lande<\/em>, il y avait <em>trois diff\u00e9rents r\u00e9gimes de propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re \u2013 par tribu, par famille et individuel<\/em>. <em>Les droits communs d&rsquo;une tribu<\/em> \u00e9taient souvent tr\u00e8s extensifs, et compliqu\u00e9s par les intermariages&#8230; <em>Les enfants avaient, d\u00e8s leur naissance, le droit \u00e0 une partie de la propri\u00e9t\u00e9 familiale<\/em> (cf. <em>Taylor, New Zealand and its Inhabitants<\/em>, p. 384).<\/p>\n<p>Le m\u00eame syst\u00e8me de <em>primog\u00e9niture<\/em>, <em>combin\u00e9<\/em> avec <em>un syst\u00e8me de succession en ligne f\u00e9minine<\/em>, est aussi pleinement en vigueur \u00e0 <em>Fiji<\/em>, o\u00f9 il est connu sous le terme de <em>Vasu<\/em>\u00a0; ce qui veut dire <em>neveu ou ni\u00e8ce<\/em>, \u00ab\u00a0mais, <em>dans le cas du m\u00e2le, celui-ci re\u00e7oit un titre<\/em> que, dans certaines localit\u00e9s, comporte l&rsquo;extraordinaire privil\u00e8ge de pouvoir prendre possession de tout ce qui appartient \u00e0 son oncle ou qui soit sous l&rsquo;autorit\u00e9 de ce dernier&#8230; Quel que soit l&rsquo;importance d&rsquo;un chef Fiji, s&rsquo;il <em>a un neveu, il a un ma\u00eetre<\/em>\u00a0\u00bb. (p. 315).<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre avec la\u00a0 m\u00eame coh\u00e9rence, \u00ab\u00a0le curieux usage de renommer le p\u00e8re d&rsquo;apr\u00e8s le pr\u00e9nom du fils. En <em>Australie<\/em> il est tr\u00e8s commun,<em> lorsque le fils ain\u00e9 est baptis\u00e9<\/em>, que le p\u00e8re int\u00e8gre dans son pr\u00e9nom celui du fils, p. ex. Kadlitpinna, le p\u00e8re de Kadli\u00a0; la m\u00e8re s&rsquo;appellera alors Kadlingangki, ou m\u00e8re de Kadlingangki signifiant m\u00e8re ou femme\u00a0\u00bb. En <em>Am\u00e9rique<\/em> on trouve la m\u00eame coutume<em> ( Smithsonian\u00a0 Report. 1866)<\/em> . De m\u00eame avec les \u00ab\u00a0Gwich&rsquo;in\u00a0; <em>le p\u00e8re tire son pr\u00e9nom de celui de son fils ou de sa fille<\/em>\u00a0; le pr\u00e9nom du p\u00e8re se construit par addition du suffixe <em>tee<\/em> \u00e0 la fin du pr\u00e9nom de son fils\u00a0; p. ex. Que-ech-et pourrait avoir un fils et l&rsquo;appeler Sah-neu. Donc le p\u00e8re s&rsquo;appellera maintenant Sah-neu-tee, et son pr\u00e9nom pr\u00e9c\u00e9dent Que-ech-et sera oubli\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 Sumatra (cf. <em>Marsden, History of Sumatra<\/em>, p. 286), dans une grande partie du pays, le p\u00e8re se distingue par le pr\u00e9nom de son fils ain\u00e9, comme Pa-Ladin ou Pa-Rindu (Pa renvoie \u00e0 bapa, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u201cle p\u00e8re de\u201d) et perd, par cette acquisition, son propre pr\u00e9nom&#8230; Les femmes ne perdent jamais le pr\u00e9nom qui leur est donn\u00e9 \u00e0 la naissance\u00a0; mais fr\u00e9quemment elles sont appel\u00e9es, par courtoisie, avec le nom de leur fils ain\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Ma si ano\u00a0\u00bb, \u201cla m\u00e8re d&rsquo;untel\u201d, mais plus au sens d&rsquo;une description courtoise que d&rsquo;un pr\u00e9nom\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Chez les races humaines inf\u00e9rieures { voir NDT plus haut}, les chefs s&rsquo;int\u00e9ressaient tr\u00e8s peu aux offenses, sauf pour les affaires qui concernaient directement, ou \u00e9taient suppos\u00e9es concerner les int\u00e9r\u00eats de la communaut\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. Quant aux <em>pr\u00e9judices priv\u00e9s<\/em>, chacun doit pouvoir se d\u00e9fendre ou se venger tout seul. <em>Du Tertre<\/em> (cf. <em>History of the Caribby Island<\/em>, p. 316\u00a0; voir aussi <em>Labat\u00a0: Voyage aux Isles d&rsquo;Am\u00e9rique<\/em>, <em>vol. II, p. 83<\/em>) dit\u00a0: l&rsquo;administration de la Justice \u00ab\u00a0chez les <em>Carib\u00e9ens<\/em>, n&rsquo;est pas exerc\u00e9e <em>par un chef ni par un magistrat<\/em>\u00a0; au contraire, comme chez les <em>Topinambous<\/em>, celui qui pense avoir subi un pr\u00e9judice, re\u00e7oit satisfaction de la part de son adversaire \u00e0 la hauteur qui lui semble bonne, en fonction de ce que sa passion lui dicte, ou de ce que sa force lui permet\u00a0; tous les autres ne sont nullement concern\u00e9s par la punition des criminels, et si quelqu&rsquo;un parmi eux subit un pr\u00e9judice ou un affront sans tenter de se venger, il est n\u00e9glig\u00e9 par les autres, et consid\u00e9r\u00e9 comme un l\u00e2che, comme une personne qui n&rsquo;est pas digne d&rsquo;estime\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Parmi les Indiens nord-am\u00e9ricains, s&rsquo;il arrivait qu&rsquo;un homme soit tu\u00e9, \u00ab\u00a0la <em>famille du d\u00e9funt<\/em> n&rsquo;avait d&rsquo;autre droit que d&rsquo;obtenir r\u00e9paration ; ils prenaient en charge la collecte, la consultation, la d\u00e9lib\u00e9ration. Les l\u00e9gislateurs du village ou de la nation n&rsquo;avaient pas leur mot \u00e0 dire dans l&rsquo;affaire\u00a0\u00bb. (Trans. Americ. Antiq. Society). En effet, il semblerait que l&rsquo;objet des normes l\u00e9gales, \u00e9tait moins la punition du coupable que la restriction et la mod\u00e9ration de la vengeance inflig\u00e9e par le parti l\u00e9s\u00e9. (p. 317).<\/p>\n<p>Souvent, les <em>bornes de la vengeance l\u00e9gale \u00e9taient r\u00e9gul\u00e9es de fa\u00e7on tr\u00e8s stricte<\/em>. P. ex. en <em>Australie<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0les crimes peuvent s&rsquo;acquitter pour un criminel qui compara\u00eet, et accepte que des lances lui soit tir\u00e9es par toutes les personnes qui consid\u00e8rent avoir \u00e9t\u00e9 l\u00e9s\u00e9es, ou en permettant que certaines parties de son corps <em>soient perc\u00e9e par lance\u00a0<\/em>; p. ex. dans <em>la cuisse, dans le mollet de la jambe, ou sous le bras<\/em>. <em>La partie du corps qui doit \u00eatre perc\u00e9e par la lance<\/em> est \u00e9tablie pour tous les crimes communs, et parfois le natif qui doit se soumettre \u00e0 cette peine tend lui-m\u00eame la jambe, tranquillement, afin que le parti l\u00e9s\u00e9 puisse la percer avec sa lance\u00a0\u00bb. <em>La gravit\u00e9 de la punition est si strictement limit\u00e9e<\/em>, que si en infligeant de telles blessures avec la lance, un homme \u2013 soit par imprudence soit en raison d&rsquo;une cause quelconque \u2013 en arrivait \u00e0 exc\u00e9der les limites reconnues, p. ex. en coupant l&rsquo;art\u00e8re f\u00e9morale, il deviendrait \u00e0 son tour passible de punition. [affaire \u00e0 la Shylock\u00a0!] (cf. <em>G. Grey, Australia,<\/em> vol. II, p. 243).<\/p>\n<p>Traduit de l&rsquo;anglais et de l&rsquo;allemand par Robert Ferro<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous\u00a0 publions ici la traduction in\u00e9dite d&rsquo;un large extrait des notes de Marx sur The Origin of Civilisation (1870) de John Lubbock qui abordent la question des rites religieux dans divers types de soci\u00e9t\u00e9s. Ces notes qui correspondent aux pages 342 \u00e0 351 de l&rsquo;\u00e9dition de Lawrence Krader ( The Ethnological Notebooks of Karl Marx,&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/inedit-la-traduction-dun-extrait-des-notes-de-marx-sur-john-lubbock-the-origin-of-civilisation-1870\/#more-250\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":251,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[18],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=250"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":259,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250\/revisions\/259"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/wp-json\/wp\/v2\/media\/251"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=250"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/derniermarx\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}