{"id":150,"date":"2018-11-22T23:43:29","date_gmt":"2018-11-22T22:43:29","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/?p=150"},"modified":"2019-06-24T12:09:56","modified_gmt":"2019-06-24T10:09:56","slug":"serge-koulytchisky","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/serge-koulytchisky\/","title":{"rendered":"Serge Koulytchisky"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-151\" src=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2018\/11\/Nume\u0301riser-1.jpeg\" alt=\"\" width=\"561\" height=\"888\" srcset=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2018\/11\/Nume\u0301riser-1.jpeg 561w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2018\/11\/Nume\u0301riser-1-190x300.jpeg 190w, https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2018\/11\/Nume\u0301riser-1-350x554.jpeg 350w\" sizes=\"(max-width: 561px) 100vw, 561px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le livre tr\u00e8s fourni de Serge Koulytchizky paru en 1974 ( et t\u00e9l\u00e9chargeable sur le site de l&rsquo;indispensable biblioth\u00e8que en ligne<em> <a href=\"https:\/\/jugurtha.noblogs.org\/\">jugurtha<\/a> <\/em>) a fait l\u2019objet d\u2019une longue recension critique par Jacques Peyrega, parue dans le trenti\u00e8me num\u00e9ro de la revue <em>Autogestion<\/em>, nous la reproduisons ci-dessous.<br \/>\nSi nous sommes d\u2019accord avec Peyrega sur le d\u00e9faut majeur de l\u2019ouvrage de Koulytchizky, c\u2019est \u00e0 dire l\u2019absence d\u2019une \u00e9laboration th\u00e9orique pr\u00e9alable, qui l\u2019am\u00e8ne m\u00eame \u00e0 croire \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019une revitalisation par le haut de l\u2019autogestion au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, il faut toutefois bien admettre que l\u2019autogestion alg\u00e9rienne constitue un objet pour le moins retors.<br \/>\nNous voudrions par contre rendre justice \u00e0 la distinction op\u00e9r\u00e9e par l\u2019auteur entre les conceptions \u00ab\u00a0municipalistes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pr\u00e9fectoralistes\u00a0\u00bb de l\u2019autogestion, car elle permet de mieux cerner la d\u00e9marche de la gauche de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat dans les ann\u00e9es 62-65. <!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Pour Koulytchizky en 62 \u00ab\u00a0il existait dans le peuple une tendance naturelle au \u00ab\u00a0municipalisme\u00a0\u00bb de l\u2019autogestion et \u00e0 la construction du pouvoir \u00e0 partir de la base\u00a0\u00bb tandis qu\u2019\u00ab\u00a0il existait chez les leaders r\u00e9volutionnaires et dans l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat une inclinaison naturelle vers le pr\u00e9fectoralisme et le centralisme.\u00a0\u00bb Une des figures majeures de ce pr\u00e9fectoralisme n\u2019\u00e9tait autre que Michel Raptis-Pablo : \u00ab\u00a0ses id\u00e9es sur la phase de transition ont eu un impact certain sur les d\u00e9cisions prises en 63 et ont fond\u00e9 en partie \u00ab\u00a0le pr\u00e9fectoralisme\u00a0\u00bb des d\u00e9crets de mars au nom de l\u2019imp\u00e9ratif de rentabilit\u00e9.\u00a0\u00bb C\u2019est en fait \u00e0 un mariage de la carpe et du lapin, une sorte de \u00ab\u00a0NEP\u00a0\u00bb autogestionnaire, que souhaite proc\u00e9der la gauche pr\u00e9fectoraliste : \u00ab\u00a0 Cette position est en d\u00e9finitive ambig\u00fce dans la mesure o\u00f9 elle met ensemble des contraires et veut faire coexister \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019entreprise le pouvoir ouvrier avec l\u2019application des directives qui \u00e9manent de l\u2019organe qui a la repr\u00e9sentation des int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux de la Nation. (\u2026) Il est permis de se demander si certaines des contradictions des textes de mars 1963 ne trouvent pas leur origine dans cette ambigu\u00eft\u00e9.\u00a0\u00bb Au bout du compte cette officialisation de l\u2019autogestion, certes bard\u00e9e de garanties d\u00e9mocratiques, n\u2019aboutira qu\u2019\u00e0 sa neutralisation et sa mise au service des luttes de pouvoir et \u00e0 la consolidation de l\u2019\u00c9tat et ne visait d\u2019ailleurs peut-\u00eatre pas \u00e0 autre chose, m\u00eame si Koulytchizky veut croire au paradoxe: \u00ab\u00a0C\u2019est en partie en se fondant sur les masses ( contre certains parlementaires par exemple) et en acceptant l\u2019autogestion, que le pr\u00e9sident Ben Bella va affirmer l\u2019orientation socialiste de son r\u00e9gime et, paradoxe, construire la puissance de l\u2019\u00c9tat et du Parti. En effet \u00e0 cette \u00e9poque, l\u2019autogestion est en Alg\u00e9rie une force sans id\u00e9ologie pr\u00e9cise, ni structuration nette dans la production, sans cadres militants form\u00e9s. Cette situation fera que ses partisans penseront s\u2019appuyer sur la force de l\u2019\u00c9tat pour faire triompher \u00e0 tous les niveaux, leur syst\u00e8me. D\u00e9s ce moment, l\u2019autogestion a commenc\u00e9 \u00e0 perdre la bataille du pouvoir; elle ne pourra plus se d\u00e9barrasser du centralisme et de l\u2019autoritarisme \u00e9tatique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>\u00ab\u00a0L&rsquo;exp\u00e9rience alg\u00e9rienne d&rsquo;autogestion vue \u00e0 travers l&rsquo;ouvrage de Serge Koulytchizky\u00a0\u00bb par Jacques Peyrega (in Autogestion n\u00b030 )<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Serge Koulytchizky, <em>L&rsquo;autogestion, l&rsquo;homme et l&rsquo;Etat, \u00ab L&rsquo;exp\u00e9rience<\/em><br \/>\n<em>alg\u00e9rienne \u00bb<\/em>, pr\u00e9face M. Henri Desroche, Directeur d&rsquo;Etudes \u00e0 l&rsquo;Ecole Pratique des Hautes Etudes, directeur du Coll\u00e8ge Coop\u00e9ratif (Paris, La Haye,<br \/>\nMouton \u00e9dit., Coll. Recherches Coop\u00e9ratives, 1974)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Voici enfin \u00e0 la disposition du public la \u00abSomme\u00bb que constituait le travail consid\u00e9rable qu&rsquo;avait r\u00e9alis\u00e9 Serge Koulytchizky d\u00e8s 1970, remarquable par le volume des faits recueillis et par la clart\u00e9 de leur exposition. Patiemment il a mis au point et remis \u00e0 jour son ouvrage, il a surmont\u00e9 d&rsquo;incroyables difficult\u00e9s d&rsquo;\u00e9dition, et il nous livre son oeuvre sous une forme accessible. et agr\u00e9able \u00e0 lire . On n&rsquo;y sent pas l&rsquo;origine universitaire de l&rsquo;\u00e9laboration<br \/>\n; loin d&rsquo;\u00eatre pesante et pointilleuse, l&rsquo;allure est alerte et<br \/>\n\u00ab pointilliste \u00bb : on pense \u00e0 un tableau de l&rsquo;Ecole impressionniste,<br \/>\nfait de touches l\u00e9g\u00e8res, qui semblent \u00e9parses, et dissemblables, et<br \/>\nqui pourtant donnent une vive impression d&rsquo;ensemble, plus vraie<br \/>\nque nature, vivante et m\u00eame ressemblante. On est aussi loin de<br \/>\nl&rsquo;acad\u00e9misme classique que du r\u00e9alisme socialiste ! On ne sent pas<br \/>\nde structure, de construction \u00e9tudi\u00e9e, cherchant \u00e0 donner au tout<br \/>\nune architecture magistrale ou une valeur de d\u00e9monstration. Il faut<br \/>\nse r\u00e9signer : ce n&rsquo;est pas une \u00ab pi\u00e8ce \u00e0 th\u00e8se \u00bb, c&rsquo;est une suite de<br \/>\nsc\u00e8nes saisies sur le vif.<br \/>\nMais l&rsquo;on voudrait mieux comprendre l&rsquo;origine de cette subite<br \/>\npouss\u00e9e autogestionnaire, le pourquoi de cet ensevelissement sous la<br \/>\nlassitude, et la raison de cette \u00ab assimilation \u00bb dans un centralisme<br \/>\nbureaucratique. On est alors amen\u00e9 \u00e0 penser que commencer ainsi la &#8211; recherche par le r\u00e9el, le concret, n&rsquo;est pas suffisant ; comme le<br \/>\nsoulignait Marx, il faut proc\u00e9der par analyse, \u00e0 partir de concepts<br \/>\nsimples, pour aboutir \u00e0 un ensemble riche en d\u00e9terminations et en<br \/>\nrapports complexes. \u00ab Le concret appara\u00eet dans la pens\u00e9e comme le<br \/>\nproc\u00e8s de la synth\u00e8se, comme r\u00e9sultat et non comme point de<br \/>\nd\u00e9part, encore qu&rsquo;il soit le v\u00e9ritable point de d\u00e9part et par suite<br \/>\naussi, le point de d\u00e9part de l&rsquo;intuition et de la repr\u00e9sentation \u00bb (1).<br \/>\nA ce dernier point de vue, le travail de Serge Koulytchizky fournit<br \/>\nsans aucun doute un bon point de d\u00e9part, .par la qualit\u00e9 de la<br \/>\nrepr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;il nous offre\u00b7 (1), m\u00eame si l&rsquo;on ne peut<br \/>\ns&#8217;emp\u00eacher de r\u00eaver, de rechercher les explications, de d\u00e9gager les<br \/>\nsyst\u00e8mes \u00e9conomiques, synth\u00e8ses de nombreuses d\u00e9terminations (Il).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">I. QUESTIONS POSEES A L&rsquo;ALGERIE SUR L&rsquo;AUTOGESTION<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Malgr\u00e9 la masse de la documentation et la minutie de<br \/>\nl&rsquo;argumentation, malgr\u00e9 aussi le refus de \u00b7 s&rsquo;attacher \u00e0 quelque<br \/>\nth\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale soutenant l&rsquo;ensemble de fa\u00e7on conceptuelle, et<br \/>\nmalgr\u00e9 l&rsquo;absence d&rsquo; \u00ab esprit de syst\u00e8me \u00bb dans la recherche des<br \/>\norigines ou des manifestations de l&rsquo;exp\u00e9rience, la nettet\u00e9 du plan<br \/>\nd&rsquo;ensemble, la pr\u00e9cision des subdivisions, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des narrations,<br \/>\nfont que l&rsquo;on ne s&rsquo;\u00e9gare pas dans ce tour d&rsquo;horizon dans l&rsquo;Alg\u00e9rie<br \/>\nd&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance, du point de vue de l&rsquo;autogestion; pour<br \/>\nd\u00e9couvrir dans \u00b7 leurs d\u00e9tails et dans leurs rapports les multiples<br \/>\naspects de la pratique autogestionnaire et de l&#8217;emprise \u00e9tatique.<br \/>\nA) L&rsquo;Autogestion et l&rsquo;Etat, ce premier volet ouvre une vue<br \/>\nglobale sur l&rsquo;apparition et le d\u00e9veloppement des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;autogestion en Alg\u00e9rie, dans leurs rapports avec \u00ab le pouvoir\u00bb, lors de la reconnaissance et de l&rsquo;officialisation de l&rsquo;exp\u00e9rience.<br \/>\na) Apr\u00e8s avoir cherch\u00e9 dans l&rsquo;histoire les racines anciennes ou<br \/>\nles tendances r\u00e9centes qui pourraient expliquer l&rsquo;\u00e9mergence du<br \/>\nph\u00e9nom\u00e8ne en Alg\u00e9rie, avant 1962, dans une Introduction o\u00f9 il<br \/>\npasse en revue les diff\u00e9rentes th\u00e8ses, sans s&rsquo;y attarder (pp. 21-32),<br \/>\nSerge Koulytchizky s&rsquo;attache plus longuement \u00e0 d\u00e9crire les conditions<br \/>\nobjectives de l&rsquo;apparition spontan\u00e9e, mais d&rsquo;abord embryonnaire,<br \/>\nde la prise du pouvoir dans les entreprises par les travailleurs :<br \/>\ncarence du pouvoir \u00e9conomique, carence du pouvoir politique<br \/>\nconstituent incontestablement le cadre de cette naissance ; la situation que d\u00e9crit l&rsquo;auteur suffit \u00e0 expliquer les manifestations sporadiques de prise en main de la production par des comit\u00e9s de gestion improvis\u00e9s ; la d\u00e9liquescence des entreprises, la carence des administrations<br \/>\njustifient aussi la g\u00e9n\u00e9ralisation rapide du ph\u00e9nom\u00e8ne. Le<br \/>\ngouvernement ne pourrait plus revenir sur le fait\u00b7 accompli, s&rsquo;il le<br \/>\nd\u00e9sirait.<br \/>\nEt justement de l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 de principe de ces occupations de<br \/>\nbiens vacants Guillet 1962) on passe assez vite \u00e0 I&rsquo;officialisation de<br \/>\nl&rsquo;autogestion reconnue \u00e0 partir d&rsquo;octobre 1962, consacr\u00e9e et organis\u00e9e<br \/>\npar les d\u00e9crets\u00b7 historiques du 19 mars 1963. Cherchant \u00e0<br \/>\nrendre compte des tendances qui s&rsquo;affrontent au cours de cette<br \/>\np\u00e9riode transitoire, Serge Koulytchizky nous donne un bon exemple<br \/>\nde sa m\u00e9thode\u00b7 en opposant et reclassant les conceptions des formes<br \/>\nde l&rsquo;autogestion et de ses rapports avec le pouvoir sous deux types,<br \/>\n\u00ab municipaliste \u00bb et \u00ab pr\u00e9fectoraliste \u00bb : certes, il s&rsquo;explique sur<br \/>\nl&rsquo;utilisation de ces expressions, et il en d\u00e9crit avec soin les applications<br \/>\n; mais pour expliciter ces conceptions, il se borne, pour la<br \/>\npremi\u00e8re \u00e0 montrer le processus yougoslave d&rsquo;organisation interne<br \/>\ndes entreprises et son extension \u00e0 I&rsquo;organisation de l&rsquo;Etat et de<br \/>\nl&rsquo;Economie de march\u00e9, dont le jeu appara\u00eet difficilement compatible<br \/>\navec l&rsquo;existence d&rsquo;un. plan v\u00e9ritable : tout est not\u00e9, de ce qui est caract\u00e9ristique, mais les articulations pr\u00e9cises, les conditions n\u00e9cessaires, les contradictions internes ne font pas l&rsquo;objet d&rsquo;une analyse syst\u00e9matique, qui permettrait de connoter les \u00e9l\u00e9ments essentiels du \u00ab mod\u00e8le \u00bb yougoslave et de d\u00e9s\u00fbnir avec pr\u00e9cision la signification et les implications de cette conception \u00ab municipaliste \u00bb. De m\u00eame, pour la conception \u00ab pr\u00e9fectoraliste \u00bb, l&rsquo;auteur certes, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une conception pr\u00e9cise \u00ab marxiste-r\u00e9volutionnaire \u00bb ( \u00ab trotskyste pabliste \u00bb) et \u00e0 l&rsquo;analyse qu&rsquo;elle fournit de la p\u00e9riode de transition<br \/>\navec la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des forces productives, des conditions<br \/>\nd&rsquo;une marche progressive et d&rsquo;une tutelle \u00e9tatique, tout en cherchant<br \/>\n\u00e0 autog\u00e9rer la vie de l&rsquo;entreprise, la vie de la commune et l&rsquo;ensemble de la vie sociale : mais tout ceci est pr\u00e9sent\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on descriptive et dualiste, et non syst\u00e9matique et dialectique, de sorte que l&rsquo;on saisit mal les principes directeurs, les r\u00e8gles, les m\u00e9canismes et les objectifs de l&rsquo;ensemble de cette politique, ainsi que les contradictions et les \u00e9volutions au travers desquelles il s&rsquo;agit de progresser vers une autogestion plus large et plus effective.<br \/>\nb) Mais Serge Koulytchizky montre bien dans ce chapitre<br \/>\n(pp. 35-84) comment on s&rsquo;achemine vers une formule de tutelle<br \/>\ndirecte de l&rsquo;autogestion par l&rsquo;Etat, interventionniste et centralisateur.<br \/>\nA vrai dire, une telle conception d&rsquo;ensemble d&rsquo;un syst\u00e8me<br \/>\nsocialiste reposant sur l&rsquo;autogestion n&rsquo;\u00e9tait certainement pas tr\u00e8s<br \/>\nclaire et tr\u00e8s ferme, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, en Alg\u00e9rie et peut-\u00eatre n&rsquo;y<br \/>\ncorrespondait-elle gu\u00e8re \u00e0 des possibilit\u00e9s \u00e9conomiques et politiques<br \/>\nsuffisantes ou \u00e0 des efforts assez efficaces, car le processus d&rsquo;\u00ab int\u00e9gration \u00bb de l&rsquo;autogestion dans \u00ab l&rsquo;Etat \u00bb, de 1963 \u00e0 1965 se marque par bien des incompr\u00e9hensions et des h\u00e9sitations, des lenteurs et des lourdeurs, par une insuffisance de coordination et de dynamisation du secteur socialiste et.de l&rsquo;Economie enti\u00e8re et malheureusement,le 19 juin 1965, au lieu d&rsquo;une nette orientation socialiste permettant de renforcer l&rsquo;autogestion, c&rsquo;est un coup d&rsquo;Etat militaire qui fait passer le pouvoir aux mains de partisans d&rsquo;un Etat centralis\u00e9 exercant une tutelle puissante et une direction \u00e9nergique, sans se pr\u00e9occuper d&rsquo;orientation socialiste et de processus autogestionnaire. Les quatre vingt pages consacr\u00e9es \u00e0 \u00ab l&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;autogestion\u00bb, r\u00e9alis\u00e9e par<br \/>\nson organisation m\u00eame et, par son insertion dans un Etat et une<br \/>\nEconomie pr\u00e9sentant \u00b7certains caract\u00e8res sp\u00e9cifiques, malgr\u00e9 les<br \/>\nr\u00e9sistances des travailleurs, ces expos\u00e9s minutieux font bien saisir, \u00e0<br \/>\ntravers les descriptions \u00e9conomiques et administratives, \u00e0 quel point la<br \/>\ndistance \u00e9tait grande entre la pouss\u00e9e autogestionnaire et la tendance<br \/>\nbureaucratique, entre l&rsquo;aspiration vers le. socialisme, et la r\u00e9action<br \/>\nconsistant \u00e0 chausser les bottes laiss\u00e9es par le pouvoir colonial.<br \/>\nLe coup d&rsquo;Etat militaire n&rsquo;allait-il pas favoriser la mont\u00e9e au pouvoir (\u00e9conomique sinon politique) d&rsquo;une nouvelle bourgeoisie nationale, avide de prendre la place laiss\u00e9e vide et d&rsquo;orienter le d\u00e9veloppement \u00e0 son profit ? Sans poser une .telle question Serge Koulytchizky fait bien sentir le \u00ab suspense \u00bb qu&rsquo;a repr\u00e9sent\u00e9 longtemps le doute sur les orientations \u00ab socialistes \u00bb du gouvernement mis en place par le colonel Boum\u00e9di\u00e8nne. Au Iieu de la juxtaposition de diverses formes d&rsquo;entreprises socialistes ou publiques,<br \/>\nque repr\u00e9sentait le processus d&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;autogestion, c&rsquo;est \u00e0<br \/>\nune v\u00e9ritable \u00abassimilation\u00bb, faisant disparaitre le secteur autog\u00e9r\u00e9<br \/>\ndans un vaste ensemble administr\u00e9 par l&rsquo;Etat, que l&rsquo;on assiste.<br \/>\nL&rsquo;asphyxie de ce secteur r\u00e9sulte non plus seulement de la tutelle et<br \/>\nde l&rsquo;ing\u00e9rence excessives mais surtout du d\u00e9veloppement de nouvelles<br \/>\nformes d&rsquo;organisation des unit\u00e9s de production, comme les<br \/>\nsoci\u00e9t\u00e9s nationales, les entreprises publiques communales ou d\u00e9partementales, o\u00f9 des r\u00e8gles sp\u00e9ciales sont \u00e9dict\u00e9es qui ne visent qu&rsquo;\u00e0<br \/>\nl&rsquo;efficacit\u00e9 par une gestion \u00e9tatique, sans se soucier de \u00ab participation<br \/>\ndes travailleurs \u00bb. Les entreprises priv\u00e9es elles-m\u00eames, s\u00e9rieuses<br \/>\nconcurrentes des entreprises autog\u00e9r\u00e9es dans le secteur non agricoie,<br \/>\nse voient renforc\u00e9es et encourag\u00e9es par le nouveau code<br \/>\ndes investissements &#8230;<br \/>\nEt pourtant. .. l&rsquo;assimilateur se trouve peu \u00e0 peu transform\u00e9<br \/>\npar l&rsquo;assimil\u00e9 : l&rsquo;autogestion va faire l&rsquo;objet de d\u00e9clarations et de<br \/>\nmesures favorables dans l&rsquo;agriculture, qui promettent une r\u00e9organisation<br \/>\nsur des bases plus solides et un meilleur fonctionnement technique, commercial, financier, permettant une meilleure information et une plus grande participation&#8230; Mais c&rsquo;est surtout la R\u00e9volution Agraire, sur la base de la coop\u00e9ration, qui fait progresser et passer dans la pratique les id\u00e9es d&rsquo;association d\u00e9mocratique et de promotion\u00b7 des paysans. Dans l&rsquo;industrie les soci\u00e9t\u00e9s nationales se voient dot\u00e9es d&rsquo;un statut longtemps remis \u00e0 plus tard, qui, fin 1971, organise une Assembl\u00e9e (les Travailleurs et des commissions permanentes ouvrant la voie \u00e0 une participation d\u00e9mocratique dans une \u00ab organisation socialiste des entreprises\u00bb.<br \/>\nUn bilan \u00e9conomique de l&rsquo;autogestion (pp. 207-240) permet<br \/>\nd&rsquo;appr\u00e9cier l&rsquo;importance des r\u00e9alisations de l&rsquo;autogestion,\u00b7ses limites<br \/>\nbien restreintes (dans l&rsquo;industrie) et ses r\u00e9sultats mat\u00e9riels, importants<br \/>\n(dans l&rsquo;agriculture). Sa part totale dans le :PIB n&rsquo;est que de<br \/>\n6,S \u00e0 10 %, mais elle repr\u00e9sente 40 \u00e0 45 % du PIB agricole. M\u00eame si<br \/>\nla notion d&rsquo;autogestion se trouve pratiquement \u00e9limin\u00e9e des perspectives<br \/>\nseptentrionales et de la planification. le secteur autog\u00e9r\u00e9 agricole<br \/>\nconstitue la- base du d\u00e9veloppement du socialisme dans l&rsquo;agriculture,<br \/>\nconsid\u00e9r\u00e9. comme un objectif essentiel des ann\u00e9es \u00e0 venir. Le bilan<br \/>\nen d\u00e9finitive n&rsquo;est gu\u00e8re brillant, et les faits, les statistiques conduiraient<br \/>\nplut\u00f4t \u00e0 un constat d&rsquo;\u00e9chec, sinon de disparition &#8230;<br \/>\nL&rsquo;autogestion en Alg\u00e9rie est-elle, morte \u00e0 l&rsquo;aube des<br \/>\nann\u00e9es 70 ? Reste-t-elle confin\u00e9e \u00ab dans quelques petites entreprises<br \/>\nabandonn\u00e9es par. leurs propri\u00e9taires \u00bb (Boumediene, 18 juin 1968,<br \/>\nP\u00b7 260)? L&rsquo;autogestion n&rsquo;est-elle qu&rsquo;un mythe ou un clich\u00e9; n\u2019est elle<br \/>\nqu&rsquo;une voie ou un moyen vers le socialisme parmi tant d&rsquo;autres,<br \/>\net nullement une fin en soi (R\u00e9volution Africaine, Mars 1968, cf.<br \/>\np. 260) ?<br \/>\nC&rsquo;est ici que Serge Koulytchizky reprend l&rsquo;analyse et cherche<br \/>\nsi, au niveau des \u00ab fonctions latentes\u00bb, l&rsquo;autogestion n&rsquo;a pas exerc\u00e9<br \/>\net ne continue pas \u00e0 exercer un r\u00f4le \u00e9conomique et politique pour<br \/>\nimposer \u00ab au nouveau r\u00e9gime alg\u00e9rien un degr\u00e9 de d\u00e9mocratie dans<br \/>\nla construction politique sup\u00e9rieur \u00e0 celui qu&rsquo;on pouvait attendre<br \/>\nd&rsquo;un mouvement issu d&rsquo;un coup d&rsquo;Etat et s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;arm\u00e9e \u00bb<br \/>\n(cf. p. 264). L&rsquo;assimilation de l&rsquo;autogestion par l&rsquo;Etat ne va-t-elle pas<br \/>\nconduire dans une certaine mesure \u00e0 un changement de la nature.<br \/>\nm\u00eame de l&rsquo;Etat ?<br \/>\nB) <em>L&rsquo;autogestion et l&rsquo;Homme<\/em>, s&rsquo;efforce de montrer comment,<br \/>\n\u00ab au niveau des consciences individuelles \u00bb, sinon au niveau des<br \/>\ndoctrines, l&rsquo;autogestion contribue \u00e0 donner son caract\u00e8re \u00ab sp\u00e9cifique<br \/>\n\u00bb au socialisme alg\u00e9rien, \u00ab arabo-islamique \u00bb. Elle exprime la<br \/>\nvolont\u00e9 d&rsquo;\u00e9mancipation de l\u2019Homme, \u00e9mancipation contre l&rsquo;exploitation coloniale ou f\u00e9odale, d\u00e9sir, contre le m\u00e9pris, de retrouver la dignit\u00e9, volont\u00e9, contre la d\u00e9personnalisation de se reconstituer: une<br \/>\nidentit\u00e9 \u00bb (p. 273).<br \/>\na) A vrai dire Serge Koulytchizky, en ce qui concerne les<br \/>\naspirations des hommes et le r\u00f4le des masses, a d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9, a~<br \/>\nmoins rapidement, quelques lignes de l&rsquo;\u00e9volution de ce, qu&rsquo;il appelle<br \/>\n\u00ab l&rsquo;autogestion \u00b7 des citoyens \u00bb ; c&rsquo;est-\u00e0-dire la mise en oeuvre; tr\u00e8s<br \/>\nprogressive, d&rsquo;institutions politiques nouvelles reposant \u00e0 la base !!Ull<br \/>\ndes assembl\u00e9es populaires communales et sur des assembl\u00e9es de<br \/>\nWilayas, ainsi que sur un Conseil Economique et Social au niveau<br \/>\nnational ; et il a indiqu\u00e9 dans quelle mesure une certaine force de<br \/>\ncontestation pouvait \u00e9ventuellement \u00eatre constitu\u00e9e par les organes<br \/>\nd&rsquo;expression des aspirations profondes des masses, le Parti du F.L.N.<br \/>\net le Syndicat, l&rsquo;UGTA. Aussi va-t-il consacrer toute cette deuxi\u00e8me<br \/>\npartie de son investigation approfondie des r\u00e9alit\u00e9s de l&rsquo;autogestion<br \/>\n\u00e0 rechercher comment les travailleurs, dans le cadre d&rsquo;une gestion<br \/>\nautonome des entreprises acc\u00e8dent \u00e0 une participation \u00e0 la prise des<br \/>\nd\u00e9cisions, aux r\u00e9sultats financiers et \u00e0 leur propre formation. Ce<br \/>\nn&rsquo;est certes pas la partie la moins int\u00e9ressante de l&rsquo;ouvrage, sur le<br \/>\nplan des r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes et humaines : en sp\u00e9cialiste averti des<br \/>\nprobl\u00e8mes de gestion des entreprises, et plus particuli\u00e8rement des<br \/>\nrelations sociales et humaines, Serge Koulytchizky proc\u00e8de ici d&rsquo;une<br \/>\nfa\u00e7on tr\u00e8s m\u00e9thodique, en recherchant la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir, le<br \/>\ndegr\u00e9 de d\u00e9mocratie interne, les formes et les limites de l&rsquo;int\u00e9ressement aux r\u00e9sultats, les efforts d&rsquo;information et de formation des<br \/>\ntravailleurs, dans le cadre m\u00eame des unit\u00e9s de production, . cette<br \/>\nr\u00e9alit\u00e9 est ici analys\u00e9e en cherchant comment sont assur\u00e9es les<br \/>\ndiff\u00e9rentes \u00ab fonctions de l&rsquo;entreprise \u00bb (au sens de Fayol), c\u2019est \u00e0-<br \/>\ndire en montrant \u00e0 chaque niveau, dans chaque grande cat\u00e9gorie<br \/>\nde d\u00e9cisions comment se pr\u00e9sentent et se r\u00e9solvent les conflits entre<br \/>\nl&rsquo;autorit\u00e9 hi\u00e9rarchique des organes de gestion et la d\u00e9mocratie de<br \/>\nbase des travailleurs et de leurs repr\u00e9sentants.<br \/>\nLe chapitre sur la participation \u00e0 la prise des d\u00e9cisions<br \/>\n(pp. 277 \u00e0 318) est ainsi l&rsquo;un de ceux o\u00f9 l&rsquo;observation, les<br \/>\nconstatations et les conclusions sont les plus riches d&rsquo;enseignements:<br \/>\non y voit comment \u00ab la passivit\u00e9 des travailleurs, entretenue<br \/>\npar la r\u00e9tention d&rsquo;information, a entra\u00een\u00e9 en Alg\u00e9rie, tout au<br \/>\nlong de ces dix ann\u00e9es, une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence progressive de la<br \/>\nd\u00e9mocratie interne de l&rsquo;autogestion et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une couche<br \/>\nnouvelle de dirigeants\u00bb (p. 318). Le m\u00e9canisme concret .qui a<br \/>\nconduit \u00e0 cette situation est minutieusement d\u00e9voil\u00e9, depuis les<br \/>\norganigrammes des deux hi\u00e9rarchies (de l&rsquo;autogestion socialiste et de<br \/>\nla gestion fonctionnelle) et des multiples institutions \u00e9tatiques<br \/>\nd&rsquo;intervention, de direction et de contr\u00f4le concernant directement<br \/>\ntoutes les t\u00e2ches, jusqu&rsquo;aux r\u00e9alit\u00e9s multiformes du fonctionnement<br \/>\ndes unit\u00e9s autog\u00e9r\u00e9es et des conflits entre organes, des d\u00e9passements de pr\u00e9rogatives, des d\u00e9viations de toutes sortes qui ont marqu\u00e9 les<br \/>\nstructures internes et externes et le fonctionnement des unit\u00e9s<br \/>\nautog\u00e9r\u00e9es, dans l&rsquo;industrie et le commerce comme dans l&rsquo;agriculture.<br \/>\nPourquoi de l&rsquo;\u00e9lan de l&rsquo;hiver 62-63, de l&rsquo;esprit de sacrifice,<br \/>\nd&rsquo;harmonie et de pros\u00e9lytisme des d\u00e9buts en est-on arriv\u00e9 \u00e0 ce<br \/>\nd\u00e9sint\u00e9r\u00eat, \u00e0 cette lassitude ou \u00e0 ce d\u00e9sespoir ! C&rsquo;est ce que Serge<br \/>\nKoulytchizky s&rsquo;efforce de faire comprendre, ou deviner, \u00e0 travers de<br \/>\nnombreux exemples pris sur le vif de 1963 \u00e0 1968, en cherchant<br \/>\nsuccessivement les causes dans la pr\u00e9carit\u00e9 des conditions de vie et<br \/>\nl&rsquo;inqui\u00e9tude sur les difficult\u00e9s de fonctionnement et de r\u00e9mun\u00e9ration,<br \/>\nou dans Je sentiment d&rsquo;impuissance devant les pressions de<br \/>\ndiff\u00e9rentes autorit\u00e9s, devant l&rsquo;anarchie ou l&rsquo;intervention directe des<br \/>\nautorit\u00e9s de tutelle, avivant la conscience de la faible efficacit\u00e9 de<br \/>\nl&rsquo;action autogestionnaire des travailleurs eux-m\u00eames &#8230; Mais ici Serge<br \/>\nKoulytchizky poursuit son investigation et recherche les sources de<br \/>\ncette \u00e9volution dans deux s\u00e9ries de ph\u00e9nom\u00e8nes, plus ou moins<br \/>\nvolontairement organis\u00e9s : l&rsquo;accaparement de pouvoir dans les unit\u00e9s<br \/>\nen autogestion, par certains organes de gestion ou par le directeur<br \/>\ncharg\u00e9 de gestion, pour des raisons diverses, conduisant les travailleurs \u00e0 une d\u00e9mission de leurs propres responsabilit\u00e9s ; la mauvaise<br \/>\ninformation des travailleurs qui est subie, et non demand\u00e9e par les<br \/>\ntravailleurs car elle ne leur para\u00eet pas fournir des \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;appr\u00e9ciation<br \/>\net de d\u00e9cision, ne sera plus finalement qu&rsquo;octroy\u00e9e, dans la<br \/>\nmesure o\u00f9 elle est n\u00e9cessaire pour l&rsquo;approbation et assurer<br \/>\nla bonne marche de l&rsquo;entreprise. Pour diff\u00e9rentes raisons (cf.<br \/>\nPP\u00b7 316-317) le parti et le syndicat ne jouent pas leur r\u00f4le dans les<br \/>\nentreprises du secteur socialiste ; leur \u00ab paralysie \u00bb contribue \u00e0 la<br \/>\nd\u00e9saffection des travailleurs, en m\u00eame temps qu&rsquo;\u00e0 une absence de<br \/>\ndoctrine explicite et coh\u00e9rente sur les probl\u00e8mes de l&rsquo;\u00e9dification du<br \/>\nSocialisme.<br \/>\nC&rsquo;est ici que l&rsquo;on commence \u00e0 se poser des questions, sur le<br \/>\nfond des probl\u00e8mes ainsi soulev\u00e9s, et sur leur absence de solution en<br \/>\nAlg\u00e9rie, si ce n&rsquo;est dans le sens du renforcement d&rsquo;un centralisme<br \/>\n\u00e9tatique \u00e0 sens unique, non d\u00e9mocratique, et ne cherchant m\u00eame<br \/>\npas \u00e0 instaurer des organes ouvriers de gestion efficaces \u00e0 la base et<br \/>\ndes courroies de transmission. Mais l&rsquo;on se prend aussi \u00e0 se poser<br \/>\ndes questions sur la m\u00e9thode d&rsquo;analyse et d&rsquo;exposition adopt\u00e9e par<br \/>\nl&rsquo;auteur dans cet ouvrage, regrettant qu&rsquo;elle ne permette pas de<br \/>\nsoulever tous ces vrais probl\u00e8mes, en n&rsquo;exposant pas aussi une<br \/>\nconception de la gestion socialiste d&rsquo;unit\u00e9s autonomes dans le cadre<br \/>\nd&rsquo;une planification d&rsquo;ensemble. La r\u00e9f\u00e9rence aux probl\u00e8mes et aux<br \/>\ntechniques de gestion des entreprises capitalistes, si elle fournit un<br \/>\ncadre utile pour l&rsquo;analyse, ne suffit visiblement pas; et l&rsquo;auteur est<br \/>\namen\u00e9 \u00e0 passer \u00e0 de multiples observations. Aussi, faute de<br \/>\nr\u00e9f\u00e9rence . .\u00e0 un cadre utile pour l&rsquo;analyse de la -gestion (et \u00e2ela<br \/>\nplanification) des entreprises socialistes, on aper\u00e7oit simplement<br \/>\ndans quelles conditions et pour quelles raisons factuelles le courant<br \/>\nde \u00ab participation des travailleurs \u00e0 la gestion\u00bb n&rsquo;est pas pass\u00e9, ou<br \/>\nne s&rsquo;est pas poursuivi. De. l\u00e0, malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9vocation de l&rsquo;enthousiasme<br \/>\ndu d\u00e9but et de l&rsquo;id\u00e9ologie de, certains, l&rsquo;impression vient, d&rsquo;abord<br \/>\nobscure puis envahissante, que c&rsquo;est une exp\u00e9rience de participation<br \/>\nqui n&rsquo;a pas march\u00e9, ou qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 vraiment tent\u00e9e par les<br \/>\nautorit\u00e9s responsables de l&rsquo;\u00e9conomie et de la politique\u00b7 nationales,<br \/>\nune exp\u00e9rience de participation des travailleurs \u00e0 la gestion d&rsquo;entreprises<br \/>\ndont le moins qu&rsquo;on puisse dire c&rsquo;est qu&rsquo;elles tendent \u00e0 s&rsquo;apparenter plus au capitalisme f\u00fbt-il d&rsquo;Etat, qu&rsquo;au socialisme f\u00fbt-il de p\u00e9riode de transition &#8230; Et ne serait-ce pas l\u00e0. un puissant motif de d\u00e9sint\u00e9r\u00eat et de d\u00e9couragement ? Une passivit\u00e9 \u00e0 entrer dans les rouages dont on ne voit pas quel rapport ils ont avec un socialisme si peu .\u00ab autogestionnaire \u00bb que ce soit ?<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">b} Cette impression ne peut \u00e9videmment qu&rsquo;\u00eatre p\u00e9niblement<br \/>\naccentu\u00e9e par les deux derniers chapitres faisant le point sur les<br \/>\ndeux sortes d&rsquo;avantages que les travailleurs &#8211; pass\u00e9e ,\u00ab la phase<br \/>\nromantique de l&rsquo;autogestion \u00bb &#8211; peuvent tirer- de cette sorte d&rsquo;autogestion : l&rsquo;int\u00e9ressement aux r\u00e9sultats de l&rsquo;entreprise et l&rsquo;aspiration \u00e0 la promotion sociale &#8230;<br \/>\nLes quarante pages consacr\u00e9es par Serge Koulytchizky \u00e0 la<br \/>\npolitique des revenus &#8211; accroissement des salaires ou r\u00e9partition des<br \/>\nb\u00e9n\u00e9fices ? &#8211; dans le secteur autog\u00e9r\u00e9 ne sont pas de celles qui se<br \/>\nlaissent ais\u00e9ment r\u00e9sumer car les modalit\u00e9s ici sont importantes pour<br \/>\nd\u00e9gager non seulement la masse des r\u00e9mun\u00e9rations ainsi allou\u00e9es et<br \/>\nles tendances de leur attribution et de leur \u00e9volution mais pour<br \/>\ncomprendre \u00e0 quels principes en d\u00e9finitive toute cette politique<br \/>\npara\u00eet ob\u00e9ir : on ne peut qu&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9, avant m\u00eame de commencer<br \/>\ncette \u00e9tude de la part des travailleurs dans le revenu de l&rsquo;exploitation,<br \/>\npar ses conclusions.: \u00ab L&rsquo;int\u00e9ressement des travailleurs aux<br \/>\nr\u00e9sultats des entreprises autog\u00e9r\u00e9es malgr\u00e9 quelques distributions<br \/>\nspectaculaires de \u00ab reliquat \u00bb, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 suffisamment syst\u00e9matique<br \/>\npour entra\u00eener la disparition de la mentalit\u00e9 salariale et pour \u00eatre le<br \/>\nmoteur d&rsquo;un progr\u00e8s \u00e9conomique dans le secteur.<br \/>\n\u00ab Par contre ce m\u00eame int\u00e9ressement a \u00e9t\u00e9 suffisant pour<br \/>\nd\u00e9velopper semble-t-il chez les privil\u00e9gi\u00e9s de l&rsquo;autogestion, chez les<br \/>\npermanents, un esprit de caste. On peut se demander &#8211; les marxistes<br \/>\nen tout cas l&rsquo;affirment &#8211; si cette constitution d&rsquo;une couche .sociale<br \/>\nnouvelle en principe id\u00e9ologiquement mieux form\u00e9e et davantage<br \/>\nresponsable n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire au bon fonctionnement du syst\u00e8me<br \/>\n\u00bb (pp. 357-359).<br \/>\nEt l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une relation entre ceci et cela, entre l&rsquo;organisation<br \/>\nde la production et de la gestion dans l&rsquo;entreprise (et dans Ia<br \/>\nnation) et le manque d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour la participation. (au pouvoir<br \/>\ncomme au r\u00e9sultat) est bien sugg\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;auteur : \u00ab On est amen\u00e9<br \/>\n\u00e0 constater que tant que la. r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir de d\u00e9cision dans<br \/>\nl&rsquo;entreprise \u00e9chappait aux travailleurs, la r\u00e9partition des b\u00e9n\u00e9fices ne<br \/>\nfaisait pas partie de leurs revendications les plus pressantes, et ils<br \/>\npr\u00e9f\u00e9raient exiger des r\u00e9ajustements d&rsquo;avances ou de salaires\u00bb.<br \/>\nLa participation des travailleurs \u00e0 la promotion sociale fournit<br \/>\ncertainement le bilan le plus remarquable et le plus digne d&rsquo;\u00e9loge de<br \/>\nl&rsquo;oeuvre poursuivie en Alg\u00e9rie au b\u00e9n\u00e9fice des travailleurs. Qu&rsquo;il<br \/>\ns&rsquo;agisse de l&rsquo;alphab\u00e9tisation, de la scolarisation du d\u00e9veloppement de<br \/>\nl&rsquo;enseignement. sup\u00e9rieur aussi bien que de la culture populaire, ou<br \/>\nqu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la formation professionnelle des adultes ou de la<br \/>\nformation permanente .dans les entreprises, aussi bien dans l&rsquo;agriculture que dans l&rsquo;industrie, les efforts et les r\u00e9alisations sont des plus<br \/>\nconsid\u00e9rables, et contribuent beaucoup \u00e0 \u00e9lever les niveaux de<br \/>\nconnaissances, de comp\u00e9tence et de conscience des travailleurs. .<br \/>\nMais le rapport avec \u00abl&rsquo;autogestion\u00bb de toute cette oeuvre est<br \/>\ndes plus incertains. Non seulement ce n&rsquo;est pas \u00ab sur le tas \u00bb, c&rsquo;est<br \/>\nrarement au niveau des unit\u00e9s autog\u00e9r\u00e9es que se. r\u00e9alisent les.<br \/>\nactions: au contraire; toutes ces connaissances restent \u00aboctroy\u00e9es\u00bb,<br \/>\nattendues passivement, organis\u00e9es par des sp\u00e9cialistes de la formation.<br \/>\n~t de la culture aux \u00e9chelons centraux, plut\u00f4t que recherch\u00e9es<br \/>\norganis\u00e9es activement sur la base d&rsquo;une participation efficace des<br \/>\nint\u00e9r\u00e9ss\u00e9s. \u00ab Ce sont les travailleurs qui doivent aller \u00e0 la culture,<br \/>\npuisque celle-ci ne vient pas \u00e0 eux. De l\u00e0 une s\u00e9lection&#8230; une<br \/>\naggravation du foss\u00e9 qui s\u00e9pare la masse analphab\u00e8te (particuli\u00e8rement dans l&rsquo;agriculture) d&rsquo;une \u00e9lite de responsables qui peut am\u00e9liorer ses connaissances et qui \u00e0 ce titre, a toutes les chances d&rsquo;\u00eatre maintenue par l&rsquo;\u00e9lectorat dans ses responsabilit\u00e9s\u00bb (pp. 392-393). .<br \/>\nPourtant l&rsquo;autogestion a apport\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment nouveau : \u00ab l&rsquo;id\u00e9e<br \/>\nque la culture de chacun est n\u00e9cessaire au bien-\u00eatre de tous, car<br \/>\nc&rsquo;est. bien de \u00ab culture \u00bb qu&rsquo;il s&rsquo;agit. A la responsabilit\u00e9 globale du<br \/>\ntravailleur de l&rsquo;autogestion ne peut correspondre qu&rsquo;une formation<br \/>\nglobale au m\u00e9tier, \u00e0 la gestion, \u00e0 la vie politique et sociale. En ce<br \/>\nsens l&rsquo;autogestion est certainement pour quelque chose dans la<br \/>\npromotion culturelle de l&rsquo;ensemble du peuple alg\u00e9rien\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">II. QUESTIONS POSEES PAR L&rsquo;AUTOGESTION AU \u00ab SYSTEME<br \/>\nSOCIO-ECONOMlQUE \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Au moment de refermer le livre, les conclusions (celle du<br \/>\nlivre II et celle de l&rsquo;ouvrage, pp. 395 \u00e0 403) am\u00e8nent \u00e0 se poser<br \/>\nbien des questions, dont on ne peut pas ne pas ressentir le caract\u00e8re<br \/>\nvraiment essentiel, car elles impliquent une compr\u00e9hension d&rsquo;ensemble, \u00absyst\u00e9matique \u00bb, de l&rsquo;autogestion, non seulement au niveau<br \/>\nde l&rsquo;entreprise mais \u00e0 celui de la Soci\u00e9t\u00e9. Les probl\u00e8mes surgissent<br \/>\nbrutalement lors de la confrontation que tente Serge Koulytchizky<br \/>\nentre l&rsquo;exp\u00e9rience alg\u00e9rienne et les principes avanc\u00e9s dans l&rsquo;introduction ou tout au long de la deuxi\u00e8me partie .. Ainsi apparaissent un certain nombre de principes (non respect\u00e9s en Alg\u00e9rie) : la prise autonome des d\u00e9cisions par ceux auxquels elles s&rsquo;appliquent, la rotation des cadres, l&rsquo;autonomie r\u00e9elle des unit\u00e9s de production par rapport \u00e0 l&rsquo;Etat, la liaison des r\u00e9mun\u00e9rations avec les r\u00e9sultats de lagestion communautaire, la formation g\u00e9n\u00e9rale et l&rsquo;information organis\u00e9e&#8230;<br \/>\nMais on se pose des questions au sujet de ces principes :<br \/>\nd&rsquo;o\u00f9 viennent-ils, quels sont-ils&rsquo; au total, quelle conception g\u00e9n\u00e9rale<br \/>\nIes sous-tend quelle th\u00e9orie les inspire, dans quel syst\u00e8me \u00e9conomique<br \/>\net social s&rsquo;ins\u00e8rent-ils ? Et finalement n&rsquo;y en a-t-il pas bien<br \/>\nd&rsquo;autres encore, extr\u00eamement importants, peut-\u00eatre m\u00eame d\u00e9cisifs<br \/>\npour le succ\u00e8s d&rsquo;une exp\u00e9rience d&rsquo;autogestion \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale ?<br \/>\nDes principes qui ne sont pas exprim\u00e9s ici, sans doute parce qu&rsquo;ils<br \/>\nne semblent pas concerner le fonctionnement interne de l&rsquo;entreprise<br \/>\nautog\u00e9r\u00e9e, mais touchent \u00e0 son \u00ab environnement socio-\u00e9conomique<br \/>\n\u00bb, parce qu&rsquo;ils concernent surtout ses relations avec les autres<br \/>\nentreprises, et avec les consommateurs, et parce qu&rsquo;ils mettent en<br \/>\ncause le fonctionnement d&rsquo;une \u00e9conomie de march\u00e9 non planifi\u00e9e,<br \/>\net encore domin\u00e9e par les motivations et par les pressions capitalistes.<br \/>\nEt tout ceci soul\u00e8ve en d\u00e9finitive le probl\u00e8me des buts de<br \/>\nl&rsquo;autogestion et celui des objectifs de l&rsquo;Economie Nationale, dans la<br \/>\nperspective des fins que choisit la soci\u00e9t\u00e9 et qui orientent son<br \/>\nfonctionnement et son d\u00e9veloppement \u00e0 court, moyen et long<br \/>\nterme &#8230;<br \/>\nCertes, la plupart de ces points figurent quelque part dans le<br \/>\ntableau qui nous est offert, ils font partie du pointillisme qui lui<br \/>\ndonne son style et en fait la valeur. Mais ne restent-ils pas trop dans<br \/>\ndes zones obscures, sinon m\u00eame parmi l&rsquo;inexprim\u00e9 ou le refoul\u00e9?<br \/>\nL&rsquo;introduction g\u00e9n\u00e9rale ne nous offre en effet que quatre<br \/>\ncourtes pages sur \u00ab l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;autogestion \u00bb, pour poser les \u00ab questions<br \/>\nqui s&rsquo;imposent g\u00e9n\u00e9ralement lors de toute r\u00e9flexion sur le ph\u00e9nom\u00e8ne<br \/>\nautogestion \u00bb : or, si celles-ci sont limit\u00e9es en\u00b7 nombre, elles<br \/>\nsont parfois bien vastes (comme celles de la dynamique de l&rsquo;autoges-<br \/>\ntion) et restent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;interrogations sans r\u00e9ponses; une seule<br \/>\nallusion est faite aux \u00ab conditions de r\u00e9alisation du couple\u00b7 dialectique<br \/>\nautogestion-planification \u00bb et encore disparait-elle dans la<br \/>\nformulation finalement retenue (p. 15) pour la d\u00e9finition de l&rsquo;autogestion : plus exactement elle s&rsquo;y trouve cach\u00e9e sous l&rsquo;exigence d&rsquo;une \u00ab coordination g\u00e9n\u00e9rale des activit\u00e9s \u00e0 tous les niveaux, cette coordination devant, sans plus, \u00e9quilibrer par sa force centrip\u00e8te l&rsquo;individualisme des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s de base \u00bb. Sous cette formule se trouvent \u00e9l\u00e9gamment \u00e9cart\u00e9s avec la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab un plan d\u00e9mocratiquement \u00e9labor\u00e9 \u00bb ( qui figurait dans la m\u00eame d\u00e9finition dans la premi\u00e8re \u00e9dition polycopi\u00e9e, p. 152) tous les probl\u00e8mesfondamentaux de l&rsquo;\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral et de la croissance harmonis\u00e9e<br \/>\ndans une Economie Socialiste s&rsquo;effor\u00e7ant de laisser la plus large<br \/>\nplace \u00e0 l&rsquo;autonomie de gestion des unit\u00e9s de production comme \u00e0<br \/>\nune \u00e9laboration vraiment d\u00e9mocratique du plan \u00e0 tous les niveaux.<br \/>\nOn touche ici \u00e0 la question absolument essentielle, on le sent,<br \/>\npour l&rsquo;autogestion, dont la solution ( ou l&rsquo;absence de solution<br \/>\nsatisfaisante) conditionne toute exp\u00e9rience et contribue \u00e0 expliquer<br \/>\nles difficult\u00e9s ou les \u00e9checs (en Yougoslavie comme en Alg\u00e9rie).<br \/>\nCertes, les n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;\u00e9dition, et le souci de ne pas sortir<br \/>\nde son tableau de l&rsquo;exp\u00e9rience alg\u00e9rienne, de ne pas \u00ab extrapoler \u00bb<br \/>\nni \u00ab th\u00e9oriser \u00bb, en affirmant des id\u00e9es, en sugg\u00e9rant des conclusions<br \/>\nqui ne soient pas strictement li\u00e9es \u00e0 ses propres observations des<br \/>\npratiques de l&rsquo;autogestion en Alg\u00e9rie, ont pu conduire valablement<br \/>\nSerge Koulytchizky a se limiter volontairement sur ces points. Mais,<br \/>\nil\u00b7 a \u00e9t\u00e9 ainsi amen\u00e9 non pas \u00e0 remanier et \u00e0 r\u00e9duire mais \u00e0<br \/>\nsupprimer la longue introduction qu&rsquo;il avait donn\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re<br \/>\npr\u00e9sentation de son travail, dans sa th\u00e8se de Doctorat, et notamment<br \/>\nles quelques cinquante pages consacr\u00e9es \u00e0 \u00ab l&rsquo;approche conceptuelle<br \/>\nde l&rsquo;autogestion \u00bb. Il tentait l\u00e0, avec beaucoup de pr\u00e9cautions,<br \/>\nd&rsquo;abord de pr\u00e9ciser la \u00ab forme de d\u00e9mocratie et de d\u00e9cision \u00bb<br \/>\noriginale que constitue l&rsquo;autogestion ; il passait en revue ensuite les<br \/>\ndiverses formules d&rsquo;entreprises comportant une gestion autonome<br \/>\npar les travailleurs ; mais surtout il se posait enfin la question<br \/>\nfondamentale : \u00ab l&rsquo;autogestion peut-elle devenir un v\u00e9ritable syst\u00e8me<br \/>\n\u00e9conomique, politique et social \u00bb ?<br \/>\nMontrant que l&rsquo;autogestion vise \u00e0 construire un monde nouveau<br \/>\net \u00ab porte en elle sa g\u00e9n\u00e9ralisation et sa radicalisation \u00bb (Henri<br \/>\nLefebvre), il soulignait que \u00ab l&rsquo;id\u00e9al autogestionnaire exige pour se<br \/>\nr\u00e9aliser pleinement la mutation de la soci\u00e9t\u00e9 existante\u00bb. Toutefois il<br \/>\nrelevait qu&rsquo;elle \u00ab ne semble pas constituer un syst\u00e8me \u00e9conomico-politique<br \/>\ncoh\u00e9rent, une troisi\u00e8me voie enti\u00e8rement originale\u00bb, bien<br \/>\nqu&rsquo;elle affirme sa \u00absp\u00e9cificit\u00e9\u00bb, car elle implique un certain<br \/>\nnombre de conditions de base pour que puissent se r\u00e9aliser \u00ab les aspirations souvent informul\u00e9es qui l&rsquo;attirent. vers un id\u00e9al de type<br \/>\nsocialiste, non autoritaire, et d\u00e9mocratique \u00e0 tous les niveaux\u00bb. \u00b7<br \/>\nC&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle implique d&rsquo;abord, \u00ab au niveau micro-sociologique<br \/>\n\u00bb, prises de d\u00e9cisions par les organes de gestion socialiste,<br \/>\nparticipation des travailleurs aux r\u00e9sultats et \u00e0 leur optimisation (et<br \/>\nnon maximisation) ; mais d&rsquo;autre part, \u00ab au niveau macro-sociologique<br \/>\n\u00bb s&rsquo;il faut une autogestion politique surmontant les tendances<br \/>\nau centralisme et \u00e0 l&rsquo;autoritarisme, il \u00b7 faut aussi une planification<br \/>\npermettant la coordination des activit\u00e9s, la r\u00e9alisation des investissements<br \/>\nsociaux, ainsi que la p\u00e9r\u00e9quation entre les entreprises, plus<br \/>\nou moins bien dot\u00e9es, entre les producteurs directs et indirects,<br \/>\nentre les actifs et les inactifs (p. 151 de -l&rsquo;\u00e9dition polycopi\u00e9e).<br \/>\nToutes ces id\u00e9es figurent certes, en filigrane, condens\u00e9es dans<br \/>\nla longue d\u00e9finition reproduite \u00e0 la page 15 de l&rsquo;\u00e9dition actuelle :<br \/>\nleur explication tra\u00e7ait pourtant un sch\u00e9ma d&rsquo;analyse plus serr\u00e9 et<br \/>\npermettait surtout de mieux comprendre les conditions de l&rsquo;autogestion<br \/>\net donc les difficult\u00e9s qu&rsquo;elle a pu rencontrer en Alg\u00e9rie, o\u00f9<br \/>\nla plupart des \u00e9l\u00e9ments indispensables \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;une telle<br \/>\nexp\u00e9rience \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis. Et la question<br \/>\nlancinante qui revient et que rappellent les interrogations de la<br \/>\nconclusion g\u00e9n\u00e9rale (p. 401), n&rsquo;est-ce pas de savoir quel est l&rsquo;ensemble<br \/>\nde ces conditions d&rsquo;une autogestion, g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ensemble d&rsquo;un secteur, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;Economie Nationale?<br \/>\nOn se rend compte aussi qu&rsquo;il ne suffit pas de les \u00e9num\u00e9rer et<br \/>\nde les concr\u00e9tiser, ces implications socio-\u00e9conomiques d&rsquo;une exp\u00e9rience<br \/>\nd&rsquo;autogestion : il faut les rassembler et les ordonner dans un<br \/>\nensemble coh\u00e9rent, permettant d&rsquo;\u00e9tudier m\u00e9thodiquement ces questions<br \/>\nque toute exp\u00e9rience autogestionnaire (f\u00fbt-elle limit\u00e9e \u00e0 une<br \/>\nseule entreprise) pose brutalement au e syst\u00e8me \u00bb. Ainsi pourrait-on<br \/>\n.comprendre d&rsquo;abord comment l&rsquo;autogestion peut na\u00eetre, dans quel<br \/>\n\u00ab milieu favorable \u00bb peut surgir cette \u00b7\u00ab fleur \u00bb, et quel environnement<br \/>\nlui est n\u00e9cessaire pour s&rsquo;\u00e9panouir au lieu de s&rsquo;\u00e9tioler.<br \/>\nN&rsquo;est-elle possible que dans de petits domaines ou comment pourrait-<br \/>\nelle \u00eatre acclimat\u00e9e dans les vastes unit\u00e9s d&rsquo;un socialisme<br \/>\nmoderne ? Comment peut-elle se d\u00e9fendre par rapport aux tendances<br \/>\nenvahissantes d&rsquo;un Etat centralis\u00e9 et puissant ; et comment<br \/>\nse\u00b7 situe-t-elle dans la perspective du \u00ab d\u00e9p\u00e9rissement de l&rsquo;Etat \u00bb ? .<br \/>\nEt c&rsquo;est alors que se pose ce probl\u00e8me fondamental de l&rsquo;harmonisation<br \/>\ndes autogestions, celles des producteurs, celles des consommateurs,<br \/>\ncelles des citoyens, celles des hommes &#8230; Et l&rsquo;on retourne \u00e0<br \/>\nla n\u00e9cessit\u00e9 de la planification ne serait-ce que par l&rsquo;interm\u00e9diaire de<br \/>\ncette r\u00e9flexion de J .P. Chev\u00e8nement : \u00ab Le socialisme se d\u00e9finit<br \/>\nautant par l&rsquo;ordinateur que par I&rsquo;autogestion \u00bb.<br \/>\nOn s&rsquo;aper\u00e7oit ainsi que la d\u00e9marche d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment adopt\u00e9e par<br \/>\nSerge Koulytchizky conduit \u00e0 \u00e9luder tous les probl\u00e8mes relatifs au<br \/>\nsyst\u00e8me socio-\u00e9conomique, tenant aussi bien \u00b7 \u00e0 ses imp\u00e9ratifs de<br \/>\nfonctionnement \u00b7 et \u00e0 ses perspectives d&rsquo;\u00e9volution qu&rsquo;aux comportements<br \/>\net aux id\u00e9es qui lui correspondent ou qui cherchent \u00e0 s&rsquo;y manifester. Ecartant cette conception d&rsquo;un ensemble complexe de rapports sociaux dialectiquement li\u00e9s, il est amen\u00e9 \u00e0 une vision dichotomique qui ne permet pas de situer les probl\u00e8mes fondamentaux.<br \/>\nIl affirme ainsi; comme un postulat liminaire : \u00ab L&rsquo;Etat et<br \/>\nl&rsquo;Homme sont les deux p\u00f4les de toute soci\u00e9t\u00e9 humaine\u00bb, et ram\u00e8ne<br \/>\nainsi l&rsquo;observation \u00e0 celle de \u00ab forces centrifuges et centrip\u00e8tes qui<br \/>\n\u00e9cart\u00e8lent la soci\u00e9t\u00e9\u00bb (pp.16-17). N&rsquo;est-ce pas ici qu&rsquo;une analyse<br \/>\npr\u00e9liminaire des concepts mis en oeuvre aurait \u00e9t\u00e9\u00b7 n\u00e9cessaire, ne<br \/>\nserait-ce que pour montrer comment on passe de \u00ab l&rsquo;Homme \u00bb \u00e0<br \/>\n\u00ab la Soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, et pr\u00e9ciser notamment comment s&rsquo;analyse \u00ab le groupe<br \/>\nhumain que constitue l&rsquo;entreprise \u00bb ? De m\u00eame suffit-il de poser<br \/>\n\u00abl&rsquo;Etat\u00bb comme une donn\u00e9e, comme une sorte d&rsquo;Etre Supr\u00eame qui<br \/>\na son existence,\u00a0\u00bb sa volont\u00e9, et sa puissance ind\u00e9pendamment des<br \/>\n\u00e9l\u00e9ments sociaux et humains qui le constituent? Les sp\u00e9cifications<br \/>\n~e ces notions trop g\u00e9n\u00e9rales ne devraient-elles pas constituer les<br \/>\nlignes directrices d&rsquo;une observation et d&rsquo;une interpr\u00e9tation, th\u00e9orique<br \/>\net pratique de l&rsquo;autogestion en Alg\u00e9rie ?<br \/>\nA) Cette n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une analyse conceptuelle de base frappe,<br \/>\nd&rsquo;abord lorsque Serge Koulytchizky nous met face \u00e0 cette entit\u00e9<br \/>\nhors de l&rsquo;espace et du temps pos\u00e9e sans sp\u00e9cification socio-\u00ebconomique\u00a0 ni socio-politique : L&rsquo;Homme. Aux sources de l&rsquo;autogestion<br \/>\nen Alg\u00e9rie, n&rsquo;h\u00e9site-t-il pas \u00e0 \u00e9crire, \u00ab\u00b7il nous a sembl\u00e9 apercevoir<br \/>\ndans l&rsquo;Homme, \u00e0\u00b7 travers la tradition quelques racines de l&rsquo;id\u00e9e<br \/>\nd&rsquo;autogestion\u00bb. Sentant qu&rsquo;\u00e0 ce niveau de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 cette notion<br \/>\nest inutilisable, il se demande pourtant \u00ab quel est cet Homme\u00bb, cet<br \/>\nhomme alg\u00e9rien&rsquo;\u00ab qui apr\u00e8s sept ann\u00e9es d\u00e9 combat, au lendemain de<br \/>\nl\u2019lnd\u00e9pendance, adoptera et imposera la formule nouvelle de direction<br \/>\ncollective des exploitations et des entreprises abandonn\u00e9es ? \u00bb<br \/>\n(p. 267). Et il tente de r\u00e9pondre sur un double plan sociologique et<br \/>\npsychologique ; ne pouvant se lancer dans une telle recherche, il cite<br \/>\nquelques conclusions, d\u2019auteurs tr\u00e8s qualifi\u00e9s \u00e0 propos de l&rsquo;Alg\u00e9rie~<br \/>\nde 1962 . On devine que sous le signe d&rsquo;une telle personnification<br \/>\nglobale, on ne parviendra pas \u00e0 sp\u00e9cifier utilement le contexte historique et pratique, d\u00e9taill\u00e9 et dialectique, mettant en pr\u00e9sence les groupes sociaux significatifs.<br \/>\nEt de fait \u00ab l&rsquo;analyse sociologique fait appel \u00e0 la notion de<br \/>\nmasses\u00bb : autant dire qu&rsquo;aucune analyse de classes ne trouvera<br \/>\nplace, aucune forme socio-\u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9 ne sera observ\u00e9e.<br \/>\nLes citations choisies de Bourdieu et de Lacheraf \u00e9vitent \u00e0<br \/>\npeine les poncifs habituels sur le \u00ab fellah alg\u00e9rien \u00bb et sur le<br \/>\n\u00ab d\u00e9chirement de la soci\u00e9t\u00e9 indig\u00e8ne par le colonialisme \u00bb, mais elles<br \/>\nbornent \u00e0 une certaine description de la situation psycho-sociologique<br \/>\nen Alg\u00e9rie \u00e0 la veille de l&rsquo;ind\u00e9pendance. Un tel point de vue<br \/>\n\u00absociologique\u00bb (d&rsquo;une certaine sociologie du moins &#8230; ) ne fait<br \/>\nqu&rsquo;estomper la port\u00e9e des remarques judicieuses faites par Serge<br \/>\nKoulytchizky, mais sans les mettre en place dans un ensemble<br \/>\nsoci\u00e9tal o\u00f9 la structure socio-\u00e9conomique du capitalisme de colonisation<br \/>\net d&rsquo;exploitation directe en Alg\u00e9rie serait mise en \u00e9vidence,<br \/>\navec les rapports sociaux complexes mais violemment marqu\u00e9s qui<br \/>\nen d\u00e9coulaient. C&rsquo;est au point qu&rsquo;on ne voit ainsi apparaitre que le<br \/>\n\u00abfellah\u00bb, le paysan (pp. 268-269) alors que justement ce sont des<br \/>\nouvriers, des prol\u00e9taires, qui ont r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;autogestion dans l&rsquo;agriculture,<br \/>\ncomme dans l&rsquo;industrie. Cette cat\u00e9gorie sociale, cette class\u00e9<br \/>\nouvri\u00e8re tr\u00e8s particuli\u00e8re qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e en Alg\u00e9rie n&rsquo;est pas<br \/>\nanalys\u00e9e, alors que l&rsquo;auteur, par ailleurs (p. 26) a bien not\u00e9 son r\u00f4le<br \/>\nd\u00e9cisif.<br \/>\nDe m\u00eame, il se trouve engag\u00e9, \u00e0 la suite d&rsquo;El Hachemi Tidjani<br \/>\net de Jacques Berque, -dans de bien vagues consid\u00e9rations \u00ab psychologiques\u00bb sur la personnalit\u00e9 alg\u00e9rienne et sa d\u00e9sarticulation et dans de discutables consid\u00e9rations philosophiques sur la conjonction entre socialisme et id\u00e9ologie arabo-islamique. Toutes ces notations &#8211; quel qu&rsquo;en soit l&rsquo;int\u00e9r\u00eat ou le bien fond\u00e9 \u00e9ventuel &#8211; sont particuli\u00e8rement d\u00e9routantes par le manque d&rsquo;articulation avec la base socio-\u00e9conomique qui expliquerait cette ali\u00e9nation et cetteexploitation auxquelles l&rsquo; Alg\u00e9rien cherche \u00e0 \u00e9chapper en 1962, ou<br \/>\nqui permettrait de comprendre le mouvement autogestionnaire<br \/>\ncomme moyen de \u00ab se reconstituer une personnalit\u00e9 \u00bb. Il semble en<br \/>\neffet que rechercher dans \u00ab ces forces plus \u00ab\u00a0amples\u00a0\u00bb, plus \u00ab\u00a0profondes\u00a0\u00bb<br \/>\net plus \u00ab\u00a0globales\u00a0\u00bb qui d\u00e9bordent le d\u00e9bat exploitant exploit\u00e9<br \/>\n\u00bb l&rsquo;explication de la \u00ab naissance de l&rsquo;autogestion \u00bb, en tant<br \/>\nque syst\u00e8me o\u00f9 il n&rsquo;y a plus ni exploitation \u00e9conomique ni<br \/>\nsoumission ou suj\u00e9tion, ne peut apporter qu&rsquo;une vue bien partielle<br \/>\n&#8211; si p\u00e9n\u00e9trante qu&rsquo;elle puisse \u00eatre &#8211; d\u00e8s l&rsquo;instant qu&rsquo;elle est<br \/>\ndissoci\u00e9e compl\u00e8tement de son contexte historique socio-\u00e9conomique.<br \/>\nIl est \u00e9galement dommage que les consid\u00e9rations qui suivent<br \/>\n(p. 272) sur \u00ab l&rsquo;identification du socialisme et de l&rsquo;Islam\u00bb, donnant,<br \/>\n\u00ab au niveau des consciences individuelles \u00bb son caract\u00e8re \u00ab sp\u00e9cifique<br \/>\n\u00bb au socialisme en Alg\u00e9rie (p. 273) soient d\u00e9tach\u00e9es de<br \/>\nl&rsquo;analyse personnelle, beaucoup plus satisfaisante, que Serge Koulytchizky nous avait donn\u00e9e des traits sp\u00e9cifiques du socialisme alg\u00e9rien (pr\u00e9paratoire, humanitaire, arabo-islamique et de d\u00e9colonisation)<br \/>\n(pp. 103-107 et 111).<br \/>\nMalheureusement il ne s&rsquo;agit pas ici de regretter seulement la<br \/>\ndispersion des \u00e9l\u00e9ments de ce qui aurait du constituer un ensemble :<br \/>\nc&rsquo;est qu&rsquo;en fait on manque ainsi d&rsquo;un syst\u00e8me d&rsquo;analyse qui<br \/>\npermettrait d&rsquo;y voir plus clair et plus profond sur de nombreux<br \/>\npoints essentiels pour la compr\u00e9hension de l&rsquo;exp\u00e9rience alg\u00e9rienne<br \/>\nd&rsquo;autogestion. . .<br \/>\n\u00b7 Deux exemples suffiront \u00b7 \u00e0 montrer les cons\u00e9quences d&rsquo;une<br \/>\ntelle carence, en ce qui concerne les possibilit\u00e9s de discussion et<br \/>\nd&rsquo;interpr\u00e9tation : l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;autogestion, au -niveau de la<br \/>\nsoci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne, sa r\u00e9alisation au niveau des exploitations et<br \/>\nentreprises.<br \/>\na) On ne saurait certes reprocher \u00e0 Serge Koulytchizky de<br \/>\nn&rsquo;avoir pas trait\u00e9 de fa\u00e7on \u00ab syst\u00e9matique \u00bb le d\u00e9licat probl\u00e8me des<br \/>\n\u00ab sources \u00bb, des origines lointaines et proches, du mouvement autogestionnaire en Alg\u00e9rie. Les aper\u00e7us qu&rsquo;il en donne, de ci-de l\u00e0, sont m\u00eame remarquables, par l&rsquo;art de proposer sans insister de multiples<br \/>\naspects d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 complexe ( qui se laisserait difficilement<br \/>\nsyst\u00e9matiser !), par la fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9voquer des tendances qui touchent<br \/>\npeut-\u00eatre aux plus profondes racines du comportement d&rsquo;un peuple.<br \/>\nIl para\u00eet difficile de lui adresser des critiques vraiment s\u00e9rieuses, en<br \/>\nraison m\u00eame du caract\u00e8re nuanc\u00e9, partiel, circonstanciel de ses<br \/>\naper\u00e7us .. Mais pourtant n&rsquo;y a-t-il pas l\u00e0 l&rsquo;une des sources de<br \/>\nl\u2019insuffisance d&rsquo;explication, de la r\u00e9ticence \u00e0 esquisser des r\u00e9ponses<br \/>\nconcr\u00e8tes \u00e0 des questions concr\u00e8tes ?<br \/>\nCe qui frappe en effet dans toute l&rsquo;oeuvre de Serge Koulytchizky,<br \/>\nc&rsquo;est son penchant pour une approche purement \u00ab factu elle \u00bb s&rsquo;interdisant toute d\u00e9marche \u00abth\u00e9oricienne\u00bb, c&rsquo;est sa r\u00e9pulsion pour une analyse \u00ab syst\u00e9matique \u00bb, ne f\u00fbt-elle que \u00ab syst\u00e9mique\u00bb : mais dans ces conditions comment comprendre vraiment les difficult\u00e9s d&rsquo;une pratique autogestionnaire s&rsquo;ins\u00e9rant dans un cadre aussi complexe et contradictoire qu&rsquo;un syst\u00e8me \u00e9conomique, social et politique en pleine mutation ; comment- en percevoir les origines et les possibilit\u00e9s, comment en d\u00e9celer les difficult\u00e9s voire les contradictions insurmontables ?<br \/>\nOr, d\u00e8s que Serge Koulytchizky touche \u00e0 l&rsquo;analyse des<br \/>\nactivit\u00e9s, des classes, des soci\u00e9t\u00e9s, il rejette tout ce que peut<br \/>\nrepr\u00e9senter comme instrument d&rsquo;analyse concr\u00e8te la notion de<br \/>\n\u00ab syst\u00e8me socio-\u00e9conomique \u00bb ( ou de \u00ab mode de production \u00bb et de<br \/>\n\u00ab formation \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re cette terminologie marxiste); c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il n\u00e9glige l&rsquo;existence possible d&rsquo;un<br \/>\nensemble coh\u00e9rent liant dialectiquement les bases techniques, \u00e9conomiques<br \/>\net humaines avec des rapports sociaux, n\u00e9s dans la production<br \/>\net dans le mode d&rsquo;appropriation et d&rsquo;exploitation des moyens<br \/>\nde production, qui se manifestent dans toutes les couches de la<br \/>\nsoci\u00e9t\u00e9, dans les institutions politiques et, juridiques (dont l&rsquo;Etat. est<br \/>\nla plus importante) et qui .se prolongent et se confortent dans un<br \/>\nensemble d&rsquo;attitudes et d&rsquo;id\u00e9es, formant ce que Fran\u00e7ois Perroux<br \/>\nappelle l&rsquo;esprit du syst\u00e8me, et Oscar Lange la conscience sociale<br \/>\nd&rsquo;une formation \u00e9conomique et sociale, lieu de fermentation id\u00e9ologique o\u00f9 il faut observer les mouvements contradictoires, tendances<br \/>\nr\u00e9actionnaires es ou aspirations r\u00e9volutionnaires, qui visent soit \u00e0<br \/>\nperp\u00e9tuer d&rsquo;anciens modes de production, d&rsquo;existence, et de pens\u00e9e,<br \/>\nsoit \u00e0 pr\u00e9figurer une soci\u00e9t\u00e9 future &#8230; De cette vision d&rsquo;ensemble<br \/>\nd&rsquo;un \u00ab syst\u00e8me \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la soci\u00e9t\u00e9, Serge Koulytchizky ne<br \/>\nretient que quelques facettes qui peuvent \u00e9clairer le point de vue du<br \/>\nmoment, sans rechercher comment une analyse dialectique de tous<br \/>\nles \u00e9l\u00e9ments ainsi rassembl\u00e9s pourrait aider \u00e0 mieux comprendre une<br \/>\nsituation \u00e0 un moment donn\u00e9, et \u00e0 .suivre une \u00e9volution sinueuse au<br \/>\ncours d&rsquo;une longue histoire &#8230;<br \/>\nC&rsquo;est ainsi que la discussion qu&rsquo;il \u00e9voque sur le caract\u00e8re<br \/>\n\u00ab f\u00e9odal \u00bb ou bien \u00ab archa\u00efque \u00bb du mode de production caract\u00e9risant<br \/>\nl&rsquo;Alg\u00e9rie pr\u00e9coloniale (p. 28) n&rsquo;a pu que l&rsquo;\u00e9garer en l&rsquo;incitant<br \/>\n\u00e0 ne s&rsquo;attacher qu&rsquo;aux formes d&rsquo;exploitation des masses rurales<br \/>\net au mode de tenure des terres. Un approfondissement des larges<br \/>\ndiscussions marxistes sur le \u00ab mode de production asiatique \u00bb \u00b7 lui<br \/>\naurait permis de mieux comprendre la signification possible de cette<br \/>\nformation pr\u00e9capitaliste en Alg\u00e9rie .. Par del\u00e0 les survivances d&rsquo;un ,<br \/>\nmode d&rsquo;appropriation et d&rsquo;exploitation de type plus ou moins<br \/>\n\u00ab communautaire \u00bb apparaissent les facteurs du maintien de .traditions<br \/>\nde solidarit\u00e9 parentale et villageoise, \u00e0 travers toutes les<br \/>\ninvasions et les dominations, et en quelque sorte en dessous des<br \/>\nstructures et superstructures hi\u00e9rarchiques et \u00e9tatiques impos\u00e9es et<br \/>\nperp\u00e9tu\u00e9es par les conqu\u00e9rants successifs, donnant une allure despo-<br \/>\ntique et centraliste, de type \u00ab asiatique \u00bb plut\u00f4t que d\u00e9centralis\u00e9e et<br \/>\nh\u00e9r\u00e9ditaire, de type \u00ab f\u00e9odal \u00bb \u00e0 l&rsquo;organisation politico-\u00e9conomiqtie<br \/>\ndu pr\u00e9l\u00e8vement du surplus, du maintien de l&rsquo;ordre et des activit\u00e9s<br \/>\ncollectives et ext\u00e9rieures dans l&rsquo;ensemble de la R\u00e9gence \u00bb. C&rsquo;est la<br \/>\ndomination turque en \u00b7 effet qui confirme le plus pr\u00e8s de nous en<br \/>\ntout cas, ce caract\u00e8re \u00ab semi-asiatique \u00bb plut\u00f4t que semi-f\u00e9odal du<br \/>\nmode de production en Alg\u00e9rie ; et la domination fran\u00e7aise n&rsquo;a fait<br \/>\nque maintenir ou restaurer, \u00e0. travers \u00b7 les atermoiements de sa<br \/>\npolitique coloniale, cette double structuration, assurant d&rsquo;une part<br \/>\nsous l&rsquo;autorit\u00e9 du \u00ab beylik \u00bb (k gouvernement g\u00e9n\u00e9ral) et de ses<br \/>\nrepr\u00e9sentants, la mise en exploitation maximale des ressources, et<br \/>\nobligeant d&rsquo;autre part les familles et les villages \u00e0 renforcer leur<br \/>\nsolidarit\u00e9, pour subsister aux limites du produit n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;existence,<br \/>\ndevant la r\u00e9duction des terres cultivables laiss\u00e9es aux populations<br \/>\nindig\u00e8nes &#8230; Ceci jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 les d\u00e9veloppements sans<br \/>\ncesse croissants des cultures \u00b7 modernes destin\u00e9es au march\u00e9 capitaliste<br \/>\n(m\u00e9tropolitain) ont.&rsquo; n\u00e9cessit\u00e9 &#8211; devant I&rsquo;insuffisance du peuplement<br \/>\nde travailleurs europ\u00e9ens &#8211; une exploitation de plus en plus<br \/>\nlarge d&rsquo;une nombreuse &lsquo;main-d&rsquo;oeuvre salari\u00e9e, recrut\u00e9e parmi ces<br \/>\nnouveaux &lsquo;\u00e9, pauvres\u00bb. ces \u00b7\u00absous-prol\u00e9taires)) qu&rsquo;avait multipli\u00e9s<br \/>\nl&rsquo;accaparemment des meilleures terres autant-que la pouss\u00e9e d\u00e9mographique \u00e0\u00a0 partir de \u00b7l&rsquo;entre-deux-guerres .. Mais \u00b7 les conditions<br \/>\nmat\u00e9rielles d&rsquo;existence de cette population (ne pouvant, le plus<br \/>\nsouvent, compter que sur un travail et un salaire intermittents et<br \/>\nsuffisants) la conduisaient \u00e0 s&rsquo;attacher plus que jamais aux<br \/>\ntraditions de communaut\u00e9s c&rsquo;est-\u00e0-dire de solidarit\u00e9 familiale, villageoise.<br \/>\nou tribale qui d\u00e9routent tant les exploiteurs &#8211; et les observateurs<br \/>\n&#8211; capitalistes. M\u00eame transplant\u00e9s dans un secteur dit \u00ab moderne<br \/>\n)n devoir de solidarit\u00e9 s&rsquo;imposait vis-\u00e0-vis des parents, des<br \/>\n\u00ab fr\u00e8res \u00bb, des \u00ab cousins \u00bb non favoris\u00e9s ; et ceci valait aussi bien<br \/>\npour les travailleurs au service des colons que pour les responsables<br \/>\nd&rsquo;un domaine autog\u00e9r\u00e9 : des moyens de production, des moyens<br \/>\nd&rsquo;existence ne doivent pas \u00eatre accapar\u00e9s par celui qui a eu la<br \/>\nch~ce d&rsquo;en obtenir la disposition ; le travail comme les ressources<br \/>\ndoivent \u00eatre partag\u00e9s, et g\u00e9r\u00e9s en commun &#8230;<br \/>\n&lsquo; b) Cependant les probl\u00e8mes d&rsquo;autogestion, en Alg\u00e9rie en 1962,<br \/>\nne concernent gu\u00e8re &#8211; pas du tout ou pas directement &#8211; la masse<br \/>\ndes \u00ab fellahs \u00bb, ni celle des sans-emplois, rest\u00e9s au village sur les<br \/>\nterres du secteur dit \u00ab traditionnel\u00bb. Et donc, s&rsquo;il n&rsquo;est pas inutile<br \/>\nd&rsquo;\u00e9voquer et d&rsquo;actualiser les coutumes ancestrales ou les aspirations<br \/>\nprofondes des alg\u00e9riens exploitant leurs propres terres, ou cherchant<br \/>\n\u00e0 les r\u00e9cup\u00e9rer, il faut pourtant s&rsquo;attacher \u00e0 la constitution de cette<br \/>\nclasse nouvelle en Alg\u00e9rie, celle des travailleurs salari\u00e9s ; encore<br \/>\nrelativement peu nombreux dans l&rsquo;industrie, ils\u00b7 sont innombrables<br \/>\ndans l&rsquo;agriculture, si l&rsquo;on ajoute aux permanents les soi-disant<br \/>\n\u00absaisonniers\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire cette arm\u00e9e de r\u00e9serve qui attend quelques<br \/>\njourn\u00e9es de travail, quelques bribes de subsistance. Apparemment<br \/>\nce prol\u00e9tariat est peu. organis\u00e9 syndicalement et politiquement<br \/>\navant 1954. Et pourtant une analyse approfondie ne serait-elle pas<br \/>\nindispensable pour en appr\u00e9cier exactement le degr\u00e9 de formation<br \/>\nprofessionnelle et technique d&rsquo;abord, puis les formes de structuration<br \/>\nsociale et de conscience sociale, et enfin le niveau de prise de<br \/>\nconscience politique. Certes, les \u00e9tudes vraiment s\u00e9rieuses sont peu<br \/>\nnombreuses, encore qu&rsquo;il en existe de remarquables ; mais la simple<br \/>\nconsid\u00e9ration de l&rsquo;\u00e9volution technico-\u00e9conornique et des mouvements<br \/>\nsocio-politiques en Alg\u00e9rie (et sp\u00e9cialement dans les campagnes)<br \/>\ndepuis 1945 suffisent \u00e0 donner une id\u00e9e de l&rsquo;ampleur et de la<br \/>\nprofondeur du probl\u00e8me. Le mouvement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de modernisation<br \/>\net de m\u00e9canisation de l&rsquo;agriculture des domaines des colons, et son<br \/>\norientation de plus en plus exclusivement \u00ab capitaliste \u00bb, se sont<br \/>\nmanifest\u00e9s par l&#8217;emploi d&rsquo;une main-d&rsquo;oeuvre \u00b7 salari\u00e9e d&rsquo;alg\u00e9riens<br \/>\n(musulmans) de plus en plus sp\u00e9cialis\u00e9e. Les mouvements de<br \/>\nrevendication de ces travailleurs agricoles et l&rsquo;agitation politique<br \/>\nincessante depuis 1945 (dont la lecture d&rsquo;Alger R\u00e9publicain suffirait<br \/>\n\u00e0 donner quelque id\u00e9e) marquent bien ta vigueur de ce nouveau<br \/>\nprol\u00e9tariat agricole et la r\u00e9alit\u00e9 de sa formation professionnelle et<br \/>\nsociale, intellectuelle et politique.<br \/>\nSans vouloir pr\u00e9tendre qu&rsquo;il faut chercher dans cette \u00e9volution<br \/>\nla seule source du mouvement autogestionnaire comment ne pas<br \/>\nadmettre qu&rsquo;elle a fourni une base &#8211; indispensable &#8211; \u00e0 cet effort<br \/>\ngr\u00e2ce auquel presque tous les domaines vacants se sont trouv\u00e9s<br \/>\n(bien) remis en exploitation d\u00e8s l&rsquo;automne 1962, par la prise en<br \/>\nmains de toutes les op\u00e9rations essentielles par les travailleurs<br \/>\nhabituels &#8211; permanents ou saisonniers. Rares sans doute \u00e9taient<br \/>\nparmi eux ceux qui \u00e9taient vraiment capables d&rsquo;assumer seuls la<br \/>\nresponsabilit\u00e9 globale de la gestion ; mais en mettant en commun<br \/>\nleurs capacit\u00e9s, leurs sp\u00e9cialisations, ils ont pu constituer un collectif<br \/>\nefficace. Certes, sur ces formes de la constitution des comit\u00e9s<br \/>\nde gestion, sur les raisons qui ont pu inciter les travailleurs \u00e0 ne pas<br \/>\ns&rsquo;en remettre \u00e0 de nouveaux chefs, sur les personnalit\u00e9s qui ont pu<br \/>\njouer un r\u00f4le mobilisateur, sur les moments de la propagation .du<br \/>\nmouvement d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre de l&rsquo;Alg\u00e9rie, les analyses peuvent<br \/>\ndiverger &#8230; avec les observations : peut-\u00eatre chaque r\u00e9gion, chaque<br \/>\nsecteur, chaque domaine rel\u00e8ve-t-il d&rsquo;un cas particulier, que l&rsquo;analyse<br \/>\nsocio-\u00e9conomique ne suffit pas \u00e0 expliquer. Mais elle fournit une<br \/>\nvue plus juste des conditions n\u00e9cessaires, sans lesquelles rien n&rsquo;aurait<br \/>\npu se produire et durer, et parvenir aux r\u00e9sultats atteints d\u00e8s 1963.<br \/>\nL&rsquo;insurrection d&rsquo;un collectif ouvrier ou d&rsquo;un soviet, et la prise<br \/>\nen mains du fonctionnement d&rsquo;une unit\u00e9 \u00e9conomique quelconque<br \/>\nparaissaient bien indissociables d&rsquo;une certaine situation techno\u00e9conomique<br \/>\naussi bien que socio-\u00e9conomique qui permet aux int\u00e9ress\u00e9s<br \/>\nd&rsquo;assumer efficacement leurs nouvelles responsabilit\u00e9s ; encore<br \/>\nfaut-il qu&rsquo;existe donc cette classe montante et qu&rsquo;elle ait conscience<br \/>\nde sa condition et de &lsquo;son r\u00f4le, dans la production comme dans la<br \/>\nsoci\u00e9t\u00e9. Une telle observation ne peut se faire qu&rsquo;en utilisant et en<br \/>\naffinant l&rsquo;analyse des classes sociales, non seulement en d\u00e9taillant<br \/>\nles couches et cat\u00e9gories, les groupements influents qu&rsquo;il faut mettre<br \/>\nen \u00e9vidence, mais aussi en d\u00e9gageant les rapports sociaux complexes<br \/>\nqui se nouent, \u00e0 . tous les niveaux de la vie \u00e9conomique, sociale,<br \/>\npolitique, et en mettant en lumi\u00e8re les alliances ou les oppositions,<br \/>\nles -convergences ou les contradictions, qui marquent la r\u00e9alit\u00e9 et qui<br \/>\nrythment le mouvement de l&rsquo;action de tous ces \u00ab hommes \u00bb dont<br \/>\nl&rsquo;action individuelle ne prend son sens, au niveau de la Soci\u00e9t\u00e9 que<br \/>\ndans la mesure o\u00f9 elle s&rsquo;inscrit dans une action collective.<br \/>\nS&rsquo;il est n\u00e9cessaire pour comprendre un mouvement collectif,<br \/>\nde replacer l&rsquo;Homme dans la r\u00e9alit\u00e9 sociale complexe, a plus forte<br \/>\nraison est-il impossible de comprendre le sens de l&rsquo;action de l&rsquo;Etat si<br \/>\n~n ne lui restitue pas sa dimension et sa d\u00e9termination socio-economique.<br \/>\nB) L&rsquo;Etat joue \u00e0 vrai dire un r\u00f4le essentiel dans l&rsquo;exp\u00e9rience<br \/>\nalg\u00e9rienne de l&rsquo;autogestion, selon Serge Koulytchizky : non certes<br \/>\nqu&rsquo;il ait contribu\u00e9 \u00e0 son \u00e9mergence (si ce n&rsquo;est par sa carence<br \/>\nm\u00eame), mais surtout parce qu&rsquo;il est parvenu \u00e0 la contenir (dans sa<br \/>\nmarche vers le pouvoir), \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grer et finalement \u00e0 l&rsquo;assimiler &#8211; \u00e0<br \/>\nla \u00ab phagocyter \u00bb pourrait-on dire : c&rsquo;est un Etat-Moloch qui d\u00e9vore<br \/>\nles meilleurs de ses enfants ; c&rsquo;est un Etat tout puissant qui ne vise<br \/>\nqu&rsquo;\u00e0 dominer et qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;approprier, qu&rsquo;\u00e0 asservir et qu&rsquo;\u00e0 diriger tout<br \/>\nlui-m\u00eame ..<br \/>\na) Mais qu&rsquo;est-ce donc que cet Etat? D&rsquo;o\u00f9 vient-il, que<br \/>\nrepr\u00e9sente-t-il, qui le soutient et l&rsquo;anime, quels objectifs assigne-t-il,<br \/>\nquels buts ultimes fixe-t-il \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9? En un mot quelle est sa<br \/>\nplace et sa signification dans l&rsquo;ensemble du \u00ab syst\u00e8me\u00bb, quelle<br \/>\nfonction joue-t-il dans ce type de formation sociale qui s&rsquo;\u00e9labore<br \/>\ndans l&rsquo;ind\u00e9pendance ? On ne peut pas dire que ces questions<br \/>\npr\u00e9occupent beaucoup Serge Koulytchizky: c&rsquo;est visiblement pour<br \/>\nlui un fait, une donn\u00e9e de la situation parmi d&rsquo;autres ; ou si l&rsquo;on<br \/>\nveut c&rsquo;est ce qui se trouve aux antipodes de l&rsquo;autogestion celle-ci<br \/>\ncorrespondant \u00e0 une aspiration libertaire de l&rsquo;Homme ; l&rsquo;Etat, qu&rsquo;il<br \/>\nsoit d\u00e9mocratique ou totalitaire, est \u00e0 l&rsquo;autre p\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9<br \/>\n(p. 16) et constitue une autre force, avec laquelle l&rsquo;autogestion est<br \/>\noblig\u00e9e de compter, ou de faire en sorte\u00a0\u00bb qu&rsquo;il soit oblig\u00e9 de compter<br \/>\navec elle {p. 17)~ Certes, Serge Koulytchizky. connait la \u00ab Science<br \/>\nPolitique \u00bb et il nous livre de pertinentes observations. sur le<br \/>\nprobl\u00e8me\u00b7 de la \u00ab vacance de l&rsquo;Etat alg\u00e9rien pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1962, sur<br \/>\nla vacuit\u00e9 du \u00b7pouvoir politique et sur la carence du pouvoir<br \/>\nadministratif (pp. 49 \u00e0 57) ; ensuite il proc\u00e8de \u00e0 une \u00e9tude pr\u00e9cise<br \/>\ndu r\u00e9gime politique de l&rsquo;Alg\u00e9rie de 1963 \u00e0 1965, d\u00e9passant l&rsquo;aspect<br \/>\nsocialiste &lsquo;de ce r\u00e9gime, son apparence de d\u00e9mocratie lib\u00e9rale; pour<br \/>\nsouligner qu&rsquo;il s&rsquo;agit en r\u00e9alit\u00e9, selon l&rsquo;expression du sp\u00e9cialiste de la<br \/>\nScience Politique (descriptive &#8230; ) M. Maurice Duverger, d&rsquo;un \u00ab r\u00e9gime<br \/>\nde pays sous-d\u00e9velopp\u00e9\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;un r\u00e9gime ambivalent o\u00f9 les<br \/>\nconstitutions d\u00e9mocratiques n&rsquo;ont qu&rsquo;un caract\u00e8re formel; l&rsquo;apparence<br \/>\nconstitutionnelle \u00e9tant d&rsquo;ailleurs fort mal respect\u00e9e, tandis que<br \/>\nla r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir politique appartient. au Parti unique et \u00e0 son\u00b7<br \/>\nchef, r\u00e9alisant en sa personne la confusion des pouvoirs, sans que le<br \/>\nparti soit\u00b7 d&rsquo;inspiration marxiste, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e9tablisse le cadre d&rsquo;une<br \/>\n\u00ab dictature du prol\u00e9tariat.\u00bb (pp. 110 \u00e0 117). C&rsquo;est une \u00e9tude du<br \/>\nm\u00eame genre qui\u00b7 est faite de la situation constitutionnelle cons\u00e9cutive<br \/>\nau coup-d&rsquo;Etat du 19 juin 1965 pour pr\u00e9ciser ce qui demeure<br \/>\ndes institutions en place, \u00e9voquer la . nature coll\u00e9giale du Chef de<br \/>\nl&rsquo;Etat (Conseil de la R\u00e9volution qui est en m\u00eame temps d\u00e9positaire<br \/>\nde l&rsquo;autorit\u00e9 souveraine de l&rsquo;Assembl\u00e9e) souligner le r\u00f4le \u00b7r\u00e9duit du<br \/>\nParti (pp. 241-243). Serge Koulytchizky se pr\u00e9occupe seulement de<br \/>\nsavoir si l&rsquo;autogestion a place dans ces constructions politiques<br \/>\nprovisoires, pour constater quelle n&rsquo;en a aucune, sauf \u00e0 rechercher<br \/>\nquelqu&rsquo;esprit \u00ab associationniste\u00bb dans les institutions locales ou<br \/>\nr\u00e9gionalistes qui se mettent en place : encore\u00b7 faut-il conclure que le<br \/>\nr\u00f4le \u00e9conomique confi\u00e9 aux communes ne pr\u00e9figure aucunement un<br \/>\nEtat f\u00e9d\u00e9raliste autog\u00e9r\u00e9\u00bb, et que les dirigeants n&rsquo;ont jamais parl\u00e9<br \/>\n\u00ab d&rsquo;autogestion de la Soci\u00e9t\u00e9 par les citoyens\u00bb.<br \/>\nOn comprend bien que dans ce contexte politique et dans\u00b7 la<br \/>\nligne (traditionnelle) de cette science politique, Serge Koulytchizky<br \/>\nse contente de consid\u00e9rer l&rsquo;Etat comme une puissance sup\u00e9rieure \u00e0<br \/>\ntout, \u00ab incarnant le bien commun \u00bb \u00b7 et imposant en cons\u00e9quence .sa<br \/>\nvolont\u00e9, \u00e9crasant les vell\u00e9it\u00e9s d&rsquo;autonomie qui risquent de contrarier sa marche. Et pourtant, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de se demander vers<br \/>\nquoi elle conduit, qui d\u00e9finit cette volont\u00e9, \u00e0 quoi (ou \u00e0 qui)<br \/>\ncorrespond cette notion de bien commun. Autrement dit quelle -est<br \/>\nla nature de cet Etat &#8211; plus pr\u00e9cis\u00e9ment quelle est\u00b7 sa \u00ab nature de<br \/>\nclasse \u00bb ? On devine, \u00e0 travers la succession historique des gouvernements<br \/>\nprovisoires, que cet Etat, et son administration, prennent la<br \/>\nsuite de l&rsquo;ancien \u00ab Gouvernement G\u00e9n\u00e9ral\u00bb, et qu&rsquo;ainsi, \u00e0 travers<br \/>\nces superstructures administratives, toute une organisation et toute<br \/>\nune conception du fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 survivent, et<br \/>\ns&rsquo;imposent. Et cette conception reste marqu\u00e9e par l&rsquo;ordre capitaliste,<br \/>\npar. le souci de la productivit\u00e9 et de la rentabilit\u00e9, autant que<br \/>\npar une certaine hi\u00e9rarchie: .politique et sociale aussi bien -qu&rsquo;\u00e9conomique.<br \/>\nQuels sont les promoteurs et quels sont les b\u00e9n\u00e9ficiaires,<br \/>\nconscients ou inconscients, de cette structuration et de cette<br \/>\nconservation institutionnelle et id\u00e9ologique ? La nature particuli\u00e8re<br \/>\ndu pouvoir \u00b7 en Alg\u00e9rie avant l&rsquo;ind\u00e9pendance {l&rsquo;absence de groupes<br \/>\nd&rsquo;int\u00e9r\u00eats .capitalistes puissants localement, en dehors de l&rsquo;agriculture)<br \/>\nne facilite-t-elle pas cette substitution d&rsquo;une bureaucratie \u00e0<br \/>\nune autre ? Le maintien de puissants int\u00e9r\u00eats agricoles {hors du<br \/>\nsecteur autog\u00e9r\u00e9), la croissance sinon d&rsquo;une v\u00e9ritable bourgeoisie<br \/>\nnationale, du moins d&rsquo;une couche importante\u00b7 et puissante de<br \/>\n\u00ab technocrates \u00bb, la faiblesse du prol\u00e9tariat industriel, la dispersion<br \/>\ndes travailleurs agricoles, ne constituent-elles pas autant de facteurs<br \/>\nqui donnent son caract\u00e8re sp\u00e9cifique \u00e0 l&rsquo;Etat en tant que repr\u00e9sentant<br \/>\net instrument de couches sociales influentes ?<br \/>\nMais par ailleurs, ne faut-il pas rechercher dans les origines et<br \/>\nles d\u00e9veloppements de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne, dans les contradictions<br \/>\net les. conflits qui l&rsquo;ont profond\u00e9ment marqu\u00e9e, et qui<br \/>\ntransparaissent encore dans le Programme de Tripoli, \u00e0 la veille .de<br \/>\nl&rsquo;ind\u00e9pendance, une autre origine importante du pouvoir politique<br \/>\nen Alg\u00e9rie? Les complexes alliances qu&rsquo;a n\u00e9cessit\u00e9 la \u00ab R\u00e9volution<br \/>\nNationale \u00bb, les aspirations et les conflits qui l&rsquo;ont anim\u00e9e marquent<br \/>\nprofond\u00e9ment les conditions d&rsquo;exercice du pouvoir, et ses orientations<br \/>\n( et contribuent \u00e0 expliquer les difficult\u00e9s de la . politique<br \/>\nesquiss\u00e9e par Ben Bella, le coup d&rsquo;Etat de 1965, et les conflits de<br \/>\ntendances sous l&rsquo;apparent monolithisme du gouvernement Boumediene).<br \/>\nLe conflit profond s&rsquo;il ne traduit pas une opposition<br \/>\naffirm\u00e9e entre tenants du Capitalisme et tenants du Socialisme, ne<br \/>\ncorrespond~il pas justement \u00e0 la divergence entre partisans d&rsquo;un<br \/>\ncapitalisme d&rsquo;Etat, dirigiste et centraliste, et partisans d&rsquo;un socialisme<br \/>\n. v\u00e9ritable plus ou moins autogestionnaire, mais d\u00e9mocratiquement<br \/>\nplanifi\u00e9?<br \/>\nb) Mais voici que surgit n\u00e9cessairement au cours d&rsquo;une telle<br \/>\nanalyse de l&rsquo;Etat, le mot clef, celui de Plan. On comprend mieux<br \/>\nque Serge Koulytchizy. n&rsquo;en parle gu\u00e8re : soucieux de ne s&rsquo;attacher<br \/>\nqu&rsquo;aux faits, il ne le rencontre pratiquement pas. L&rsquo;Etat auquel il se<br \/>\nheurte, centraliste et bureaucratique, ne connait gu\u00e8re la \u00ab planification \u00bb, ou du moins cette notion est-elle d\u00e9tourn\u00e9e, d\u00e9voy\u00e9e, pour<br \/>\nse r\u00e9duire \u00e0 une \u00ab programmation \u00bb des \u00e9quipements d&rsquo;int\u00e9r\u00eat<br \/>\ncollectif, y compris ceux des soci\u00e9t\u00e9s nationales consid\u00e9r\u00e9es comme<br \/>\nfaisant partie des objectifs de developpement que l&rsquo;Etat assigne \u00e0 la<br \/>\nNation. \u00b7<br \/>\nPlus exactement, notre auteur parle fort bien du Plan quand il<br \/>\nle rencontre, avec l&rsquo;exigence d&rsquo;un Plan National affirm\u00e9e en 1963<br \/>\ncomme forme et condition de la socialisation de l&rsquo;Economie alg\u00e9rienne<br \/>\n(pp. 133-134). Avec La Charte d&rsquo;Alger et les projets de 1964, il souligne la signification du choix de la planification et<br \/>\nce qu&rsquo;elle implique : coordination concert\u00e9e des activit\u00e9s des entreprises<br \/>\nsocialistes, du secteur autog\u00e9r\u00e9 et du secteur nationalis\u00e9 &#8211;<br \/>\ndirection des activit\u00e9s priv\u00e9es, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de groupements<br \/>\nprofessionnels obligatoires &#8211; d\u00e9finition de priorit\u00e9s nationales dans le<br \/>\nchoix des investissements et la cr\u00e9ation d&#8217;emplois nouveaux &#8230; Mais,<br \/>\npar la suite, l&rsquo;\u00e9vocation&rsquo; du plan triennal, puis du plan quadriennal<br \/>\n(pp. 209-213) ne conduisent gu\u00e8re \u00e0 de longs d\u00e9veloppements sur<br \/>\nles m\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9laboration, les buts de la transformation \u00e9conomique<br \/>\net sociale : non pas seulement parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a gu\u00e8re d&rsquo;innovations<br \/>\n\u00e0 ce sujet, mais parce que l&rsquo;on n&rsquo;aper\u00e7oit que l&rsquo;aspect technique d&rsquo;une politique d&rsquo;\u00e9quipement r\u00e9pondant \u00e0 des imp\u00e9ratifs de d\u00e9veloppement de l&rsquo;agriculture et d&rsquo;industrialisation \u00e0 un rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. L&rsquo;accent ainsi mis sur les aspects techno-\u00e9conomique emp\u00eache de saisir les conditions socio-\u00e9conomiques de ce d\u00e9veloppement; non seulement la place de l&rsquo;autogestion n&rsquo;appara\u00eet pas, mais les soucis de coordination et de concertation disparaissent. La confection d&rsquo;un tel plan n&rsquo;a pas \u00e0 \u00eatre discut\u00e9e sur la place publiquepar les citoyens, ni dans les assembl\u00e9es de travailleurs au sein des<br \/>\nentreprises, du moins dans une superstructure \u00e9tatique du genre de<br \/>\ncelle rencontr\u00e9e en Alg\u00e9rie.<br \/>\nC&rsquo;est ainsi que le d\u00e9faut d&rsquo;analyse fait mal, blesse ceux qui<br \/>\ncroient qu&rsquo;une gestion autonome des entreprises socialistes, fussent elles<br \/>\nde dimensions nationales, est possible, et qu&rsquo;elle est m\u00eame<br \/>\nn\u00e9cessaire non seulement pour assurer la libert\u00e9 et la responsabilit\u00e9<br \/>\ndes travailleurs, mais pour faciliter la souplesse de l&rsquo;adaptation\u00a0\u00bb aux<br \/>\nbesoins et de l&rsquo;\u00e9volution des technologies, mais qu&rsquo;elle implique une<br \/>\ncondition essentielle : que cette \u00ab autogestion \u00bb des entreprises soit<br \/>\n\u00e9troitement associ\u00e9e \u00e0 une \u00ab planification \u00bb du d\u00e9veloppement<br \/>\nr\u00e9alis\u00e9e dans le m\u00eame esprit d\u00e9mocratique, avec Je concours effectif<br \/>\nde tous les int\u00e9ress\u00e9s (producteurs et consommateurs) \u00e0 son \u00e9laboration<br \/>\ncomme \u00e0 son ex\u00e9cution. Il est regrettable que chez beaucoup<br \/>\nde partisans du socialisme aspirant \u00e0 l&rsquo;autogestion, pr\u00e9valent des<br \/>\nid\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues sur la \u00ab planification imp\u00e9rative \u00bb, ne consid\u00e9rant<br \/>\nque quelques p\u00e9riodes p\u00e9nibles dans l&rsquo;\u00e9dification du socialisme en<br \/>\nU.R.S.S., et ne s&rsquo;attachant qu&rsquo;\u00e0 quelques clich\u00e9s p\u00e9rim\u00e9s sur le<br \/>\n\u00ab centralisme d\u00e9mocratique \u00bb. Ces id\u00e9es, inspir\u00e9es directement par la<br \/>\npropagande capitaliste et son id\u00e9ologie pseudo-lib\u00e9rale, d\u00e9tournent<br \/>\nbeaucoup de gens de cette id\u00e9e force : il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autogestion<br \/>\nsans planification ; sinon on retomberait dans une anarchie pire que<br \/>\ncelle du march\u00e9 capitaliste, conduisant \u00e0 une dictature \u00b7 technocratique<br \/>\nd&rsquo;Etat, comparable \u00e0 celle des monopoles: Ce n&rsquo;est pas Je<br \/>\nPlan en soi qui est mauvais ou dangereux, mais la fa\u00e7on dont la ,<br \/>\nplanification est \u00e9labor\u00e9e &#8211; puis ex\u00e9cut\u00e9e. Et cela d\u00e9pend de la<br \/>\nnature de l&rsquo;Etat, de la structure de ses organes, de la qualit\u00e9 de sa<br \/>\n(( d\u00e9mocratie )) , c&rsquo;est-\u00e0-dire en d\u00e9finitive de la fa\u00e7on dont il est<br \/>\nl&rsquo;\u00e9manation du peuple tout entier. \u00b7<br \/>\nPeut-on vraiment reprocher \u00e0 Serge Koulytchizky de ne pas<br \/>\navoir proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une telle analyse pr\u00e9alable de l&rsquo;Homme et de<br \/>\nl&rsquo;Etat, de ne pas avoir pr\u00e9cis\u00e9 une conception d&rsquo;ensemble de la<br \/>\nStructure Socio-Economique et de la Planification d\u00e9mocratique ?<br \/>\nCe ne serait pas tr\u00e8s honn\u00eate, car si les questions qu&rsquo;il pose, et qu&rsquo;il<br \/>\nlaisse sciemment sans r\u00e9ponses \u00e9voquent de tels probl\u00e8mes fondamentaux,&rsquo;.<br \/>\nc&rsquo;est justement tout son art que d&rsquo;avoir su traiter d&rsquo;un sujet encore si br\u00fblant, diss\u00e9quer une aussi riche exp\u00e9rience, en s&rsquo;en tenant aux faits et en se refusant \u00e0 toute construction th\u00e9orique, forc\u00e9ment plus ou moins abstraite, doctrinaire ou id\u00e9ologique. Ce qui fait bien \u00e9videmment la valeur unique de son ouvrage sur l&rsquo;autogestion en &#8211; Alg\u00e9rie, par rapport \u00e0 tant d&rsquo;autres, n&rsquo;est-ce pas pr\u00e9cis\u00e9ment cette fa\u00e7on de proc\u00e9der par petites touches, de d\u00e9couper<br \/>\ndans l&rsquo;innombrable r\u00e9alit\u00e9 les faits significatifs, et de donner une<br \/>\nimpression aussi juste que possible sans la d\u00e9former, volontairement<br \/>\nou non, par quelque \u00ab parti-pris \u00bb ? Certes, on peut constater qu&rsquo;il<br \/>\nne fournit pas de conclusion tranch\u00e9e, d&rsquo;explications simples ni de<br \/>\nth\u00e9orie applicable \u00e0 une pratique ; mais on ne peut que lui \u00eatre<br \/>\nreconnaissant d&rsquo;avoir cette modestie de se retrancher derri\u00e8re les<br \/>\nfaits et de n&rsquo;en pr\u00e9senter qu&rsquo;une \u00absomme\u00bb, et le f\u00e9liciter d&rsquo;avoir<br \/>\neu ce courage d&rsquo;\u00e9crire; de d\u00e9crire, de commenter une exp\u00e9rience<br \/>\nv\u00e9cue, sans s&rsquo;abriter derri\u00e8re quelque doctrine et sans attendre<br \/>\nconfortablement que le recul de l&rsquo;histoire permette de styliser les<br \/>\ngrandes lignes .. En cela, son tableau fait d&rsquo;observations prises dans la<br \/>\nr\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue et dans l&rsquo;instant de l&rsquo;action, pourra fournir le meilleur<br \/>\ndes points de d\u00e9part \u00e0 ceux qui tenteraient de passer \u00e0 une<br \/>\ninterpr\u00e9tation plus syst\u00e9matique.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Jacques PEYREGA<br \/>\nProfesseur \u00e0 la facult\u00e9 des Sciences Economiques<br \/>\nde l&rsquo;Universit\u00e9 de Bordeaux I<br \/>\nAncien Directeur de l&rsquo;Institut de Gestion et<br \/>\nde Planification d&rsquo;Alger ( 1963-1966)<br \/>\nDirecteur du Centre d&rsquo;Etudes et de Recherches sur<br \/>\nla Planification et \/ &lsquo;Analyse des Activit\u00e9s<br \/>\nCollectives (Bordeaux-Pessac)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le livre tr\u00e8s fourni de Serge Koulytchizky paru en 1974 ( et t\u00e9l\u00e9chargeable sur le site de l&rsquo;indispensable biblioth\u00e8que en ligne jugurtha ) a fait l\u2019objet d\u2019une longue recension critique par Jacques Peyrega, parue dans le trenti\u00e8me num\u00e9ro de la revue Autogestion, nous la reproduisons ci-dessous. Si nous sommes d\u2019accord avec Peyrega sur le d\u00e9faut &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/serge-koulytchisky\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Serge Koulytchisky&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[20],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/150"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=150"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/150\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":349,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/150\/revisions\/349"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=150"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=150"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/autogestion\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=150"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}