{"id":70,"date":"2022-10-06T11:03:18","date_gmt":"2022-10-06T09:03:18","guid":{"rendered":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/?p=70"},"modified":"2022-11-30T18:31:16","modified_gmt":"2022-11-30T17:31:16","slug":"de-luniversalite-croissante-des-pyramides","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/2022\/10\/06\/de-luniversalite-croissante-des-pyramides\/","title":{"rendered":"L&rsquo;ombre port\u00e9e des pyramides"},"content":{"rendered":"\n<p><em><strong>L&rsquo;autre pays des pyramides<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Alors que selon beaucoup d&rsquo;observateurs, les pyramides financi\u00e8res repointent le bout de leur nez via la sp\u00e9culation immobili\u00e8re (voir plus loin), ce n&rsquo;est pas la moindre ironie qu&rsquo;un des contre-symboles persistant \u00e0 la spectaculaire restructuration de Tirana soit la pyramide \u00e9rig\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80 pour abriter un mus\u00e9e \u00e0 la gloire du dictateur Enver Hoxha. Quartier g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;OTAN pendant la guerre du Kosovo, cette b\u00e2tisse ( photo qui orne ce post) partiellement con\u00e7ue par la fille du despote tr\u00f4nait en d\u00e9sh\u00e9rence dans l&rsquo;hypercentre de la ville quand des projets de d\u00e9molition ont \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s, provoquant une lev\u00e9e de boucliers de quelques intellectuels et une opposition plus ou moins sourde de la population. La <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/international\/article\/2020\/05\/25\/en-albanie-le-theatre-national-detruit-par-le-gouvernement-un-acte-barbare_6040619_3210.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">destruction<\/a> du <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=uTQ6gi9Ww5w&amp;ab_channel=Mark1333\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">th\u00e9\u00e2tre national<\/a> de la ville et les <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=QMW-VRdByxY&amp;ab_channel=OnDemandNews\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">protestations<\/a> qui ont suivi ayant peut-\u00eatre temp\u00e9r\u00e9es l&rsquo;ardeur d\u00e9molisseuse du pouvoir et de la municipalit\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 finalement d\u00e9cid\u00e9 de la r\u00e9nover et d&rsquo;en faire un \u00a0\u00bb <a href=\"https:\/\/www.floornature.eu\/un-second-souffle-pour-la-pyramide-de-tirana-lancement-du-pr-16114\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Centre pour les technologies cr\u00e9atives<\/a>\u00a0\u00bb destin\u00e9 \u00e0 la jeunesse. Ce sauvetage indiquant que les pyramides n&rsquo;ont donc pas fini de hanter le pays ( cf le beau livre \u00e9ponyme d&rsquo;Ismail Kadar\u00e9 : \u00ab\u00a0<em> Les apparitions pyramidales se manifestaient de mani\u00e8re cyclique sans que l&rsquo;on p\u00fbt jamais d\u00e9terminer le moment o\u00f9 elles voyaient vraiment le jour, nul n&rsquo;\u00e9tant \u00e0 m\u00eame d&rsquo;\u00e9tablir \u00e0 coup s\u00fbr si ce qui advenait \u00e9tait l&rsquo;avenir ou simplement le pass\u00e9 qui se mouvait \u00e0 reculons \u00e0 l&rsquo;instar des \u00e9crevisses. On finissait ainsi par se dire que peut-\u00eatre ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre n&rsquo;\u00e9taient tels qu&rsquo;on se les figurait, puisque tous deux pouvaient changer de sens comme les rames de m\u00e9tro parvenues au terminus.\u00a0\u00bb<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>Et, de fait, plus encore que le legs architectural de la stalinautarcie hoxhiste  ( les <a href=\"https:\/\/bunkart.al\/1\/virtual_tour\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">bunkers<\/a> de Tirana offrent un autre aper\u00e7u incontournable du d\u00e9lire du r\u00e9gime), ce sont les fameuses pyramides financi\u00e8res \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;insurrection de 1997 qu&rsquo;il est int\u00e9ressant de revisiter d\u00e8s lors qu&rsquo;on ne les cantonne plus \u00e0 l&rsquo;anomalie p\u00e9riph\u00e9rique ou au folklore balkanique. Ne serait-ce que parce que, comme le rappelle <a href=\"http:\/\/smokimusaraj.com\/\">Smoki Musaraj <\/a>dans l&rsquo;introduction de son livre <em><a href=\"https:\/\/www.degruyter.com\/document\/doi\/10.1515\/9781501750366\/html?lang=en\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Tales from Albarado. Ponzi Logics of Accumulation in Post-socialist Albania<\/a><\/em>, \u00a0\u00bb Situ\u00e9es \u00e0 la marge de l&rsquo;Europe post guerre froide, les firmes pyramidales albanaises repr\u00e9sentent pourtant une r\u00e9alit\u00e9 end\u00e9mique dans les \u00e9conomies capitalistes : les bulles sp\u00e9culatives et les Krachs financiers.\u00a0\u00bb Dans la foul\u00e9e de ce que nous avons commenc\u00e9 dans la postface du livre, nous proposons donc ici quelques \u00e9l\u00e9ments pour recontextualiser ces pyramides albanaises dans le cours plus g\u00e9n\u00e9ral du capitalisme mondial de l&rsquo;\u00e9poque et jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui. <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Une facette centrale du post-socialisme<\/em><\/strong> <em><strong>et de sa crise<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9cisons tout d&rsquo;abord que nous n&rsquo;\u00e9tablirons pas ici de distinction particuli\u00e8re entre syst\u00e8mes dits pyramidaux et syst\u00e8mes dits de Ponzi m\u00eame si, en th\u00e9orie, ils divergent du fait que, dans les premiers, certaines victimes peuvent \u00eatre effectivement int\u00e9ress\u00e9es, un temps, \u00e0 l&rsquo;arnaque puisqu&rsquo;elles sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es pour recruter de nouveaux pigeons, quoique, comme le rappellent plus d&rsquo;un t\u00e9moignage dans le livre de Musaraj cit\u00e9 plus haut, ils finissent tout aussi grug\u00e9s que les autres ( voire doublement puisqu&rsquo;ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme co-responsables&#8230;). D&rsquo;ailleurs pour certains auteurs les pyramides albanaises cumulaient en fait les caract\u00e9ristiques des deux syst\u00e8mes et devraient donc \u00eatre renomm\u00e9es \u00ab\u00a0ponpyra\u00a0\u00bb ( Edlira Thanas et Joseph Riotto, \u00ab\u00a0T<a href=\"https:\/\/www.scirp.org\/journal\/paperinformation.aspx?paperid=73801\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">he Spectacular Rise and Disastrous Collapse of a Financial Scheme: The Case of Albania<\/a>\u00ab\u00a0)<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;importance de ces \u00ab\u00a0recruteurs\u00a0\u00bb dans l&rsquo;\u00e9mergence et le succ\u00e8s des pyramides financi\u00e8res en Albanie souligne bien en tout cas le r\u00f4le crucial des rapports interpersonnels, de parent\u00e9 ou de voisinage dans le drainage des fonds, h\u00e9ritage notamment de l&rsquo;\u00e9conomie informelle de l&rsquo;\u00e9poque socialiste. Ainsi \u00ab\u00a0Sude\u00a0\u00bb, une des pyramides les plus c\u00e9l\u00e8bres et la premi\u00e8re \u00e0 avoir fait faillite car elle n&rsquo;\u00e9tait appuy\u00e9e sur aucun investissement concret, descendait presque en ligne directe de ce qu&rsquo;on appelait du temps du r\u00e9gime socialiste une \u00ab\u00a0llotari\u00a0\u00bb (loterie), c&rsquo;est \u00e0 dire une mise en commun de l&rsquo;\u00e9pargne au sein d&rsquo;un collectif de salari\u00e9s permettant d&rsquo;allouer, \u00e0 tour de r\u00f4le et par tirage au sort, un cr\u00e9dit informel \u00e0 l&rsquo;un des membres du collectif. On a retrouv\u00e9 le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne dans tous les pays ex-socialistes ayant connu des scandales li\u00e9s aux pyramides financi\u00e8res ( pour m\u00e9moire : Tch\u00e9quie, Slovaquie, Bulgarie, Russie, Roumanie). Ainsi, \u00e9voquant la pyramide financi\u00e8re \u00ab\u00a0Caritas\u00a0\u00bb, dans laquelle investirent un roumain sur cinq et qui fit vaciller le pays lors de sa faillite en 1994, Katherine Verdery  dans <em><a href=\"https:\/\/press.princeton.edu\/books\/paperback\/9780691011325\/what-was-socialism-and-what-comes-next\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">What was Socialism and what comes next<\/a> <\/em>d\u00e9crit un processus voisin : <em> <\/em>\u00a0\u00bb Ces syst\u00e8mes constituaient des cercles clos, utilis\u00e9s uniquement par les travailleurs de l&rsquo;entreprise et faisaient tourner une somme dont les limites \u00e9taient fix\u00e9es par les contributions des membres ou par la firme elle-m\u00eame. Beaucoup de ceux qui ont plus tard d\u00e9pos\u00e9 leurs \u00e9conomies chez \u00ab\u00a0Caritas\u00a0\u00bb, pensaient qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e9quivalent \u00e0 celui pratiqu\u00e9 sur leur lieu de travail. (..) C&rsquo;est peut-\u00eatre la longue exp\u00e9rience des roumains avec ces fonds d&rsquo;entreprise qui les a dispos\u00e9s \u00e0 faire confiance \u00e0 \u00ab\u00a0Caritas\u00a0\u00bb si rapidement et si na\u00efvement.\u00a0\u00bb De m\u00eame Musaraj note au au sujet de la \u00ab\u00a0llotari\u00a0\u00bb albanaise : \u00a0\u00bb C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;elles \u00e9taient associ\u00e9es au libre march\u00e9 et au capitalisme, que les pratiques \u00e9conomiques informelles en g\u00e9n\u00e9ral, et le \u00ab\u00a0fajd\u00a0\u00bb [usure, terme provenant de l&rsquo;\u00e9poque ottomane devenu en albanais synonyme des pyramides] en particulier, \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme l\u00e9gitimes et d&rsquo;une certaine fa\u00e7on comme des institutions pionni\u00e8res du capitalisme.\u00a0\u00bb( in  \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/abs\/10.1080\/00141844.2017.1377274?journalCode=retn20\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">The Magic of Pyramid Firms: Cosmologies of Speculation, Repertoires of Credit and Collapsed Finance<\/a>\u00ab\u00a0)<\/p>\n\n\n\n<p>Si  on ne peut bien entendu pas envoyer compl\u00e8tement promener les explications en termes de \u00ab\u00a0na\u00efvet\u00e9\u00a0\u00bb ou d\u00a0\u00bbillettrisme financier\u00a0\u00bb s&rsquo;en contenter c&rsquo;est par contre faire l&rsquo;impasse sur la nature concr\u00e8te de la transition post-socialiste et des dynamiques sociales qui l&rsquo;ont anim\u00e9.  Verdery souligne d&rsquo;ailleurs comment les pyramides s&rsquo;inscrivent dans le cours plus g\u00e9n\u00e9ral de la transition : \u00ab\u00a0La constitution d&rsquo;un capital politique par \u00ab\u00a0Caritas\u00a0\u00bb participait d&rsquo;un processus plus large impliquant un syst\u00e8me de classe reconfigur\u00e9 et une nouvelle accumulation de richesse. Partout \u00e0 travers l&rsquo;ancien bloc sovi\u00e9tique, les entrepratchiks [n\u00e9ologisme forg\u00e9 par l&rsquo;auteur par la fusion d&rsquo;entrepreneur et d&rsquo;apparatchik] ont consolid\u00e9 leur avantage en utilisant des connexions politiques issues du parti communiste et leur position dans l&rsquo;appareil politique pour gagner le contr\u00f4le de la richesse et d&rsquo;autres ressources.\u00a0\u00bb(idem) Et tandis que les plus haut plac\u00e9s de ces entrepratchiks \u00e9taient d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 en train de se constituer en nouvelle oligarchie post-socialiste, ce furent le plus souvent des anciens responsables de second ou troisi\u00e8me rang qui s&rsquo;impliqu\u00e8rent dans les pyramides financi\u00e8res, essayant par l\u00e0, de tirer eux aussi leur \u00e9pingle du jeu. <\/p>\n\n\n\n<p>Si certains facteurs d\u00e9terminants du rythme et de la p\u00e9rennit\u00e9 de l&rsquo;oligarchisation selon les pays ( pr\u00e9cocit\u00e9 et ampleur des r\u00e9formes de lib\u00e9ralisation sous l&rsquo;\u00e8re socialiste,  nature du secteur industriel h\u00e9rit\u00e9 de cette derni\u00e8re, pr\u00e9sence ou non de ressources naturelles et type de th\u00e9rapie de choc appliqu\u00e9e ) ont jou\u00e9 \u00e9galement sur l&rsquo;envergure des ph\u00e9nom\u00e8nes pyramidaux ( proportion de la population \u00ab\u00a0impliqu\u00e9e\u00a0\u00bb, rapport au PIB annuel des sommes engag\u00e9es, etc), celle-ci refl\u00e9tait \u00e9galement la nature plus ou moins conflictuelle de la transition. Ainsi en Albanie, c&rsquo;est aussi tout \u00e0 la fois la fuite massive hors du pays et le d\u00e9mant\u00e8lement du secteur industriel du fait de la lib\u00e9ralisation certes mais aussi de gr\u00e8ves massives et de pillages et saccages g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s qui expliquent l&rsquo;ampleur in\u00e9dite du ph\u00e9nom\u00e8ne pyramidal. En effet un tr\u00e8s grand nombre de travailleurs expatri\u00e9s supposant des envois de fonds massifs trouvant l\u00e0, encore moins qu&rsquo;ailleurs, o\u00f9 s&rsquo;investir productivement ( l&rsquo;effet effectivement \u00ab\u00a0d\u00e9veloppementiste\u00a0\u00bb ou non des envois des fonds des travailleurs expatri\u00e9s dans de nombreuses r\u00e9gions du monde est toujours l&rsquo;objet de nombreuses controverses dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique). <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ph\u00e9nom\u00e8nes\u00a0\u00bb sp\u00e9cifiquement post-socialistes, ces pyramides financi\u00e8res signalent bien  la diversit\u00e9 des trajectoires que recoupe le terme de post-socialisme et ce jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui. Ainsi leur persistance ou r\u00e9-\u00e9mergence sous la forme de paiement en nature dans le secteur de la construction ( exemple le plus courant : un promoteur immobilier \u00ab\u00a0paye\u00a0\u00bb ses fournisseurs et entrepreneurs avec des appartements de l&rsquo;immeuble qu&rsquo;ils sont en train de construire) connu par exemple sous le nom de \u00ab\u00a0Klering\u00a0\u00bb en Albanie, souligne certes une int\u00e9gration inachev\u00e9e \u00e0 la division continentale du travail ( contrairement aux pays du groupe dit de Visegrad) mais aussi une trajectoire singuli\u00e8re des rapports sociaux domestiques. Fabio Mattioli dans <a href=\"https:\/\/rai.onlinelibrary.wiley.com\/doi\/abs\/10.1111\/1467-9655.12861\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00ab\u00a0Financialization without liquidity: in-kind payments, forced credit, and authoritarianism at the periphery of Europe<\/a>\u00ab\u00a0, \u00e9tudie ainsi l&rsquo;\u00e9quivalent mac\u00e9donien du \u00ab\u00a0Klering\u00a0\u00bb albanais, la \u00a0\u00bb kompenzacija\u00a0\u00bb et il constate que si ce syst\u00e8me de troc \u00e9tait tr\u00e8s courant \u00e0 l&rsquo;\u00e8re socialiste, avec des caract\u00e9ristiques sp\u00e9cifiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie \u00ab\u00a0autog\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb yougoslave, il jouera un r\u00f4le central lors du changement de r\u00e9gime et de la guerre civile avant de devenir d\u00e9sormais un pilier d&rsquo;un type sp\u00e9cifique de \u00ab\u00a0financiarisation p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Le cas de la Mac\u00e9doine pr\u00e9sente une voie sp\u00e9cifique vers la financiarisation dans les milieux p\u00e9riph\u00e9riques, qui ne se caract\u00e9rise pas seulement par des m\u00e9nages endett\u00e9s, une monnaie sur\u00e9valu\u00e9e et un manque de cr\u00e9dit aux entreprises , mais qui s&rsquo;imbrique \u00e9galement \u00e0 des structures de pouvoir autoritaires. La \u00ab\u00a0kompenzacija\u00a0\u00bb, loin d&rsquo;\u00eatre un moyen b\u00e9nin et informel de s&rsquo;en sortir, appara\u00eet de plus en plus comme un type de cr\u00e9dit forc\u00e9 par lequel des entreprises et des individus li\u00e9s au VMRO-DPMNE (parti au pouvoir) font pression sur les autres pour qu&rsquo;ils acceptent des biens dont ils ne veulent pas et qui, dans un avenir pr\u00e9visible, leur feront perdre de l&rsquo;argent.\u00a0\u00bb ( Mattioli \u00ab\u00a0Financialization without Liquidity\u00a0\u00bb) Moyen de contourner le plan et la bureaucratie devenue technique de survie en temps de guerre et de transition, la \u00ab\u00a0kompenzacija\u00a0\u00bb est donc d\u00e9sormais un instrument d&rsquo;extorsion au service de l&rsquo;oligarchie en place, avant peut-\u00eatre, comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs albanais, de servir de catalyseur \u00e0 une crise et qui sait ? Une insurrection&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;importance des facteurs endog\u00e8nes ne doit pas toutefois pas faire oublier le r\u00f4le central jou\u00e9 par les grandes institutions et puissances internationales qui supervisaient cette transition et les principes qu&rsquo;elles tenaient mordicus \u00e0 appliquer (voir notre postface pp. 185-187 du livre). Les crises financi\u00e8res et sociales en Bulgarie puis en Albanie, pays mod\u00e8le rappelons le !, en 97 ( avec des d\u00e9clinaisons moindres en Tch\u00e9quie et en Roumanie) puis l&rsquo;ann\u00e9e suivante en Russie furent les signes les plus spectaculaires de leur \u00e9chec. Et au-del\u00e0 de la crise conjoncturelle et \u00e0 la large exception des pays dont l&rsquo;accession progressive \u00e0 l&rsquo;Union Europ\u00e9enne allait permettre une modernisation progressive quoique parfois relative ( qu&rsquo;on pense \u00e0 la <a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2019\/11\/03\/world\/europe\/eu-farm-subsidy-hungary.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">question fonci\u00e8re agricole<\/a> aujourd&rsquo;hui dans certains pays, notamment en <a href=\"https:\/\/www.politico.eu\/article\/european-parliament-viktor-orban-andrej-babis-eu-farm-funds-common-agricultural-policy\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Hongrie et en Tch\u00e9quie<\/a> , qui fait les bonnes affaires de l&rsquo;oligarchie illib\u00e9rale ),  c&rsquo;est un nouveau statu-quo qui se met en place dans ces derni\u00e8res ann\u00e9es de la d\u00e9cennie 90. <\/p>\n\n\n\n<p>En effet apr\u00e8s les fastes de la premi\u00e8re braderie, les gagnants \u00e9taient d\u00e9sormais surtout int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 consolider leurs acquis comme le r\u00e9sumait Joel Hellman dans son article \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cambridge.org\/core\/journals\/world-politics\/article\/abs\/winners-take-all-the-politics-of-partial-reform-in-postcommunist-transitions\/8E867AD5EE481D72598E30D7DFDEF1ED\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Winners Take All: The Politics of Partial Reform in Postcommunist Transitions<\/a>\u00a0\u00bb : \u00a0\u00bb \u00ab\u00a0[Les gagnants de la premi\u00e8re vague de privatisation et de lib\u00e9ralisation] se sont oppos\u00e9s aux nouvelles reformes qui mena\u00e7aient d&rsquo;\u00e9liminer les avantages sp\u00e9ciaux et les distorsions de march\u00e9 sur lesquels \u00e9taient fond\u00e9s leurs gains lors de la premi\u00e8re vague de r\u00e9forme. Au lieu de constituer un p\u00f4le de soutien \u00e0 la poursuite de la lib\u00e9ralisation, les gagnants \u00e0 court terme ont essay\u00e9 de bloquer l&rsquo;\u00e9conomie dans un \u00e9quilibre de r\u00e9forme partielle qui g\u00e9n\u00e8re pour eux de consid\u00e9rables rentes en m\u00eame temps que des co\u00fbts faramineux pour la population. (&#8230;) Tandis que les mod\u00e8les conventionnels de politique de r\u00e9formes \u00e9conomiques s&rsquo;appuient sur des hypoth\u00e8ses concernant le comportement des perdants de court terme, la transition post-communiste semble avoir surtout rencontr\u00e9 des obstacles \u00e0 la poursuite des r\u00e9formes de la part des gagnants de court terme.\u00a0\u00bb Le r\u00e9sultat des th\u00e9rapies de choc prenant la forme d&rsquo;une \u00ab\u00a0ruse de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb puisqu&rsquo;elles permettaient la reconversion de la bureaucratie sovi\u00e9tique en une oligarchie d\u00e9sormais soucieuse de stabilit\u00e9, et ce \u00e0 tous les niveaux, trouvant d&rsquo;ailleurs peut-\u00eatre l\u00e0 un terrain d&rsquo;entente avec de larges pans de la population. En effet, comme le r\u00e9sumait Yves Zlotowski dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.sciencespo.fr\/ceri\/sites\/sciencespo.fr.ceri\/files\/etude51.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">L&rsquo;\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9 russes apr\u00e8s le choc de 1998 : rupture ou enlisement ?<\/a>\u00a0\u00bb : \u00a0\u00bb Tout le probl\u00e8me est que la transition russe s&rsquo;est r\u00e9duite \u00e0 une logique renti\u00e8re de redistribution des biens existants pas \u00e0 leur transformation. (&#8230;) La privatisation s&rsquo;est faite sans restructuration.\u00a0\u00bb Ce freinage ou abandon des restructurations constituant selon lui la base du \u00ab\u00a0pacte social russe\u00a0\u00bb fond\u00e9 sur &lsquo;une pr\u00e9f\u00e9rence pour l&#8217;emploi\u00a0\u00bb ou comme au bon vieux temps de l&rsquo;URSS sur \u00ab\u00a0la d\u00e9connexion de la production et des \u00e9volutions de l&#8217;emploi.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Les pyramides albanaises , leur \u00e9croulement et l&rsquo;insurrection qui s&rsquo;ensuivit manifestaient donc pleinement l&rsquo;\u00e9chec, certes partiel, mais lourd de cons\u00e9quences pour l&rsquo;avenir ( Poutine et son r\u00e9gime n&rsquo;\u00e9tant que la perp\u00e9tuation \u00e0 peine am\u00e9lior\u00e9e du statu-quo oligarchique \u00e9voqu\u00e9 plus haut), de la grande \u00ab\u00a0r\u00e9volution n\u00e9o-lib\u00e9rale\u00a0\u00bb initi\u00e9e sur les ruines du bloc de l&rsquo;est. Et ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;est de l&rsquo;Europe que l&rsquo;optimisme de ses promoteurs commen\u00e7ait \u00e0 \u00eatre lourdement d\u00e9menti cette ann\u00e9e l\u00e0&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>1997, ann\u00e9e<\/em><\/strong> <strong><em>pivot<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour faire simple nous qualifierons la p\u00e9riode qui va de la chute du mur \u00e0 la crise albanaise de 1997 de mondialisation de la restructuration. Apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi reprise en main et mise au pas dans l&rsquo;\u00e8re m\u00e9tropolitaine centrale, la classe capitaliste et ses divers relais institutionnels se mirent \u00e0 appliquer les m\u00eames recettes \u00e0 une tr\u00e8s grande partie du reste du monde. Ainsi le consensus de Washington, et son mantra \u00a0\u00bb stabiliser, privatiser et lib\u00e9raliser\u00a0\u00bb, th\u00e9oris\u00e9 au d\u00e9part pour l&rsquo;Am\u00e9rique du sud, o\u00f9 son \u00e9l\u00e8ve mod\u00e8le \u00e9tait l&rsquo;Argentine avec le succ\u00e8s ult\u00e9rieur que l&rsquo;on sait (cf l&rsquo;Albanie d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e \u00ab\u00a0success story\u00a0\u00bb de la transition en 1996 par le FMI), fut bient\u00f4t promu comme rem\u00e8de miracle un peu partout. Ce train de mesures institutionnelles accompagnant une tr\u00e8s concr\u00e8te extension et approfondissement de la division internationale du travail. Ainsi, selon les chiffres donn\u00e9s par, le par ailleurs presque penaud, rapport de la Banque Mondiale sur la p\u00e9riode, <em><a href=\"https:\/\/openknowledge.worldbank.org\/handle\/10986\/7370\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Economic Growth in the 1990s : Learning from a Decade of Reform<\/a><\/em>, entre 1990 et 2000 les pays en d\u00e9veloppement virent leurs revenus tir\u00e9s de l&rsquo;exportation doubler passant de 12,5% du PIB \u00e0 25%. Selon le rapport, \u00ab\u00a0Ce qui a distingu\u00e9 les ann\u00e9es 90 a \u00e9t\u00e9 la croissance rapide des investissements directs \u00e9trangers verticaux c&rsquo;est \u00e0 dire des investissements par des firmes qui d\u00e9composent g\u00e9ographiquement la production de biens finaux en \u00e9tapes distinctes, choisissant g\u00e9n\u00e9ralement le lieu de chaque \u00e9tape en fonction de l&rsquo;abondance des facteurs. Parall\u00e8lement au progr\u00e8s technologique et aux r\u00e9formes politiques qui ont lib\u00e9ralis\u00e9 le commerce et la finance, cet investissement a conduit \u00e0 la cr\u00e9ation de r\u00e9seaux de production mondiaux qui situent chaque \u00e9tape de la production dans le pays o\u00f9 elle peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e au moindre co\u00fbt.\u00a0\u00bb Le tout \u00e9tant doubl\u00e9 de flux de capitaux massifs, multipli\u00e9s par exemple par 6 de 90 \u00e0 96 en Asie de l&rsquo;est, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;abandon \u00e0 peu pr\u00e8s partout ( sauf partiellement en Chine et en Inde qui seront donc \u00e9pargn\u00e9s par la crise) de la traditionnelle \u00ab\u00a0r\u00e9pression financi\u00e8re\u00a0\u00bb, cl\u00e9 de voute du \u00ab\u00a0d\u00e9veloppementisme autoritaire\u00a0\u00bb.  <\/p>\n\n\n\n<p>1997 allait s&rsquo;av\u00e9rer non seulement l&rsquo;ann\u00e9e de la crise et du tournant de la transition post-socialiste mais aussi plus g\u00e9n\u00e9ralement de cette mondialisation de la restructuration. En effet la panique financi\u00e8re qui gagna la Tha\u00eflande en juillet suite au brusque retrait des banques japonaises de son march\u00e9 mon\u00e9taire et obligataire atteint bient\u00f4t la Malaisie, les Philippines puis Singapour avant de toucher en octobre l&rsquo;Indon\u00e9sie, Hong Kong et Ta\u00efwan et enfin la Cor\u00e9e du Sud en d\u00e9cembre (l&rsquo;onde de choc frappant la Russie et le Br\u00e9sil l&rsquo;ann\u00e9e suivante). Comme le constate le rapport de la Banque Mondiale : \u00a0\u00bb La crise dans les pays de l&rsquo;Est asiatique \u00e9tait surprenante, car elle ne partageait pas les caract\u00e9ristiques de beaucoup de crises du taux de change pr\u00e9c\u00e9dentes : une croissance faible ou une production d\u00e9clinante, un grand d\u00e9s\u00e9quilibre budg\u00e9taire, un fort endettement du secteur public ou une sur\u00e9valuation de la monnaie.\u00a0\u00bb En effet la nouveaut\u00e9 r\u00e9sidait dans l&rsquo;importance prise par les investisseurs \u00e9trangers sur ces march\u00e9s et ses cons\u00e9quences, notamment un endettement end\u00e9mique des entreprises priv\u00e9es et la panique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e quand banques, assureurs et fonds de pension occidentaux se mirent \u00e0 se retirer en catastrophe de l&rsquo;eldorado est-asiatique. <\/p>\n\n\n\n<p>Si elle n&rsquo;entrava pas, bien au contraire, la poursuite de la mondialisation de la production ( les investissement directs \u00e9trangers dans la r\u00e9gion ne connaissant m\u00eame pas ne serait-ce qu&rsquo;un fl\u00e9chissement), ces crises financi\u00e8res en cascade eurent n\u00e9anmoins des cons\u00e9quences de long terme forts importantes. Pour bien les saisir, il vaut la peine de reproduire le tableau qu&rsquo;en donnait Michel Aglietta dans <em>D\u00e9sordres dans le capitalisme mondial <\/em>: \u00a0\u00bb  La crise asiatique de la fin 1997 a donn\u00e9 un coup fatal \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie mondiale, ob\u00e9rant pour de longues ann\u00e9es l\u2019accroissement effectif de la demande domestique de nombreux pays industrialis\u00e9s qui tiraient l\u2019ensemble des \u00e9changes mondiaux. Il suffit pour s\u2019en convaincre d\u2019observer l\u2019\u00e9volution de la demande int\u00e9rieure de plusieurs pays asiatiques : d\u00e8s 1998, elle a fortement baiss\u00e9 en Cor\u00e9e, \u00e0 Singapour, en Tha\u00eflande, en Malaisie, \u00e9galement au Japon. Aujourd\u2019hui encore, c\u2019est-\u00e0-dire plus de neuf ans apr\u00e8s le d\u00e9but de la crise, la croissance de la demande domestique fait d\u00e9faut en Asie : alors qu\u2019elle gravitait autour de 10 % jusqu\u2019en 1997, elle est maintenant \u00e0 moins de 3 % en Cor\u00e9e, \u00e0 3,5 % \u00e0 Ta\u00efwan. M\u00eame le Japon, entr\u00e9 en crise plusieurs ann\u00e9es auparavant, a vu le rythme de croissance \u00e0 moyen terme de sa demande int\u00e9rieure ramen\u00e9 de 3,3 % d\u00e9but 1997 \u00e0 moins de 1,6 % fin 2006. Ce ralentissement durable et structurel de la demande dans ces pays n\u2019aurait pas engendr\u00e9 de pressions d\u00e9flationnistes mondiales si l\u2019offre avait suivi le mouvement, si les capacit\u00e9s de production avaient diminu\u00e9 en 1998 et suivi le rythme de la demande par la suite. Au contraire, en 1998, les capacit\u00e9s de production continuaient \u00e0 se d\u00e9velopper \u00e0 un train soutenu, autour de 5 % l\u2019an en Cor\u00e9e par exemple, alors que la demande domestique fondait . Exsangues financi\u00e8rement, les entreprises asiatiques devaient n\u00e9anmoins pers\u00e9v\u00e9rer dans leur strat\u00e9gie de croissance pour \u00e9viter la faillite.  \u00c9touff\u00e9es par la chute de la demande int\u00e9rieure, mais profitant de leur forte r\u00e9activit\u00e9, elles ont alors consenti \u00e0 une chute drastique de leurs prix de vente \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour soutenir leur d\u00e9veloppement commercial sur ces march\u00e9s. Ainsi, un an apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la crise, les prix des exportations avaient diminu\u00e9 de 20 \u00e0 25 % en Cor\u00e9e et en Tha\u00eflande, de 15 % \u00e0 Ta\u00efwan, de 11 % en Malaisie. Les gains de parts de march\u00e9 \u00e0 l\u2019exportation et la hausse des volumes de vente \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ont \u00e9t\u00e9 tout aussi consid\u00e9rables que les baisses de prix.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Bref, ces crises financi\u00e8res en ralentissant durablement le d\u00e9veloppement de la consommation int\u00e9rieure des pays de l&rsquo;Est asiatique et en les poussant \u00e0 une fuite en avant dans l&rsquo;exportisme posaient les bases d&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre durable entre l&rsquo;offre et la demande \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale et pr\u00e9paraient le terrain \u00e0 la crise mondiale qui allait secouer le monde dix ans plus tard. <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Finance Ponzi <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On a souvent invoqu\u00e9 pour analyser la p\u00e9riode qui s&rsquo;ouvre avec ce rapatriement massif de capitaux depuis l&rsquo;est asiatique l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;instabilit\u00e9 financi\u00e8re de l&rsquo;\u00e9conomiste keyn\u00e9sien Hyman Minsky. On trouve un bon expos\u00e9 des th\u00e9ories de ce dernier dans l&rsquo;article \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/france.attac.org\/nos-publications\/les-possibles\/numero-10-ete-2016\/debats\/article\/minsky-theoricien-de-l-instabilite-financiere\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Minsky, th\u00e9oricien de l\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re<\/a>\u00a0\u00bb de Dominique Plihon. Ce dernier rappelle que Minsky \u00ab\u00a0distingue trois types de comportements en ce qui concerne le financement des investissements : (1) le financement couvert (hedge financing) dans lequel le paiement des int\u00e9r\u00eats et du principal de la dette est couvert par le rendement attendu de l\u2019investissement ; (2) le financement sp\u00e9culatif (speculative financing), o\u00f9 le rendement anticip\u00e9 de l\u2019investissement ne couvre que le paiement des int\u00e9r\u00eats, la dette \u00e9tant constamment reconduite ; enfin (3) le financement \u00e0 la Ponzi (Ponzi financing), o\u00f9 les revenus de l\u2019investissement ne permettent m\u00eame pas de couvrir les charges d\u2019int\u00e9r\u00eat, la survie du projet d\u00e9pendant de la possibilit\u00e9 de s\u2019endetter encore plus, ou de vendre des actifs.\u00a0\u00bb L&rsquo;instabilit\u00e9 se manifeste quand apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de croissance sans accrocs, l&rsquo;endettement s&rsquo;accro\u00eet, les comportements \u00e0 risque se multiplient et obligent \u00e0 un resserrement de la politique mon\u00e9taire qui fait basculer des investissements d\u00e9j\u00e0 sp\u00e9culatifs dans la cat\u00e9gorie ponzi.  <\/p>\n\n\n\n<p>Donc, pour faire court, le rapatriement de capitaux suite \u00e0 la crise asiatique de 1997 est venu alimenter la bulle internet et une fois les mirages de rentabilit\u00e9 de celle-ci \u00e9vapor\u00e9s via le krach de 2000, la r\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale adopta une politique tr\u00e8s accommodante qui vint alimenter une bulle immobili\u00e8re entretenue \u00e9galement par toute sorte d&rsquo;acteurs aux pratiques ponzifiantes, en l&rsquo;occurrence bien plus pr\u00e9occup\u00e9s de faire s&rsquo;endetter les gens que de savoir si ils \u00e9taient effectivement en mesure de rembourser ( voir par exemple sur le sujet \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/college.lclark.edu\/live\/files\/31166-subprime-or-systemic\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">The U.S. Mortgage Crisis: Subprime or Systemic?<\/a>\u00a0\u00bb de Eric Tymoigne). Avant que ne se produise l&rsquo;in\u00e9vitable crash : \u00ab\u00a0la Fed  s\u2019est comport\u00e9e exactement comme le pr\u00e9voit Minsky dans son sch\u00e9ma d\u2019analyse. Celle-ci a augment\u00e9 brutalement ses taux directeurs \u00e0 partir de 2004, pour essayer de freiner la mont\u00e9e de la dette et la hausse des prix immobiliers. R\u00e9sultat : les m\u00e9nages am\u00e9ricains ont \u00e9t\u00e9 pris \u00e0 la gorge par la hausse de leurs charges financi\u00e8res index\u00e9es sur les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. Les plus modestes sont devenus insolvables. Leurs maisons ont \u00e9t\u00e9 mises en vente pour permettre aux banquiers d\u2019\u00eatre rembours\u00e9s, ce qui a provoqu\u00e9 l\u2019implosion de la bulle immobili\u00e8re.\u00a0\u00bb ( Plihon, idem) <\/p>\n\n\n\n<p>Certes l&rsquo;adjectif ponzi, r\u00e9f\u00e9rence au c\u00e9l\u00e8bre escroc inventeur des syst\u00e8mes du m\u00eame nom et petit joueur compar\u00e9 \u00e0 son lointain adepte Bernard Madoff, peut \u00e9ventuellement permettre de rabattre toute l&rsquo;analyse sur le champ \u00e9thique ou psychologique comme d&rsquo;autres expressions ayant fait flor\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque (\u00a0\u00bb al\u00e9a moral\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0exub\u00e9rance irrationnelle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0banksters\u00a0\u00bb, etc ). Mais comme l&rsquo;avaient d\u00e9j\u00e0 illustr\u00e9 en 1997 les ravages tant en Asie de l&rsquo;internationalisation d\u00e9brid\u00e9e des capitaux qu&rsquo;en Europe de l&rsquo;est l&rsquo;application aveugle et doctrinaire des principes du consensus de Washington, le devenir \u00ab\u00a0ponzi\u00a0\u00bb de tout un cycle de mondialisation de la restructuration a finalement \u00e9t\u00e9 longuement pr\u00e9par\u00e9, \u00e0 leurs corps d\u00e9fendant \u00e9videmment, par ses principaux initiateurs. Le retour au bercail des plans d&rsquo;ajustement, via la crise des dettes souveraines qui succ\u00e8de \u00e0 celle des subprime, venant confirmer que la subordination relative de la production \u00e0 la circulation incarn\u00e9e par la financiarisation et le flux tendu ne permettait pas de surmonter toutes les contradictions propres \u00e0 \u00ab\u00a0la disjonction entre la valorisation du capital et la reproduction de la force de travail\u00a0\u00bb (Th\u00e9orie Communiste) \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale. Et d&rsquo;ailleurs Ponzi et pyramides n&rsquo;ont pas fini de hanter le monde&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Au fil des pyramides <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous l&rsquo;\u00e9crivons dans la postface du livre la condescendance g\u00e9n\u00e9rale qui a entour\u00e9 la crise des pyramides albanaises en Occident para\u00eet d\u00e9sormais bien pr\u00e9somptueuse. Et effectivement ne serait-ce que si l&rsquo;on s&rsquo;en tient au volet, disons, \u00ab\u00a0folklorique\u00a0\u00bb des ph\u00e9nom\u00e8nes pyramidaux dans le capitalisme hautement d\u00e9velopp\u00e9, on ne se lasse pas d&rsquo;\u00eatre surpris de leur <a href=\"https:\/\/digitalcommons.sacredheart.edu\/cj_fac\/4\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">persistance<\/a>  (qui fait l&rsquo;objet d&rsquo;un tr\u00e8s s\u00e9rieux travail d&rsquo;observation sur le site <a href=\"https:\/\/www.ponzitracker.com\/)\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">ponzitracker<\/a>) : ainsi en 2019 aux \u00c9tats Unis ce sont 60 \u00ab\u00a0Ponzi Scheme\u00a0\u00bb, repr\u00e9sentant 3,5 milliards de dollars investis, qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9s, un record depuis une d\u00e9cennie. Bizarrement, la critique marxiste s&rsquo;est finalement peu saisie de cette r\u00e9alit\u00e9 si ce n&rsquo;est pour constater, assez paresseusement, que rackets l\u00e9gaux, ill\u00e9gaux et autres grandes et petites filouteries comptables ou bancaires, dont on nous annonce d&rsquo;ailleurs une <a href=\"https:\/\/www.economist.com\/business\/2022\/11\/07\/a-sleuths-guide-to-the-coming-wave-of-corporate-fraud\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">prochaine vague<\/a>, sont indissociables du cours normal du capitalisme. Le graphomane d\u00e9chu Zlavoj Zizeck \u00e9crit ainsi au sujet de Madoff dans <em>First as Tragedy <\/em>: \u00ab\u00a0La tentation de transformer un business l\u00e9gitime en une pyramide est dans la nature m\u00eame du proc\u00e8s de circulation capitaliste. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;endroit exact o\u00f9 le Rubicon a \u00e9t\u00e9 franchi et o\u00f9 le business l\u00e9gal s&rsquo;est transform\u00e9 en syst\u00e8me ill\u00e9gal : la dynamique m\u00eame du capitalisme floute les fronti\u00e8res entre l&rsquo;investissement l\u00e9gitime et la \u00ab\u00a0sp\u00e9culation sauvage\u00a0\u00bb car l&rsquo;investissement capitaliste est, dans son principe m\u00eame, un pari risqu\u00e9 qu&rsquo;un projet va s&rsquo;av\u00e9rer profitable,  un emprunt sur le futur.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>David Harvey dans <em>Seventeen Contradictions <\/em>( n&rsquo;en jetez plus !)<em> and the End of Capitalism<\/em> consid\u00e8re quant \u00e0 lui que les modes l\u00e9gaux et ill\u00e9gaux d&rsquo;appropriation du travail social sont dans une relation symbiotique car \u00a0\u00bb L&rsquo;\u00e9conomie bas\u00e9e sur la d\u00e9possession est au c\u0153ur de ce que le capital repr\u00e9sente fondamentalement. La d\u00e9possession directe de la valeur au niveau de la production n&rsquo;est que la variante majeure de d\u00e9possessions qui nourrissent et maintiennent l&rsquo;appropriation et l&rsquo;accumulation par des personnes priv\u00e9es de larges portions de la richesse commune.\u00a0\u00bb Bref les pyramides ne sont qu&rsquo;un p\u00f4le extr\u00eame du grand arc de \u00ab\u00a0l&rsquo;accumulation par d\u00e9possession\u00a0\u00bb. On peut signaler \u00e9galement l&rsquo;analyse que donne l&rsquo;anthropologue John Comaroff dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.johncomaroff.com\/essays\/occult-economies-and-the-violence-of-abstraction-notes-from-the-south-african-postcolony-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Occult Economies and the Violence of Abstraction. Notes from the South African Postcolony<\/a>\u00a0\u00bb pour qui les pyramides participent de la prolif\u00e9ration mondiale des \u00ab\u00a0\u00e9conomies occultes\u00a0\u00bb qui accompagne la restructuration n\u00e9o-lib\u00e9rale :  \u00ab\u00a0Ces stratag\u00e8mes couvrent un large \u00e9ventail, depuis les cha\u00eenes de lettres jusqu&rsquo;aux investissements sp\u00e9culatifs agressifs sur les march\u00e9s boursiers du monde entier, en passant par les loteries nationales et les jeux d&rsquo;argent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, sans oublier les fonds mondiaux, qui ont donn\u00e9 lieu \u00e0 une recrudescence des escroqueries de type \u00ab\u00a0pump and dump\u00a0\u00bb. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes ont un seul d\u00e9nominateur commun, \u00ab\u00a0l&rsquo;attrait magique de faire de l&rsquo;argent \u00e0 partir de rien\u00a0\u00bb. Comme les efforts visant \u00e0 tisser de l&rsquo;or \u00e0 partir de la paille, une alchimie associ\u00e9e \u00e0 une transition ant\u00e9rieure dans l&rsquo;histoire \u00e9conomique de l&rsquo;Europe, ils promettent de fournir des b\u00e9n\u00e9fices surnaturels, de produire de la richesse sans production perceptible, de la valeur sans effort visible.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment on pense ici au bon vieux pays de cocagne du \u00a0\u00bb A-A&rsquo; \u00a0\u00bb o\u00f9 l&rsquo;argent s&rsquo;engendre lui m\u00eame sans passer par les affres de la production, bref au \u00ab\u00a0capital fictif\u00a0\u00bb et aux exc\u00e8s d&rsquo;un \u00ab\u00a0syst\u00e8me de cr\u00e9dit o\u00f9 tout peut doubler et tripler, et se changer en pure chim\u00e8re.\u00a0\u00bb (Marx) Les pyramides, o\u00f9 il s&rsquo;agit, rappelons le, de payer les premiers arriv\u00e9s par de l&rsquo;argent ponctionn\u00e9 sur les suivants, constituant effectivement l&rsquo;incarnation la plus caricaturale, mais n\u00e9anmoins ultime, \u00ab\u00a0de l&rsquo;accumulation de droits de tirage sur la valeur de ce qui reste \u00e0 produire\u00a0\u00bb ( Cedric Durand <em>Le capital fictif, comment la finance s&rsquo;approprie notre avenir<\/em>). Les multiples ponzi ne faisant alors que scander la marche \u00e0 l&rsquo;ab\u00eeme d&rsquo;une financiarisation et \u00ab\u00a0pr\u00e9emption croissante de la production future\u00a0\u00bb (idem) hors de contr\u00f4le. (Selon Durand \u00ab\u00a0La s\u00e9quence Madoff est symptomatique d&rsquo;une atmosph\u00e8re de confiance aveugle dans les capacit\u00e9s de valorisation financi\u00e8re.\u00a0\u00bb) Le r\u00f4le central de cette financiarisation tant dans le maintien \u00e0 flot de la socialisation dans les m\u00e9tropoles que dans la mondialisation de la production am\u00e8ne toutefois \u00e0 fortement relativiser le volet purement \u00ab\u00a0fictif\u00a0\u00bb de toute cette affaire. Et d&rsquo;ailleurs les pyramides m\u00e9ritent peut-\u00eatre mieux que ce statut de \u00ab\u00a0sympt\u00f4me de bout de cha\u00eene\u00a0\u00bb comme nous allons essayer de le montrer avec les cas r\u00e9cents du Liban, du march\u00e9 immobilier chinois et du bitcoin ( au fait : n&rsquo;\u00e9tant bien entendu sp\u00e9cialiste de rien, tout ce qui suit comme ce qui pr\u00e9c\u00e8de est \u00e0 prendre avec le \u00ab\u00a0grano salis\u00a0\u00bb de rigueur !)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Liban : la pyramide de l&rsquo;\u00c9tat-rente<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;oligarchie libanaise a peut-\u00eatre tr\u00e8s mauvaise presse ces derniers temps mais elle restera probablement dans l&rsquo;histoire pour l&rsquo;inventivit\u00e9 dont elle aura fait preuve. On peut en effet consid\u00e9rer qu&rsquo;elle a innov\u00e9 en mettant en place un mod\u00e8le particuli\u00e8rement habile et complet d&rsquo;\u00c9tat-rente, c&rsquo;est \u00e0 dire un \u00c9tat fonctionnant exclusivement autour de la production de rentes pour l&rsquo;\u00e9lite du pays. A la suite des accords de Ta\u00ebf d&rsquo;octobre 1989, symbole du  compromis entre les chefs de guerre issus de la guerre civile et la nouvelle bourgeoisie  s&rsquo;\u00e9tant enrichie pendant ce temps dans les pays du golfe, le repr\u00e9sentant le plus embl\u00e9matique et proactif de cette derni\u00e8re, Rafic Hariri pouvait se vanter que lui et son \u00e9quipe de technocrates allaient transformer le pays, de Suisse du Moyen-Orient, qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9, en un Singapour, qu&rsquo;il n&rsquo;est bien entendu jamais devenu. Les parall\u00e8les n&rsquo;\u00e9taient toutefois pas enti\u00e8rement oiseux, il s&rsquo;agissait bien entendu de r\u00e9tablir le drainage traditionnel de la rente p\u00e9troli\u00e8re saoudienne et \u00e9mirati mais aussi d&rsquo;utiliser opportunistement le retour \u00e0 la paix civile et les principes, alors tr\u00e8s en vogue, de la restructuration n\u00e9o-lib\u00e9rale pour cr\u00e9er des sources de rente domestiques. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, comme le note Hannes Bauman dans sa tr\u00e8s \u00e9clairante th\u00e8se <a href=\"\/\/www.researchgate.net\/publication\/312928674_Citizen_Hariri_Lebanon's_Neoliberal_Reconstruction\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><em>Citizen Hariri and neoliberal politics in postwar Lebanon<\/em> <\/a>: \u00a0\u00bb Hariri et ses technocrates ont mis en place des m\u00e9canismes de cr\u00e9ations de rente n\u00e9o-lib\u00e9raux tandis que les \u00e9lites rivales ont cherch\u00e9 \u00e0 utiliser les d\u00e9penses sociales de l&rsquo;\u00c9tat comme source de patronage. Les \u00e9volutions du conflit et de la coop\u00e9ration entre Hariri et ces \u00e9lites rivales ont d\u00e9termin\u00e9 le cours du lib\u00e9ralisme au Liban.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>On peut distinguer trois principaux m\u00e9canismes de cr\u00e9ation de rente mis en place dans cette apr\u00e8s-guerre : le <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-confluences-mediterranee-2009-3-page-89.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">confessionnalisme <\/a>, c&rsquo;est \u00e0 dire la r\u00e9partition des pouvoirs selon les diverses confessions coexistant dans le pays, un h\u00e9ritage de la colonisation renforc\u00e9 apr\u00e8s le conflit et qui garantit des sin\u00e9cures politiques et bureaucratiques au divers chefs de factions et leurs affid\u00e9s. Cette confessionnalisation a longtemps garanti la <a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/classes-et-confessionnalisme-au-liban\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">paix sociale<\/a> et est, bien entendu, tr\u00e8s \u00e9troitement associ\u00e9e \u00e0 la distribution client\u00e9liste des emplois et aides \u00e9tatiques puisqu&rsquo;elle permet, comme le dit autrement George Corm, \u00a0\u00bb aux chefs communautaires de devenir les distributeurs exclusifs de passe-droits et d&rsquo;avantages mat\u00e9riels\u00a0\u00bb ( cit\u00e9 in <a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2021\/10\/21\/liban-capitalisme-etat-et-pouvoir-en-crise\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Liban : capitalisme, \u00c9tat et pouvoir en crise<\/a> de Fr\u00e9d\u00e9ric Farah et J\u00e9r\u00f4me Maucourant). Cette mainmise sur l&rsquo;administration ouvrant \u00e9galement, et classiquement, la voie \u00e0 des rentes de monopole dans certains secteurs de l&rsquo;\u00e9conomie, particuli\u00e8rement dans un pays aussi d\u00e9pendant des importations que le Liban, ce qui n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs pas emp\u00each\u00e9 Hariri de multiplier les accords de libre-\u00e9change. La seconde pompe \u00e0 rente c&rsquo;est la reconstruction de Beyrouth, pour laquelle Hariri  s&rsquo;est assur\u00e9 que ce gigantesque chantier soit attribu\u00e9 \u00e0 sa seule soci\u00e9t\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.lesclesdumoyenorient.com\/Beyrouth-2-la-reconstruction-du-centre-ville-par-la-societe-Solidere.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Solidere<\/a>, qui a pu mener expropriations et destructions tout azimut pour \u00ab\u00a0revamper\u00a0\u00bb le centre de la ville sur le mode du \u00ab\u00a0playground pour oligarques\u00a0\u00bb tr\u00e8s en vogue dans la r\u00e9gion et ailleurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Enfin le troisi\u00e8me m\u00e9canisme principal de cr\u00e9ation de rente, et celui qui nous int\u00e9resse car c&rsquo;est l\u00e0 que se niche la pyramide, c&rsquo;est la gestion de la dette publique. Comme le retrace Bruno Marot au d\u00e9but de sa passionnante th\u00e8se <em><a href=\"https:\/\/halshs.archives-ouvertes.fr\/tel-03099844\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Developing post-war Beirut (1990-2016): The political economy of \u201dpegged urbanization<\/a><\/em>  :\u00a0\u00bb Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, bien avant que la globalisation n\u00e9o-lib\u00e9rale ne d\u00e9clenche une f\u00e9roce comp\u00e9tition pour attirer l&rsquo;investissement \u00e9tranger, une diaspora et une bourgeoisie locales fortun\u00e9es et entreprenantes, l&rsquo;essor de l&rsquo;industrie r\u00e9gionale du p\u00e9trole, la persistance de r\u00e9gimes autocratiques et de conflits locaux dans les pays voisins et la construction d&rsquo;un solide secteur financier et commercial ont permis que des flux financiers importants se dirigent vers la \u00ab\u00a0r\u00e9publique marchande\u00a0\u00bb libanaise nouvellement ind\u00e9pendante. Au moment o\u00f9 le pays a \u00e9merg\u00e9 de la guerre au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, sa capacit\u00e9 \u00e0 attirer des ressources financi\u00e8res ext\u00e9rieures est surprenamment devenu le pivot d&rsquo;une strat\u00e9gie de re-d\u00e9veloppement initi\u00e9 par l&rsquo;\u00e9lite; c&rsquo;est ce qui a transform\u00e9 ce pays de marchands en \u00ab\u00a0r\u00e9publique bancaire\u00a0\u00bb au tournant du XXIe si\u00e8cle.\u00a0\u00bb Le pivot de ce pivot c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9tablissement \u00e0 partir de 1992, avant une officialisation en 1997, d&rsquo;un taux de change fixe  de la livre libanaise avec le dollar. Cens\u00e9 rassurer les investisseurs \u00e9trangers et la diaspora, faciliter l&rsquo;extraversion du secteur financier domestique et augmenter le pouvoir d&rsquo;achat des libanais en faisant baisser le co\u00fbt des importations, ce taux de change fixe allait au bout du compte s&rsquo;av\u00e9rer \u00ab\u00a0l&rsquo;ingr\u00e9dient critique du pr\u00e9sent d\u00e9sastre\u00a0\u00bb ( dixit <a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2021\/10\/21\/liban-capitalisme-etat-et-pouvoir-en-crise\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Liban : capitalisme, \u00c9tat et pouvoir en crise<\/a> ). <\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s&rsquo;agissait certes pas d&rsquo;une malencontreuse erreur de politique macro-\u00e9conomique mais bien de la mise en place d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un syst\u00e8me pyramidal fond\u00e9 sur la gestion de la dette publique libanaise. Car si ce taux fixe permettait en effet d&rsquo;attirer les capitaux du golfe et l&rsquo;argent de la diaspora &#8211; le Liban \u00e9tant le quatri\u00e8me r\u00e9cipiendaire au monde <a href=\"https:\/\/www.theglobaleconomy.com\/rankings\/remittances_percent_gdp\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">d&rsquo;envoi de fonds<\/a> d&rsquo;expatri\u00e9s rapport\u00e9s au PIB, derri\u00e8re le Tonga, le Kirghizstan, le Tadjikistan et loin devant l&rsquo;Albanie- il allait aussi devenir la cl\u00e9 de voute d&rsquo;une tr\u00e8s juteuse source de rente pour l&rsquo;oligarchie politico-financi\u00e8re. Le montage \u00e0 la fois simple et complexe a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit en d\u00e9tail dans plusieurs \u00e9tudes au titre \u00e9vocateur : <em><a href=\"https:\/\/www.thinktriangle.net\/extend-and-pretend-lebanons-financial-house-of-cards-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Extend and pretend. Libanon&rsquo;s financial house of cards. How lebanon&rsquo;s politicians and banks constructed a regulated ponzi scheme<\/a> <\/em>de Sami Halabi et Jacob Boswall ou encore le rapport de la Banque mondiale sur les finances publiques du pays plus sobrement intitul\u00e9 <em><a href=\"https:\/\/openknowledge.worldbank.org\/handle\/10986\/37824\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Ponzi finance ? <\/a><\/em>.  Halabi et Boswall donnant dans une <a href=\"https:\/\/www.lorientlejour.com\/article\/1196726\/en-quoi-le-systeme-financier-libanais-est-il-un-systeme-de-ponzi-.htmlhttps:\/\/www.lorientlejour.com\/article\/1196726\/en-quoi-le-systeme-financier-libanais-est-il-un-systeme-de-ponzi-.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">interview<\/a> au quotidien <em>l&rsquo;Orient le Jour<\/em> la plus synth\u00e9tique description du syst\u00e8me, nous nous permettons de la reproduire int\u00e9gralement : \u00a0\u00bb le Liban a compt\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990 sur les secteurs bancaire, immobilier et touristique, pour attirer des capitaux en dollars. Or cet argent a principalement servi \u00e0 alimenter un syst\u00e8me qui fonctionne comme un sch\u00e9ma de Ponzi, profitant aux banques, ainsi qu\u2019aux dirigeants politiques qui sont leurs clients. La Banque du Liban joue, elle, le r\u00f4le de clef de vo\u00fbte de ce syst\u00e8me qui a atteint ses limites aujourd\u2019hui, tandis que l\u2019\u00c9tat s\u2019endette de son c\u00f4t\u00e9 pour pouvoir payer les int\u00e9r\u00eats revers\u00e9s \u00e0 tous les b\u00e9n\u00e9ficiaires.<br>Le m\u00e9canisme, que nous avons d\u00e9taill\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude, fonctionne comme suit&nbsp;: les banques commerciales attirent des d\u00e9p\u00f4ts, en dollars et en livres, dont elles placent une partie \u00e0 la Banque du Liban (BDL), soit en tant que r\u00e9serves obligatoires non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es, soit, et c\u2019est ce qui nous int\u00e9resse ici, en d\u00e9p\u00f4ts r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s \u00e0 des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat plus \u00e9lev\u00e9s que ceux du march\u00e9.<br>La BDL offre ces taux g\u00e9n\u00e9reux justement pour attirer les capitaux des banques commerciales, des fonds qu\u2019elle va ensuite pr\u00eater \u00e0 l\u2019\u00c9tat libanais, qui doit s\u2019endetter pour couvrir ses d\u00e9penses. Pour inciter les banques commerciales et la BDL \u00e0 lui pr\u00eater, l\u2019\u00c9tat offre, lui aussi, des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9lev\u00e9s via ses obligations, en livres ou en devises.<br>Or l\u2019\u00c9tat, qui en plus de ses d\u00e9penses \u2013 parmi lesquelles est inclus le service de la dette \u2013 ne g\u00e9n\u00e8re pas suffisamment de revenus pour financer les int\u00e9r\u00eats qu\u2019il a promis, doit donc davantage s\u2019endetter aupr\u00e8s des banques et de la BDL, ce qui relance la boucle. Au final, les b\u00e9n\u00e9fices des banques augmentent et la BDL peut couvrir ses pertes. Les grands perdants sont l\u2019\u00c9tat, qui se retrouve de plus en plus endett\u00e9, et les contribuables, qui se font de plus en plus imposer pour permettre au syst\u00e8me de perdurer quand la m\u00e9canique du syst\u00e8me se grippe \u2013 donc quand il n\u2019y a plus assez d\u2019argent frais qui est d\u00e9pos\u00e9 dans les banques du pays.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Est-il besoin de pr\u00e9ciser que, comme cela a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9 par Jad Chaaban dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/erf.org.eg\/publications\/ive-got-the-power-mapping-connections-between-lebanons-banking-sector-and-the-ruling-class\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">I&rsquo;ve got the power : mapping connections betwenn lebanon&rsquo;s banking sector and the ruling class\u00a0\u00bb<\/a>,  le secteur bancaire est totalement imbriqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9lite politique, que des proches de dirigeants soient \u00e0 la t\u00eate de certaines banques ou que des politiciens si\u00e8gent directement au conseil d&rsquo;administration de celles-ci. Il faut certes mieux se tenir les coudes pour veiller sur le magot, ainsi selon le FMI sur 1,6 millions de comptes bancaires au Liban en 2015, 1% d&rsquo;entre eux soit 16 000 comptes repr\u00e9sentaient 50% de la valeur totale des d\u00e9p\u00f4ts. Et 0,1% des d\u00e9posants soit 1600 personnes d\u00e9tenaient \u00e0 elles seules 20% des d\u00e9p\u00f4ts. Ce n&rsquo;est pas le moindre des paradoxes que le grand manitou de cette pyramide, le directeur de la banque centrale libanaise, Riad Salam\u00e9 ( en passant le banquier central a la plus grande long\u00e9vit\u00e9 en poste au monde, on comprend mieux pourquoi !) ait \u00e9t\u00e9 jusque r\u00e9cemment l&rsquo;homme de confiance des occidentaux, et en particulier des am\u00e9ricains, dans le pays. Or on a d\u00e9couvert <a href=\"https:\/\/www.reuters.com\/markets\/europe\/exclusive-contracts-show-lebanons-central-bank-obscured-recipients-commissions-2022-02-21\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">en 2021<\/a>, que pendant plus d&rsquo;une d\u00e9cennie la BDL a fait payer aux banques des commissions sur leurs achats massifs de bons du tr\u00e9sor, commissions pay\u00e9es \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 par le fr\u00e8re de Salam\u00e9 et qui aurait ainsi empoch\u00e9 plusieurs centaines de millions d&rsquo;euros. Depuis le d\u00e9but de la crise, entre comptes cach\u00e9s en Suisse et soup\u00e7ons de fuite \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, <a href=\"https:\/\/www.france24.com\/en\/europe\/20210606-france-opens-probe-into-personal-wealth-of-lebanon-s-central-bank-chief\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">l&rsquo;\u00e9toile <\/a>du banquier central <a href=\"https:\/\/www.lorientlejour.com\/article\/1254354\/riad-salame-histoire-dune-fuite-en-avant.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">n&rsquo;a certes cess\u00e9 de p\u00e2lir<\/a>&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut dire que c&rsquo;est lui qui, lorsque les fonds du golfe et de la diaspora ont brusquement commenc\u00e9 \u00e0 se tarir \u00e0 partir de 2016 et mis \u00e0 jour la pyramide, a tout de m\u00eame tent\u00e9 une calamiteuse op\u00e9ration de sauvetage, judicieusement nomm\u00e9e \u00ab\u00a0op\u00e9rations d&rsquo;ing\u00e9nierie financi\u00e8re\u00a0\u00bb, consistant \u00e0 offrir des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat encore plus  exorbitants ( jusqu&rsquo;\u00e0 44% !) aux banques libanaises pour qu&rsquo;elles fassent des d\u00e9p\u00f4ts en dollars \u00e0 la BDL. Mais il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop tard, quoique pas pour tout le monde, car si bient\u00f4t le pays fut oblig\u00e9 de faire d\u00e9faut sur le paiement d&rsquo;une partie de sa dette, les comptes bancaires \u00e9tant gel\u00e9s, le contr\u00f4le des capitaux r\u00e9tabli et le taux de change fixe bient\u00f4t abandonn\u00e9, les plus agiles des oligarques surent tout \u00e0 la fois massivement rapatrier <a href=\"https:\/\/today.lorientlejour.com\/article\/1298108\/the-multi-billion-dollar-question-tracing-lebanons-growing-offshore-wealth-amid-financial-collapse.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">leurs avoirs \u00e0 l&rsquo;abri hors du pays<\/a> et se d\u00e9barrasser aupr\u00e8s de fonds vautours anglo-saxons des titres de dette souveraine libanaise qu&rsquo;ils d\u00e9tenaient encore ( voir l&rsquo;\u00e9tude de Nicholas Noe <em><a href=\"https:\/\/www.thinktriangle.net\/the-great-sell-off\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">The great sell-off : how lebanon&rsquo;s banking sector sold off the country&rsquo;s financial future to foreign interests<\/a>)<\/em>. Devant tant de d\u00e9vouement au bien commun, on h\u00e9site \u00e0 en rajouter sur les cons\u00e9quences calamiteuses \u00e0 court terme ( la presse s&rsquo;en est fait tr\u00e8s largement l&rsquo;\u00e9cho avant et apr\u00e8s l&rsquo;explosion du port de Beyrouth) et \u00e0 long terme financi\u00e8rement  ( \u00e0 170% du PIB la dette est une des plus \u00e9norme du monde) et productivement ( \u00a0\u00bb Le mod\u00e8le de croissance d&rsquo;apr\u00e8s-guerre s&rsquo;est fond\u00e9 sur un effondrement graduel mais syst\u00e9matique de la productivit\u00e9 agricole et industrielle via un processus d&rsquo;\u00e9viction du travail productif avec une double d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du travail des \u00e9trangers au Liban et du travail des libanais \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger\u00a0\u00bb Nizar Hariri et alii \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lorientlejour.com\/article\/1266367\/la-crise-libanaise-ravage-un-marche-du-travail-deja-dysfonctionnel.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">La crise libanaise ravage un march\u00e9 du travail d\u00e9j\u00e0 dysfonctionnel <\/a>\u00ab\u00a0). <\/p>\n\n\n\n<p>Sans revenir sur les palinodies gouvernementales (<a href=\"https:\/\/www.banquemondiale.org\/fr\/news\/press-release\/2022\/01\/24\/lebanon-s-crisis-great-denial-in-the-deliberate-depression\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">la Banque Mondiale<\/a> s&rsquo;est tout de m\u00eame plaint que la mauvaise volont\u00e9 des dirigeants libanais menait \u00e0 une \u00ab\u00a0d\u00e9pression d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9conomie, un comble !)  et les r\u00e9voltes successives qui font l&rsquo;actualit\u00e9 du pays depuis le d\u00e9but de la crise, on peut par contre noter que cette pyramide de l&rsquo;\u00c9tat-rente aux caract\u00e9ristiques effectivement tr\u00e8s libanaises ( \u00e0 noter toutefois que le pr\u00e9c\u00e9dent albanais a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 par plusieurs commentateurs) ne refl\u00e8te pas moins \u00e0 sa mani\u00e8re des ph\u00e9nom\u00e8nes plus g\u00e9n\u00e9raux de par le monde. Ainsi la dette publique peut \u00eatre aussi une belle aubaine sous d&rsquo;autres cieux, qu&rsquo;on regarde la dette am\u00e9ricaine qui vient d&rsquo;atteindre <a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2022\/10\/04\/business\/national-debt.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">31 trillions de dollars<\/a> alors que \u00ab\u00a0la part des 1% les plus riches dans sa d\u00e9tention est pass\u00e9e entre 1970 et 2010 de 16 \u00e0 plus de 40%. La part des int\u00e9r\u00eats f\u00e9d\u00e9raux per\u00e7us a \u00e9volu\u00e9 dans les m\u00eames proportions. Comme les pr\u00e9l\u00e8vements fiscaux sont insuffisamment redistributifs, les int\u00e9r\u00eats de la dette publique ont contribu\u00e9 \u00e0 la concentration des revenus parmi les 1 % les plus riches. \u00a0\u00bb (Durand <em>Le capital fictif<\/em>). L&rsquo;oligarchisation n&rsquo;est effectivement pas une sp\u00e9cificit\u00e9 levantine ! <\/p>\n\n\n\n<p>Autre \u00ab\u00a0troublant\u00a0\u00bb \u00e9cho, dans sa th\u00e8se  <em><a href=\"https:\/\/halshs.archives-ouvertes.fr\/tel-03099844\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Developing post-war Beirut (1990-2016)<\/a><\/em> Marot parle d&rsquo;un capitalisme libanais \u00ab\u00a0dirig\u00e9 par la banque centrale\u00a0\u00bb [\u00ab\u00a0central-bank led capitalism\u00a0\u00bb] : \u00ab\u00a0En tant que gardien du capitalisme libanais dans un environnement gouvernemental pr\u00e9caire qui lui laissait beaucoup d&rsquo;espace de libert\u00e9, la Banque du Liban a acquis des pouvoirs politiques importants. Les gouvernements successifs, la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des membres du parlement, les membres de l&rsquo;administration et les banquiers beyrouthins lui ont laiss\u00e9 carte blanche pour assurer la stabilit\u00e9 du pays et prot\u00e9ger, directement et indirectement, les int\u00e9r\u00eats individuels et collectifs de l&rsquo;\u00e9lite.\u00a0\u00bb De ce fait, avec \u00ab\u00a0son mix d&rsquo;interventions mon\u00e9taires et macro-prudentielles proactives (..) elle a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 beaucoup d&rsquo;autres banques centrales de par le monde dans les strat\u00e9gies adopt\u00e9es apr\u00e8s la crise financi\u00e8re de 2008.\u00a0\u00bb Une caricature d&rsquo;ind\u00e9pendance de la banque centrale virant \u00e0 l&rsquo;omnipotence ? A voir, au moment o\u00f9 m\u00eame les plus fervents adeptes du concept admettent que FED et BCE, si elles ont peut-\u00eatre d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 acquis trop de <a href=\"https:\/\/www.economist.com\/buttonwoods-notebook\/2015\/08\/30\/the-dangerous-politics-of-central-banks\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">pouvoir politique<\/a> , se voient de l&rsquo;autre attribuer tout azimut un r\u00f4le probablement au dessus de <a href=\"https:\/\/www.economist.com\/special-report\/2022-04-23\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">leurs moyens<\/a>. Briser l&rsquo;inflation salariale, pr\u00eater en dernier ressort, socialiser les pertes voire pr\u00e9cipiter une crise (cf le coup de Volcker en 1979) c&rsquo;est une chose mais s&rsquo;\u00e9riger en t\u00eate de pont du green new-deal s&rsquo;en est une autre ( ou dit autrement : mener la lutte des classes est une chose, s&rsquo;y substituer en est une autre). <\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, dernier parall\u00e8le plus p\u00e9rilleux mais tout de m\u00eame : l&rsquo;incapacit\u00e9 des  luttes  \u00e0 Beyrouth ou Tripoli -pourtant nombreuses, vivaces (sans chefs, ni partis) et ayant envoy\u00e9 fi\u00e8rement boul\u00e9 le confessionnalisme- si ce n&rsquo;est \u00e0 abr\u00e9ger les affres de l&rsquo;agonie de cette provocation permanente qu&rsquo;est l&rsquo;\u00c9tat-rente libanais du moins \u00e0 se figurer un tant soit peu comment y parvenir, en dit long sur le chemin qui reste \u00e0 parcourir l\u00e0 bas mais tout autant ici et ailleurs pour esp\u00e9rer bouleverser r\u00e9ellement les rapports sociaux&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>March\u00e9 immobilier chinois : pyramide et reproduction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;autre pays des pyramides Alors que selon beaucoup d&rsquo;observateurs, les pyramides financi\u00e8res repointent le bout de leur nez via la sp\u00e9culation immobili\u00e8re (voir plus loin), ce n&rsquo;est pas la moindre ironie qu&rsquo;un des contre-symboles persistant \u00e0 la spectaculaire restructuration de Tirana soit la pyramide \u00e9rig\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80 pour abriter un mus\u00e9e &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/2022\/10\/06\/de-luniversalite-croissante-des-pyramides\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;L&rsquo;ombre port\u00e9e des pyramides&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":71,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[19],"tags":[],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70"}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=70"}],"version-history":[{"count":57,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":187,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70\/revisions\/187"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/wp-json\/wp\/v2\/media\/71"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=70"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=70"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsasymetrie.org\/albanie1997\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=70"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}